Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: janvier 31, 2011

Déclaration de Boni Yayi au stade de l’amitié : Un discours devant des gradins vides

Les gradins du stade de l’Amitié de Cotonou ont beau être archicombles à l’arrivée du candidat Boni Yayi à 17heures 05 minutes, ils se sont vidés en un éclair pour laisser place à des sièges nus devant le candidat Boni Yayi. Par un effet de contagion difficile à expliquer, le public qui a pris d’assaut les gradins a commencé, dès 18heures 03minutes, par vider le stade.

 C’est d’ailleurs par la tribune en face de la tribune officielle où était logé le Chef de l’Etat que le phénomène a pris corps. Tel un effet de dégel, les gradins se dégarnissaient et la foule convergeait sans état d’âme vers les portes de sortie du stade. Face à cette situation manifestement non envisagée par l’organisation, les réajustements du protocole pleuvent. L’artiste Rambo déplacé à coût de millions de francs par le Chef de l’Etat pour une prestation se verra arracher le micro.

 Les dinosaures de la musique béninoise Sagbohan Danialou, Zeynab et autres sont recalés pour la fin de la cérémonie. L’orchestre mythique du Poly Rythmo n’a pas eu le temps pour fredonner sa chanson à la gloire du Chef de l’Etat. Il est toujours à la tribune quand le cortège du candidat Boni Yayi s’ébranle depuis les gradins officiels, comme pour arrêter la saignée visible de tous les côtés du stade. C’est la course contre le public qui se vide.

 Mais trop tard ! Le mal est consommé. Devant le candidat, Chef de l’Etat Boni Yayi, il ne reste à 18 heures 10 minutes l’heure à laquelle le candidat prend la parole, que gradin et par endroits des touffes d’hommes hésitant entre rester ou partir. Les images relèvent d’un certain paradoxe intriguant : stade si plein il y a dix minutes, stade si vide à l’heure du discours de celui dont on attendrait la déclaration. Il y a un mystère que seule la fatigue des militants ne suffira pas à justifier.

Médard GANDONOU

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Investiture de Yayi : Jour de deuil pour les épargnants de ICC-Services

« Si je suis réélu, les épargnants de ICC-Services seront payés… ». C’est avec une porcelaine de couleur blanche que la soupe de radis au piment rouge a été servie aux épargnants de ICC-services. Quand le payement des victimes des agences de placement devient un cynique programme de société du pouvoir ! Entre trébuchets et gros pièges à gorilles ? Dans le format des nouveaux défis postélectoraux, le chef de l’Etat sortant, candidat à sa propre succession, dans la galerie de ses grands attraits pour un quinquennat qu’il espère et pour lequel il respire fortement, il y a le payement des épargnants. Mais sous toutes les coutures, c’est une promesse électorale qui a pris l’allure de trébuchets. En prononçant « Votez pour moi massivement », les victimes de ICC-Services ont compris que le retour sur investissement électoral pourrait se faufiler dans le halo de tout pennon battant pavillon. Et ce, pour deux raisons.

D’abord, quand on refuse d’assumer tout au moins la charge morale d’une escroquerie peut-on se racheter à la veille d’une élection ? Pour avoir par laxisme donner la caution de l’Etat aux escrocs et pour avoir refusé de l’assumer, on peut répondre par la négative. Quand ceux qui vous ont porté préjudices n’admettent d’avoir été tout au moins une caution morale, à quoi bon formuler des engagements nouveaux, un an après avoir refusé d’assumer ses fautes. On se souvient en son temps de toute la petite corbeille de peccadilles avec laquelle le pouvoir en place s’est défendu à corps émoulu pour se blanchir. Etre caution morale pour une escroquerie n’était de bon augure. On a compris et ils sont parvenus à leurs fins.

Dès lors, peut-on encore proposer à des gens qui ont été marqués par des turpitudes et qui ont perdu du temps du fait des manœuvres amphigouriques et autres coups montés à l’express par le régime FCBE de proposer aux victimes une nouvelle échéance de remboursement ? au regard de ces analyses, tout porte à croire que ce n’est qu’un programme de société en forme de trébuchet.

Mais là où le bât blesse, c’est qu’au-delà des trébuchets, c’est qu’on a l’impression d’un programme à piège de gorilles. En effet, après avoir gagné du temps sur la conscience collective, on propose maintenant une échéance dans un futur proche lointain. On ne s’arcboute pas sur des convenances désuètes qui ont rattrapé l’Etat à haut sommet à des fins électoralistes. Mieux, dans la spirale, la plus sonore des cymbales de l’investiture, on ne peut encore prendre langue avec de nouvelles promesses de remboursement. A la sauvette, le passé des petits sous qui ont été jetés dans des mouvements exquis démontre à plus d’un titre, la duperie de cette catégorie de professionnels de la politique avec la posture cauris. Après cette escroquerie à grande échelle, aucun traineau tranchant ne peut appâter les victimes de ce traumatisme envers le peuple dont plus d’un million de concitoyens ont été floués. Proposer de rembourser les victimes après son élection, n’était qu’une mauvaise stratégie. Et pour ne l’avoir pas compris, Boni Yayi vient de jeter davantage le million de victimes dans les bras de ses adversaires.

24 h au Benin

BENIN : « Yayi show »…

Le docteur-président au sommet de son art, le samedi 29 janvier 2011. Sa supposée revanche sur Houngbédji à portée de main puisqu’il comme lui, le 18 décembre 2010, il tient en face ses dizaines de milliers d’applaudisseurs à son discours d’acceptation de candidature. Un dénouement issu d’une saga médiatique démarrée sur des chapeaux de roue une semaine plus tôt. Tout est parti de ce spectaculaire emballement sur les écrans de la chaine nationale au retour du week-end ; les prémices d’une nouvelle version du « Yayi show » : des liseurs de motions, guignols politiques, rabatteurs et autres courtisans du régime lancés dans une vaste opération de suscitation de la candidature pour un rempilage du docteur-président-plus-que-Dieu. Contrairement, au candidat unique de l’Union fait la nation dont le choix s’est opéré à la suite d’un long processus et d’un consensus laborieux, l’indexation de Yayi s’est plutôt fait par le truchement d’une curieuse clameur populiste synchronisée. Plusieurs, mouvements, associations, têtes couronnées, personnalités et partis ethniques ont eu, tous, en l’espace de 24 heures, la même inspiration de demander au chef de l’Etat d’être candidat, sous les objectifs des caméras. De la spontanéité émergente sur fond de manipulation sonnante et trébuchante, en pleine démonstration.

Avant le jour J même, le président-candidat s’est offert, la vieille, une impressionnante entrée en matière de feu et de puissance ; une parade militaire venue de nulle part, une journée chômée et payée inédite au frais de la princesse (4 milliards de perdu pour le trésor public selon l’honorable André Dassoundo). Une halte nécessaire destinée à faire convoyer par bus et par camion des applaudisseurs inconditionnels depuis Bembèrèkè (plus de 600 km de Cotonou), Tchaourou (400 km), Savè (300 km) et d’ailleurs. La représentation elle-même, ubuesque, fait apparaitre un président-candidat sur une estrade avec en arrière plan, tout ce que son régime compte de relais à commencer par le président de l’Assemblée nationale, les ministres, les membres du cabinet présidentiel et surtout l’incontournable première dame que l’on dit dans tous les coups du quinquennat. Un décor de rêve pour lancer définitivement le Yayi show, pratiquement en roue libre.

Admirez la spontanéité présidentielle qui en moins d’une semaine a entendu les esbroufes populistes sensés susciter sa candidature pour la présidentielle de 2011. En une semaine ! Dire qu’il a fallu plusieurs mois pour que le chef de l’Etat se rende compte que le conseil des ministres a autorisé le décaissement de plusieurs milliards pour la réalisation de Centre international de conférence et le Palais des congrès de Cotonou. Il a fallu plusieurs semaines avant que le chef de l’Etat ne soit informé de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, malgré les grèves au ministère des Finances à cet effet. Plus de quatre ans pour qu’il s’aperçoive que des gens qui finançaient ces campagnes de propagande, qu’il avait lui-même reçu avec faste à la présidence de la République, à qui il avait rendu visite à leur Q.G. à Abomey-Calavi, qui travaillaient en étroite intelligence avec certains de ses proches parents et collaborateurs, que ces gens-là étaient des escrocs de la pire espère, aussi bien faux pasteurs que faux placeurs d’argent. 156 milliards des Béninois sont partis en fumée dans cette affaire. Mais moins d’une semaine d’agitations populistes ont suffit pour se fonder la décision du chef de l’Etat de se porter à nouveau candidat. Enfin, le prince du Changement qui s’indigne que des patrons de presse seraient prétendument portés sur l’enrichissement rapide lors de son lyrisme programmé du 29 janvier 2011. Une prochaine chronique pour lui rappeler comment son souci de déontologie et d’éthique dans les médias a conduit le Bénin, 23ème en matière de liberté de presse en 2006 au 70 ème rang en 2010.

