Le Blog de Aymard

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Boni Yayi a piégé les béninois, dixit Pascal Todjinou sur la convocation du corps électoral pour le 27 février et le 17 avril prochains

Avec un effectif de onze membres, la Cena aura combien de jours pour organiser d’abord les élections présidentielles, ensuite les législatives ? L’ancien président de la Cena 2008, Pascal Todjinou aborde les pièges et dangers qui guettent la Cena 2011. Toutes choses qui selon lui, ne seraient pas sans conséquence sur les résultats des élections. Néanmoins, il appelle les Béninois à une veille maximale pour que si un président n’est pas élu, qu’il ne dirige pas notre pays au lendemain des élections.

En attendant son installation, la Cena est à 45 jours de la date de la convocation du corps électoral. Quelle est votre lecture de la situation en tant qu’ancien président d’une Cena ?

Je crois qu’il faut être honnête. La Cena n’aura même pas 45 jours pour organiser les élections. Pour qu’on dise que la Cena a une durée, il faut qu’elle soit installée. Or aujourd’hui, la Cena n’est pas encore installée. Bien sûr que le corps électoral a été convoqué pour le 27 février et nous sommes aujourd’hui le 12 janvier. Il y a donc un danger. En ce sens que la Cena qui sera installée, de quel temps disposera-t-elle pour avoir son règlement intérieur, élire son bureau et procéder à l’adoption de son budget avant de commencer par travailler. L’autre danger est qu’on réduit la Cena à sa plus simple expression. Cela veut dire tout simplement que la Cena ne va plus jouer un grand rôle. Cela transparaît dans le nombre des membres de la Cena. On a réduit la Cena de 17 membres à 11. On était à 25 membres, on est passé à 17 et aujourd’hui on est à 11 membres. Bientôt, ce sera trois membres.

Est-ce que ce n’est pas un piège ?

Ce n’est pas la faute des parlementaires. C’est la faute aux institutions de contre pouvoir que nous avons mises en place. Parce qu’il y a eu un va-et-vient dangereux entre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle. Et si les parlementaires ne cédaient pas sur l’essentiel, la Cour va conduire inexorablement le parlement à faire le constat qu’il y a un vide juridique. Et peut-être que c’est un des responsables de l’institution qui prendra le pouvoir. Je crois qu’il y a un danger que les députés ont évité à partir de l’adoption de la loi sous cette forme. Sur la base de ça, le chef de l’Etat a convoqué le corps électoral dans une précipitation, sans analyse, comme d’habitude.

Il fallait que le chef de l’Etat convoque le corps électoral

Oui je suis tout à fait d’accord. Il aurait pu le faire sur la base des autres lois. Connaissant bien la période, il aurait pu le faire.

Il faut vérifier la conformité à la Constitution, par conséquent attendre les décisions de la Cour constitutionnelle.

Nous sommes au Bénin et vous suivez les différentes décisions qui sont prises. En tant que pratiquant de la chose, j’estime pour ma part que le temps est très court. Et c’est en cela que je dénonce un certain nombre de choses. Est-ce que la Cps et la Mirena sont chargées de la gestion des élections ? Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui avec la Lépi qu’on peut aller à des élections aussi sensibles ?

C’est implicitement la décision rendue par la Cour constitutionnelle

Moi je pose la question aux sages de la Cour. N’allons-nous pas aboutir à la situation qui se passe non loin de nous ? Mais ceux qui sont à la Cour doivent savoir que le Bénin n’a pas besoin d’affrontement, ni de guerre, ni d’incitation à la guerre. C’est ce que nos dirigeants doivent savoir. C’est pourquoi moi personnellement, j’estime que quand on fait le calcul, il y a de fausses notes. Mais, j’ai confiance au peuple béninois. Le peuple s’est toujours donné la formule qu’il faut pour éviter des dérapages. L’autre chose, on a convoqué le corps électoral pour les élections législatives pour le 17 avril ? Normalement selon ma compréhension, la 5ème législature prend fin le 23 avril et on convoque le corps électoral pour le 17 avril. De quel temps disposera-t-on pour régler tous ces problèmes avant le 17 avril. J’ai l’impression qu’il y a un piège qu’on nous pose. Je peux même dire que Boni Yayi a piégé les Béninois. Le délai de proclamation des résultats est très court. Voilà autant d’appréciations, vu les conditions dans lesquelles on travaille à la Cena. Vous savez que le fait de réduire les membres à onze peut créer beaucoup de problèmes. Il y a cinq membres du bureau avec toutes les précisions données par la loi. Cela nous a manqué au niveau de la Cena 2008 où on destituait régulièrement le président. Mais le vrai problème quand on va sortir les 5 du bureau, est qu’il va rester 6. Or, il y a douze départements dans notre pays.

