Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: décembre 10, 2010

Crise post-électorale en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno

Les intérêts économiques français menacés en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno
evanno.gif

Les médias français ne disent pas toute la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire.

Plusieurs pays, comme la Russie, le Brésil, la Chine ou le Mexique soutiennent Laurent Gbagbo, alors que les Etats-Unis ou la France demandent son départ. A Abidjan, le président sortant n’a pas l’intention de céder sa place. Or, ce sont les intérêts économiques français, dont ceux du groupe Bolloré en première ligne, qui sont menacés. Philippe Evanno est chercheur à la Sorbonne, directeur de l’Institut de Prospective Africaine et il connait parfaitement l’Afrique. Il a notamment été formé par Jacques Foccart et a collaboré avec lui jusqu’au décès de ce dernier. Il était l’invité de Yannick Urrien mercredi 8 décembre dans le magazine de 8h10 et se prononce sur la crise ivoirienne.

D’abord, Philippe Evanno souligne que cette affaire traduit « une opposition entre l’ONU et une nation. Plus généralement, on peut se demander si nous ne sommes pas en train d’assister à un renversement de situation concernant la gestion des dossiers africains et leur domination actuelle par les organisations internationales contrôlées par les États-Unis ». En réalité, « cette crise a eu pour mérite de manifester au grand jour le fait que les organisations africaines étaient sous contrôle américain. Aujourd’hui, c’est la place et la domination des États-Unis sur le continent africain qui sont en jeu. La divulgation des notes diplomatiques américaines par Wikileaks et leur analyse permettent de démontrer que les Américains étaient très heureux de l’effacement français, puisque cela leur laisse le champ libre sur la totalité du continent ». Selon Philippe Evanno, « le bouclage de cette domination se joue sur la présidentielle ivoirienne, puisque c’est sur cette présidentielle que l’on joue l’annulation pure et simple de la souveraineté des Etats africains ».

Alors, pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il adopté la position américaine ?

Réponse de l’expert : « Je crois que c’est tout simplement la sienne. Nous avons, pour la première fois sous la Vème République, un président de la République qui est totalement acquis aux objectifs américains et cela revient à faire de la France un pays supplétif des États-Unis, notamment en Afrique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir des accords avec les Américains : c’était le cas à l’époque du général De Gaulle lorsqu’il y a eu un accord de partage de responsabilités, la France étant chargée de la lutte contre le bloc soviétique dans ses anciennes colonies. Cela a très bien fonctionné pendant plusieurs dizaines d’années, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation totalement différente. Nous sommes dans la situation où, après la chute du mur de Berlin, on a cru qu’il n’y avait qu’une seule grande puissance. Or, depuis la dernière réunion du G20 en Corée du Sud, on se rend compte que l’on assiste à l’émergence d’une deuxième superpuissance et à une nouvelle forme de confrontation où la Chine et ses alliés, notamment la Russie, ce qui est aussi une nouveauté, cherchent à prendre pied sur le continent africain ».

La responsabilité de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin.

Pour Philippe Evanno, « cette crise ivoirienne est directement liée à l’incapacité de Jacques Chirac à comprendre l’Afrique et à réagir correctement sur les dossiers africains. N’oublions pas que le coup d’Etat de décembre 1999 pouvait être enrayé en appliquant simplement les accords de défense avec la Côte d’Ivoire. Il suffisait de faire sortir une patrouille du 43e BIMA, basé à Port-Bouët. Les mutins, qui étaient des braves garçons dont les soldes n’avaient pas été payées et qui étaient manipulés pour faire tomber Bédié, seraient tout simplement rentrés dans leur caserne ». Or, explique Philippe Evanno, « Jacques Chirac n’a pas eu le courage d’appliquer les accords de défense et cette seule absence de décision a détruit la totalité de la présence française en Afrique. À partir de cet instant, tous les chefs d’état africains disposant d’accords de défense avec la France ont su que la parole de la France ne valait plus rien ». Après le coup d’état de 1999, les autorités françaises, avec Alassane Ouattara, ont organisé le partage du pays en deux : « C’est Dominique de Villepin qui est à l’origine de cette partition. En pleine paix, on a coupé un pays en deux pour des intérêts assez difficiles à expliquer. On a imposé à la Côte d’Ivoire une succession d’accords internationaux qui ont cherché à limiter sa souveraineté, notamment une commission électorale dite indépendante, qui est constituée quasi exclusivement d’opposants au pouvoir en place ».

