Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: janvier 26, 2011

2006 -2011 au Bénin : Cinq ans de recul patriotique

Arrivée au pouvoir en pompe, tambour battant avec une majorité écrasante, le chef de l’Etat n’a pas pu maintenir l’élan de départ en ce qui concerne la conduite des affaires du pays.

Adrien Houngbédji, Abdoulaye Bio Tchané, Iréné Agossa, Marie Elise Gbèdo, Kessila Tchalla, Victor Topanou, Janvier Yahouédéhou et la liste n’est pas clôturée. Les candidatures pour le compte de l’élection présidentielle de février 2011 s’allonge au fur et à mesure que l’on s’approche de la date fatidique.

Un total engouement s’observe en ce moment au sein de la classe politique en ce qui concerne les prochains scrutins. Mais des candidatures enregistrées pour les présentes élections, l’on constate qu’il y a un malaise dans le pays. Chaque candidat entend combler un vide ou un trou creusé par l’actuel occupant du fauteuil présidentiel. Au-delà des promesses électorales, il y a le fait que la gestion du pays a été catastrophique dans bien de secteurs. Toutes les réformes annoncées ont échoué. Les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Malgré les multiples chantiers ouverts et entamés par l’actuel chef de l’Etat, tout porte à croire qu’il n’y a rien de réalisé durant tout ce quinquennat qui va lentement à son terme.

La gratuité de la césarienne et des soins de santé pour les enfants de 0 à 5 ans est là.Mieux, il y a la gratuité de l’école primaire et de la sixième en cinquième pour les jeunes filles. La construction et le bitumage de certaines voies ou pistes du nord au sud de l’est à l’ouest du pays, la construction des passerelles de Houéyiho et de l’avenue Steinmertz sont également des actes à signaler. Ce serait un crime de lèse-majesté de ne pas citer la construction en cours de l’échangeur de Godomey, un chef d’œuvre. Tous ces chantiers suivent vaille que vaille leur cours mais les ardeurs sont tournées ailleurs. Les Béninois constatent que le pays tourne au ralenti.

Installé à la Marina avec plus de 75% des suffrages, le chef de l’Etat aujourd’hui se retrouve dans une posture qui ne rassure pas. Et pour cause. Le régime en place a tôt fait de se taper une mauvaise publicité auprès des populations. De la violation des libertés d’association aux libertés d’expression, en passant par la restriction de la liberté de presse, le pouvoir du Changement a failli dans sa stratégie de mise en œuvre de sa vision. Sur le plan de la gestion des affaires du pays, le gouvernement s’est illustré comme mauvais gestionnaire en se faisant éclabousser par des actes de détournement et de corruption. Les cas des dossiers Cen-Sad et MAEP (Mécanisme africain d’évaluation par les pairs) sont quelques illustrations. La marche verte organisée n’a servi que pour davantage enfoncer le pays dans la corruption. Les espoirs de Béninois se sont transformés en illusion. Le climat social s’est détérioré avec des mouvements dans tous les secteurs. Education, santé, administration publique, tous ces secteurs ont été ébranlés par des mouvements de protestations. Quid de l’assignation des agents de santé dont le procès est en cours ? Pourtant les travailleurs sont la cheville ouvrière de l’élection de Boni Yayi à la magistrature suprême. Sur un autre plan, le Changement organise un camp de la société civile sous la forme de cadre de concertation qui n’a de l’existence que par les actions du pouvoir. Tout le monde est devenu patriote. Artistes, douaniers, enseignants, agents de santé pour ne citer que ces catégories. En tout cas, l’héritage est lourd pour celui qui prendra les rênes du pays aux termes de la prochaine élection présidentielle. A moins d’un miracle ou d’un tour de magie. Presque tout est à redresser pour sortir le pays de l’immersion.

Bruno HOUESSOU, 24 h au Bénin

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BENIN : Une fête pour l’armée, un procès pour les infirmiers…

Journée chômée et payée en l’honneur de l’armée nationale. Près de 3 à 4 milliards de FCFA de manque à gagner pour le trésor public juste pour rendre hommage à un corps de métier qui représente à peine 1% de la population. S’ajoutent les autres centaines de millions engloutis dans l’organisation du défilé du 28 janvier 2011. Ne parlons pas des cocktails et autres orgies prévus dans le cadre de cette célébration spéciale de l’armée. A l’opposé, diète et régime sec pour les infirmiers pour qui la République n’est pas prête à débourser le moindre kopeck en prime de risque. En plus donc d’être privé de ces modiques primes, les agents de santé doivent subir une procédure judiciaire de la part du gouvernement-employeur. Tant pis si les hôpitaux publics sont désertés par leur personnel en grèves perlées depuis plusieurs semaines et si les populations sont privées de soins. A tous les patients en souffrance dans les couloirs des centres hospitaliers paralysés, le docteur-président dédie un défilé militaire qui se veut grandiose et fastidieux.

Ce n’était pas assez pour les émergents d’opposer le sud contre le nord à travers l’instrumentalisation des chefferies traditionnelles à des fins politiciennes. Pas assez de faire marcher des populations, des chefs traditionnels contre les députés hostiles à la politique gouvernementale. Pas assez de laisser l’appareil d’Etat dans les mains d’évangélistes fortement impliqués dans des actes d’escroquerie notoire au risque de frustrer plusieurs congrégations religieuses. Il fallait, en plus, opposer des catégories professionnelles à d’autres à travers les disparités de primes d’un ministère à un autre voire à l’intérieur d’un même ministère. Les infirmiers n’ont de cesse de décrier le fait que la prime de risque du médecin soit 15 fois plus élevée que la leur. Mais la fin de régime débouche sur un autre glissement hautement plus préoccupant à savoir l’opposition entre l’armée et d’autres couches et catégories socioprofessionnelles. C’est dans les rues de Cotonou que l’on a observé le déploiement de chars d’assaut en dissuasion à une manifestation organisée par des associations de défense des droits de l’homme et des centrales syndicales.

