Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: janvier 24, 2011

BENIN : Le Pouvoir Personnel

«Dans notre pays, la situation actuelle n’est donc pas une fatalité mais le résultat de l’action des animateurs de la vie publique que nous sommes», a avoué Bruno Amoussou dans son discours d’ouverture au 2e congrès ordinaire du Parti social démocrate (Psd), un discours qui mérite d’être mieux connu. Et il en déduit plus loin : «En 2011, nous solliciterons le peuple pour qu’il confie le pouvoir, non à un homme solitaire, mais à une équipe. Nous nous engagerons sur un Programme porté par un groupe qui garantit la pérennité et non une vision dont l’application dépend de l’humeur de son unique géniteur». Ses remarques expliquent certaines des causes politiques des difficultés de l’actuel pouvoir tout en indiquant les solutions envisagées par le Psd. Chez les politiciens de tous bords, le problème du pouvoir personnel au détriment de la force des principes est l’une de ces causes.
Par exemple, pour améliorer sa gestion, le pouvoir actuel peut-il ne pas remettre en cause sa conception du pouvoir conquis et géré par un homme, sans vraiment savoir s’entourer d’une équipe coordonnée et sans se doter d’une vision au sein de laquelle les idées et les principes sont plus forts que les «humeurs»? Or, le régime cherche la réélection sans cette profonde remise en cause.

De son côté, Bruno Amoussou dénonce avec justesse ce problème majeur, et veut le résoudre à partir des partis politiques. Or, est-il possible pour un parti comme le Psd de renouveler entièrement ses plus hautes instances dirigeantes sur la base d’une compétition des idées ? Le congrès ne nous permet pas de répondre par l’affirmative. Sans avoir fait leurs preuves au niveau de leurs partis respectifs, comment les G et F peuvent-ils le faire au niveau national ?
Vu le fléau du pouvoir personnel, qui s’engagent effectivement «sur un Programme porté par un groupe qui garantit la pérennité et non une vision dont l’application dépend de l’humeur de son unique géniteur» ? Le pouvoir personnel est le pire ennemi de notre avenir collectif, et curieusement aussi, des ambitions individuelles.

Abbé André S. Quenum

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Accueil triomphal pour Me Houngbédji à Ouidah et à Sô-Ava

Dans sa marche triomphale vers le palais de la Marina, Me Adrien Houngbédji était le week-end dernier à Ouidah et So-Ava. Occasion pour les populations déçues par le régime du Changement de l’accueillir royalement et de lui réaffirmer leur soutien massif pour la présidentielle de 2011.

Un stade plein comme un œuf et une ambiance de fête à nulle autre pareil. Voici résumé le face à face populations de Ouidah et le candidat désigné de l’Union fait la Nation (UN), Me Adrien Houngbédji. Entouré de Léhady Soglo, Jean-Claude Codja, Dansou Dossa, Eric Houndété, Sanni Yibath Glèlè, Colette Houéto, Luc Atrokpo, Sévérin Adjovi et bien d’autres personnalités, le président Houngbédji a été accueilli par des populations ravies de le recevoir. Et puis ce fut le début des allocutions avec Baba Adéoti, représentant des sages et notables de la ville. Celui-ci a tout naturellement exprimé la joie des populations de recevoir Me Adrien Houngbédji désormais leur espoir suite à la tristesse issue du régime du Changement qui a échoué sur toute la ligne avec les scandales, les dérives et la mauvaise gestion. Aussi après avoir imploré Dieu tout puissant pour qu’il lui vienne en aide dans sa marche triomphale pour 2011, il a laissé entendre que celui-ci est assuré d’une victoire certaine. Même son de cloche de la part du représentant des jeunes, Clerger Gomez et de celle des femmes, Frida Houessou .

Les deux intervenants ont en effet souligné les errements et échecs du pouvoir actuel et déclaré que Me Adrien Houngbédji est celui-là qui viendra redonner le sourire et l’espoir de vivre aux Béninois vu qu’ils souffrent depuis bientôt cinq ans. Après eux, le maire Sévérin Adjovi a enfoncé le clou après avoir présenté le candidat de l’UN qui selon lui est l’espoir de toute une nation et donc mérite un soutien massif de ses compatriotes en général et des ouidahniens en particulier. Il invita la future première Dame du Bénin, Mme Adélaïde Houngbédji à saluer la foule et à lui dire combien de fois, elle est heureuse de constater que les gens ont de bonnes raisons de croire en leur hôte pour la victoire en 2011. Me Adrien Houngbédji a été fait citoyen de la ville de Ouidah sous les ovations du public. Mais avant, Me Adrien Houngbédji, Léhady Soglo a vitriolé lui aussi le Changement pour sa gestion calamiteuse du pays et ses promesses démagogiques. Il a invité les populations à se mobiliser derrière le candidat de l’UN étant donné que ce celui-ci est un homme expérimenté.

Prenant la parole, Me Adrien Houngbédji a sous les ovations, formulé ses vœux pour la nouvelle année. Il a saisi l’occasion pour dévoiler son programme pour Ouidah notamment la construction des routes Cotonou-Ouidah et celle dite de la Route des pêches et de souligner les grandes lignes de son projet de société dont le milliard municipal.

