Le Blog de Aymard

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Le 110ème pour le Bénin

La très sérieuse Organisation non gouvernementale Transparency International a publié mardi à Berlin son traditionnel rapport annuel sur l’état de la corruption dans le monde. Le Bénin pointe à la 110ème place mondiale et poursuit sa dégringolade dans le classement. Comme une malédiction, le recul s’abat sur notre pays, enfoncé dans les ténèbres et la rumination utopiste. Avec un minable 2,8 points obtenu, le mauvais élève de la transparence affiche sa médiocrité dans l’illusion et l’obstination de malaxer le négatif. Le bulletin de notes punit l’exécrable performance issue des entrailles du charlatanisme des anti corrompus. La propagande sur la nouvelle ère inaugurée en Avril 2006 laisse finalement émerger la faillite morale.

La note piteuse cimente la conviction que la corruption est en croissance notable chez nous. L’indice va de 10 pour un pays considéré comme propre, à zéro pour un pays perçu comme pourri. Presque au bas de l’échelle, la République du changement concède que ses rouages de la corruption sont encore bien huilés malgré le discours angélique tenu à l’occasion de l’investiture du 06 Avril 2006 , l’engagement prononcé et la marche verte supposée vertueuse et historique du Président. La lutte contre la corruption n’a finalement produit que du vent et du néant. Il eut beaucoup de bruits pour rien. Le rituel pour exorciser le mal enfante une mise en scène bruyante. Mais les vuvuzélas ont juste pollué l’environnement de leur bourdonnement. Les grosses et chaudes sueurs dégoulinant lors de la marche du nouvel héros de la lutte contre la pandémie se sont asséchées sans que ne tarisse la rivière à corruption. 96ème avec 3,1 points en 2008, on est passé au 106eme rang mondial en 2009 et sous la barre des 3 points en 2010. Surclassé par le Cap vert , la Tunisie , le Rwanda , le Malawi , le Libéria, Djibouti , le Sénégal ou le Burkina Faso…, le Bénin proclamé anti corruption est drôlement en concurrence avec le Zimbabwe, le Togo ou le Nigeria (2 ,4 pts). Il ne reste qu’à côtoyer la Somalie, le Tchad et le Soudan. « Au banquet de la corruption, l’or vaut plus que la foi » disait Jacques Brillant. Le recul a lieu contre la théorie du bien développée. Le contraire serait une absurdité.

On ne devrait pas s’attendre à mieux pour le Bénin pour des sondages et des données portées sur la gouvernance l’an dernier. Le degré de corruption révélé par les scandales reste un baromètre qu’aucune organisation crédible ne peut défier. Les organisations de lutte contre la corruption hurlaient leur déception quant à la flambée du vice. On n’avait pas besoin de Transparency International pour proposer le Bénin à la voirie de la corruption à grande échelle. Le miracle ne pouvait avoir lieu avec des corrompus invétérés et souillés jusqu’à la moelle des os. C’est une affaire de cuillères, de louches, de pelles… pour l’exercice gargantuesque. Le triste exploit se réalise au quotidien malgré les sermons sur la corruption épidémique et les litanies ronflantes des idéologues du yayisme.

Maintenant que la gangrène est évidente et régulièrement sanctionnée par TI avec ce nouveau score humiliant, il urge de renouveler l’engagement contre la corruption et de faire des efforts pour assainir le milieu. Car le monstre est encore vivant et semble avoir de beaux jours devant lui. Les slogans et les effets d’annonce sont souffrants et apparaissent comme des instruments trompe-l’œil. Il faut passer à l’acte, démolir l’impunité et inhiber les sanctions sélectives. Huguette Labelle présidente de TI déclarait avec conviction :  » Accepter que la corruption perdure est inacceptable ; trop de personnes pauvres et vulnérables dans le monde continuent à souffrir de ses conséquences. Nous avons besoin de voir une mise en œuvre plus importante des règles et lois existantes « . Le vote de la loi sur la corruption sera, de toute évidence, une avancée majeure dans notre pays secoué par une crise morale aigue. En logeant dans la queue du peloton, le Bénin du changement est sous pression. Le 110ème rang mondial et le 18ème africain marquent l’échec de la lutte contre la corruption. On peut rêver mieux et prendre exemple sur le Danemark, premier du podium.

27-10-2010 Sulpice O. GBAGUIDI

Fraternité

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