Tout le monde est coupable, même la presse, sauf Yayi…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Controverse autour du cinquantenaire des Forces armées béninoises – Déclaration de Maître Adrien Houngbédji au sujet de la fête des forces Armées Béninoises

Chers Amis, je voudrais d’abord m’associer aux hommages qui sont rendus par la nation béninoise toute entière à ces forces armées.

Nos forces armées ont montré pendant les cinquante années qui viennent de s’écouler, leur capacité à assurer la défense et la sécurité de notre pays à plusieurs occasions. Je m’associe aux félicitations qui leur ont été adressés à l’occasion de cette fête commémorative de leur création.

Ils ont non seulement assuré la sécurité et la défense de nos territoires, de nos frontières, mais elles ont ensuite contribué à des missions de paix en Afrique, dans la sous-région et dans le monde. Missions de paix qui ont été autant d’occasion de montrer leur compétence, leur capacité et qui ont contribué au rayonnement du Bénin dans le monde entier. Je voudrais les en féliciter et m’associer aux festivités qui ont été organisé en cette occasion.

Je déplore que la date de cette commémoration qui aurait du se faire fin juillet et coïncider avec la date du 1erAout ait été ramenée à quelques semaines de l’ouverture de la campagne pour les élections présidentielles et par conséquent je pense comme la plupart des Béninois qu’il s’agit d’une opération de récupération, une opération de propagande, une opération d’instrumentalisation de notre armée, toutes choses qui ne garantissent pas la neutralité qui doit être celle de l’armée.

Je le déplore même quand je regarde la plaquette qui a été éditée à l’occasion des ses cinquante ans avec la photo de propagande qui est derrière, je ne peux que partager l’inquiétude et la préoccupation des uns et des autres.

Cependant, je fais confiance au discernement, au patriotisme et à l’esprit républicain de nos forces armées pour qu’elles ne se laissent pas piégé par ce jeu de propagande, ce jeu d’instrumentalisation, ce jeu de matraquage médiatique.

Il ne suffit pas de mon point de vue, de féliciter les forces armées, mais il faut en même temps toucher du doigt les problèmes qui se posent aujourd’hui à nos forces armées. Problèmes qui doivent être résolus et que le gouvernement dans sa quête d’électorat est entrain d’occulter.

Leurs vrais problèmes c’est quoi ?

D’abord, c’est le problème des conditions de travail, des membres de nos forces armées.

Si je prends le cas des sous-officiers et des hommes de rang, ils sont admis à la retraite à 45 ans, 47 ans pour les hommes de rang, de 48 ans à 54 ans pour les sous-officiers. C’est-à-dire qu’ils ont admis à la retraite alors qu’ils encore en pleine force de l’âge.

Cela nous préoccupe parce que l’âge de leur mise à la retraite est trop précoce et ne permet pas à nos forces armées, à notre pays de capitaliser sur l’expérience que ce personnel a acquis. Et par conséquent, ce que nous allons faire est que nous allons réviser le statut général du personnel militaire et nous allons reculer l’âge de la retraite pour les hommes de rang et pour les sous-officiers. Les conditions de vie de nos militaires sont dégradées, il faut les améliorer.

Lorsque vous allez au camp Guézo, lorsque vous allez au camp du 4e peloton de gendarmerie de Cotonou, lorsque vous allez dans les camps 1 et 2 de la gendarmerie à Porto-Novo, vous constatez un état de vétusté insoutenable. Et en saison de pluie par exemple, la zone vide du camp Guézo est inondée. Inondée au point que les militaires, les soldats sont obligés de laisser leurs effets vestimentaires à leur lieu de travail pour ne pas les dégrader là où ils vivent.

Donc les conditions de vie sont précaires et mauvaises. Les primes de logement qui sont payées à nos officiers, à nos sous-officiers, à nos hommes de rang sont également insignifiantes. 20000F pour un officier, 10000F pour un sous officier, 5000F pour un homme de rang. Qu’est-ce qu’on peut faire avec des sommes comme celles-là ?

Cela pose de vrais problèmes, mais le gouvernement ne veut pas qu’on les pose. Eh bien, nous disons qu’il faut à court terme augmenter les primes de logement des officiers, des sous-officiers et des hommes de rang pour les adapter aux coûts réels des loyers dans le pays.

Ensuite, à moyen et long terme, il faut réhabiliter les dortoirs des troupes qui sont dans un état de dégradation insoutenable et il faut y apporter. Il faut ensuite construire des logements dans les garnisons, notamment au camp Guezo, au camp de gbada, au camp de Ouesse et à Cana, Bemberèkè ne doit pas être une exception. Moi j’ai été récemment à Gbada ou les hommes sont logés dans des anciennes usines IRHO dans les conditions de précarité inacceptable.

Je dis qu’il faut plutôt penser à ça, construire des logements pour les hommes dans les garnisons. La santé de nos militaires, c’est la constitution qui garantit leur santé. Eh bien les conditions dans lesquelles cette santé est garantie sont mauvaises. Il faut assurer un suivi et une continuité dans les soins de santé.

Le gouvernement a annoncé qu’il a investi 29milliards dans l’hôpital d’instruction des armées. Quand vous allez là-bas, les 29 milliards, vous les cherchez, vous ne les trouvez pas. C’est la même chose partout :Insuffisance des équipements, insuffisance du personnel. Il ya un seul médecin spécialiste par spécialité, et c’est la même situation dans tous les garnisons. Par conséquent, ce qui se passe au niveau des soins de santé de nos militaires est identique à ce qui se passe au niveau des soins de santé pour la population. Il ya donc un effort à faire pour que les militaires soient soignés dans de meilleures conditions.

Quand aux conditions de travail, elles doivent être revues. Je ne vais pas tout citer aujourd’hui mais je vais donner quelques exemples. Vous saviez qu’il ya un champ de tir à Ouidah, un champ de tir à Ouèsse, un champ de tir à Agblangandan, ils ont été fermé. Et depuis , nos militaires sont obligés pour s’entrainer au maniement des armes de se déplacer soit à Ouessè, soit à Cana. Imaginez le déplacement qu’il faut faire depuis Porto-Novo pour aller jusqu’à Ouèssè ou à Cana pour s’entrainer. Nous devons construire de nouveaux champs de tirs. Les brigades de gendarmerie, il ya en a un peu partout. Mais elles ne sont pas fonctionnelles pourquoi ?

Parce-que les véhicules légers qui leur permettront d’accomplir leur mission de sécurité, ces véhicules légers manquent.

Quand Vous prenez les magasins de dépôt, les conditions de sécurité péro-techniques et le risque d’accident sont permanents. Ce sont les choses qui nous intéressent et par conséquent nous ne pouvons pas nous contenter de dire que c’est la fête. Nous devons nous attacher à ces problèmes là et les résoudre rapidement. Voila ce que je voulais dire par rapport à ce qui a été dire et ce qui a été fait. Encore une fois, Bonne Fête à nos forces armées Béninoises, et je leur dis que nous allons améliorer leurs conditions de vie et de travail.

31-01-2011, La rédaction

BENIN : Congrès extraordinaire de l’UPR à Abomey – Issa Salifou Saley promet le départ de Boni Yayi

« Quel qu’en soit le poids de la maman, le père joue un rôle très important dans la famille. Nous, on ne peut plus trembler devant Yayi. Nous sommes dans la logique de le faire partir. Il contrôle toutes les institutions, c’est vrai. Mais contrôler la Céna ne veut pas dire gagner les élections. Dieu nous aime et j’ai l’assurance qu’il nous aidera à le faire partir après les élections présidentielles ».

C’est la substance des propos que l’on peut retenir de la tonitruante déclaration du Président du parti l’Union pour la Relève (Upr), l’honorable Issa Salifou à l’ouverture du congrès extraordinaire de son parti hier au quartier Zongo à Abomey. A l’occasion, l’homme s’est vu entouré d’importantes personnalités politiques et une impressionnante foule de militants et de curieux.

Tous étaient venus pour le soutenir. Mais pas une petite trace de la mouvance présidentielle à ce géant meeting consacré à l’ouverture du congrès extraordinaire de l’Upr. L’enjeu est grand et connu. Mouiller le maillot pour les prochaines joutes électorales. Tous étaient d’accord. Mais pour BONI Yayi en tout cas.

Le Président de l’Union pour la relève, Issa Salifou en est bien convaincu. Même si à l’occasion de congrès extraordinaire, l’homme ne s’est pas déclaré candidat, chose qu’attendait d’ailleurs toute la foule, il prend l’engagement d’œuvrer pour faire partir le Chef de l’Etat, Docteur Boni Yayi au soir du prochain scrutin présidentiel. Tous ceux qui étaient venus soutenir le congrès partagent bien cette détermination de l’Honorable Issa Salifou.