L’étape de So-Ava

Après ce meeting époustouflant de Ouidah, cap fut mis le lendemain sur Sô-Ava. Les mêmes causes ayant produit toujours les mêmes effets, c’est un monde fou qui a pris d’assaut le CEG de la localité pour accueillir dans une ambiance inédite, Me Adrien Houngbédji et la délégation qui l’accompagnait. Pour l’essentiel, les divers orateurs que sont le président du comité d’organisation de la rencontre, les représentants des jeunes, des femmes, des sages et de l’UN ainsi que l’honorable Amoudatou Gbadamassi, initiatrice du meeting, de décrypter le régime du Changement à travers ses plaies et de présenter les doléances des populations profondément affligées par la médiocrité du pouvoir en place depuis 2006.

Johnson Z. OLOKIKI

Présidentielle de 2011 : Les griots du Changement compromettent les chances de Yayi

La bataille pour la victoire à la présidentielle de 2011 sera de longue haleine et un enjeu dans lequel celui qui rassemblera autour de lui des personnes qui séduisent les populations sortira gagnant.

Le week-end écoulé a été mouvementé avec des meetings et des réunions dans les divers états-majors politiques. Malgré la cherté de la vie et autres problèmes issus de la mauvaise gestion du Bénin par le régime du Changement, les Béninois ont observé avec tristesse, les shows de certains partisans du chef de l’Etat. Ils ont chanté en longueur de journée ses louanges. Exposées au soleil malgré quelques apatams et bâches, les populations visiblement marquées par la facilité de langage des orateurs qui les entretenaient, les paroles dithyrambiques à l’endroit du chef de l’Etat et même des déclarations qui frisent le délire et le mensonge ne croyaient pas à leurs yeux. Loin de représenter aux yeux des Béninois des gens qu’il faut suivre, ces ‘’Vuvuzéla » du Changement, mettent tout en œuvre pour faire échouer leur leader au premier tour du prochain scrutin présidentiel. Comment vient-on gloser avec tous ces scandales, ces dérives, la disparition mystérieuse de Dangnivo, etc, devant le peuple ? Comment justifier tant de scandales, de prévarications, de porosité politique en cinq années de gestion du pouvoir par les hommes au pouvoir ? Et la vérité, toute la vérité que cette bande compromettante pour le régime du Changement doit désormais dire au peuple est celle relative au payement avant les prochaines échéances électorales des milliers de gens spoliés par ICC/Services et consorts. Autrement, tout tapage médiatique serait voué à l’échec. Le chef de l’Etat et sa bande doivent apprendre à leur dépends que tout flatteur vit au dépend de celui qu’il le flatte.

Johnson Z. OLOKIKI

Opinion : les béninois ne voteront pas le 27 février 2011

Soumettre le rendez-vous constitutionnel obligatoire devant désigner le Président de la république à un préalable exposé à des aléas de l’ordre de ceux que nous avons observés, tel est le remarquable exploit de nos sages de la Cour constitutionnelle béninoise.

En effet, subordonner la tenue de la présidentielle à la disponibilité préalable de la LEPI, peut apparaître comme une décision inconséquente et teintée d’imprudence de la part de nos sages, mais nous leur donnons le bénéfice du doute en partageant cet « optimisme fanatique ». La CPS-LEPI par la voix de son « respecté coordonnateur », nous avait promis de manière ferme et définitive, la disponibilité de la LEPI pour le 31 décembre 2010. Nous avions cru en ces « super techniciens », n’ayant nullement à leur actif connu, la confection d’une LEPI par le passé ou dans une autre vie, et avions cru mettre la LEPI dans nos résolutions de la nouvelle année 2011 qui doit connaitre nos deux élections majeures. Rien de tout ce qui concourt à la tenue d’une élection n’est actuellement en place pour espérer en avoir une.

L’installation de la Céna est minée par une mésentente non réglée entre « sociétés civiles » sur le choix de « son » représentant, alors que sans ses démembrements non encore discutés au parlement, le travail effectif ne sera point lancé, et pendant que la liste électorale permanente informatisée est coincée quelque part dans les méandres des kits biométriques grippés par l’harmattan sévissant entre autres… La seule certitude avec laquelle nous nous berçons est la convocation du corps électoral par le gouvernement…Convocation formelle, mais surtout destinée à faire échapper leur auteur responsable à une mise en accusation pour violation d’une obligation constitutionnelle au regard des dispositions cumulées des articles 46 et 47 de la Constitution. Ce soporifique de la convocation du corps électoral ne doit pas nous faire occulter les conséquences de l’exigence de la Cour constitutionnelle au regard de la tenue effective du scrutin le 27 février…

1. Les « candidats à la candidature » ne pourront pas respecter les délais et exigences légaux… Utiliser le terme de « candidats à la présidentielle » avant toute validation par la Cour constitutionnelle est un abus de langage. En effet, l’article 44 de la Constitution, fait obligation pour tout candidat de faire valider sa candidature par la Cour Constitutionnelle (encore elle !), avant de se voir attribuer le sésame constitutionnel, conférant une telle qualification et qualité. Avant ladite validation par la Cour, les déclarants demeurent donc des « candidats à la candidature », parce que la Cour dispose du pouvoir (non susceptible de recours) de les déclarer inapte à la course présidentielle. Au nombre des exigences de cet article, la Constitution impose le fait « de jouir de tous ses droits civiques et politiques ». Au rang de ces droits, trône en maître celui de vote, donc la qualité d’électeur. Pour donc être candidat à la présidentielle ou de toute autre élection, le candidat à la candidature doit d’abord être électeur.