Le début de la précampagne électorale vient révéler une nouvelle stratégie, grand classique de tous régimes autocratiques à savoir la confusion entre le pouvoir politique et la force armée. Histoire pour le docteur-président de s’identifier à la puissance militaire. En direct, sur presque toutes les chaines de télévision, le chef suprême des armées simule une allégeance des généraux par le truchement d’un défilé militaire venu de nulle part, la veille d’une déclaration de candidature à la présidentielle. Avec l’espoir qu’à la fin, les Béninois retiendraient cette sulfureuse concomitance entre l’allégeance des militaires et celle de l’armée des courtisans émergents, le tout en un même week-end. En sus, ce message musclé de puissance et de force à tous les apprentis démocrates qui s’émeuvent des forcings à répétition de la Cour constitutionnelle dont les membres doivent tous leur élévation à la dignité de sages de la République au candidat-président.

La Marina sait qu’il lui faut plus que des prestidigitations inaudibles des membres de la Cour constitutionnelle pour se sortir de l’impasse sociopolitique qui se profile à l’horizon du 06 avril 2011 au cas où le processus électoral n’aboutirait pas. Malheureusement, quelques godasses neuves et une journée chômée et payée ne suffisent pas à faire d’une armée de métier, de devoir et d’engagement citoyen comme celle du Bénin, un instrument de légitimation d’un complot contre la démocratie. A plusieurs reprises, le général Mathieu Boni et ses gars ont démontré qu’ils sont loin d’être des guignols à la disposition de l’Etat-Fcbe.

Un défilé militaire n’est pas un bulletin de vote !!!

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Forces armées béninoises et investiture de Boni Yayi

En sa séance du 21 janvier 2011, le Conseil des ministres a décidé de la « célébration du cinquantenaire des Forces armées et de sécurité du Bénin » afin d’exprimer « la reconnaissance et la gratitude du peuple et de la nation à toutes les composantes desdites forces pour leur professionnalisme et leur mérite exceptionnels qui forcent l’admiration et font la fierté de notre pays sur les théâtres régionaux et internationaux où elles sont déployées ».

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L’armée béninoise n’a aucune raison de donner raison à l’honorable Antoine Idji Kolawolé

L’Union fait la Nation se félicite d’une telle décision qui traduit la volonté de notre peuple de rendre hommage à toutes les personnes physiques ou morales dont le comportement a contribué au développement économique et social de notre pays et à la préservation de la paix. En l’occurrence, nos militaires, nos gendarmes et nos policiers méritent de la patrie et ce n’est que justice de le leur reconnaître.

Malheureusement, en une si noble occasion, le Président Boni Yayi n’a pas pu renoncer à son habitude qui consiste à confisquer à titre privé les activités publiques. Il en est ainsi venu à transformer un évènement de portée historique, comme la célébration du cinquantenaire des forces armées, en un élément de campagne électorale.

Si les forces armées béninoises ont été créées le 28 juillet 1960, comme le rappelle le Conseil des ministres, leur cinquantenaire devrait être célébré au mois de juillet 2010 en même temps que les festivités qui ont marqué le cinquantenaire de notre indépendance. Les forces armées se seraient alors mieux associées au peuple pour évaluer le chemin parcouru et faire le bilan de leur action au même moment que toutes les composantes de la nation. Le gouvernement a préféré séparer les forces armées du reste du peuple et les amener à se présenter comme une institution étrangère à la communauté nationale.

Il apparaît aujourd’hui clairement qu’au lieu d’une démarche patriotique et républicaine, le Président Boni Yayi a choisi de pervertir et de souiller ces mémorables manifestations en les plaçant durant la pré campagne électorale. Pire, il les a inscrits dans sa stratégie de campagne en faisant défiler nos militaires, nos gendarmes et nos policiers la veille de sa déclaration de candidature, annoncée pour le 29 janvier 2011. La commémoration du cinquantenaire des forces armées ouvre alors les festivités marquant la déclaration de candidature du Président Boni Yayi. En transformant ainsi nos forces armées et de sécurité en instruments de propagande politique, le Président Boni Yayi porte une grave atteinte à leur neutralité et à la confiance que le peuple doit placer en ses institutions. Il laisse à penser au peuple que nos forces armées ont trahi leur serment de neutralité pour s’investir dans la campagne politique au profit d’un candidat.

C’est pour parvenir à ses fins, que le Président Boni Yayi a déclaré la journée du vendredi chômée et payée afin de libérer ses partisans pour qu’ils convoyent au lieu de rassemblement les foules souhaitées. Il serait même envisagé de faire asseoir dans les gradins des militaires, ramenés à Cotonou pour leur défilé, en leur faisant porter des tenues civiles. Une telle utilisation des moyens de l’Etat à des fins partisanes ainsi que la transformation de notre pays en bien privé seront sûrement sanctionnées par la Cour Constitutionnelle et la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication car nous espérons que leur absence à la tribune exprimera leur attachement à l’esprit républicain et leur fidélité à la Constitution.

Nous voulons célébrer une armée républicaine et neutre et non une armée politisée et ethnicisée.

Nous voulons célébrer une armée intégrée au peuple et qui partage les valeurs de fierté et de dignité.

Nous voulons célébrer une armée soudée, disciplinée, qui donne l’exemple de la justice et bannit les discriminations ;

Nous voulons célébrer une armée qui prévoit aussi bien les menaces que les fêtes longtemps à l’avance et qui ne se laisse pas contaminer par les improvisations qui caractérisent le présent régime.

L’Union fait la Nation condamne fermement l’intégration des festivités du cinquantenaire des forces armées dans les festivités qui marquent la déclaration de candidature du Président Boni Yayi.

L’Union fait la Nation salue le comportement républicain des forces armées et s’oppose à toute manœuvre tendant à les impliquer dans des activités ou des stratégies partisanes.

L’Union fait la Nation exhorte le peuple béninois à la vigilance pour conserver à nos forces armées son estime et sa confiance fondées sur l’honneur et le respect de la parole donnée.

Fait à Cotonou le 25 Janvier 2011.

Le Coordonnateur Général

Antoine Kolawole IDJI

26-01-2011, La rédaction de Fraternité

A l’école ivoirienne au GABON : Le Président André Mba Obame prête serment et annonce son gouvernement

Deux présidents, deux gouvernements au Gabon

Près de six mois après l’élection présidentielle gabonaise, l’opposant André Mba Obame, ancien ministre de l’Intérieur, s’est proclamé président du pays. Il a prêté serment sur la Constitution et même nommé son « Premier ministre », Raphaël Bandega Lendoye, professeur à l’Université Omar Bongo de Libreville.