Comment cela va se passer pour les coordonnateurs ?

Il y aura un coordonnateur pour deux départements. Donc, à l’image des préfets. C’est une violation de la loi. Car, il y a une loi qui dit qu’il y a douze départements. Et c’est sur la base des douze départements qu’on doit tout faire. Si les coordonnateurs sont suffisamment compétents et qu’ils ont les moyens, ils peuvent s’en sortir. Déjà avec les douze, pour que les coordonnateurs arrivent à parcourir les communes relevant de leur juridiction, il y a toujours problème. Maintenant qu’il faut un pour deux départements, ce ne sera pas facile. Je prends le cas du Borgou Alibori et de l’Atacora Donga. Celui qui sera dans le Borgou va se retrouver jusqu’à Karimama, Malanville et l’autre est sur le chemin qui va de Péhounco, Matéri Cobli pour descendre jusqu’à Bassila. Je vois comment ça peut se passer. Les députés ont tôt fait de se libérer.

Pensez-vous que le nombre de membres et le délai imparti vont influer sur les résultats de la Cena ?

C’est certain. On va précipiter les choses. A la limite, on peut dire qu’ils peuvent faire le travail. Aujourd’hui, on est à 45 jours. On n’a pas encore installé la Cena. Donc, on ne connaît pas encore le délai qui sera même accordé à la Cena. Et puis, quand ils seront installés, la mouvance va dire qu’elle va contrôler la présidence et l’opposition aussi va tirer le drap de son côté. C’est ce qui a joué en faveur de Todjinou. Je n’étais dans aucun groupe. Je refusais même d’assister à leur réunion. Mais si on doit faire ce jeu-là avec cette Cena, on va se retrouver à cinq jours des élections. Je crois que cela aura absolument d’impact négatif sur les résultats. Les choses se feront dans la précipitation et ceux qui ont l’art et l’habitude de contester les résultats, ils sont déjà prêts. Ils sont déjà en train de se préparer pour crier.

Selon l’article 24 de la loi portant règles générales des élections et les décisions rendues par la Cour, la Cena ne va pas proclamer les grandes tendances

La Cour constitutionnelle dit que la Cena ne va pas proclamer les grandes tendances. Quand je vous dis que la Cena est réduite à sa plus simple expression, c’est cela. Si l’organe qui est chargé d’organiser les élections ne peut pas donner les grandes tendances, c’est grave. Ce n’est pas les élections municipales, communales et locales où c’est la Cena qui proclame les résultats. Moi, j’ai proclamé les résultats et tant pis pour les contestataires. C’est ma signature qui a fait que des maires sont là aujourd’hui. Mais ici, dans le cas des élections présidentielles et législatives, c’est la Cour constitutionnelle qui apprécie. Mais si l’organe ne saurait donner les grandes tendances, pourquoi elle existe. Il vaut mieux collecter les résultats et les transmettre à la Cour constitutionnelle.

Vous suspectez une élection non transparente ?

La tendance à la non transparence est une évidence.

Au regard de tout ce que vous venez d’évoquer, quels sont les conseils que vous préconisez en tant qu’ancien président de la Cena ?

La 1ère chose est d’aller rapidement à l’installation de la Cena dans les cinq jours qui viennent et là c’est déjà trop. La 2ème chose est qu’au lieu de passer le temps à étudier le règlement intérieur, il faut rapidement en une demi-journée vider cette question pour élire le bureau afin qu’il se mette au travail. La troisième chose est de laisser la Cena faire son travail. C’est parce qu’on suspectait les exécutifs que la Cena a été mise en place. Je constate aujourd’hui de plus en plus qu’on récupère les prérogatives de la Cena. Ce n’est pas une bonne chose. Il faut qu’on fasse particulièrement attention.

Votre mot de fin

J’appelle le peuple béninois à garder son calme habituel et à ne céder à aucune pression politique qui tendra à mettre à mal la démocratie et la paix chèrement acquises. Je lance aussi un appel aux travailleurs à observer une veille maximale aujourd’hui pour que si un président n’est pas élu, qu’il ne dirige pas notre pays.

13-01-2011, Charles YANSUNNU

Fraternité bénin

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