Le paradoxe de la LEPI quant à cette exigence, est que le fait matérialisant la qualité d’électeur est la délivrance de la carte d’électeur. Ne peut être considéré comme électeur, que celui qui dispose de sa carte d’électeur ou tout au moins de son inscription définitive (après publication provisoire, recours légaux, et extraction) sur la liste électorale permanente informatisée. Les super techniciens sans expérience antérieure de LEPI, nous promettent encore une fois (inutile de rappeler l’adage des promesses politiques) la publication de la LEPI pour le 15 février, soit une date tombant en plein dans la campagne au regard des dispositions légales et de la tenue hypothétique de l’élection le 27 février 2011. L’article 8 des règles particulières pour l’élection du Président de la république impose que les candidatures soient déposées à la CENA ou ses démembrements 30 jours avant le jour du scrutin, soit au plus tard le 27 janvier 2011. Pour respecter la date du 27 janvier 2011, le « candidat à la candidature » devra joindre à son dossier la preuve de sa qualité d’électeur, preuve qui au regard des circonstances sus énumérées ne peut, au mieux, être présumée que le 15 février 2011…

La Cour devra donc, au regard de son désir d’imposer la LEPI pour ladite élection, étudier à partir du 27 janvier 2011 (en espérant que la Céna soit installée), des dossiers de candidature dont l’une des pièces ne pourra être fournie qu’à partir du 15 février 2011, et se prononcer avant le 12 février, date prévue pour l’ouverture de la campagne… On est tenté de s’exclamer « Pourquoi diable nous embarque-t-elle dans cette galère ? », en imposant la LEPI, mais la Cour doit avoir le secret des miracles… A cette date en effet, personne, y compris les candidats et les sages de la Cour, ne disposera de la preuve de sa qualité d’électeur au regard de la loi sur la LEPI, qualité indispensable dont la preuve est exigée dans la liste des pièces déposées à la Cour. Le risque est fort que nous soyons encore à la date de la fin constitutionnelle du mandat présidentiel en cours, le 6 avril 2011, à nous demander quand est ce que le peuple s’exprimera par la voie des urnes.

2. Les suites prévisibles de la situation de la fin du mandat présidentiel sans élection préalable Si le destin nous amenait, pour la première fois depuis notre expérience démocratique, à la non tenue d’une élection présidentielle dans le respect des délais constitutionnels, c’est-à-dire tout au moins 30 jours avant la fin du mandat en cours, nous en serions très reconnaissants à la Cour, de nous avoir fait une belle image de démocrates, mais aussi nous devrons nous interroger sur la personne qui portera le titre de Président, puisqu’il en faut une. L’article 50 de la Constitution prévoit limitativement les cas de suppléance à la présidence de l’Etat.

L’alinéa 1er de l’article 50 fait droit au Président de l’Assemblée, en cas de vacance par décès, démission ou empêchement définitif. Le Président de l’Assemblée nationale en cours, en fin de mandat également, ne pourra donc prétendre à assurer l’intérim provisoire que dans ces trois cas limitativement énumérés par la loi fondamentale. Toute autre sorte de vacance n’étant pas prévue, nécessitera une interprétation de la disposition constitutionnelle par la Cour (encore elle !).

L’alinéa 3 de l’article 50 de la Constitution, fait droit au Président de la Cour Constitutionnelle en cas de mise en accusation du Président de la république. Il ressort donc de ce texte que seuls MM. Mathurin Nago (Président de l’Assemblée nationale en fin de mandat, donc risque potentiel de nouvelle vacance), et Robert Dossou (Président de la Cour constitutionnelle) se trouvent en pole position pour arborer provisoirement la toge de président intérimaire.

Dans le cas de Mathurin Nago, la seule possibilité souhaitable (loin de nous les cas décès ou l’empêchement définitif du Président de la république) serait une démission (comme envisagée et recommandée par l’aîné Amouda Razaki, nouveau membre de la CENA 2011), permettant au Président de l’Assemblée de disposer de 30 à 40 jours à partir de la déclaration de vacance, pour la tenue de l’élection. Nous aurions une chance plus objective de coller aux impératifs de la Cour au regard de la LEPI.

Le cas de Robert Dossou ne serait envisageable que dans le cas d’une mise en accusation du Président de la République. A cet effet, il y en a une en cours et aussi une autre possible sur le motif de la convocation du corps électoral qui ne nous semble pas respecter les exigences de l’article 35 de la Constitution (« devoir de l’accomplissement de la fonction d’élu politique avec conscience, compétence, probité dévouement et loyauté dans l’intérêt et le respect du bien commun »).