  1. Premier ministre, chef du Gouvernement

Dr Raphaël BANDEGA-LENDOYE

2. Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération

Bruno Ben MOUBAMBA

3. Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation

Professeur John NAMBO

4. Ministre de la Solidarité nationale, de la Santé et de la Sécurité sociale

Marie-Agnès KOUMBA

5. Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé de la Réforme des Institutions constitutionnelles

Francis AUBAME

6. Ministre des Finances, du Budget et de la Fonction publique

Fabien MBENG EKOROZOCK

7. Ministre de la Défense nationale

Michel ONGOUNDOU

8. Ministre de l’Économie, du Commerce, de l’Industrie et des PME-PMI

Arthur NDOUNGOU

9. Ministre des Infrastructures, des Transports et de l’Aménagement du Territoire

Jean Grégoire MAPAGA

10.  Ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie

Michel DELBRAH

11.  Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Porte parole du Gouvernement

Roland MOUTOUMBI

12.  Ministre de l’Éducation Nationale, de l’enseignement technique et professionnel, chargé de l’Instruction civique

Alfred MEMINE ME NZUE

13.  Ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Thierry NANG

14.  Ministre des Ressources naturelles

Paul-Marie NDJAMBIEMPOLO GONDJOUT

15.  Ministre de l’Emploi et du Travail

Aymar MOAPA DJIABOUÉNI

16.  Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs

Marc KOUMBA-YEMBI

17.  Ministre de la Culture et des Arts, chargé des Relations avec les Institutions constitutionnelles

Pasteur ÉMANE MINKO

18.  Ministre de l’Environnement, du Tourisme et des Parcs nationaux, chargé du Développement durable

Dr Radegonde DJENO

19.  Ministre de la Communication, de la Poste et des Télécommunication, chargé de l’Économie numérique

Pierre NZEMBI

Télécharger ci-dessous sa déclaration

Declaration President Mba Obame Janvier 2011

Gouvernement du President Mba Obame

L’échec des Nations Unies en Haïti

Les résultats du vote du 28 novembre 2010 pour l’élection présidentielle haïtienne ne sont toujours pas connus. Le Conseil électoral provisoire a donc décidé de reporter le second tour prévu le 16 janvier. Dans son édition de janvier, Le Monde diplomatique consacre deux articles aux crises politique (Alexander Main, «Voter dans un pays qui ne s’appartient plus»), humanitaire et sociale (Christophe Wargny, «Haïti entre Dieu et Ong») qui s’aggravent dans l’île. Alors que le nombre des victimes de l’épidémie de choléra augmente, la colère de la population vis-à-vis de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) — accusée d’avoir accidentellement introduit la bactérie dans l’île — s’intensifie.

Deux enquêtes épidémiologiques (1) internationales ont confirmé que la source de l’épidémie provenait du camp népalais de la Minustah, situé près de Mirebalais, dans le centre du pays. Les déchets produits par le camp infecté ont été déversés — «en quantités phénoménales», selon le premier rapport — dans un affluent du fleuve Artibonite, le plus important du pays.

L’épidémie a déjà officiellement causé plus de 3 000 décès et affecté plus de 52 000 personnes. Mais, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms) (2), le nombre de cas pourrait atteindre 70 000, la maladie touchant environ 400 000 personnes au cours des douze prochains mois. De leur côté, les autorités sanitaires et les organisations non gouvernementales (Ong) se déclarent impuissantes à enrayer la contagion.

Ces révélations viennent ébranler la crédibilité de la force internationale dirigée par le Brésil, dont l’efficacité a déjà été mise en question. Alors que l’incertitude sur l’issue du scrutin électoral et les suspicions de fraude provoquent une nouvelle flambée de violence dans la capitale, Port-au-Prince, que près d’un million de personnes vivent toujours dans des campements insalubres livrés aux gangs, l’action onusienne est ressentie une nouvelle fois comme un échec, échec d’ailleurs pleinement reconnu par M. Ricardo Seitenfus, qui représente l’Organisation des Etats américains (Oea) en Haïti depuis 2008 : «Haïti est la preuve de l’échec de l’aide internationale», a-t-il concédé dans une entrevue accordée au journal suisse Le Temps le 20 décembre. Immédiatement après ces propos, le haut fonctionnaire a été rappelé au siège de l’organisation.

La Minustah est la cinquième mission de maintien de la paix organisée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (Onu), qui compte dix-sept ans de présence dans le pays (3). Elle a fait suite à l’intervention américaine qui renversa le président élu Jean-Bertrand Aristide : son mandat de «restauration de la démocratie» ne manqua pas de susciter quelques doutes parmi la population. Lors du lancement de la mission, en juin 2004, le secrétaire des Nations unies, M. Kofi Annan, ne dissimulait pas ses inquiétudes : «Tâchons cette fois de réussir», avait-il lancé.

Peu cependant réclament encore ouvertement le départ immédiat des casques bleus. Ceux-ci représentent le fragile, mais dernier espoir de sécurité dans un pays dévasté et en proie à l’instabilité politique permanente, qui ne dispose plus d’aucune structure de protection civile efficace. Mais ils doivent cependant faire face à de sérieuses difficultés d’organisation : ils rassemblent plus de 7 800 militaires, 2 136 policiers (Unpol) et plus de 2 000 civils, originaires de pas moins de 41 nations (principalement du Sud), et la coordination logistique s’est révélée d’une complexité insurmontable pour le commandement brésilien, encore inexpérimenté dans ce genre de mission.

Pis : la force multinationale a connu de nombreux scandales. Deux ans après le début de la mission, le chef de la police haïtienne, M. Mario Andresol, a dû reconnaître la collusion qui liait les gangs du bidonville de Cité-Soleil aux services de police et au contingent de casques bleus jordaniens (4). En novembre 2007, 108 soldats sri-lankais étaient rapatriés pour avoir eu recours à des prostitué(e)s mineur(e)s (5). Le mois suivant, une enquête révélait que des employés onusiens s’étaient rendus coupables de mauvaise gestion, de fraudes et de malversations à hauteur de 610 millions de dollars (6). Enfin, la mort du précédent chef militaire de la mission, le lieutenant-général brésilien Urano Bacellar, dans sa chambre d’hôtel à Port-au-Prince, le 6 janvier 2006, demeure un événement parmi les plus troubles qui entourent la mission.

