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Crise post-électorale en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno

Les intérêts économiques français menacés en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno
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Les médias français ne disent pas toute la vérité sur la situation en Côte d’Ivoire.

Plusieurs pays, comme la Russie, le Brésil, la Chine ou le Mexique soutiennent Laurent Gbagbo, alors que les Etats-Unis ou la France demandent son départ. A Abidjan, le président sortant n’a pas l’intention de céder sa place. Or, ce sont les intérêts économiques français, dont ceux du groupe Bolloré en première ligne, qui sont menacés. Philippe Evanno est chercheur à la Sorbonne, directeur de l’Institut de Prospective Africaine et il connait parfaitement l’Afrique. Il a notamment été formé par Jacques Foccart et a collaboré avec lui jusqu’au décès de ce dernier. Il était l’invité de Yannick Urrien mercredi 8 décembre dans le magazine de 8h10 et se prononce sur la crise ivoirienne.

D’abord, Philippe Evanno souligne que cette affaire traduit « une opposition entre l’ONU et une nation. Plus généralement, on peut se demander si nous ne sommes pas en train d’assister à un renversement de situation concernant la gestion des dossiers africains et leur domination actuelle par les organisations internationales contrôlées par les États-Unis ». En réalité, « cette crise a eu pour mérite de manifester au grand jour le fait que les organisations africaines étaient sous contrôle américain. Aujourd’hui, c’est la place et la domination des États-Unis sur le continent africain qui sont en jeu. La divulgation des notes diplomatiques américaines par Wikileaks et leur analyse permettent de démontrer que les Américains étaient très heureux de l’effacement français, puisque cela leur laisse le champ libre sur la totalité du continent ». Selon Philippe Evanno, « le bouclage de cette domination se joue sur la présidentielle ivoirienne, puisque c’est sur cette présidentielle que l’on joue l’annulation pure et simple de la souveraineté des Etats africains ».

Alors, pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il adopté la position américaine ?

Réponse de l’expert : « Je crois que c’est tout simplement la sienne. Nous avons, pour la première fois sous la Vème République, un président de la République qui est totalement acquis aux objectifs américains et cela revient à faire de la France un pays supplétif des États-Unis, notamment en Afrique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir des accords avec les Américains : c’était le cas à l’époque du général De Gaulle lorsqu’il y a eu un accord de partage de responsabilités, la France étant chargée de la lutte contre le bloc soviétique dans ses anciennes colonies. Cela a très bien fonctionné pendant plusieurs dizaines d’années, jusqu’à la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation totalement différente. Nous sommes dans la situation où, après la chute du mur de Berlin, on a cru qu’il n’y avait qu’une seule grande puissance. Or, depuis la dernière réunion du G20 en Corée du Sud, on se rend compte que l’on assiste à l’émergence d’une deuxième superpuissance et à une nouvelle forme de confrontation où la Chine et ses alliés, notamment la Russie, ce qui est aussi une nouveauté, cherchent à prendre pied sur le continent africain ».

La responsabilité de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin.

Pour Philippe Evanno, « cette crise ivoirienne est directement liée à l’incapacité de Jacques Chirac à comprendre l’Afrique et à réagir correctement sur les dossiers africains. N’oublions pas que le coup d’Etat de décembre 1999 pouvait être enrayé en appliquant simplement les accords de défense avec la Côte d’Ivoire. Il suffisait de faire sortir une patrouille du 43e BIMA, basé à Port-Bouët. Les mutins, qui étaient des braves garçons dont les soldes n’avaient pas été payées et qui étaient manipulés pour faire tomber Bédié, seraient tout simplement rentrés dans leur caserne ». Or, explique Philippe Evanno, « Jacques Chirac n’a pas eu le courage d’appliquer les accords de défense et cette seule absence de décision a détruit la totalité de la présence française en Afrique. À partir de cet instant, tous les chefs d’état africains disposant d’accords de défense avec la France ont su que la parole de la France ne valait plus rien ». Après le coup d’état de 1999, les autorités françaises, avec Alassane Ouattara, ont organisé le partage du pays en deux : « C’est Dominique de Villepin qui est à l’origine de cette partition. En pleine paix, on a coupé un pays en deux pour des intérêts assez difficiles à expliquer. On a imposé à la Côte d’Ivoire une succession d’accords internationaux qui ont cherché à limiter sa souveraineté, notamment une commission électorale dite indépendante, qui est constituée quasi exclusivement d’opposants au pouvoir en place ».

Alors, Laurent Gbagbo est-il fondé à contester le résultat de cette élection présidentielle ?