En toute objectivité, si nous arrivions au 6 avril sans élection (entendre deux tours séparés de 15 jours), et en l’absence de la survenance d’un des cas de l’article 50 de la constitution, le sort du Bénin se retrouverait devant la Cour Constitutionnelle qui ne peut ni proroger le mandat du Président de république, ni celui du Président de l’Assemblée nationale. L’interprétation dudit article au regard de la situation de vide juridique (non souhaité, mais à envisager en toute prudence) sera donc du seul ressort de la Cour présidée par Me Robert Dossou, dont le mandat est par contre valable encore deux années, lui laissant la marge nécessaire pour l’organisation d’élections avec la liste électorale permanente informatisée imposée par elle. Pour la première fois au Bénin depuis notre accession à la démocratie, nous nous inquiétons de la tenue à bonne date d’élection présidentielle, rendez-vous que nous n’avons jamais manqué dans les délais constitutionnels, et peut être pour la première fois au Bénin, aurons-nous un Président intérimaire que la Cour constitutionnelle choisira entre M. Mathurin Nago et M. Robert Dossou. Charité constitutionnelle bien ordonnée…

Paris, le 21 janvier 2011

Nourou-Dine SAKA SALEY

Juriste

BENIN : Incendie au Ministère de la Culture hier

Le Ministère de la Culture, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales vient d’être touché au cœur. Un incendie sans précédent s’est déclaré hier dimanche 23 janvier 2011 dans le bureau du régisseur causant de nombreux dégâts. Des documents sensibles sont partis en fumée. La police a aussitôt ouvert une enquête pour déterminer les causes du drame.

Tôt, ce dimanche 23 janvier 2011, les voisins ont aperçu depuis leur domicile la fumée s’échapper avec insistance d’un bureau à l’étage du ministère de la Culture, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales situé au quartier Dagbédji dans le 7ème arrondissement de Cotonou. Ils accourent vers le bâtiment afin d’en informer les agents privés qui sécurisent les locaux, visiblement étonnés. Ceux-ci prenant aussitôt l’information au sérieux gravissent les escaliers pour localiser le bureau. Pendant ces moments d’agitation, les autorités du ministère sont informées de la situation. Les collaborateurs du ministre Ganiou Soglo, visage rempli d’interrogation commencent à pointer le bout de leur nez. Certains retroussant les manches de leur chemise donnaient l’impression de vouloir se substituer aux sapeurs- pompiers, qui se faisaient désirer. D’autres désemparés ne savent plus où donner de la tête. C’est un remue-ménage. Le bureau ciblé, est celui du régisseur. L’incendie pour le moins curieux se serait déclaré depuis des heures et a presque tout détruit. Les dégâts seraient considérables. De nombreux documents sensibles et du matériel de bureau sont irrécupérables. Ils sont partis en fumée. L’arrivée des sapeurs-pompiers n’a fait qu’arrêter la propagation de l’incendie. Le ministre Ganiou Soglo est venu constater les dégâts. La police également. Comment le drame est-il survenu ? Il va falloir attendre les conclusions de l’enquête ouverte par la police nationale pour déterminer les causes de l’incendie. Ce qu’on peut déjà se mettre sous la dent, c’est que le bureau brûlé ne souffrait d’aucune défaillance technique quant aux installations. Du coup, on soupçonne un drame d’origine intentionnelle. En tout cas, les résultats de l’enquête sont très attendus pour fixer les responsabilités, s’il y en a eu. Cette nouvelle situation évoque la question d’un phénomène qui se renouvelle dans les ministères où les enquêtes n’aboutissent jamais ou presque pas. Le dernier en date s’est produit au ministère de l’Agriculture. Ensuite, c’est un silence plat qui a régné. Nous voici face à une même situation et les enquêtes ne viennent que de commencer. Rappelons que c’est le point névralgique d’un ministère qui vient d’être touché.

NF

Célébration du cinquantenaire des forces armées du Bénin : Le gouvernement chôme la journée du vendredi

Réunis en Conseil des ministres le vendredi 21 janvier 2011, les membres du gouvernement ont décidé de consacrer la journée du vendredi 28 janvier 2011 à la commémoration du cinquantenaire des forces armées béninoises. Dans le but d’assurer le bon déroulement des festivités entrant dans le cadre de la commémoration de cet anniversaire, la journée du vendredi est déclarée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire national.

Le Conseil des Ministres s’est réuni en séance extraordinaire le vendredi 21 janvier 2011 sous la présidence effective du Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement.

Les travaux ont été essentiellement consacrés à l’examen d’une communication du Ministre d’Etat Chargé de la Défense Nationale à la célébration du cinquantenaire des Forces Armées Béninoises.

Au cours de l’historique Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990, les Forces de défense et de sécurité du Bénin se sont solennellement engagées à observer la stricte neutralité vis-à-vis de la politique et à se consacrer essentiellement aux tâches de développement de la nation.

Depuis le 28 juillet 1960, date de leur création, et singulièrement depuis l’avènement du renouveau démocratique au Bénin, il est noté que ces concitoyens en uniforme sont demeurés et restent toujours fidèles à l’engagement pris. Ils s’acquittent admirablement et honorablement de leur noble mission de défense de l’intégrité territoriale ainsi que de la sécurité des personnes et des biens, garantissant ainsi un climat de paix favorable à l’émergence de notre pays.

La célébration du cinquantenaire des forces armées et de sécurité du Bénin est une occasion unique pour exprimer la reconnaissance et la gratitude du peuple et de la nation à toutes les composantes desdites forces pour leur professionnalisme et leur mérite exceptionnels qui forcent l’admiration et font la fierté de notre pays sur les théâtres régionaux et internationaux où elles sont déployées.

En approuvant cette communication, le Conseil des Ministres a décidé d’autoriser la célébration, le vendredi 28 janvier 2011, du cinquantenaire des Forces Armées Béninoises. Cette manifestation qui se déroulera à Cotonou sera marquée par un défilé militaire et paramilitaire. Le défilé militaire et paramilitaire sera exécuté dans l’ordre et la discipline, valeurs sur lesquelles repose la force de toute armée.