Car même sur le volet de la sécurité, le bilan de la Minustah est décevant. Dans une situation de guérilla urbaine, ni les coûteux équipements ni les stratégies militaires ne se sont révélés adaptés pour affronter des gangs qui circulent et se cachent à leur aise dans les bidonvilles de la capitale. Les troupes essuient régulièrement des tirs dans ces zones et les répliques de la part des casques bleus font des victimes dans la population. Les méthodes musclées de la police ont d’ailleurs été épinglées par Amnesty International, qui accuse la Minustah de l’appuyer dans des actes de violation systématique des droits humains, principalement dans les quartiers défavorisés (7). En janvier 2006, la population s’était émue après que les casques bleus eurent ouvert le feu sur des Haïtiens qui protestaient, à la frontière dominicaine, contre la mort de vingt-cinq Haïtiens retrouvés asphyxiés dans le pays voisin.

Ces trop nombreuses affaires ont avivé la colère de la population haïtienne, qui voit s’ajouter à ses épreuves une épidémie ravageuse. Lasse, elle demande à savoir quand les soldats se retireront.

La spécificité du contexte politique, social, historique et géographique fait de la Minustah une mission des plus délicates ; l’armée américaine le sait bien, qui a encerclé les bidonvilles lors de son intervention en 2004 pour empêcher un soulèvement populaire en faveur de M. Aristide, avant de laisser le Brésil se charger de la gestion de la situation.

Il est donc surprenant que les Etats-Unis aient accepté de confier au Brésil la suite des opérations dans le cadre d’une stratégie qu’ils ont eux-mêmes fixée. Et ce d’autant plus que Brasília se pose en grande rivale pour assurer la stabilité régionale, rôle que Washington se réserve exclusivement depuis près de deux siècles (8). Certains estiment que la réussite de la mission demeure un objectif secondaire… et que la Maison Blanche ne serait pas chagrinée de voir son «partenaire» brésilien s’embourber dans le chaos haïtien que le géant du Nord a laissé éclater.

Bien que les deux pays affichent une entente parfaite, la prise de direction des opérations s’est effectuée dans un contexte de méfiance réciproque dont témoignent les câbles diplomatiques révélés par le site WikiLeaks : «Le Brésil ne doit pas être considéré comme étant dans notre camp», résume une missive diplomatique américaine (9).

Pour le Brésil, l’enjeu est de taille. Le pays entend s’affirmer comme un acteur incontournable sur la scène internationale, sur les plans non seulement économique mais également diplomatique, militaire et humanitaire. Son objectif ? S’imposer comme le plus sérieux des candidats du sous-continent américain au siège permanent au Conseil de sécurité élargi des Nations unies.

Dans ces conditions, Haïti — laboratoire de l’« humanitaire » contemporain et objet de tous les calculs diplomatiques — est déchirée par des enjeux qui la dépassent et la desservent. «Sur la scène internationale, Haïti paie essentiellement sa grande proximité avec les Etats-Unis», estime M. Seitenfus, qui va plus loin : «On veut faire d’Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain, c’est absurde. (…) On ne résout rien, on aggrave la situation.» Et le représentant lance cet appel à la communauté internationale : «Cela suffit de jouer avec Haïti.»

Le Monde Diplomatique du 12 janvier 2011

Côte d’Ivoire : Le ministre Katina Koné rassure les exportateurs sur le processus de pertubation des exportations de caco

Le ministre délégué au Budget, Justin Katina Koné, demande aux exportateurs de café-cacao d’entreprendre leurs activités en toute sérénité et que l’Etat ivoirien prend toutes les dispositions nécessaires pour les accompagner. L’assurance a été donnée, hier, au 23ème étage de la Caistab, à Abidjan-Plateau, lors de la rencontre entre des membres du gouvernement Aké N’Gbo, le Comité de gestion de la filière café-cacao (CGFCC) et les exportateurs. La rencontre fait suite aux initiatives du prétendu gouvernement d’Alassane Ouattara d’interdire l’exportation du cacao ivoirien dans le but d’asphyxier le pays économiquement.
“Nous devons prendre la pleine mesure du danger qui guette la Côte d’Ivoire. On fait la politique pour gérer les hommes et non des cadavres. L’on veut nous amener à exporter notre cacao par le Burkina Faso. Nous ne sommes pas prêts à céder à quoi que ce soit. On ne peut chercher à affamer les gens surtout que la filière café-cacao regroupe près de 7OOOOO planteurs qui font vivre environ 7 millions de personnes”, argumente le ministre Katina Koné. Le cacao ivoirien, selon lui, est d’autant plus vital pour l’économie que l’Etat ne permettra pas que l’on compromette cette denrée. A l’en croire, la taxe d’enregistrement à l’exportation et le Droit unique de sortie (DUS) ont rapporté respectivement environ 2OO milliards FCFA et 1OO milliards FCFA à l’Etat ivoirien. C’est à juste titre qu’il recommande aux exportateurs de prendre leurs responsabilités et de ne pas ménager d’effort pour exporter leurs produits par les ports d’Abidjan et de San Pédro. Il a prévenu que la taxe relative au cacao enregistré doit être payée au risque de traduire l’exportateur en Justice. Le ministre katina Koné a rassuré les exportateurs que l’Etat va rendre les banques nationales compétitives pour qu’elles puissent les satisfaire face aux sanctions et menaces des Occidentaux. “Si des banques ne veulent pas travailler avec vous, changer de banques. Vous êtes aussi tenus de chercher d’autres marchés pour ne pas être contraints dans l’exercice de votre fonction”, a-t-il conseillé.
Le président du CGFCC, Ano Gilbert a, lui, dit que sa structure est l’unique organe de gestion de la filière café-cacao. “A ce titre, le CGFCC assure un service public dont la continuité ne peut être remise en cause selon les grands principes de droit. Par conséquent toute décision n’émanant pas du CGFCC est nul et de nul effet”, a-t-il prévenu. Le flux continu de la livraison du cacao aux clients des exportateurs, selon lui, ne peut être interrompu sans causer d’énormes préjudices. “ C’est pour cela nous sommes disposés à aider à accomplir toutes les procédures d’achat et d’exportation du café et du cacao de Côte d’Ivoire”, a-t-il rassuré. Les opérateurs ne respectant pas les dispositions, a-t-il annoncé, seront sanctionnés avec en prime le retrait de leur agrément d’exportateur et l’interdiction d’exercice de toute activité dans la filière.
Soro Guillaume, Premier ministre du gouvernement d’Alassane, avait adressé un courrier à la Fédération du commerce et du cacao dans le but d’interrompre l’exportation du cacao. Cette fédération n’a pas manqué de signifier que cette décision va mettre en péril les exportations ivoiriennes.