Philippe Evanno rappelle qu’au second tour, « Laurent Gbagbo n’avait que deux représentants sur une douzaine de commissaires centraux ! Cette commission avait trois jours pour rendre sa décision. La commission électorale s’est retrouvée dans l’incapacité de proclamer les résultats et la Constitution ivoirienne prévoyait qu’à ce moment-là, le rôle de proclamer les résultats revenait au Conseil constitutionnel. Il y a donc eu l’organisation d’une conférence de presse à l’Hôtel du Golf, le siège de campagne d’Alassane Ouattara, avec l’ex-président de la commission électorale, pour annoncer des résultats non certifiés et qui ont été évidemment inversés par le Conseil constitutionnel ». Ainsi, « cette commission indépendante ne l’était pas réellement, puisque composée essentiellement d’adversaires à Laurent Gbagbo. Mais cela ne veut pas dire que cette commission n’ait pas fait un très gros travail. L’ONU a été incapable de respecter ses engagements et d’assurer le désarmement des forces de la rébellion au nord. L’élection a eu lieu sous le contrôle des forces armées de la rébellion. Ce sont des seigneurs de la guerre, qui détournent les taxes et les impôts à leur profit, qui ont pris le contrôle du diamant et de différents minerais et contrôlent une partie du commerce du cacao. Cette rébellion au nord est une organisation politique, économique et militaire et elle est restée en place alors que différentes résolutions de l’ONU et différents accords internationaux prévoyaient que l’élection ne pourrait pas avoir lieu tant que le désarmement ne serait pas effectif ». Dans ce contexte, il faut bien comprendre, souligne Philippe Evanno, que l’on a organisé des élections « dans un pays dont une partie du territoire était aux mains de milices armées ».

Radio Kernews France

4 réponses à “Crise post-électorale en Côte d’Ivoire : les explications de Philippe Evanno

  1. alasco décembre 13, 2010 à 8:45

    J’ ai été très heureux de savoir que certains occidentaux notamment des français connaissent la vérité sur ce qui se trame présentement en cote d’ivoire. Mais problème ; pourquoi ne pas aussi mettre à nu tout ce ceci ? pourquoi ne pas le dire de manière claire et précise au yeux du monde entier, afin d’éviter les bains de sang dans nos pays africains? parce que se taire, c’est être complice, c ‘est avoir le sang de tous ses morts sur les bras. Si vous avez fait de très vilaines choses croyez moi, une bonne action de votre part en disant la vérité haut et fort sur vos médiats, puis que chez vous il y a la liberté d’expression, vous fera avoir le pardon divin ou tout du moins une bonne conscience. Je m’excuse d’insister mais des affrontements ethniques seront plus que le génocide rwandais.

  2. Kouamé décembre 14, 2010 à 10:24

    C’est ça la vérité, merci monsieur d’avoir eu le courage de dire la vérité.

  3. constant gandou décembre 15, 2010 à 12:48

    Nous pensons que si les intérêts français sont si important pour eux ils doivent dans la sauvegarde de ceux-ci penser aussi à la vie des ivoiriens au bas de l’échelle. si la cote d’ivoire n’existe pas en tant que Etat souverain les accords signés avec elle n’existe pas. c’est des dizaines d’innocents qui meurent chaque jour du fait de la guerre. Nous pensons aussi que M. Laurent Gbagbo n’est pas contre les intérêts français mais est pour une coopération plus raisonnable donc engageons un dialogue franc avec un engagement ferme et équitable vous verrez que tout le monde y gagnera. Alassane est ivoirien soit mais il n’est pas éternel et donc c’est sûr que les français préparent déjà son successeur. Evitons de déplacer ce problème réglons le une bonne fois et la cote d’ivoire aura la paix définitive.
    Si la France avait respecté ses engagements concernant les accords de défense on n’en serait pas là.
    Nous avons le droit de vivre dans la paix. Gbagbo est mieux au pouvoir que dans la rue. Alassane en sait beaucoup. SVP laissez nous gérer notre problème si vous ne pouvez pas nous aider.

  4. Armand Dahouet-boigny janvier 12, 2011 à 10:59

    Ces deux Articles de la loi Ivoirienne, prouvent que vos affirmations sont sans fondement. C’est faux de dire qu’il existe une loi qui donne un délai de proclamation des résultats provisoires! Surtout que vous ne citez pas cette loi dont vous parlez, ce qui est suspect! Je vous cite alors la loi en question et aussi celle qui démonte tout l’argumentaire partisan du FPI, LMP, que vous répétez sans rechercher et sans réfléchir:

    Code Electoral.
    Article_59 :
    La Commission Electorale Indépendante procède au recensement général des votes et à la proclamation provisoire des résultats du scrutin, au niveau de la circonscription administrative, en présence des représentants présents des candidats.
    Trois exemplaires du procès-verbal accompagnés des pièces Justificatives sont transmis au Président de la Commission Electorale Indépendante. Celui-ci procède aux opérations de collecte et à la proclamation provisoire des résultats en présence des représentants des candidats.
    Le Président de la Commission Electorale Indépendante communique au Conseil Constitutionnel, au Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d’Ivoire et au Représentant Spécial du Facilitateur un exemplaire des procès-verbaux, accompagnés des pièces justificatives dans les trois (3) jours, qui suivent le scrutin.
    Les autres exemplaires des procès-verbaux restent respectivement dans les archives de la Commission électorale locale et au siège de la Commission Electorale Indépendante.

    Article_64 :
    Dans le cas où le Conseil Constitutionnel constate des irrégularités de nature à entacher la validité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection.
    La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission Electorale Indépendante. Le scrutin a lieu au plus tard quarante cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil Constitutionnel.

    Merci et bonnes recherche.

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