Ce faisant, nos Forces armées donneront à notre peuple la preuve que la nation ne peut se bâtir que grâce à un sens élevé de patriotisme, dans l’ordre, la discipline et la rigueur librement consentis.

C’est pourquoi, des instructions ont été données :

au Ministre d’Etat chargé de la Défense Nationale et au Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique aux fins de prendre des dispositions nécessaires, chacun en ce qui le concerne, pour assurer le bon déroulement des festivités commémoratives des cinquante ans des Forces Armées Béninoises ;

au Ministre du Travail et de la Fonction Publique pour déclarer la journée du vendredi 28 janvier 2011 chômée et payée sur toute l’étendue du territoire national.

Fait à Cotonou

Le deuxième secrétaire Général

Adjoint du gouvernement

Eugène Dossoumou

Haïti : Le président Préval veut que Duvalier réponde de ses actes

Haïti: L’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier doit répondre de ses actes devant la justice, a affirmé le président haïtien René Préval lors d’une visite surprise en République dominicaine voisine, au moment où Haïti est plongé dans une grave crise politique.

« La constitution (haïtienne) dit que toute personne doit répondre de ses actes devant la justice. Le gouvernement a déjà fait ce qu’il devait faire, maintenant nous attendons que la justice fasse son travail », a déclaré le président haïtien, censé quitter le pouvoir le 7 février.

Un des avocats de M. Duvalier, Me Reynold Georges, a réagi en assurant que M. Duvalier avait bien l’intention de « répondre aux questions de la justice ». Mais « cela ne veut pas dire qu’il est coupable », a-t-il ajouté lors d’une conversation téléphonique avec l’AFP.

M. Duvalier, 59 ans, chassé après quinze ans de pouvoir dictatorial par un soulèvement populaire en 1986, a débarqué inopinément en Haïti le 16 janvier.

Six plaintes individuelles pour violation des droits de l’homme ont été déposées contre lui. Par ailleurs, il est poursuivi par la justice haïtienne pour corruption, détournement de fonds publics et association de malfaiteurs.

Me Georges a assuré que M. Préval était « derrière (le) complot qui vis(ait) à traumatiser » son client. « M. Préval doit aller en prison pour tous ses méfaits, pour les millions volatilisés. Et il le sait très bien ».

M. Duvalier, qui s’était autoproclamé « président à vie », affirme être revenu au pays pour « aider » Haïti, mais il semble surtout vouloir récupérer ses avoirs bloqués en Suisse. « Ce que (Duvalier) aimerait faire avec les fonds suisses c’est contribuer à la reconstruction du pays », a reconnu vendredi un autre de ses avocats, Me Edwin Marger. « C’est une des raisons pour laquelle il est revenu (…). Il ne demande pas que quoi que ce soit lui soit rendu personnellement ».

Selon des experts et des associations de défense des droits de l’homme, M. Duvalier, alias « Baby Doc », serait revenu en Haïti dans le cadre d’une manoeuvre qui lui permettrait de retrouver les quelques 5,7 millions de dollars déposés par sa famille sur des comptes en Suisse.

Mais, la justice haïtienne lui a interdit cette semaine de quitter le pays.

« Ce n’est pas mon rôle de dire si je suis d’accord (avec le retour de Duvalier) », a encore dit M. Préval, rappelant que la constitution « interdit l’exil et établit que tout Haïtien a le droit de revenir dans son pays ».

M. Préval s’est rendu samedi avec son Premier ministre Jean-Max Bellerive à Saint-Domingue, où il a rencontré son homologue dominicain Leonel Fernandez pour parler de la crise politique en Haïti.

Le tribunal électoral haïtien enregistre depuis vendredi les contestations nées du premier tour de la présidentielle du 28 novembre.

Une mission d’enquête de l’Organisation des Etats américains (OEA) a conclu que des fraudes avaient faussé les résultats et recommandé d’exclure du second tour le candidat du pouvoir Jude Célestin et de qualifier le chanteur Michel Martelly pour un duel avec l’ex-Première dame Mirlande Manigat arrivée en tête.

Le Conseil électoral haïtien devrait annoncer les résultats définitifs du premier tour le 31 janvier.

Dimanche, une manifestation à l’appel d’une douzaine de candidats malheureux à la présidentielle demandait l’annulation pure et simple du premier tour.

« Nous voulons des élections sans fraude! », « A bas la corruption, nous sommes fatigués! « , pouvait-on lire sur les pancartes brandies par une grosse centaine de manifestants défilant dans les rues de la capitale Port-au-Prince.

Gestion de la crise ivoirienne : La révolte gagne toute l’Afrique !

Les soutiens à Gbagbo se multiplient : Angola, Libye, Ghana, Bénin, Guinée équatoriale, Cap Vert, Afrique du Sud, Gambie … La révolte gagne toute l’Afrique !