Gomon Edmond

Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement : “ON N’ETOUFFERA PAS LA COTE D’IVOIRE

M. le porte-parole du gouvernement, ce samedi, la conférence des Chefs d’Etat de l’Uemoa s’est alignée sur la position de la Cedeao en ne reconnaissant que M. Alassane Ouattara comme le président élu ivoirien. Après vos mises en garde et autres interpellations, vous attendiez-vous à cette décision?

Comme vous le savez, le gouvernement Aké N’Gbo est une équipe responsable et donc nous avions élaboré toutes les hypothèses. On était prêt à toutes les éventualités et nous avons pris les précautions judiciaires pour attaquer la décision du conseil des ministres de l’Union (tenue le 23 décembre dernier). Pour vous dire que ce qui vient de se passer était une des hypothèses. Vous avez attaqué la décision devant une juridiction ouest-africaine. Quels sont les arguments que vous développez pour défendre votre cause?

Nous nous sommes d’abord appuyés sur les textes qui régissent l’Uemoa. Cette Union est une association qui a des règles claires : il y a une indépendance totale entre la Bceao et l’organe politique qui est la conférence des ministres ou des chefs d’Etat. Nous estimons que cette grande première est une violation grave des règles qui régissent notre institution commune.

A cette réunion de Bamako non seulement le gouverneur Dacoury-Tabley a démissionné, mais l’accord tacite qui réservait le poste de gouverneur de la Bceao à la Côte d’Ivoire semble avoir été remis en cause. Quel commentaire en faites-vous?

C’est là encore des actes qui n’ont aucun fondement juridique. Le gouverneur a été contraint à la démission. Nous nous y opposons.

Sa démission n’est pas volontaire?

Elle n’est pas volontaire et comme dit tantôt, elle est, selon nous, nulle et de nul effet. Nous ne reconnaîtrons donc pas du tout le nouveau gouverneur qui va être désigné pour le remplacer.

Comment va concrètement s’exercer votre décision de nullité de la décision des Chefs d’Etat de l’Uemoa qui a porté son choix sur le Burkinabé Jean-Baptiste Compaoré?

C’est la dialectique entre la loi et la réalité. Autant, ils ont violé la loi en se comportant comme ils l’ont fait, autant en Côte d’Ivoire, la réalité du pouvoir économique et financier est entre les mains du Président Laurent Gbagbo. Nous continuerons donc à fonctionner comme bon nous semble. Et des dispositions sont prises pour faire face à ce qui se passe en ce moment.

Pensez-vous, dans ce cas, vous retirer de l’Uemoa si votre gouvernement n’est pas sur la même longueur d’onde que les autres Etats de la sous-région?

Pour le moment, nous n’en sommes pas encore là. Mais en tout état de cause, nous sommes un Etat souverain et continuerons d’exercer notre responsabilité en tant que tel.

Dans le cadre de la réciprocité, vous avez annoncé la révocation de certains ambassadeurs dont le dernier en date est celui de la France. Comment cette mesure s’applique-t-elle alors que ces différents pays qui ne reconnaissent pas Laurent Gbagbo comme le Président élu, déclarent vos décisions nulles et de nul effet?

Mieux vaut peut-être en rire. Le territoire gouvernemental est sous le contrôle du Président Laurent Gbagbo, de même que l’administration qui est l’interlocuteur de l’ambassadeur. Maintenant, s’ils ne reconnaissent pas nos décisions, avec qui vont-ils dialoguer dans leurs rapports avec la Côte d’Ivoire?

Avec le président qu’ils reconnaissent.

Oui, mais qui est sans domicile fixe et qui, de surcroît, n’a ni administration ni territoire. Donc ils reconnaissent un Ovni (objet volant non identifié, ndlr).

Comme ces pays ne reconnaissent pas votre administration et les ambassadeurs qui se réclament de vous, comment, concrètement, les Ivoiriens vont-ils faire pour avoir leurs visas et autres papiers consulaires?

Cette question n’a jamais posé de difficultés réelles puisque l’ambassade en tant qu’institution existe.

Pour être plus précis, la France a accrédité, en lieu et place de Pierre Kipré, Aly Coulibaly que M. Ouattara a désigné. Comment les choses vont-elles se passer au plan pratique?

Nous allons arrêter bientôt une nouvelle procédure d’acquisition des visas et autres papiers. Seuls ceux qui la suivront auront leurs papiers et autres documents consulaires. Ne pourront donc entrer en Côte d’Ivoire que ceux qui suivront cette procédure.

La Côte d’Ivoire, avec les mesures qui sont prises contre les autorités et des sociétés d’Etat accusées de composer avec un «gouvernement illégitime», est presque sous embargo. Quelles sont vos solutions pour sortir de l’isolement économique et diplomatique?

Il ne s’agit pas du tout d’un isolement économique ou diplomatique, mais de nos relations avec un seul pays, la France, et un seul continent, l’Europe. Je voudrais vous rappeler que le monde est constitué de cinq continents qui ne constituent pas l’Union européenne. C’est donc l’Europe qui s’isole de la Côte d’Ivoire à la différence du reste du monde qui continue de coopérer normalement avec notre pays et son régime établi.

Mais au plan sous-régional, en ne reconnaissant que M. Ouattara comme le président élu, la Cedeao va-t-elle coopérer avec votre régime?

Mais la Cedeao, c’est la Côte d’Ivoire car notre pays est essentiel dans cette organisation ouest-africaine.