D’abord, c’est l’ancien Ministre de la santé, Késsilé Tchalla qui a dit toute sa déception de voir la misère qu’a endurée le Président de l’Upr avec le régime en place pour avoir « choisi d’être un homme de dignité ». « Je suis venu soutenir un homme d’honneur, de parole qui a su réussir sa vie », a-t-il laissé entendre avant de recommander aux uns et aux autres d’espérer le meilleur qui n’est pas loin d’arriver au peuple béninois.

Car « l’espoir n’est pas mort ». Le porte-parole de la Renaissance du Bénin (RB), Boniface Yèhouétomè s’inscrit d’ailleurs dans cette même logique de Késsilé Tchalla. Car pour lui, « la manière de gérer le pays actuellement ne peut pas nous amener à la prospérité ». La prospérité partagée dont parle le Chef de l’Etat, selon Boniface Yèhouétomè est tout simplement « une prospérité dans les poches isolées ». Et c’est pourquoi il invite les militants de l’Upr à se mobiliser fortement pour mettre fin au régime actuel.

Même si le porte-parole de la délégation de la coalition ABT 2011, Grégoire Mougni a quant à lui reconnu au Président de l’Upr, des qualités intrinsèques d’homme de développement, son objectif, c’est bien de l’avoir aux côtés de son candidat Bio Tchané pour mener le combat. Car, avec tout ce qu’il a pu faire au Président candidat de la Boad, il « devient son soutien naturel pour sa victoire au soir du 27 février prochain ». Mais pour l’instant, Saley n’a pas encore levé le suspens. Il garde entier. Sera-t-il candidat ou pas à la présidentielle de 2011 ? On le saura probablement le 5 février prochain.

Le suspens de la triple déclaration du 05 février 2011

Le Président de l’Union pour la Relève (UPR), Issa Salifou a fait pratiquement faux bon à ses militants hier à l’ouverture du congrès extraordinaire de son parti. Ils attendaient tous sa déclaration de candidature à la prochaine présidentielle du 27 février 2011. Mais l’homme invité à la tribune officielle, conscient de l’enjeu, les apaise et choisit donc de faire durer le suspens.

S’il est d’accord qu’il faut à tout prix réaliser l’alternance au pouvoir d’Etat au soir du 27 février prochain, il ne s’est pas officiellement annoncé dans la course et n’a pas non plus situé ses militants par rapport au choix qu’ils devront opérer. Mais il promet mettre fin au suspens à partir du samedi 5 février prochain à Kandi.

Mais là, il ne sera pas seul. Selon ses propos, au même moment où il fera sa déclaration à Kandi pour situer les uns et les autres, les Honorables Dayori et Houdé le feraient également respectivement à Mattéri et Zè. Mais en attendant cette triple déclaration qui fixera les militants de l’Upr, il faudra d’abord retenir la célèbre phrase de Saley pour conclure ses propos « Ce qui est dit est dit, ce qui est dit sera fait ».

Congrès extraordinaire sans décisions extraordinaires

Le congrès extraordinaire de l’UPR ne s’est pas accommodé hier avec son caractère extraordinaire. Beaucoup s’attendaient à des décisions extraordinaires, ce qui justifierait d’ailleurs bien le caractère extraordinaire qui a été donné à cette rencontre. Des dossiers brûlants comme les cas Modeste Kérékou au gouvernement et Irénée Agossa candidat déclaré à la présidentielle, tous pourtant membres du parti étaient fortement attendus des militants. L’on s’attendait à une décision d’exclusion de ces responsables du parti à l’occasion de ce congrès extraordinaire. Mais l’attende aura été vaine, puisqu’aucune de ces décisions n’aura été inscrite à l’ordre du jour. Ce qui était le plus attendu, c’est-à-dire la déclaration de candidature du Président de l’Upr n’aura pas non plus droit de cité. Au finish, c’est le bilan du parcours du parti qui sera fait aux militants, toute chose qui se fait d’ailleurs à l’occasion des congrès ordinaires. On peut alors affirmer sans risque de se tromper que ce congrès extraordinaire aura été tout simplement un événement sans décisions extraordinaires.

Donatien GBAGUIDI

Présidentielle Nigerienne : Opération barracuda contre Mahamane Issoufou

Aujourd’hui 31 janvier 2011, le peuple nigérien est appelé aux urnes, pour choisir ses représentants. Cette présidentielle et ces législatives couplées doivent consacrer la fin de la transition militaire et le retour à un ordre constitutionnel. Le scrutin présidentiel qui polarise le plus d’attentions est, en principe, ouvert, en ce sens qu’il n’y a pas de candidat-président ou de candidat officiellement appuyé par le régime de Salou Djibo.

Il est vrai que six des dix candidats en lice, réunis au sein d’une alliance contre Mahamane Issoufou, accusent ce dernier d’être le candidat de la junte. Seulement, il ne s’agit que de simples allégations étant donné qu’on n’a aucune preuve, du moins, pour le moment. Ces accusations sont peut-être une sorte de réponse de ces candidats à l’équipe de transition qui a refusé le report des élections, qu’ils exigeaient. A cela s’ajoute la frustration née du rejet de certaines candidatures aux législatives par la Justice. Autant de raisons qui font que certains candidats n’adoubent pas la junte. Pour ce qui est de cette alliance en elle-même, il faut dire qu’elle est curieuse.

Pourquoi cinq candidats qui ont été de la fronde contre Tandja se sont-ils résolus à former aujourd’hui une coalition avec le candidat Seini Oumarou du parti du président déchu ? La question a toute son importance quand on sait que l’ex-parti au pouvoir, par la faute duquel l’expérience démocratique du Niger a été stoppée, n’a vraiment pas fait son mea culpa. Ce regroupement est peut-être dicté par une volonté de survie. En tout cas, cette alliance, visiblement, contre-nature, ressemble à une sorte d’opération barracuda contre Mahamane Issoufou. D’autant, son mot d’ordre est « tout sauf Mahamane Issoufou ».

On se demande ce qu’a bien pu faire ce dernier pour que les candidats de cette alliance se liguent contre lui. Toujours est-il que rien que le caractère soudain de ce regroupement, le rend suspect. Avec cette coalition de candidats, les Nigériens peuvent être amenés à arbitrer un second tour entre Mahamane Issoufou et Seini Oumarou. Autant dire que la victoire du peuple nigérien lui serait volée si éventuellement, l’ex-Premier ministre de Tandja venait à remporter le scrutin. Une victoire que ce peuple, par sa détermination, aura arrachée à Tandja.

Un retour aussi rapide au pouvoir des compagnons de Tandja, signifierait que tous les efforts et sacrifices du peuple nigérien auraient été vains et que cette transition n’aurait finalement pas servi à grand-chose. Pour tout dire, ce serait une victoire de Tandja sur ses contempteurs. En tout cas, si l’alliance joue le jeu, la tâche sera ardue pour Mahamane Issoufou. Il appartient maintenant aux autres candidats anti-Tazartché et à leurs partisans, de travailler à convaincre le maximum d’électeurs autour de leurs programmes respectifs et à se serrer les coudes en cas de second tour. Mais, seul le peuple nigérien peut vraiment sauver les acquis qu’il a arrachés au forceps.

Pour ce faire, il faudra qu’il ouvre l’oeil et surtout le bon face aux politiciens, car la trahison et la politique sont deux soeurs jumelles. Saura-t-il le faire ? Rien n’est sûr. Nous sommes en Afrique, un continent où les populations, misère et ignorance aidant, constituent un véritable bétail électoral. Si on était dans un Etat où les populations étaient suffisamment mûres au plan démocratique, les acteurs d’une telle alliance payeraient cher leurs accointances avec le parti chassé du pouvoir.

Au stade actuel, le Niger est en passe de décevoir du fait de l’inconséquence de certains hommes politiques. Il y a une crainte que ces élections, surtout la présidentielle, débouchent sur des contestations ne serait-ce qu’à cause des accusations de partialité à l’encontre de la junte. Vivement que tous les hommes politiques nigériens fassent preuve de maturité d’esprit afin d’éviter à leur pays une crise post-électorale nuisible à tous égards.

Relwendé Auguste SAWADOGO

Le Pays

GABON : Il n’y a rien à attendre d’Ali Bongo, dixit André Mba Obame

Un Gabon, deux présidents. André Mba Obame Mba, qui s’est proclamé président de la République mardi et a nommé son propre gouvernement, continue de défier Ali Bongo Ondimba. Retranché au siège du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à Libreville, il déclare vouloir, au nom du peuple gabonais, chasser Ali Bongo reconnu après l’élection présidentielle 2009 par le Conseil constitutionnel. Samedi après-midi, son service de presse rapportait que des affrontements avaient eu lieu entre des étudiants de l’Université Omar Bongo, des lycéens et la police, à Rio, un quartier populaire de Libreville.
Officiellement classé 3ème à la présidentielle anticipée du 30 août 2009 remportée par Ali Bongo Ondimba par un coup d’Etat électoral, André Mba Obame n’a cessé de revendiquer la victoire à ce scrutin à tour unique. L’ancien ministre de l’Intérieur estime avoir gagné l’élection avec 42% des suffrages, contre 37% au fils d’Omar Bongo Ondimba.
Ce dernier a dénoncé l’instauration d’un gouvernement parallèle mardi, à Libreville. Mercredi, son ministre de l’Intérieur, Jean-François Ndongou, a annoncé la dissolution du principal parti d’opposition gabonais, l’Union nationale, dont André Mba Obame était le secrétaire général. Jeudi, les partisans de l’opposant et de son gouvernement, rassemblés devant les locaux du PNUD ont été dispersés par la police. André Mba Obame a craint, vendredi soir, d’être délogé par l’armée. Mais il déclare rester déterminé renverser le pouvoir d’Ali Bongo.