M. Teodoro Obiang Nguema, le président de la Guinée équatoriale, vient de dire son soutien ferme et sans faille au président de la République d’Angola, Eduardo Dos Santos, dans la position que ce dernier a affichée en soutenant le respect des institutions républicaines en Côte d’Ivoire. Avant-hier jeudi, c’est par la bouche même de M. Eustaquio Nseng Esono, vice-ministre équato-guinéen des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, reçu en audience au palais présidentiel angolais, que le chef de l’Etat angolais a entendu ce soutien ferme de son homologue équato-guinéen. D’ailleurs, selon les informations dont nous disposons, au sortir de l’audience que lui a accordée Eduardo Dos Santos, M. Eustaquio Nseng Esono, précédemment ambassadeur de son pays en Angola, a déclaré à la presse : « La Guinée équatoriale appuie la position de l’Angola. La Guinée équatoriale est totalement d’accord avec la position de l’Angola pour le respect de la souveraineté de la Côte d’Ivoire ». Selon l’émissaire équato-guinéen, le président Obiang Nguema soutient que « la crise ivoirienne doit être réglée par le dialogue en vue de trouver une solution qui respecte les droits internes du peuple ivoirien ». Mais, mieux, parlant de la volonté de quelques chefs d’Etat fous de la Cedeao menaçant de venir faire la guerre au paisible et hospitalier peuple ivoirien, le président de la Guinée équatoriale estime plutôt que « la communauté internationale doit aider la Côte d’Ivoire à trouver une solution politique et pacifique qui favorise toutes les parties ». Enfin, sûrement personne n’en ignore, le président Obiang Nguema, selon son ministre, va plus loin : « Il est temps que les pays africains ne permettent plus les ingérences des pays occidentaux dans leurs affaires internes ! », a déclaré Eustaquio Nseng Esono.

L’Afrique bouge !

Toujours ce même jeudi, M. Pedro Pirès, président de la République du Cap Vert, a également dépêché, chez Eduardo Dos Santos, son ambassadeur en Angola, Sem Domingos Mascarenhas, pour dire, dans les mêmes termes, son soutien ferme « à la sage position défendue par le président angolais dans la crise post électorale en Côte d’Ivoire ». L’ambassadeur cap-verdien, à sa sortie d’audience avec le président angolais, a déclaré à la presse que, selon son président, « la position qu’a prise l’Angola dans la crise ivoirienne et qu’elle assume est sage parce qu’elle vient d’une personnalité qui a de l’expérience et qui connaît les conséquences néfastes de la guerre ».

Selon le diplomate cap-verdien, son président affirme que « de tous ceux qui sont intervenus jusque-là pour résoudre la crise post électorale en Côte d’Ivoire, la position de l’Angola est la plus claire » et que le Cap Vert milite fermement pour une « solution pacifique au problème ivoirien ». Enfin, tout comme la Guinée équatoriale, le Cap Vert est ferme : « Les Africains doivent cesser d’importer des solutions miracles pour régler leurs problèmes ! ».
Lors de la cérémonie de présentation des vœux du nouvel an des corps constitués, le jeudi 13 janvier 2011, le président angolais avait déclaré, devant tous les diplomates accrédités en Angola, qu’en Côte d’Ivoire, « les faits nous disent concrètement ce qui suit : le Président de la Commission électorale a diffusé les résultats du deuxième tour de l´élection présidentielle quand il n´était plus compétent. Le délai prévu par la loi pour le faire était déjà dépassé et le dossier avait été transmis, pour le traitement nécessaire, au Conseil constitutionnel. Le représentant des Nations unies en Côte d´Ivoire, dans une attitude précipitée, a certifié et annoncé ces résultats, alors que la résolution ad hoc des Nations unies dit que la certification doit s´appliquer aux résultats électoraux validés par le Conseil constitutionnel, lequel ne s´était pas encore prononcé. Cette déclaration du représentant des Nations unies a induit en erreur toute la communauté internationale, car le Conseil constitutionnel n´a pas validé les résultats provisoires diffusés par le président de la Commission électorale, ayant accepté les réclamations et plaintes d´irrégularités et fraudes graves qui mettaient en cause lesdits résultats. Le Conseil constitutionnel est, en vérité, le seul organe compétent légal pour valider et publier les résultats finaux des élections. Aux termes de la loi, le Conseil constitutionnel devrait recommander la réalisation de nouvelles élections dans un délai de 45 jours, mais il n´a pas agi ainsi et a proclamé les résultats donnant la victoire à l´autre candidat ».
Face à tous ces actes inaltérables, le président Eduardo Dos Santos a conclu : « Compte tenu de ces faits, il est difficile à l´Angola d´accepter qu´il y ait un président élu en Côte d´Ivoire. Nous considérons, néanmoins, qu´il y a un président constitutionnel, qui est l´actuel président de la République; lequel doit être maintenu jusqu´à la tenue de nouvelles élections, comme l´établit la loi électorale de ce pays ! ».

Depuis cette courageuse prise de position, les énergies sont libérées à travers tout le continent. La révolte contre les manigances de l’Occident s’étend. Dans un discours musclé à l’ouverture de la Conférence des Emigrés africains eu Europe, le 17 janvier 2011, à Tripoli, le Guide de la Révolution libyenne, Muammar El Kadhafi, a élevé le ton contre l’Occident : « Des gens de plusieurs nations, d’un ou de deux continents, veulent s’accaparer l’Afrique…. Derrière tout cela, il y a le colonialisme occidental. Ils ont des velléités pour le continent et veulent liquider les dirigeants de la libération pour permettre aux suppôts du colonialisme de gouverner l’Afrique, afin qu’ils donnent l’Afrique sur un plateau d’or au colonialisme. Ils veulent que l’Afrique soit une arrière cour de l’Europe et une mine pour les usines de l’Europe et de l’Amérique. L’Europe et l’Amérique se comportent en Afrique comme dans leurs propriétés, comme s’ils sont les tuteurs de l’Afrique. Qui leur a conféré ce droit ? Nous sommes un continent et des hommes comme eux. C’est une chose provocante qui nous pousse à la colère, à la haine et à la révolte. De quel droit s’ingèrent-ils dans nos affaires intérieures ? ».