La crise post-électorale actuelle n’a-t-elle pas un impact négatif sur nos relations politiques, commerciales et diplomatiques avec la sous-région?

Certainement qu’il y aura un impact, mais la responsabilité d’un gouvernement, c’est d’identifier l’ensemble des impacts et d’y trouver des solutions. Lorsque la Côte d’Ivoire a été divisée en deux à partir de septembre 2002, il y a eu un impact, mais cela n’a pas affecté l’évolution du port d’Abidjan qui a trouvé des voies et moyens pour continuer non seulement à vivre, mais à développer ses activités. Cette situation n’a pas eu non plus d’impact sur l’économie puisque nous sommes passés de six mille milliards de francs à dix milliards de Pib. Nos recettes budgétaires n’ont pas souffert de cette situation de partition du pays puisque bien que la partie nord du pays ne payât pas d’impôt, les recettes ont été multipliées par deux. Nous sommes passés de 1280 milliards de Fcfa de ressources budgétaires en 2000 à près de 2500 milliards de Fcfa en 2010. Vous voyez que tout est une question de stratégie. A chaque problème, ses solutions les plus appropriées et la Côte d’Ivoire a suffisamment d’intelligence pour trouver des solutions aux problèmes qui vont se poser.

Cette crise n’encourage-t-elle pas la diversification des partenaires pour sortir du face-à-face avec la France?

C’est l’évidence même. C’est dans cette dynamique que Laurent Gbagbo a positionné la Côte d’Ivoire depuis son premier mandat. Nous estimons que la mondialisation ne doit pas être l’apanage des pays développés, mais une opportunité pour les Africains de sortir du sous-développement et de la dépendance pour emprunter la voie de l’indépendance économique. Dans cette dynamique, nous jouons à fond le jeu de la mondialisation.

Dans cette perspective, est-il envisagé que la Côte d’Ivoire, à l’instar d’autres pays ouest-africains, crée sa propre monnaie?

Nous n’en sommes pas arrivés là, mais si nous y sommes contraints, on avisera. Ce qui est certain, on n’étouffera pas la Côte d’Ivoire, y compris sur le plan monétaire.

Monsieur le porte-parole, vous avez rendu publiques plusieurs mesures gouvernementales dont le départ de l’Onuci qui n’est pas encore effectif et la révocation de certains ambassadeurs dont ceux du Canada, de Grande-Bretagne et de France. Les Ivoiriens ont l’impression que ce sont des effets d’annonce.

Ils se trompent. Car celui qui reste malgré nos décisions, reste comme un citoyen ordinaire d’un autre pays. Nous ne sommes pas un Etat fermé; la Côte d’Ivoire est un pays ouvert qui réunit plus de 26% d’immigrés; ce sont donc des immigrés en plus ou des touristes. Nous ne sommes pas hostiles et n’allons pas chasser des citoyens d’autres pays, mais du point de vue des relations diplomatiques, c’est terminé. Nous ne coopérons plus avec les ambassadeurs révoqués. C’est ça le plus important.

Et avec l’Onuci qui continue de parcourir les rues du pays avec ses convois alors que vous avez aussi demandé son départ.

Je veux dire que lorsque vous faites une requête, surtout dans la dynamique des relations avec les organisations multinationales, cela prend du temps. Soyons patients. En tout état de cause, les Ivoiriens doivent être rassurés: la Côte d’Ivoire mettra tout en œuvre pour retrouver sa pleine souveraineté et son indépendance. Le temps que cela prendra importe peu, mais l’objectif est clair et non négociable. Nous avons mis des décennies pour mettre fin à l’occupation coloniale; cette occupation prendra aussi fin.

Dans cette dynamique d’indépendance, le gouvernement Aké N’Gbo a rendu public son budget 2011 qui s’élève à 2907 milliards de nos francs. Comment allez-vous l’équilibrer en recettes?

En recettes, vous savez que l’économie ivoirienne est basée sur l’agriculture, et notamment le cacao. Le comportement de cette denrée est celui de l’économie nationale; en plus du cacao, il y a le pétrole. Le cacao a un comportement qui s’adapte à la crise : quand une crise survient, le prix augmente et donc nos ressources sont à la hausse.

Ces prévisions ne sont-elles pas aléatoires?

Pas du tout. La Côte d’Ivoire fait 40% de la production mondiale. Lorsque le risque pays augmente, la demande du cacao augmente également pour se couvrir du risque et par conséquent, les prix flambent. C’est ce qui a été observé en 2002. Notre économie s’adapte à la crise. Et donc nous réaliserons nos recettes fondées sur l’agro-industrie et le pétrole. Quant aux autres ressources dont celles venant des entreprises, nous n’avons pas d’inquiétudes. Si les entreprises font de bonnes affaires, il n’y a pas de raison qu’elles ne paient pas leurs impôts.

Pourtant le président de la Chambrede commerce et d’industrie a demandé à ses adhérents de procéder à une désobéissance fiscale. N’y a-t-il pas péril  en la demeure?

Le responsable dont vous parlez a été le premier à payer ses impôts.

N’y a-t-il pas été contraint?

Je vous dis qu’il a été le premier à honorer ses engagements vis-à-vis du fisc, malgré le mot d’ordre.

Vous savez sans doute que son passeport lui a été retiré et qu’il lui est interdit de sortir du pays. N’a-t-il pas subi des pressions?

Non, pas du tout. Il a payé ses impôts avant même de lancer le mot d’ordre de désobéissance fiscale.

Ne ferez-vous pas appel à des financements extérieurs pour le budget 2011?

Non. Nous ne sommes plus dans cette logique d’aide et de subvention, parce que nous estimons que la Côte d’Ivoire doit prendre toutes ses responsabilités. Nous parlons davantage de mobilisation de toutes les ressources internes pour faire face à nos dépenses. Le reste relève de relations d’affaires. Nous pouvons emprunter sur le marché financier ou développer des rapports de partenariat avec des pays amis. C’est ce que tous les pays non mendiants font.

Le gouvernement précédent a fait beaucoup d’efforts pour atteindre les initiatives Ppte.

Où en êtes-vous avec la crise actuelle?

