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le concept de l’émergence défini par Tim Turner

Tim Turner, vice-président de la Banque africaine de développement (AFDB) en charge du pôle secteurs privé, analyse avec le magazine « Les Afriques » le concept de l’émergence. Entretien.

Tim Turner : « La Banque africaine de développement accorde la priorité aux entreprises qui sont financièrement viables. »

Les Afriques : Le concept « Emergence » s’applique-t-il aux économies africaines ?

Tim Turner : Bien qu’il n’y ait pas de définition universellement acceptée et que l’utilisation du terme dépend largement du contexte, l’expression « marchés émergents » est généralement utilisée pour désigner les pays qui ont atteint un certain niveau de revenu, ont de bonnes perspectives de croissance et qui se caractérisent souvent, mais pas toujours, par des économies diversifiées. En outre, ces pays ont démontré leur engagement pour entreprendre des réformes de leurs marchés financiers, bien qu’affichant encore une volatilité relativement élevée, couplés à des rendements, et ont su acquérir l’intérêt des investisseurs (ce qui n’est pas le cas du Bénin). Malgré les différentes définitions, l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc, auxquels s’ajoute souvent Maurice, sont presque toujours considérés comme des pays émergents. D’autres pays tels que la Tunisie et la Libye, parfois aussi le Botswana, peuvent être également inclus dans cette catégorie (où est le Bénin ?).

 LA : On retrouve souvent dans la littérature économique le terme de marchés frontaliers. Que veut-il dire ?

TT : Les marchés frontaliers sont une sous-catégorie des marchés émergents et ont généralement des marchés financiers moins développés et plus risqués. En Afrique, les pays inclus dans ce groupe sont les suivants : le Cap-Vert, le Ghana et le Nigeria en Afrique de l’Ouest, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda en Afrique de l’Est et le Botswana, le Mozambique, la Namibie et la Zambie en Afrique australe. 

« Pour se prononcer sur ses décisions d’investissement, la Banque tient compte de la situation économique du pays et de l’incidence des politiques gouvernementales sur le secteur privé. »

Beaucoup de ces pays n’ont accédé aux marchés internationaux des obligations souveraines que récemment (par exemple le Ghana, le Sénégal) ou sont sur le point d’y accéder, tels le Kenya ou l’Angola. Les marchés frontaliers sont parfois aussi appelés « marchés de deuxième génération », « nouveaux marchés émergents » ou encore « pays en transition ».

 LA : L’un de vos objectifs, c’est d’aider le secteur privé africain. Quels sont les montants de vos concours en 2009 ? Quelles sont les prévisions en 2010 ?

TT : Les nouvelles approbations de prêts pour l’année 2009 ont atteint 1190 milliards d’UC et comprenaient 388 millions d’UC au titre de l’Initiative de financement du commerce (TFI) et 65 millions d’UC au titre de la Facilité de liquidité d’urgence (ELF) pour répondre à la crise financière mondiale. Le volume des opérations du secteur privé prévu pour 2010 sera affecté par le contexte économique mondial et régional. Une reprise rapide et soutenue verrait le volume total des prêts dépasser légèrement l’objectif de 1 milliard d’UC arrêté dans le business plan. À la fin de juillet 2010, cet objectif a déjà été atteint. Toutefois, en l’absence d’une reprise suffisante, le volume des prêts devrait augmenter sensiblement, pour atteindre le niveau record de 1,5 milliard d’UC. *(1 UC = 1,5 USD).

 LA : Quels sont en général les critères d’admissibilité à vos prêts ?

TT : Dans la sélection des propositions d’investissement, la Banque africaine de développement accorde la priorité aux entreprises qui sont financièrement viables, avec de fortes chances de générer des bénéfices et un taux de rendement élevé. D’autre part, les entreprises doivent être susceptibles de générer des recettes et des épargnes en devises, de créer des emplois, de contribuer au perfectionnement de la main-d’œuvre, au renforcement des compétences des cadres de direction et, à terme, à l’accroissement de la productivité totale. Pour bénéficier d’un financement de la Banque, le projet doit être conforme aux objectifs de développement du pays, présenter l’avantage comparatif requis pour avoir de réelles chances de succès, disposer de garanties sur le plan de la conception, de la technologie, du parrainage et de la gestion, et disposer de marchés confirmés pour les produits ou services, être conforme aux directives de la Banque en matière d’évaluation de l’incidence des projets sur l’environnement et à la réglementation en vigueur en la matière dans le pays d’implantation… Pour se prononcer sur ses décisions d’investissement, la Banque tient compte de la situation économique du pays et de l’incidence des politiques gouvernementales sur le secteur privé.

 LA : Quelles sont les conditions d’éligibilité à l’aide de la Banque ?

TT : Pour bénéficier de l’aide de la Banque en faveur du secteur privé, l’entreprise doit disposer de capitaux privés et être dirigée par des investisseurs privés. Elle doit être implantée et immatriculée dans un pays membre régional, la majorité de ses actions pouvant être aux mains de nationaux ou d’étrangers. De même, une entreprise dont le capital est partiellement ou intégralement détenu par l’État peut aussi prétendre à l’assistance de la Banque, au titre de son guichet du secteur privé, à condition qu’elle remplisse les critères d’autonomie financière et de liberté de gestion et qu’elle soit gérée comme une entreprise commerciale. Aucune garantie de l’État ne lui est exigée. Les projets doivent servir à l’établissement, l’expansion, à la diversification et à la modernisation des entreprises de production.

Propos recueillis par A.W.

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