Puis, après ce coup de colère, Kadhafi conclut encore plus ferme : « S’ils veulent que les pays africains d’aujourd’hui soient traités comme des esclaves, cela veut dire que nous sommes encore à l’époque de l’esclavagisme et de la traite négrière. Nous refusons cela ! ».
Dans la même veine, le très discret président béninois, Yayi Boni, émissaire de la Cedeao dans la crise ivoirienne, a déclaré, depuis l’aéroport de Luanda, après une rencontre avec Eduardo Dos Santos, le 18 janvier 2011, que « Gbagbo a raison ! ».

Les vérités de Jacob Zuma

Hier, lors d’une conférence de presse, le président sud-africain, Jacob Zuma, a mis le pied dans le plat en faveur de Laurent Gbagbo : « Nous devons faire quelque chose d`autre que de demander à l`un des deux chefs de partir. Les deux candidats ont lancé de sérieuses accusations concernant des irrégularités de vote au cours de la présidentielle du 28
novembre dernier. Nous devons trouver un moyen de vérifier les faits et, en fonction des résultats, de pouvoir avancer’’. Et au président Zuma de proposer ce que les détracteurs de Laurent Gbagbo refusent d’accepter : « Le prochain sommet de l`Union africaine qui s`ouvre le 30 janvier à Addis-Abeba doit étudier la question ! ».

Toujours hier, de par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Dr. Mamadou Tangara, dépêché auprès du président Gbagbo à Abidjan, le président Yaya Jammeh a fait dire au monde entier que « la Gambie s’oppose à tout autre moyen que le dialogue ! ». Enfin, ceci expliquant sûrement cela, le Premier ministre kenyan Raïla Odinga, ex-émissaire de l’Ua, parti d’Abidjan mercredi dernier pour une campagne africaine pour la guerre contre Gbagbo, s’est dégonflé en Angola. Reçu en audience le 20 janvier par Eduardo Dos Santos, Raïla Odinga a confessé devant la presse : « Ce n’est pas la peine que les pays occidentaux s’ingèrent dans la crise ivoirienne. La Cedeao et l’Union africaine peuvent gérer le problème. Ces deux organisations sont capables de trouver une solution pacifique pour le pays. Il y a toujours une possibilité de trouver une solution pacifique si les deux parties s’engagent à créer une ambiance de dialogue ». Plus grave, Raïla Odinga dit avoir aimé la détermination avec laquelle le président Dos Santos s’est investi dans la crise ivoirienne : « C’est sûrement l’expérience angolaise dans la résolution des conflits parce qu’ayant vécu une longue guerre civile qui explique la position affichée par l’Angola », a-t-il dit.

C’est très clair : le président ivoirien, Laurent Gbagbo, n’a jamais été autant soutenu. L’Afrique entière se révolte contre les néocolons.

César Etou (cesaretou2002@yahoo.fr)