Afrik.com : Après avoir prêté serment et nommé un gouvernement, mardi, quelle sera votre prochaine action ?

André Mba Obame : L’action, c’est de faire partir le pouvoir illégitime conformément à la volonté des Gabonais qui n’ont pas dans leur majorité voté pour Ali Bongo.
Afrik.com : Vous dites vouloir évincer Ali Bongo, mais il a l’armée et l’appareil d’Etat avec lui…
André Mba Obame : Ali Bongo ne serait pas le premier pouvoir illégitime, ayant l’armée avec lui, qui serait contraint de quitter le pouvoir…

La situation est plus complexe que ça. Ali Bongo n’a pas la majorité des Gabonais avec lui. Alors qu’il a dépensé 43 milliards pour la campagne présidentielle, il n’a pas été élu. Il a fait un coup de force électoral en s’appuyant sur les bérets rouges, le ministère de l’Intérieur qui a proclamé de faux résultats, et le Conseil constitutionnel qui les a validés. Face à tout ça, la population voulait sa victoire par tous les moyens. Et j’ai dit non, j’ai refusé d’appeler les Gabonais à faire usage de la force. La seule violence liée aux résultats des élections est venue du pouvoir illégitime, à Port-Gentil où il y a eu une répression inimaginable pour le Gabon.
Une soixantaine de morts. Les partis d’opposition et moi-même avons alors appelé au calme. Mais un peuple, quand on veut le calmer et qu’autour de lui d’autres peuples – les Tunisiens, les Egyptiens – se soulèvent, il ne faut pas s’étonner que 15 mois après, il revienne à la charge. Comme en Tunisie, comme en Egypte, les Gabonais se battent pour que leurs droits fondamentaux soient respectés. Le droit à la liberté, le droit à l’éducation, le droit à la santé… sont piétinés par le pouvoir illégitime. Je fais confiance au peuple gabonais qui a soif de liberté et de justice et est déterminé à prendre ce qui lui appartient.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous décidé de mener votre action plus d’un an après la présidentielle ?

André Mba Obame : Il n’y a pas prescription en ce qui concerne les droits fondamentaux d’un peuple. Il faut plutôt louer la sagesse des dirigeants dont je suis, qui ont décidé qu’il fallait user de moyens pacifiques pour obtenir gain de cause. Mais 15 mois après l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir, tout le monde a constaté que la situation était pire qu’avant. Il n’y a plus que de l’autoritarisme, de l’arrogance, des dépenses somptuaires…

En un an, Ali Bongo a effectué plus de 80 voyages, à raison de cinq millions d’euros le voyage, soit 400 millions d’euros ! Il a acheté un hôtel particulier à Paris à 100 millions d’euros. Même les Emirats avaient refusé de l’acquérir parce qu’ils le trouvaient trop cher… Donc, c’est le peuple lui-même qui à un moment a dit : non, il n’y a rien à attendre d’Ali Bongo. C’est la régression à tous les plans, même politique.

Il a une conception monarchique du pouvoir où la liberté de la presse, les droits fondamentaux sont bafoués. Maintenant il peut proroger les mandats des députés et son propre mandat. Les choses se sont dégradées depuis son arrivée.

Et le peuple m’en a même voulu, me demandant pourquoi je l’avais laissé exercé ce mandat. Dès les élections, il m’avait demandé de garantir que je ne laisserais pas voler sa victoire. Certains ont cru, après le coup d’Etat, quand j’ai appelé à ne pas faire usage de la violence, que j’avais reculé. Ce n’était pas le cas… Maintenant, après avoir vu l’homme au pouvoir pendant 15 mois, ils ne peuvent continuer de laisser s’exercer une gouvernance aussi sectaire, aussi monarchique, un amateurisme aussi flagrant.

Afrik.com : Ali Bongo vous a qualifié jeudi de « professionnel du ridicule ». Manifestement, votre action l’a énervé, mais pas déstabilisé…

André Mba Obame : Mon but n’est pas de l’énerver ni de le déstabiliser. Mon but est de faire respecter le choix fait par les Gabonais le 30 août. Ali, c’est mon frère, je ne veux pas l’énerver, je veux qu’il respecte le choix des citoyens gabonais et la constitution. Je pensais qu’il avait changé et qu’il avait une plus grande considération pour les droits de l’homme qu’autrefois. En 1984, quand je l’ai rencontré, ce n’était pas le cas.

Et je constate aujourd’hui qu’il a même reculé. Il considère que ces droits et leurs défenseurs sont ridicules. Moi, je lui dis que se battre pour la liberté et la démocratie, c’est ce qu’il y a de plus valorisant. Je le renvoie à l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793. Elle enjoint le citoyen d’aller jusqu’à la rébellion lorsqu’il considère qu’un gouvernement viole ses droits. Sa conception à lui, c’est que les citoyens n’ont aucun droit.
Il a une conception monarchique du pouvoir. Les Gabonais ne sont pas ses sujets, mais des citoyens qui ont des droits. Le respect de la constitution est valable pour tous. Ali Bongo est astreint au respect de cette loi aussi.

Afrik.com : La France, les Etats-Unis, l’Union africaine, ont donné leur soutien à Ali Bongo. Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait les faire changer d’avis ?

André Mba Obame : La France a été la première à reconnaître Ali Bongo, avant même que le processus électoral n’arrive à son terme. Et c’est un euphémisme, elle a fait plus que ça… L’UA a demandé, dans le cadre de la diplomatie préventive, l’envoi d’une mission d’observation, car elle était soucieuse du fait qu’un coup d’Etat électoral était porteur d’instabilité au Gabon et dans la région. Mais le pouvoir illégitime d’Ali Bongo a refusé l’envoi de cette mission. Pour ce qui est des Etats-Unis, vous me l’apprenez…

Afrik.com : Ce vendredi, l’ambassade américaine à Libreville a publié un communiqué de presse qui stipule que les Etats-Unis « reconnaissent Ali Bongo Ondimba comme étant le président du Gabon ».

André Mba Obame : Avant le 28 janvier 2011, les Américains n’avaient pas fait de déclarations officielles reconnaissant Ali Bongo… Wikileaks a rendu public un message de l’ambassade des Etats-Unis à Paris recommandant à Hillary Clinton de ne pas reconnaître les résultats de la présidentielle car ils avaient été inversés.

Mais quand les Etats-Unis ont eu à présider le Conseil de sécurité, ils se sont trouvés dans l’embarras face au dossier nucléaire iranien. Et c’est la mort dans l’âme qu’ils ont dû accepter Ali Bongo, en échange de sa promesse de ne pas vendre d’uranium à l’Iran. Des calculs géostratégiques ont été placés au dessus de la volonté du peuple gabonais. Mais vous savez, hier les Etats-Unis reconnaissaient Ben Ali, aujourd’hui ils parlent de bloquer ses comptes, de l’interdire de séjour !

Les Gabonais n’ont pas à attendre l’autorisation des Américains pour agir, même s’il est vrai que leur soutien aurait été le bienvenu. Les grandes puissances appliquent la politique du deux poids, deux mesures. Quand c’est dans leur intérêt elles soutiennent les populations africaines, quand ça ne l’est pas, elles ne les soutiennent pas.

Afrik.com : Le ministre de l’Intérieur, Jean-François Ndongou, a déclaré que, pour vous être proclamé président du Gabon et avoir nommé votre propre gouvernement, vous étiez coupable d’un « crime de haute trahison puni par la loi ». Ne craignez-vous pas de finir en prison ?

André Mba Obame : L’histoire vous dira, dans les prochains mois ou années, qui finira en prison. M. Ndongou, qui a proclamé de faux résultats, peut être poursuivi pour haute trahison. Il a trahi son peuple. Que M. Ndongou et ses amis qui ont trahi les Gabonais, en ne respectant pas leur volonté, s’attendent à subir leur colère.

Que M. Ndongou et ceux qui exerçaient le pouvoir, lorsqu’il y a eu les émeutes à Port-Gentil, s’apprêtent à payer pour leurs crimes. Qu’ils s’attendent à se retrouver un jour ou l’autre devant un tribunal. Aujourd’hui on parle de traduire Ben Ali devant la justice pour ces crimes. Il y a un mois, qui aurait cru cela possible ?

Afrik.com : Les scénarios tunisiens et ivoiriens ont-ils influencé votre action ?