Pour nous, l’objectif de l’initiative Ppte, c’est de réduire la dette extérieure, qui constitue un boulet. C’est pourquoi dans notre budget, nous avons prévu le paiement de la dette extérieure qui a quand même chuté, passant de 591 milliards de nos francs à 345 milliards de Fcfa; ce qui devient de plus en plus supportable par le budget et d’ici peu, nous pensons que la dette extérieure ne sera plus qu’un vieux souvenir.

Les relations orageuses avec la France et l’Union européenne ne peuvent-elles pas entraîner des difficultés financières pour la Côte d’Ivoire?

Le budget que nous avons confectionné tient compte du contexte de crise dans lequel nous évoluons. Il est assis sur l’économie réelle de la Côte d’Ivoire qui a su, depuis 2002, s’adapter à la crise. Qui aurait pu penser que les ressources de l’Etat auraient augmenté après la rébellion en 2002? Personne. Nous sommes toujours dans cette dynamique d’adaptation de notre économie à la crise. Nous pensons que le cacao, le pétrole, l’agro-industrie vont continuer de bien se comporter et les entreprises de faire de bonnes affaires, de même que l’Etat.

Avez-vous raison d’être optimiste quand des entreprises ferment?

Le temps nous donnera raison, comme il nous a donné raison depuis 2002.

L’Union africaine se réunit à la fin de ce mois et la crise ivoirienne sera le plat de résistance, au point que le Président français s’est invité à ce sommet.

Votre régime a-t-il des espoirs de pouvoir s’en sortir politiquement?

La crise que nous traversons est politique et un jour ou l’autre, il faudra lui trouver une issue politique. Nous avons fait des propositions concrètes, car c’est une crise issue des élections. Nous disons que tous les documents électoraux (bulletins de vote, listes d’émargement, Pv) existent. La seule chose à faire et qui est moins coûteuse est de s’asseoir autour d’une table et de chercher la vérité des urnes. Une fois que cette vérité sera sue, chacun s’y pliera.

La vérité, selon vos adversaires, est connue: c’est Laurent Gbagbo qui a perdu.

Sur quelle base fondent-ils leurs arguments? Le mercredi 1er décembre, à minuit, il y avait sur les 19 régions de Côte d’Ivoire, 14 qui font 80% de l’électorat dont les résultats étaient consolidés par les 31 membres centraux de la Commission électorale indépendante. Ces résultats consolidés donnaient 53,87%  à Gbagbo Laurent et 46,13% à Alassane Ouattara. Les résultats des cinq autres régions étaient en examen, compte tenu des nombreuses irrégularités qui étaient visibles et qui ont été révélées autant par le système électronique que par le comptage manuel. Que s’est-il passé entre le mercredi à minuit où Gbagbo était en tête dans quatorze régions et le jeudi à 16h? Rien du tout. Les résultats qui ont été annoncés par Youssouf Bakayoko, militant du Rhdp et non le président de la Cei, sont les résultats du QG d’Alassane Ouattara où il est allé les annoncer.

A partir de quels documents?

De ceux qui étaient sur le site web du candidat Ouattara. Pour nous, ce ne sont pas les résultats de la Cei qui ont été annoncés puisque l’institution n’avait pas consolidé ceux de cinq régions, et donc de l’ensemble des 19 régions. La seule vérité, pour nous, ce sont les résultats consolidés et ceux du Conseil constitutionnel. Cette haute juridiction a donné Laurent Gbagbo vainqueur au vu des irrégularités. On ne peut donc pas tenir compte des résultats du QG de Ouattara puisque ceux-là sont différents de ceux du QG de Laurent Gbagbo.

Les résultats de notre institution ne sont pas reconnus et aujourd’hui, il est question de chasser le Président Laurent Gbagbo par la force.

Dites-moi qui ne reconnaît pas les résultats de la présidentielle? Pas les institutions ivoiriennes. Elles ont donné Laurent Gbagbo vainqueur. Ceux qui contestent les résultats du Conseil constitutionnel sont ceux qui refusent la vérité des urnes. C’est tout. C’est pourquoi il faut s’asseoir et compter des bulletins de vote au lieu de compter des morts.

La communauté sous-régionale et internationale, au détriment de la voie du dialogue, privilégie l’usage de la force.

Il ne s’agit pas de la communauté internationale, mais des parrains de la rébellion qui a attaqué la Côte d’Ivoire et qui se cachent maintenant derrière des résultats truqués de l’élection présidentielle fabriqués au QG de Ouattara pour parvenir à leurs fins. En 2002, ils ont bien attaqué un candidat élu démocratiquement. Qui a protesté? Où était cette fameuse communauté internationale? Elle a soutenu la rébellion contre le président élu. En 2004, elle est allée plus loin; elle a agressé la population ivoirienne avec l’aide de l’armée française de l’opération Licorne. Qui a protesté? C’est cette même communauté internationale qui, aujourd’hui, soutient une tricherie électorale contre la démocratie, la légalité et la souveraineté de la Côte d’Ivoire. C’est donc le prolongement de la campagne de subversions.   S’il y a une chose que cette communauté internationale devait dénoncer, c’est la rébellion et ses conséquences que nous vivons jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi a-t-elle été silencieuse et pourquoi, brusquement, se réveille-t-elle?

Votre gouvernement est-il donc prêt à la guerre?

Non, nous ne sommes pas des guérilléros. Vous savez qui sont ceux-là ! Ils attaquent la Côte d’Ivoire depuis 2002. Une partie est au nord, une autre est à l’hôtel du Golf. On a vu leur réaction le 16 décembre dernier lors de leur marche dite pacifique, avec des liaisons objectives avec les forces onusiennes. Laurent Gbagbo est constant. Depuis 1982, il a choisi la voie de la transformation pacifique de la société ivoirienne. Et même quand il a été attaqué en 2002, il a accepté de dialoguer avec ceux qui avaient le sang et les armes en mains. Il n’y a pas plus pacifique que lui. Il est allé jusqu’à proposer le dialogue direct à la rébellion.

En choisissant comme médiateur de ce dialogue celui dont le pays a servi de sanctuaire à la rébellion, Laurent Gbagbo avait-il fait le bon choix?

Vous savez, en politique, il faut toujours faire confiance. Nous avons fait confiance. C’est tout.