Alors, Laurent Gbagbo est-il fondé à contester le résultat de cette élection présidentielle ?

Philippe Evanno rappelle qu’au second tour, « Laurent Gbagbo n’avait que deux représentants sur une douzaine de commissaires centraux ! Cette commission avait trois jours pour rendre sa décision. La commission électorale s’est retrouvée dans l’incapacité de proclamer les résultats et la Constitution ivoirienne prévoyait qu’à ce moment-là, le rôle de proclamer les résultats revenait au Conseil constitutionnel. Il y a donc eu l’organisation d’une conférence de presse à l’Hôtel du Golf, le siège de campagne d’Alassane Ouattara, avec l’ex-président de la commission électorale, pour annoncer des résultats non certifiés et qui ont été évidemment inversés par le Conseil constitutionnel ». Ainsi, « cette commission indépendante ne l’était pas réellement, puisque composée essentiellement d’adversaires à Laurent Gbagbo. Mais cela ne veut pas dire que cette commission n’ait pas fait un très gros travail. L’ONU a été incapable de respecter ses engagements et d’assurer le désarmement des forces de la rébellion au nord. L’élection a eu lieu sous le contrôle des forces armées de la rébellion. Ce sont des seigneurs de la guerre, qui détournent les taxes et les impôts à leur profit, qui ont pris le contrôle du diamant et de différents minerais et contrôlent une partie du commerce du cacao. Cette rébellion au nord est une organisation politique, économique et militaire et elle est restée en place alors que différentes résolutions de l’ONU et différents accords internationaux prévoyaient que l’élection ne pourrait pas avoir lieu tant que le désarmement ne serait pas effectif ». Dans ce contexte, il faut bien comprendre, souligne Philippe Evanno, que l’on a organisé des élections « dans un pays dont une partie du territoire était aux mains de milices armées ».

Radio Kernews France

BENIN : Bruno Amoussou démissionne de la présidence du Parti social démocrate

Présidence du Parti social démocrate : Bruno Amoussou démissionne

Face aux enjeux électoraux de 2011, Bruno Amoussou vient de prendre une courageuse décision. Il se retire de la présidence du Parti social démocrate (Psd) pour privilégier les intérêts de l’Union fait la Nation dont il est le président. C’est la surprise générale au sein de sa famille politique d’origine qui multiplie les réunions depuis quelques jours.