André Mba Obame : Il aurait été difficile de ne pas en tenir compte. L’objectif est le même : la liberté. Liberté politique, sociale, religieuse… Ces actes m’inspirent, comme ils inspirent tous les peuples du monde.

Source : Afrik.com

GABON : Pierre MAMBOUNDOU se prononce la Crise

Mesdames, Messieurs, 

Chers Compatriotes,

La Conférence des Présidents de l’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR) vient d’examiner la situation politique  du Pays née des déclarations successives de l’Union Nationale, du Parti Démocratique Gabonais et  du Gouvernement.

De ces déclarations, il ressort :

1)    La mise en place par l’Union Nationale d’un deuxième pouvoir exécutif ;

2)    L’énoncé par le Gouvernement d’une liste de sanctions parmi lesquelles :

–    la dissolution de l’Union Nationale,

–    la proposition de levée de l’immunité parlementaire du député du Haut Komo,

–    et la proposition de radiation des fonctionnaires prenant part au Gouvernement parallèle.

Mesdames, Messieurs,

La quête de l’Opposition gabonaise a été régulièrement orientée vers la transparence électorale et l’Etat de droit.

Depuis 1990 jusqu’à nos jours, le problème de la transparence électorale s’est toujours posé avec acuité.

L’élection présidentielle de 2009 n’a pas failli à cette triste tradition.

Le peuple Gabonais a assisté à une élection controversée dans son résultat, qui a conduit aux évènements du 3 septembre 2009 au Rond-Point de la Démocratie, aux émeutes de Port-Gentil et à l’acte posé ce 25 janvier 2011 par l’Union Nationale.
L’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR), tout en étant attaché aux principes de l’Etat de droit et à ses valeurs, prend acte de la gravité de la situation qui prévaut actuellement dans notre pays et qui mérite l’attention de tous les responsables à tous les niveaux pour l’analyser avec calme, discernement et clairvoyance.

L’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR) estime que ce serait une erreur que de traiter cette situation en ne privilégiant que l’aspect répressif sans examiner les causes qui ont conduit certains compatriotes à poser des actes, peut-être contraires à l’esprit et à la lettre de la Constitution, mais que la situation du pays peut expliquer.

Au regard de ce qui précède, l’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR)  se réserve le droit d’appeler les siens à une prise de position, allant dans le sens de la préservation des intérêts supérieurs de la Nation.

En conséquence, pour prévenir ce genre d’événements qui mettent en cause la cohésion sociale et l’unité nationale, l’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR) demande au Gouvernement de mettre en place, ici et maintenant, les outils de la transparence électorale, notamment la biométrie dont les conditions de mise en place sont déjà réunies.

Je vous remercie

Fait à Libreville, le 26 janvier 2011

Pour l’Alliance pour le Changement et la Restauration

Le Président

Pierre MAMBOUNDOU

Sommet d’Addis-Abeba sur la Côte d’Ivoire : N’est pas forcément élu qui est proclamé

On ne sait pas ce que le panel des chefs d’Etat africains trouvera comme solution pour régler en un mois la crise ivoirienne. Ce qu’on peut dire cependant, sans peur de se tromper, c’est que cette rencontre à Addis-Abeba a permis de répudier l’argument de la guerre si chère à certains Etats de la CEDEAO emmenés par le Nigeria.


Logo de l’Union Africaine

Dans la capitale éthiopienne, le camp Ouattara a perdu la bataille de la guerre dont il usait et abusait. Ni les Européens, ni les Américains, ni l’ONU, ne veulent faire le sale boulot ; ils préfèrent s’en remettre aux Africains pour que ces derniers aillent combattre d’autres frères africains. Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, a bien résumé ici les sentiments plus que contrastés qui habitent les chefs d’Etat africains par rapport à cette question. Et lorsqu’il dit qu’on a ramené le ballon au centre, on comprend qu’on a décidé de mettre fin à l’hérésie, de ménager la dignité du continent en le restituant dans ses droits et responsabilités par rapport à ce dossier.

Déjà, la « girouette » Odinga, annonçant au moment où les conciliabules devaient démarrer qu’il fallait que Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara règlent en tête à tête le problème ivoirien, montrait que les carottes  étaient cuites pour les guerroyeurs : honneur pour les uns, humiliation pour les autres.

Ensuite, on peut affirmer qu’à ce sommet, on a rabattu le caquet à Nicolas Sarkozy. Malgré les mises en garde, il a maintenu son déplacement sur Addis-Abeba, beaucoup plus pour un baroud d’honneur qu’autre chose. Et avant qu’il n’y atterrisse, les choses avaient été pliées puisque le Conseil de paix et de sécurité avait fait le boulot la veille. Si on voulait lui dire qu’il était dorénavant dispensé de foutre son nez dans les affaires  africaines, on n’aurait pas mieux fait !

Voilà qui est clair, qui montre qu’on sait maintenant que c’est lui qui a tout fait pour que cette affaire ivoirienne s’emballe. On sait même que le décidément innocent Obama ne s’est jeté, éperdu, dans cette vilaine Cause que parce qu’il aura été harcelé par le président français.
Eux tous, Obama, Sarkozy, Ban ki-moo, Choi et tutti quanti, tout comme les Nations Unies, l’Union européenne, la CEDEAO,  se retrouvent Grosjean comme par-devant alors que du côté de Laurent Gbagbo et de tous les patriotes africains, on boit du petit lait.
D’autre part, en prévoyant que les cinq chefs d’Etat africains seront appuyés par un Comité d’experts chargé de vérifications sur pièces comme par des transports sur le terrain, afin d’apprécier tout le processus électoral en amont et en aval, ce en relation avec la Constitution ivoirienne, on donne raison à Laurent Gbagbo qui jubile. Du coup, on  renvoie Alassane Ouattara (pour qui c’est la soupe à la grimace !) à se pourvoir autrement comme on le fait d’un plaideur qui est débouté de ses demandes devant un tribunal.

Les cinq chefs d’Etat n’ont pas encore déposé leur Rapport au Conseil de paix et de sécurité mais pour les patriotes africains, le fond de l’air est doux, il véhicule de l’optimisme.
On a beau affirmer que les positions prises  par la CEDEAO, l’Union européenne, les Nations Unies ou par certaines superpuissances sont toujours celle de l’UA, à savoir qu’Alassane Ouattara est le vainqueur du scrutin du 28 novembre 2010, on a beau laisser entendre que les chefs d’Etat n’ont d’autre mission que de permettre à Alassane Ouattara d’exercer en toute tranquillité ses fonctions, il n’en reste pas moins qu’avec l’épreuve de vérité du contrôle, la décantation se fera d’elle-même, emmenant celui qui en sortira confondu à se calmer, à rentrer dans le rang puisque la décision est déclarée par anticipation, contraignante pour tous. A ce qu’on sache, c’est Laurent Gbagbo qui d’avance a déclaré se soumettre et se démettre si le recomptage lui était défavorable alors qu’Alassane Ouattara, soutenu par les Ban Ki-moon et autres, freinent des quatre fers contre cette solution, Dieu seul sait pourquoi !
Qu’est-ce à dire alors ? Qu’on ferait ici, mine de rien, patte de velours, gentil/gentil avant de taper, qu’on évite à certains une humiliation trop crue ? On comprendrait alors que pour Laurent Gbagbo, il importe peu si pour un temps encore, ADO est considéré comme le vainqueur puisqu’il sait qu’au bout du compte, le rétablissement de la vérité lui rendra justice !

VT

San Finna N°601 du 31 Janvier au 06 Février 2011

Au delà de Gbagbo : l’Afrique

«La vraie passion du XXème siècle, c’est la servitude», écrit Camus à propos de notre époque, laquelle «n’offre à choisir que des conformismes». Or comme toute passion, celle de la servitude est souffrance et produit doublement des patients, soit qu’on s’acharne à asservir les autres, soit qu’on se résigne à l’asservissement.  L’on ne s’étonnera sans doute plus que les nations qui se sont autoproclamées propriétaires du monde, et qui de ce fait expriment bien de la souffrance, s’activent, à leur insu parfois, à produire de la souffrance en multipliant des risques de servitude génocidaire chaque fois que leurs intérêts sont interpellés.

