Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

HU JINTAO Chez OBAMA en fieffe feinteur sur les droits de l’homme ?

La visite officielle du président chinois Hu Jintao aux USA du 18 au 22 janvier 2011 est généralement considérée comme un succès même si eu égard à la tonalité générale prise par la rencontre entre Barak Obama et le premier Chinois à l’accueil que les Américains ont fait à l’invité et à l’ouverture d’esprit de Hu Jintao par rapport à certains sujets épineux abordés.  Sur la question du yuan, il semble que la Chine ait fait quelques promesses, suscitant des espoirs américains mais attendons de voir venir. Sur la Corée du Nord aussi, on sent des évolutions positives allant dans le sens de pressions plus accentuées sur le régime de Pyongyang par la Chine. Au plan commercial, 45 milliards de dollars de commandes pour les USA, ce n’est pas rien ! Dans le domaine quelque peu sensible des libertés,  au grand étonnement de beaucoup d’Américains, Hu Jintao s’est montré plutôt relaxe même si certains journaux ont pu lui attribuer des qualités de dribbleur. Effectivement, le premier des Chinois a surpris plus d’un par sa répartie lorsque les journalistes, se délectant par avance, ont voulu le titiller sur le sujet. Voyez plutôt.


Michèle Obama, Hu Jintao et Barack Obama

La Maison Blanche avait lutté pour que le président chinois Hu Jintao accepte departiciper à une conférence de presse commune et était bien décidée à poser la fameuse question des droits de l’homme, histoire de prouver aux yeux du monde que cela compte pour la première puissance mondiale. D’autres pays peuvent hésiter, zapper sur le sujet quand ils sont devant les dirigeants de l’Empire du Milieu mais pas ceux des Etats-Unis d’Amérique !

Ainsi apprenait-on, peu avant le début de la conférence de presse, qu’il y aurait deux questions côté américain et deux autres côté chinois. Bien ! L’homme de Pékin s’y est soumis, sans broncher.

La première question portait sur les droits de l’homme et était destinée aux deux présidents. Barack Obama s’est longuement étendu sur le sujet en répondant posément, précisant que certes la  Chine a un système différent, une histoire différente mais que les Américains pensent que la démocratie et le respect des droits de l’homme transcendent la culture, etc… Mais détail important, il n’y a pas eu de traduction simultanée pour permettre au président chinois de suivre la réponse d’Obama. L’interprète fut alors contraint de traduire la longue réponse du président américain, lequel était visiblement agacé. Une fois le travail fastidieux réalisé,   Hu Jintao a fait comme si de rien n’était et a demandé la  question suivante, à une journaliste chinoise qui a posé une question qui n’avait évidemment rien à voir avec les droits de l’homme.

Comme les Américains avaient droit à une autre question, la dernière, ils sont revenus sur les droits de l’homme, posant exactement la même question.

C’est là que le premier des Chinois, un rien agacé, a dit « Je suis tout à fait en mesure de répondre à la question ». Et d’affirmer que la Chine est bien déterminée à respecter les droits de l’homme, qu’elle respecte leur universalité mais que c’est un pays qui a une population gigantesque et qui surtout se trouve à une étape cruciale de son développement. Il fera donc  une déclaration inhabituelle  sur la question puisqu’expliquant que « beaucoup rest(ait) à faire en Chine » sur ce dossier et promettant d’améliorer la situation. Et il conclura que les dirigeants sont prêts à étudier les  “best practices” (comprenez les bons exemples) des Etats-Unis. Qu’est-ce à dire ?

En effet, cette réponse peut être interprétée de deux façons.
Soit Hu Jintao accepte que les USA sont un modèle en matière de droits de l’homme (liberté de presse, cinquième Amendement…) et qu’effectivement, son pays va le suivre dans cette voie, soit  Hu Jintao s’est montré ironique. Voyons pourquoi.

Si dans l’ensemble, on considère qu’il y a un infléchissement de la position de Pékin sur la question et que l’avenir pourrait se révéler riche en rapprochement sur les droits de l’homme entre les deux pays, on peut aussi avoir des doutes et trouver des finesses dans  la réponse du Chinois. Et là, on pense naturellement aux immixtions insupportables de la première puissance mondiale dans bien d’affaires intérieures de pays tiers, aux exécutions des prisonniers, au refus de signer le Traité instituant la CPI et de se lancer dans une véritable politique écologique à la mesure de ce que font les autres Etats du monde, la guerre en Irak et nous en passons  de pires et de meilleures !

Dans ce cas, ce sacré premier Chinois aurait eu une répartie insoupçonnée qui a mouché ceux qui voulaient le déstabiliser, ramenant du coup  à son avantage  les pendules à l’heure. Et de fait, si Obama a pu placer tous les sujets délicats comme on l’attendait au cours de la visite du premier Chinois, et avec beaucoup de diplomatie, il n’a cependant  rien obtenu à leur sujet malgré les politesses de son homologue : rien n’a été concédé sur  le Tibet, sur Taiwan, sur les prisonniers politiques (notamment le Prix Nobel de la Paix toujours incarcéré). Et l’homme de Pékin, en disant qu’il souhaitait une coopération « dans le respect mutuel » s’est fait bien comprendre : il ne faut pas se mêler des affaires intérieures chinoises.

Oui, décidément, cette puissance n’est pas pour rien montante !

San Finna N°600 du 24 au 30 Janvier 2011

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