Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Le Peuple Tunisien chasse ZINE EL-ABIDINE BEN ALI – Qui l’eut dit, qui l’eut cru?

Zine el-Abidine Ben Ali, hissé à la tête de la Tunisie il y a 23 ans (après le coup d’Etat médical qui lui a permis d’évincer le grabataire Habib Bourguiba),  avait tout pour exercer le pouvoir ad vitam aeternam, et même le léguer à ses ayant-droits ou partisans. Il avait parfaitement trusté l’Etat, capté aussi bien le pouvoir politique, économique, militaire que médiatique. A force de monopolisations, il a créé un système de gouvernance tout à fait verrouillé. Bien vrai que, par cynisme ou pour donner le change, il faisait mine de créer des vannes d’aération avec la création de partis, d’associations, censés jouer la différence… mais  bien entendu ils étaient tous des structures-liges inféodées au pouvoir.


(Le 25 Octobre 2009 pour sa cinquième élection)

Cette démocratie cosmétique avait beau être dénoncée par des voix en interne, celles-ci  étaient étouffées par la répression, les intimidations, lesemprisonnements, les tueries et par le démontage systématique des vrais partis politiques d’opposition. L’opération de domestication du champ politique et social était facilitée par les grandes puissances, disons la communauté internationale, qui ne marchandaient pas  éloges et soutiens à Ben Ali qui, parce qu’il avait réussi à ses yeux à contenir à un stade résiduel l’extrémisme islamique et mis en place un système économique favorable aux échanges avec l’Occident,méritait tous les égards. Alors, on lui passait tout, renvoyant la faute comme c’est toujours le cas pour l’Afrique, à ces opposants désespérément inorganisés, sans programmes et bêtement incapables de s’unir.

Les mêmes qui n’ont pas assez de mots durs pour vouer Laurent Gbagbo aux enfers sont ceux-là qui se montraient les plus accommodants, les plus coulants, avec le régime tunisien.

De quoi a besoin un peuple sinon de nourriture, d’écoles, d’hôpitaux, de routes… ?
Tout cela, disait Jacques Chirac, Ben Ali le prodigue abondamment aux Tunisiens. Alors, le reste, bof !

Nicolas Sarkozy n’a pas fait que reconnaître ces mêmes acquis au premier des Tunisiens : il est allé plus loin pour dire que dans ce pays, « l’espace de liberté progresse », qualifiant Ben Ali d’ami et se refusant, s’agissant de la pratique démocratique dans ce pays, à « s’ériger en donneur de leçons ».

Mais toutes ces protections n’ont pas suffi à protéger l’autocrate lorsque le peuple tunisien s’est dressé contre lui ; l’imprenable citadelle, comme un château de cartes, s’est écroulé au premier coup de butoir d’une jeunesse en furie. Enchantement mais stupeur aussi.


Mohamed BOUAZIZI, diplômé au chômage, vendeur de fruits et légumes par nécessité,
Et qui s’est immolé par le feu

Mohamed BOUAZIZI, celui par qui la Tunisie a été libérée, celui qui est mort à l’Hôpital des suites de ses brûlures

Comment, Sacrebleu, cela a-t-il pu arriver aussi facilement, comme à la parade ?

On n’avait pas prévu que même les partis politiques désorganisés, les syndicats, les médias et les organisations de la société civile muselés, le peuple spontanément, pouvaient enclencher la Révolution et lui donner une conduite intelligente. On n’avait pas compté avec ça ! Et voilà le travail ! Dans le monde arabe, en Afrique subsaharienne et dans le monde entier,  les peuples et surtout les jeunes qui ont suivi les émeutes grâce à Internet, les chaînes de télévision satellitaires, s’émerveillent de tant d’audace de la part des jeunes Tunisiens pendant que les dirigeants broient du noir.

Le mal-vivre tunisien, le chômage des jeunes diplômés, la vie chère, la démocratie factice, la fracture sociale…, ça se vit au quotidien dans ces contrées du monde ; alors, l’effet domino y est dans bien des pensées et sur bien des lèvres.

Le déclencheur, maintenant on le sait, peut venir de n’importe où, de n’importe quoi. Un évènement le plus banal et la marmite saute !

L’enseignement sera-t-il perçu à sa juste mesure ? Il faut le souhaiter car au spectacle qu’offre cette bataille historique, on note quand même la centaine sinon plus de morts, des blessés en nombre incalculables, des dégâts matériels lourds. On se dit qu’on pourrait en faire l’économie et ne pas être obligé, comme le dictateur tunisien, de s’enfuir la nuit tombante ou au petit matin comme un vulgaire détrousseur. Tout cela sans le secours des puissants de ce monde qui l’ont porté aux nues tout au long de ces années et qui refusant de faire comme l’hôtesse de l’Auvergnat de Brassens, vous claquent au nez la porte alors que vous fondiez en eux une confiance totale. Ira-t-on jusqu’à  geler les avoirs  de l’ancien président, de ceux de sa femme Leila Trabelsi et de ses proches,  en Europe, aux USA et ailleurs ? Ira-t-on jusqu’à lancer à leurs trousses la Cour pénale internationale ? En tout cas, le passif est là, fait de meurtres, de corruption, de pillages, de violences en tout genre qui y appellent !

San Finna N°599 du 17 au 23 Janvier 2011

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