Président du Psd et de l’Union fait la Nation, Bruno Amoussou n’a plus qu’une seule casquette. Le Renard de Djakotomey vient d’abandonner son statut de 1er militant du Psd qu’il a assumé pendant près de 20 ans. Selon nos informations, il y a environ 48 heures qu’il a adressé une correspondance au bureau exécutif national du Psd l’informant de sa décision de quitter la présidence pour la principale raison qu’il veut se consacrer un peu plus à l’Union fait la Nation. Indétrônable depuis la création du parti, il s’éclipse volontairement à un moment où on s’y attendait le moins. Car, personne ne pouvait imaginer qu’il démissionnera un peu plus d’un an après avoir été reconduit dans ce fauteuil lors du Congrès du parti en août 2009. C’est pourquoi l’information a surpris plus d’un et provoqué une ébullition au sein de sa formation politique. Ses plus proches confidents n’ont pas senti la chose venir. Bruno Amoussou ne l’a jamais évoqué en public ou en privé, mais il avait son plan dans sa tête. Il savait qu’il ne continuera pas à cumuler les deux fonctions, présidence du Psd et de la plus grande coalition de l’opposition. Il savait que dans une telle position, il n’aura pas les coudées suffisamment franches pour avancer dans ses fonctions de président de l’Union. Avec la double casquette qu’il portait, il était juge et partie. Ce n’était pas évident pour lui de ne pas prendre position au détriment de l’autre, quand il doit trancher un litige entre deux parties en conflit dont l’une serait issue du Psd. Dans le souci de préserver l’intérêt général, il a décidé de privilégier l’Union au détriment du Psd pour se libérer de certaines contraintes vis-à-vis de la famille socialiste. Bruno Amoussou vient de donner un exemple édifiant. Sa décision est l’expression d’un engagement sans faille aux côté du candidat de l’Un à la présidentielle de 2011. C’est également un signal fort qu’il vient de lancer à l’endroit de ses alliés pour montrer à ceux-ci qu’il est prêt pour le combat. Une bonne dose de confiance pour le candidat en lice. Alors que son investiture est prévue pour le 18 décembre 2010, voilà qui met davantage Me Adrien Houngbédji en confiance. Mais au-delà de ce point de vue, il faut reconnaître que Bruno Amoussou a déjà tout prouvé à la tête du Psd qu’il a réussi à faire hisser au rang des plus grandes formations politiques du pays. Son influence, sa stratégie, son sens de dialogue, son savoir-faire et son expérience ont fait de lui le maître incontestable du parti. C’est l’heure du départ pour une autre aventure plus périlleuse. Il continuera à assumer la présidence de l’Un. En tant que président de cette coalition, il doit conduire son candidat à la victoire à l’issue de la présidentielle de 2011. Un nouveau défi qu’il n’a pu relever par le passé en tant que candidat à plusieurs reprises pour présider aux destinées du pays. Avec sa nouvelle posture, la chance pourrait lui sourire.

La succession

La question que se posent les militants du Psd, surtout ceux du Mono-Couffo est de savoir celui qui succèdera à Bruno Amoussou. En principe, aucune difficulté ne devrait subvenir si les textes avaient prévu ce cas de figure dans laquelle le parti se trouve. Il est question de vacance de la présidence. Pour une raison ou pour une autre, toutes les formations politiques ne procèdent pas de la même manière. Au Psd, c’est celui qui vient après le président qui s’installe dans le fauteuil de ce dernier en cas de vacance illimitée. Lorsqu’on se réfère à la composition du bureau politique du parti, le poste de premier vice-président est occupé par l’ancien ministre Emmanuel Golou, actuel député à l’Assemblée nationale. Sauf coup de théâtre, l’homme peut déjà s’acheter son costume de dauphin de Bruno Amoussou. Mais si tant est que c’est déjà si facile à désigner, les réunions et les conclaves des militants ne doivent plus avoir lieu. Or, c’est actuellement le cas. On est tenté de dire, qu’entre les réalités du parti et le regard extérieur, il y a une différence.

FN

Je ne sais pas si Ouattara a gagné les élections, dixit Pierre Laurent

Le secrétaire national du Parti Communiste Français (PCF), Pierre Laurent a affirmé mercredi soir sur Public Sénat qu’il ne savait pas si Alassane Ouattara avait gagné l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, comme l’affirme la communauté internationale.

« Il ne s’agit pas de dire seulement il y a un vainqueur et un perdant. On voit bien qu’il faudra une issue politique. Moi je n’ai pas les moyens de vérifier le résultat des élections », a déclaré M. Laurent.

« Je tiens compte du fait que les instances internationales ont reconnu un résultat et ont déclaré vainqueur » M. Ouattara face au président sortant Laurent Gbagbo, mais « je ne sais pas si Alassane Ouattara a gagné les élections ».

« C`est ce qu`a dit une instance ivoirienne (la commission électorale indépendante, ndlr) » mais  il ne suffit pas de déclarer un vainqueur », il faut « une négociation politique si on veut sortir de cette crise ».