Ces puissances du monde n’ont plus de scrupule à promouvoir l’industrie de la violence. Cette dernière ouvre des marchés, produit des armes qu’elle vend, et permet aux multinationales de revenir sur le terrain des violences rebâtir ce que leurs armes ont activement aidé à détruire.  Au bout du compte, il ne s’agit que de marchés, et donc de bénéfices.  Et depuis des siècles, l’Afrique est désignée comme terrain d’expérimentation multiforme pour de nouvelles règles diplomatiques, de nouveaux médicaments et des armes nouvelles dont les propriétaires du monde équipent des Forces naturellement Nouvelles…

L’Union européenne fait la force coloniale

Notre monde n’aura pas beaucoup vu les forces de l’ONU censées maintenir la paix s’activer et s’imposer par leur efficacité au Rwanda où il se perpétrait bien des horreurs.  Ces ’’soldats de la paix’’ savaient regarder ailleurs. Tout aura même été fait pour les exfiltrer, les éloigner des zones des massacres, probablement pour «avoir la paix !»… Ce sont cependant ces mêmes ’’soldats de la paix’’ que la même ONU entend largement, et cette fois efficacement, déployer en Côte d’Ivoire, pour cette paix à l’onusienne, dont l’objectif mal maquillé consiste à remettre une jeune nation africaine en revendication de sa souveraineté sous les fourches caudines d’une puissance coloniale à veto. Les forces de maintien de la paix de l’ONU vont donc, à ce qu’on dit, pacifier la Côte d’Ivoire. Il existe déjà en Afrique des pays où les populations savent que cette formule s’est toujours illustrée par des cimetières et des enterrements sommaires dans des fosses communes. Ainsi, c’est pour une raison hautement pacificatrice – quoique d’une éthique plutôt singulière – que l’Organisation des Propriétaires du monde s’est concertée et qu’elle s’est constituée en une Internationale colonialiste pour les besoins de sa cause.

La Côte d’Ivoire est donc devenue un cas d’école pour l’Afrique et le monde, au lendemain des cinquantenaires de ce qu’on a pompeusement présenté comme les indépendances africaines.  Certes la Côte d’Ivoire se serait volontiers passée d’une telle distinction ; mais à travers elle, c’est toute l’Afrique qui se trouve en devoir de constater qu’elle est traitée de la main gauche par la «Communauté internationale» dont elle est censée faire partie, mais dont elle devra se savoir exclue, parce que dans le lexique de l’Internationale colonialiste, «international» signifie «occidental». Du fait de l’ONU, l’Afrique se voit donc enfin officiellement et férocement confirmée dans son statut d’ensemble de territoires sans Etats véritablement souverains, la souveraineté d’aucun pays africain n’ayant véritablement figuré à l’ordre du jour de l’ordre colonial et néolibéral dominant. La diplomatie de la «Communauté internationale», inspirée par l’Internationale colonialiste veut que toutes les chancelleries le sachent ; que toutes l’entendent bien ainsi, mais que toutes se gardent bien de le dire, par diplomatie, en confirmation de l’adage où l’Union (européenne) fait la force (coloniale).
La notion de souveraineté appelle cependant quelques observations: chaque fois qu’un potentat africain monte un mauvais coup contre son peuple, il se drape de la «souveraineté»  nationale dans l’espoir d’échapper à toute observation critique ou à toute évaluation extérieure. Ces potentats se plaisent d’autant plus à ce jeu qu’ils s’y livrent impunément, le plus souvent avec l’onction d’une métropole coloniale prompte à donner une crédibilité «internationale» à l’impénitent potentat. Le peuple peut toujours hurler son indignation et sa désolation : «l’homme fort» se sait couvert par son mentor métropolitain, qui lui-même se cache derrière des «accords de défense». Car sous prétexte de «coopération militaire», la métropole n’hésite jamais à défendre un dictateur contre un peuple, son propre peuple, qui l’a rejeté.
La Côte d’Ivoire post électorale nous fait témoins d’un scénario différent, presque inverse : il s’y observe un flagrant déni de souveraineté du peuple ivoirien, moins cette fois par un potentat que par une communauté «internationale» à la rescousse d’une métropole en perte de vitesse en Afrique. Les calculs électoraux et les combinaisons politiciennes ayant mal abouti, il restait à la légalité de prévaloir, force devant rester à la loi. Et la loi fondamentale de la Côte d’Ivoire fait du Conseil constitutionnel le seul organe habileté à proclamer les résultats des élections, quelles qu’en soient la nature et les conditions de déroulement. Contrairement au scenario habituel, ce n’est plus un potentat qui cherche à spolier son peuple de sa souveraineté en comptant sur des appuis métropolitains étrangers. C’est une métropole coloniale qui s’appuie sur un lobby ethno diplomatique et financier pour imposer son diktat à un Etat dont les institutions ont formellement dit le droit, conformément à ses lois. Ce qu’aucune nation occidentale n’accepterait doit donc être imposé à une nation d’Afrique. C’est l’Afrique. Ce n’est donc pas important…

La question semblait banalement arithmétique ; elle a pris toute une dimension juridique et politique qui appelle d’autres questions :

La Côte d’Ivoire est-elle un état souverain membre de l’ONU ?

Si oui, disposerait-elle d’un arsenal juridique propre à en faire un état où se dit le  droit ?

Ces lois ivoiriennes peuvent-elles être invoquées par les Ivoiriens pour des élections en Côte d’Ivoire ?

Si tel pouvait être le cas, d’où viendrait-il qu’une métropole, fût-elle aussi amicale et aussi désintéressée que la française, s’arroge le droit de lancer un ultimatum à un Chef d’Etat que le Conseil Constitutionnel de son pays a légalement proclamé élu, en validation corrective d’une arithmétique des urnes dont il pourrait s’avérer qu’elle a été viciée par des fraudes?

Et Laurent Gbagbo de poser la seule question qui vaille à ses Pairs venus en médiation : «Qui a gagné les élections en Côte d’Ivoire ?»

L’inversion du scenario habituel dessine un schéma nouveau : hier c’est un Gouverneur de colonie de souveraineté théorique qu’une métropole coloniale défendait contre un peuple spolié de sa souveraineté et subjugué au nom des intérêts de la métropole. Aujourd’hui, c’est un Chef d’Etat en revendication d’une souveraineté effective au bénéfice de son peuple qu’une métropole harcèle. La notion de souveraineté s’avère donc à géométrie variable selon que c’est un nationaliste ou un gouverneur de colonie qui en parle. Aussi y aurait-il légèreté à se hâter de signer, au nom de cette souveraineté, le moindre chèque en blanc à quelque Chef africain que ce soit, bien que la mouvance nationaliste et patriotique dont se réclame Gbagbo puisse favorablement le positionner aux yeux d’une Afrique de plus en plus lassée de ses chaînes.

La France, qui a perdu la cote mais tient tant à l’ivoire, fait du braconnage politique

Il se trouve que l’Afrique présumée «francophone», en réalité «française», excelle dans la complaisance à revendiquer son propre maintien dans l’esclavage sociopolitique. La voici donc allègrement remise en corset et reprise en étau par ce que chacun devra sans doute reconnaître bientôt comme le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC). En somme derrière la couverture de la «Communauté internationale», l’Internationale colonialiste et néolibérale réédite ce qu’elle a perpétré depuis Berlin et Yalta, puis entre 1945 et 1960, au moment où des Africains d’avant-garde engageaient la lutte pour l’indépendance de leurs territoires et la souveraineté effective de leurs peuples.

Cinquante années après ces «indépendances», le même lobby colonialiste s’active autour des territoires africains qui comptent : car au moment où le système économique et social de l’Occident se fissure et s’effiloche, il n’est surtout pas question de perdre ni une seule plantation, ni aucune source de matières premières ; il n’est surtout pas question de laisser les Africains penser que le Pacte Colonial pouvait être reconsidéré, encore moins rompu au nom de nul ne sait quel droit de quels peuples à disposer d’eux-mêmes.

Tant qu’une dictature tropicale laisse l’Internationale colonialiste disposer de ses territoires et de ses ressources diverses, la «Communauté internationale», entendez les métropoles occidentales,  n’y trouve rien à redire ; au nom du Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation, elle  se hâte même de consacrer ladite dictature comme démocratie, et de la présenter comme modèle d’intelligence politique et de «sagesse» africaine. Mais qu’il se trouve un nationaliste pour s’intéresser au sort de son peuple, aussitôt s’agite le drapeau menaçant de la démocratie à l’occidentale dont l’Europe s’arroge le droit de dispenser des leçons contre ses propres  pratiques sociales et politiques parfois douloureuses et bien souvent embarrassantes de honte. La diffusion dans les médias occidentaux de la manière dont le Fils de l’autre a gagné les élections présidentielles au Gabon établit l’éthique électorale et démocratique que «la Communauté internationale» sait opportunément appliquer aux colonies d’Afrique…Quand on a su autant bâillonner sa moralité électorale et sa propre vergogne au Gabon, se montrer aussi délicat en Côte d’Ivoire relève du gangstérisme politique international!

C’est dans ce jeu que bien des gouvernements occidentaux se sont surpassés, ceux de France en tête. Mais la France n’a plus la cote. Chaque jour, elle observe qu’elle a même perdu cette cote qu’elle s’est arrogée en Afrique pendant de longs siècles d’amitié acharnée, de tartufferie politique et de séduction culturelle. Seulement, elle a beau perdre la cote, la France tient à l’ivoire. Dans sa rage d’en perpétuer le trafic, la voici  installée dans le braconnage politique et mobilisée pour y recruter ou y compromettre d’autres nations, selon cette règle du partage qui veut que les Propriétaires de notre monde se gardent de se gêner dans leurs «chasses gardées» respectives. Il va donc y avoir des assassinats d’éléphants, l’ONU ayant pris parti contre la souveraineté d’un de ses Etats membres, au mépris tout à fait flagrant des conventions internationales qui, au bas mot, font des pachydermes une espèce en voie de disparition et comme telle protégée. Mais nous souscrivons à la déclaration d’un Collectif d’intellectuels d’Afrique et du monde : il faut empêcher toute intervention militaire en Côte d’Ivoire ; il faut sécuriser les Eléphants.