Votre confiance a-t-elle été trahie?

Vous le constatez vous-même.

La crise post-électorale n’est-elle pas en train de retarder la réunification du pays?

Pas du tout. C’est une question de temps. Dans la dynamique dans laquelle nous nous trouvons, nous sommes arrivés à un point qu’on peut appeler le Jugement dernier. Parce que tous les acteurs sont maintenant présents, tous ceux qui se cachaient marchent maintenant à visage découvert. Le temps est venu où l’on a maintenant les bons interlocuteurs et on espère trouver le bon médiateur pour sortir de la crise définitivement. Et ainsi, nous nous engagerons dans la logique de recouvrement de la totalité du territoire ivoirien.

Pendant ce temps, la Cedeao prépare activement une intervention militaire. Ses chefs d’états-majors, après Abuja, viennent de se réunir à Bamako. Des travaux sont entrepris pour réhabiliter, apprend-on, l’aéroport de Bouaké où des mouvements d’avion s’effectueraient. Le gouvernement ivoirien est-il prêt à faire face à une telle éventualité?

C’est du bluff parce que d’abord, aucun texte n’autorise une armée sous-régionale à s’attaquer à la Côte d’Ivoire. En plus, la Côte d’Ivoire, c’est la Cedeao en modèle réduit. Est-ce que cette organisation peut s’attaquer à elle-même sans risque d’embraser toute la sous-région?

N’êtes-vous pas en train de faire chanter les Chefs d’Etat dont les populations vivent massivement en Côte d’Ivoire?

C’est une réalité; ce n’est pas du chantage. Vraisemblablement, est-ce que la Cedeao peut attaquer la Cedeao? Ce n’est pas possible. Ce sont donc des pressions qui sont exercées sur les autorités régulières. En tout état de cause, l’armée ivoirienne est l’une des mieux loties de l’Afrique de l’Ouest. Et elle est déterminée. Le peuple de Côte d’Ivoire qui soutient son armée et son chef est autant déterminé, comme il l’a été en 2000 pour chasser le général Guéi Robert, en 2002 au déclenchement de la rébellion armée après l’échec du coup d’Etat et en 2004 avec les événements de novembre.

Pourtant cette armée aussi déterminée soit-elle n’a pas pu mater la rébellion armée.

Certes, mais vous convenez avec moi qu’en 2002, on dormait et cette rébellion nous a surpris. Maintenant qu’on nous prépare un coup à ciel ouvert, nous dormirons les yeux ouverts. Et nous sommes prêts à faire face à toutes les éventualités.

Pour l’instant, vous bénéficiez du soutien de la population qui ne suit pas les mots d’ordre de désobéissance et de grève lancés par vos adversaires. Jusqu’à quand va-t-elle tenir?

La population ivoirienne nous soutient depuis 2000, en descendant dans la rue pour retirer le pouvoir des mains des militaires pour le donner à Laurent Gbagbo. Elle ne cesse de nous soutenir depuis ces épreuves. Rassurez-vous, tant que nous maintiendrons le cap de notre désir de sortir la Côte d’Ivoire de la dépendance, son soutien ne nous fera pas défaut.

Avez-vous, au plan international, des amis?

Bien sûr que nous avons des amis; sinon comment vivons-nous depuis 2002? Vous avez vu les premiers pas du pouvoir de Laurent Gbagbo en 2000, 2001 et 2002. Ces relations se sont consolidées à travers le temps puisque nous avons vécu en toute indépendance. Depuis 2000, nous avons pu développer des relations dans la stratégie de la mondialisation de l’économie et de la coopération Sud-Sud que le Président de la République a mise en œuvre. Nous avons donc pu diversifier nos relations sur les cinq continents. Si un seul continent s’isole de la Côte d’Ivoire, cela ne veut pas dire que notre pays est isolé, au contraire, il a l’opportunité des quatre autres continents. Donc ne confondons pas la France et ses amis avec la communauté internationale.

A l’allure où vont les choses, pensez-vous à entrer en possession des fonds ivoiriens disponibles au Trésor français?

Nous aviserons selon la dynamique de la crise.

Interview réalisée par

FERRO M. BALLY, Fraternité matin d’Abidjan

Philippe-Henri Dacoury-Tabley regrette l’intrusion de la politique à la BCEAO

Le gouverneur Philippe-Henri Dacoury-Tabley a décrié, samedi, l’intrusion de la politique à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO). Au terme des travaux de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) tenue à Bamako, M. Dacoury-Tabley a été contraint à la démission à la tête de l’institution financière sous-régionale pour n’avoir pas pu mettre en œuvre des décisions du sommet extraordinaire du Conseil des ministres du 23 décembre.

Sous pression des chefs d’Etat du Mali, du Bénin, du Burkina Faso et du Togo ainsi que des représentants de la Guinée-Bissau et du Niger, le gouverneur Philippe-Henri Dacoury-Tabley a présenté, lors de la 15ème session de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UEMOA, sa démission pour « n’avoir pas pu appliquer les décisions » de la réunion extraordinaire du Conseil des ministres de l’Union tenue le 23 décembre à Bissau.
« Face au fait que la politique a tendance à être introduite à la Banque centrale, nous avons accepté de rendre la décision qui nous a été demandée, en espérant que les jours à venir ne seront pas sombres pour l’UEMOA », a-t-il affirmé dans une déclaration.

A ce propos, dans un communiqué lu par le porte-parole du gouvernement ivoirien, Ahoua Don Mello, ministre de l’Equipement et de l’Assainissement, cette démission « forcée » de M. Philippe-Henri Dacoury-Tabley, « reste illégale, nulle et de nul effet ».

La Côte d’Ivoire, estimant qu’il « est dangereux de mêler la politique aux affaires monétaires et financières (…) », a saisi la cour de justice de l’UEMOA et relève, à ce titre, que « la décision des chefs d’Etat apparait comme précipitée et inappropriée ».

« Il est indispensable que notre zone monétaire continue d’être ensemble, continue de se consolider« , a conclu le Gouverneur.

A noter que, l’UEMOA a été créée en 1994 et a pour objectif, le renforcement de la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres dans le cadre d’un marché ouvert et concurrentiel et d’un environnement juridique rationnalisé et harmonisé.

James Lossa