La grande solitude d’Alassane Ouattara

Les ordures se consument, comme un fumier géant, embrasant l’air. L’odeur piquante relègue au second plan les effluves douceâtres de la lagune d’Abidjan. Les embouteillages vont leur train habituel, entre les barrages de police et les arrêts en triple file de véhicules fatigués. Au palais présidentiel, les photographes parés de gilets orange fluo attendent, le lundi 17 janvier, l’arrivée du médiateur de l’Union africaine, le premier ministre kényan, Raila Odinga. Ses entretiens avec Laurent Gbagbo. Mais plus le temps passe et plus la situation apparaît ubuesque. Comme si le président cloîtré en son hôtel du Golf depuis l’élection du 28 novembre 2010 avec un gouvernement fantôme perdait peu à peu toute réalité. M. Ouattara reste invisible – un sourire qui s’efface, sur des affiches électorales dépassées. Les rumeurs les plus folles circulent, comme souvent en Afrique: est-il bien toujours à l’hôtel du Golf? Les diplomates en sont assurés, puisqu’ils le rencontrent, mais qui s’en soucie? Sa stratégie semble de plus en plus illisible, même pour ses partisans. Ils n’osent guère s’exprimer à découvert, car la situation reste tendue. Lundi, alors que l’ONU doit voter un contingent supplémentaire de 2000 hommes pour l’Onuci, qui portera leur nombre à 11.500, des échauffourées ont éclaté en plein centre-ville, près de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Pour disperser un groupe de jeunes qui avait encerclé des blindés légers de la force d’interposition, celle-ci a tiré en l’air. Deux personnes ont été blessées. Ces heurts sporadiques, dont la nouvelle se répand à toute allure par les téléphones portables, ne sont cependant pas quotidiens. Et de là à réussir une «opération pays mort», comme M.Ouattara y a appelé, le mardi 18 janvier, il y a un grand pas. Le président favori de la communauté internationale risque d’y user un peu plus son crédit en cas, probable, d’échec. De même que ses appels à déloger M.Gbagbo par la force, sans lever le petit doigt, finissent par apparaître comme des rodomontades. Cela s’ajoute aux anecdotes qu’on ne manque pas de raconter à toute personne arrivant à Abidjan. Comment, vous ne connaissez pas l’histoire des langoustes? Une cargaison de ces crustacés de luxe destinée aux reclus de l’hôtel du Golf a été interceptée. Sitôt l’histoire livrée, avec forces détails, on vous précise que les Ouattara – que Nicolas Sarkozy a mariés naguère à la mairie de Neuilly – vivent «comme des milliardaires». Sans incarnation, le débat politique devient un jeu de massacre médiatique. En Côte d’Ivoire, les quotidiens fleurissent. De bon matin, ils provoquent des attroupements devant les kiosques, jusqu’à bloquer la voie. Les Ivoiriens se qualifient eux-mêmes de «titrologues», car ils ne lisent souvent que les manchettes. Ou bien ils «louent» le journal pour 0,50 franc CFA, malgré un prix de vente assez bas, 200 francs CFA [presque 40.centimes] en moyenne. Les deux présidents disposent chacun de six ou sept titres, qui ne font pas dans la nuance. Lundi, Le Nouveau Courrier, favorable à M. Gbagbo, faisait état d’un «assaut sur Abidjan», préparé à Bouaké par les forces de l’Onuci qui «s’apprêtent à transporter […] mercenaires et combattants rebelles» pour soutenir M. Ouattara. Du bord opposé, Le Patriote donnait le même jour «la liste des 85 ennemis de la paix», personnalités sanctionnées par l’Union européenne depuis vendredi, dont les avoirs sont gelés et les déplacements réduits – avec les dates de naissance et les numéros de passeport. S’y ajoutait un bref commentaire pour chacun, tel celui-ci pour Laurent Gbagbo: «Prétendument président de la République. Obstruction au processus de paix et de réconciliation, refus du résultat de l’élection présidentielle.» Pourtant nul ne nie que chaque jour contribue à l’affaiblissement de M. Ouattara, voire au renforcement de son adversaire. M. Gbagbo l’a très bien compris, qui joue la montre. Les ultimatums qui font flop – comme celui lancé par le président français à M. Gbagbo pour quitter le pouvoir et dont la date a expiré depuis belle lurette – sont aussi contre-productifs. Un Français influent, mais qui tient à garder l’anonymat dans cette période tendue, soupire: «Quand Sarkozy dit «Gbagbo partira à telle date», on voit bien qu’il n’est jamais venu en Côte d’Ivoire.» La communauté française, estime-t-il (environ 700 PME-PMI et 15.300 personnes dont 60% de binationaux), considère d’un œil sceptique les décisions prises à Paris. Ainsi, la décision de reconnaître l’ambassadeur de M. Ouattara apparaît comme un brin décalé dans le contexte ivoirien. «Gbagbo a conquis son pays sur le terrain, dans la rue. Il le connaît parfaitement, il a fait trente ans d’opposition. Pour enlever M. Gbagbo, il faudra aller sur la route», dit-il, alors que M. Ouattara a été formaté par les Occidentaux. De plus, par tempérament, le président reconnu «n’est pas un chef, pas un combattant, pas un gagneur. Il attend qu’on le mette au pouvoir et c’est bien le problème.» Comme nombre des Français du secteur économique, ce chef d’entreprise qui réside depuis trente ans en Côte d’Ivoire a d’autres craintes: il est évident à ses yeux que, si la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) veut déloger M. Gbagbo par la force, c’est le Nigeria, le plus gros contributeur, qui viendra. Non seulement ce n’est pas une démocratie exemplaire, mais il est assuré qu’il mettra ainsi la main sur tout le pétrole du golfe de Guinée. «Ils ne partiront plus d’ici, c’en sera terminé de la Côte d’Ivoire», dit-il. Le couvre-feu par intermittence, les troubles, les barrages, la baisse de l’activité économique, autant de raisons qui rendent le temps long… «Une présence prolongée, confinés dans un hôtel, alors que notre adversaire occupe le fauteuil de la République, c’est vrai que cela pose problème», reconnaît Patrick Achi, le porte-parole de M. Ouattara. Mais il a toute une batterie d’arguments. Le pouvoir n’est pas un lieu physique, affirme-t-il, à l’heure du village global et planétaire. Qu’importe d’être assis dans un palais quand l’ensemble de la communauté internationale, ou à peu près, vous a adoubé… Et puis M.?Gbagbo n’a plus les leviers financiers, assure-t-il: «Il n’est plus reconnu par la Banque centrale. C’est comme si la Banque de France ignorait M. Sarkozy.» Enfin, le spectre d’une guerre civile retient le bras du président élu, du moins aux yeux de la moitié d’un pays toujours coupé en deux. «C’est vrai que cela dure et que la population ne comprend pas bien, admet M. Achi. Mais nous, on a gagné, pourquoi diantre se précipiter?» A ceux qui suggèrent que M. Ouattara pourrait aller s’installer à Bouaké, dans le nord qui lui est favorable, son conseiller répond: «Gbagbo est assis au palais. Nous, on est assis à l’hôtel et le pays est paralysé. A Bouaké, cela ne changerait rien.» Tous ces arguments méconnaissent une dimension du conflit qui enfle au détriment de M. Ouattara: chaque jour, l’insistance de la communauté internationale à vouloir régler les problèmes des Ivoiriens à leur place agace davantage.

Béatrice Gurrey envoyée spéciale à Abidjan (Le Monde du19/01/2011)