Le 2 décembre 2010, l’Elysée déclarait qu’«il appartient désormais au Conseil constitutionnel de proclamer les résultats définitifs dans le strict respect de la volonté clairement exprimée par le peuple ivoirien». Cette déclaration engageait le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire dans un tunnel sans lumière, de manière si «stricte» que la seule possibilité consentie à cette institution se résumait à reproduire ce qui semblait avoir été « clairement exprimé  par le peuple ivoirien ».  Mis en demeure de répéter ce qui lui était ainsi dicté, le Conseil constitutionnel se trouvait violemment dépouillé, par l’Elysée, de toute véritable prérogative. Le Conseil constitutionnel, organe de délibération et de décision, avait mission de valider les résultats à lui soumis par la Commission Electorale Indépendante, un organe consultatif. L’Elysée lui enjoignait de se satisfaire de la certification de l’ONU, et de renoncer à la validation dont il avait pouvoir.  Le Conseil constitutionnel ayant joué son rôle légal et statutaire, «l’homme fort» de l’Elysée s’en est pris presque physiquement au candidat proclamé élu. A croire que pour l’Elysée, le Conseil constitutionnel ne vaudrait comme institution républicaine que s’il déclarait élu le candidat dont les fraudes électorales avaient été dénoncées, et les résultats légalement invalidés dans certaines circonscriptions.

Au risque d’étonner le bon sens, même la Maison Blanche s’y est laissé tromper au prix d’une contradiction remarquée : l’on y prônait naguère une Afrique des institutions fortes par rejet d’une Afrique des hommes forts. Voici que dans un discours d’homme fort, la Maison Blanche dénonce une institution forte mise en place par un homme dont l’action, de l’avis général, et en dépit des va-t-en-guerre de son pays, tendait tant bien que mal à instaurer des institutions républicaines qui fonctionnent au-delà des hommes. La Maison Blanche pourrait bien s’être laissé compromettre par une métropole européenne qu’on surprend à dénoncer le fonctionnement des institutions qu’elle applique elle-même dans l’Hexagone,  et que sa Vème République a imposées aux colonies par assimilation institutionnelle.

Il ressort de toutes ses considérations que pour le destin de l’Afrique, et bien au-delà de sa personne, Laurent Gbagbo s’apparente à une espèce en voie de disparition. Personne ne nous fera penser ni croire qu’il est un ange. Et on peut douter qu’il revendique ce statut surhumain : c’est un homme de pouvoir ; et le risque de tout pouvoir est de se dégrader en puissance en cédant à bien des faiblesses. Mais sans nécessairement le dédouaner de ses propres insuffisances ou de ses éventuels forfaits, la vision patriotique que Laurent Gbagbo a impulsée en Cote d’Ivoire déplace la querelle : elle l’élève des simples joutes électoralistes vers l’arène nationaliste et patriotique. Thomas Sankara s’y est généreusement engagé dans son style. Un de ses amis a été armé pour mettre fin à son rêve, au nom des intérêts étrangers au Burkina Faso. On va sans doute bientôt armer un cousin africain de Gbagbo pour vous l’assassiner, ou  diligenter la Cour Pénale dite internationale mais résolument «occidentale» pour l’embastiller. L’ONU y assistera «en toute neutralité» pour avoir, une fois encore, été instrumentalisée par une Internationale colonialiste qui s’est maquillée aux couleurs de la «Communauté internationale» dans l’illusion de masquer ses appétits. Par delà ses limites humaines, Laurent Gbagbo aura surtout commis l’abominable crime de penser ivoirien en Ivoirien, de penser africain pour l’Afrique. Il a osé s’imaginer que les Ivoiriens avaient, eux-aussi, le droit de penser leur destin, de se prendre en main et de sortir du corset colonialiste. Il a osé parler d’indépendance alors que pour certaines métropoles, la Côte d’Ivoire doit rester sous surveillance des forces d’occupation, et l’Eléphant ouest africain sous contrôle de la Licorne hexagonale…

Perception zoologique de l’Afrique dite francophone

Il n’est pas nouveau que  notre «organisation» des Nations Unies se laisse instrumentaliser par certaines nations à veto en négation flagrante de la souveraineté de nations sans pouvoir de veto. Cette faiblesse a fait prendre bien des décisions regrettables dans bien des pays du monde. Le Cameroun par exemple n’a pas encore oublié qu’il n’a jamais été une colonie française. Il se souvient même qu’il fut une pupille des Nations unies. Mais cette organisation a abdiqué ses responsabilités de tutrice pour des raisons que seul un penchant à l’infanticide peut expliquer ; car l’ONU a plutôt sacrifié sa pupille aux intérêts de l’Internationale colonialiste, sous prétexte que la France s’était, la main sur le cœur, engagée à «conduire» le Cameroun à son indépendance, à sa souveraineté et, comme de bien entendu, à sa prospérité. Plus de cinquante années après, le Cameroun en est toujours à courir après l’effectivité de son indépendance. Les Camerounais en sont toujours à se gargariser d’une souveraineté cosmétique. Quant au développement, le monde a entendu que le discours sur l’émergence a déporté le Cameroun sur les calendes de 2035! C’est dans cette logique de report et de différé permanent que pour Pierre Mesmer, Ancien Haut-commissaire de la France coloniale au Cameroun, il fallait confier l’indépendance du Cameroun et sa gestion «à ceux qui la voulaient le moins». Plus de cinquante années après, l’ONU ne semble toujours pas pressée de savoir quel sort la France a réservé à sa pupille… S’agissant du Cameroun, les Nations Unies pourraient valablement et fort utilement organiser une plénière sur l’irresponsabilité tutorale et parentale.

Il devient donc réductionniste de se focaliser sur la personne de Gbagbo : la situation que vit la Côte d’Ivoire interpelle l’Afrique toute entière, tout au moins l’Afrique qui rêve de son indépendance réelle sur les divers plans économiques, politiques et socioculturels. Car il n’est pas de juriste, il n’est pas de juridiction qui ne puisse reconnaître qu’au plan institutionnel, la proclamation de Laurent Gbagbo comme Président de Côte d’Ivoire est incontestable.  Partout dans le monde, l’arithmétique des urnes doit attendre la validation d’une haute juridiction pour donner un visage aux électeurs, un nom au peuple, une conclusion légale aux élections. Il est surprenant que ce processus soit automatique  et respecté comme tel dans les «grandes» démocraties du monde, et que les mêmes grandes démocraties affichent tant de myopie institutionnelle au même nom de la démocratie. Mais chacun y reconnaîtra l’éthique  «internationale» par laquelle l’Occident sut jadis organiser des croisades, bénir des  expéditions d’esclaves et exterminer des créatures de Dieu au nom de Dieu, de son Dieu à lui!

Au-delà des démissions morales et des génuflexions par lesquels certains Africains se distinguent, la crise provoquée en Côte d’Ivoire montre que dans une nation membre des Nations Unies, un Conseil constitutionnel peut se voir violemment nier toute autorité morale, toute autorité légale, et toute autorité formelle de constituer ladite nation. C’est tout à fait nouveau dans le droit international. Mais la violence de ce déni ne peut surprendre venant de ceux dont le credo est qu’il n’est de bon Nègre qu’à genoux ! Et qu’en Afrique, il n’y aura que des nations asservies, des nations de service ; et qu’il ne sera de nation reconnue que celle qui se sera conformée au diktat de l’Internationale colonialiste en souscrivant aux critères du partage du monde en zones d’influence réservées, comme le «Pré carré», appellation agropastorale qui dit assez clairement la perception zoologique que d’aucuns ont de l’Afrique dite «francophone».

Mais le tableau s’est clarifié pour ceux qui en doutaient encore, ou qui s’imaginaient qu’il suffisait à un pays d’Afrique d’avoir un hymne, un drapeau et quelques fusils pour être reconnu comme nation souveraine : pour le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC), la bonne Afrique est l’Afrique-Plantation.  Et le «sage» est l’Africain dont le territoire tient entre le balai et la poubelle, le tablier et la chamoisine… Avant Gbagbo, Lumumba et Um Nyobe ont voulu briser la chaîne de cet embastillement sociopolitique, économique et culturel. L’ONU a assisté impassible à leur liquidation sommaire, au nom de la paix telle que prônée par l’Internationale colonialiste. Jamais deux sans trois…

Selon que vous serez d’Afrique ou d’Occident…

Il ne suffira cependant pas que Barack Obama ait étonné le continent africain et qu’il se soit dédit pour que raison soit donnée à un fonctionnaire de l’ONU, fort sympathique au demeurant, mais manifestement inapte à percevoir la différence de droit qui existe entre la «certification» dont il avait mandat et la «validation» des résultats dont seul le Conseil Constitutionnel avait exclusivement le pouvoir. Et ce n’est plus de l’ignorance juridique que de confondre un organe consultatif avec un organe délibératif et de décision. Car ce n’est pas par ignorance que l’ONU, par son représentant, s’est échinée à imposer les propositions d’un organe consultatif aux délibérations de la plus haute juridiction d’une nation. L’Afrique ne va tout de même pas tout le temps avoir honte à la place des autres. Car l’on semble compter sur la pudeur des Africains pour leur faire tolérer n’importe quelle incompétence.  Mais ils fonctionnent sur instructions, les fonctionnaires. C’est donc bien «l’organisation» qui s’est exprimée par la voix de M. Young-jin Choï, où il se perçoit bien que Choï n’a pas eu de choix : étant aux ordres de l’Internationale colonialiste, il aura fait son devoir en accomplissant sa besogne de mission. Aussi, n’aura-t-il pas hésité à violer la Charte même des Nations Unies qui prescrit de n’entreprendre d’action dans un pays membre que dans le strict respect des institutions et de la souveraineté dudit pays.

Mais la Charte des Nations Unies n’a pas prévu que l’organisation reconnaisse ses erreurs et fasse amende honorable. Quand on répond de l’Internationale colonialiste, on ne sait pas avoir tort. Sous la pression de l’Internationale colonialiste, les prescriptions même de la Charte ne sont plus que des balivernes cérébrales devant les intérêts géopolitiques et mercantiles à préserver. Pour cette raison, et parce qu’il s’agit d’un pays africain, les personnalités membres d’un Conseil constitutionnel cessent aussitôt d’être des juristes de qualité. Ils ne sont plus que des «proches» et des «amis» du Président. Que M. Kipré, Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France rappelle que Michel Debré, Président du Conseil Constitutionnel de France doit, dans cette logique, n’être qu’un «proche ami» de Sarkozy, et l’on entend le journaliste Elkabach glapir: «il ne faut pas comparer !». Ainsi, selon que vous serez d’Afrique ou d’Occident, le Conseil constitutionnel sera un banal cercle de proches amis du Président ou une instance délibérative digne d’être respectée par l’ONU…

Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la Cour Pénale Internationale se hâte de se signaler à l’opinion comme l’aile judiciaire de l’Internationale colonialiste, au risque de se pénaliser en se dégradant en Cour «occidentale» : elle qui fut d’une discrétion remarquée et d’un silence assourdissant pendant bien des génocides en Afrique, elle qui ne donna aucune suite aux requêtes de la Côte d’Ivoire sur les tueries de la Licorne, affûte déjà ses articles et ses «attendus» contre tous ceux qui auront osé penser que l’Afrique a des droits, et que ses Conseils constitutionnels sont en devoir de dire le droit en toute souveraineté…Le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation (NOMC) est résolument en marche. Et le Conseil de Sécurité se signale déjà comme sa branche armée, prompte à déployer des soldats pour mater la soif d’indépendance des nationalistes africains…

Tant d’indices laissent penser qu’en ce début du XXIème siècle un gouvernement mondial se met discrètement en place. Comme d’habitude, l’on aura choisi l’Afrique comme terrain de son expérimentation ; et la Côte d’Ivoire donne un aperçu de la gestion et du fonctionnement de ce gouvernement mondial. Son mode de gestion est si éloquent qu’il n’y a pas meilleure manière de dire à l’Afrique qu’elle n’y comptera pas pour grand-chose, ou pour si peu, qu’il lui faudra de puissants mégaphones pour se faire entendre. Sauf à choisir enfin de s’assumer sur la base de ses règles endogènes, de s’étudier sur la base de ses propres concepts, de s’instruire sur la base de ses propres canons et méthodes culturels pour se donner quelque chance de se reconquérir et de se réconcilier avec elle-même. Il est d’une évidence lumineuse que cette mise en perspective de l’Afrique ne sera d’aucune motivation pour les professionnels de la génuflexion, et qu’elle sera même âprement combattue par ceux des Africains qui auront été dressés au reptilisme existentiel.

C’est qu’au-delà d’un nommé Gbagbo, l’autre question de fond que la Côte d’Ivoire pose à l’Afrique est la problématique même des élections comme processus d’accès à la gestion publique. La démocratie est-elle nécessairement électorale ? Les peuples en général, les peuples d’Afrique notamment, n’auraient-ils que des élections pour se gérer en société ?

Les élections, seul outil d’accession à la gestion de la vie publique et au pouvoir ?

La culture occidentale est fondamentalement, foncièrement et essentiellement conflictuelle. Certes Héraclite d’Ephèse a étudié en Afrique avant d’établir le conflit, la lutte des contraires comme moteur du monde. L’Afrique ne conçoit cependant pas le monde en termes d’affrontement ; l’Afrique culturelle profonde conçoit le monde en termes d’intégration et de consensus. Contrairement aux contrevérités de certains touristes scientifiques qui se sont autoproclamés «africanistes», l’anthropologie africaine a des choses bien plus porteuses à enseigner dans ce domaine.

La rage d’uniformisation du monde étonne de plus en plus chez ceux-là même qui prétendaient combattre la pensée unique ; elle est exacerbée par le slogan économico-mercantile de la mondialisation, dont les institutions de Bretton Woods, l’OMC comme le FMI, constituent le bras usurier. Au nom de l’uniformisation du monde, il suffit désormais qu’un slogan soit diffusé et soutenu dans les medias «internationaux», entendez «occidentaux», pour qu’il devienne une vérité infaillible pour le reste du monde. C’est ainsi que les pays d’Afrique, hier pays du «Tiers monde»,  ou «Pays sous-développés», ont été successivement et unilatéralement rebaptisés pays «en voie de développement», puis «Pays les Moins Avancés» (PMA), puis «Pays Pauvres Très Endettés» (PPTE) et, pour demain, «Pays Emergents». L’Eurocentrisme n’a pas fini de coûter cher aux peuples d’Afrique, tant au plan économique, moral que politique. Dans ce dernier cas, l’accession à la gestion publique par les élections fait tellement problème en Afrique qu’au lieu de penser que ce sont les Africains qui sont inaptes à la démocratie électorale, il serait temps de se demander si l’urne est bien le mode socioculturel le plus approprié pour l’accession au pouvoir et pour sa gestion en Afrique.

Nous ne perdons pas de vue que si aujourd’hui l’Occident agite aussi ostensiblement le fanion des élections, il n’y a pas si longtemps que ses «grandes  nations» excluaient le vote de leur fonctionnement. Et quand l’Occident a fini par céder au principe des élections, il a fallu de nouvelles luttes acharnées pour que toutes les populations soient admises à voter. Il n’y a donc pas longtemps que certaines grandes nations occidentales ont concédé ce droit à la femme – dont le statut d’être humain n’a été toléré que fort récemment. Dans certaines «grandes démocraties» occidentales, la reconnaissance de la femme comme personne humaine a paru si révolutionnaire qu’elle a été gravée sur des stèles comme une invention exceptionnelle de l’humanité…

Si donc la démocratie se définit comme pouvoir émanant d’un peuple donné, et s’il est entendu qu’en Afrique il existe des peuples et non de simples hordes de primates, le plus distrait des touristes pourrait avoir remarqué, sauf amnésie et cécité délibérées, que l’Afrique a une longue expérience de la gestion publique et de l’accès au pouvoir.

Une certaine propension au raccourci pousse une catégorie d’Africains à renoncer à comprendre, pour s’être convaincus par facilité que les autres ont déjà tout dit, tout pensé, tout trouvé. Quand les autres auraient effectivement tout pensé et tout trouvé, ils l’auraient fait pour eux, en fonction de leur vécu à eux et de leurs attentes à eux. C’est pour cela que même le sparadrap, grande trouvaille occidentale devant l’Eternel, n’existe pas encore en couleur cacao ou café, mais se produit exclusivement en couleur rose cochon… De tels détails de notre simple quotidienneté d’infirmerie devraient inciter les Africains à réfléchir sur bien d’autres produits que l’Occident vante dans ses médias et qu’il nous propose, sous prétexte de modernité et d’ouverture, comme une panacée à nos problèmes d’Africains.

C’est dans ce contexte que des questions bien plus graves pourraient surgir : dans quelle culture ou société africaine a-t-on jamais vu 51% d’une famille humaine s’arroger le droit de régenter 49% de la même famille sous prétexte que des bouts de papiers ont été jetés dans une boîte, individuellement, séparément et en cachette? Dans quelle société d’Afrique a-t-on jamais vu une palabre se terminer hors consensus, quand le Patriarche chargé de vider un litige se fait un point d’honneur de ramener le plus radical des contradicteurs dans le cercle du consensus pour qu’à la fin, les uns et les autres partagent la cola en dégustant le vin de la réconciliation, de l’entente et de la cohésion sociale retrouvée ?

Le tropisme et l’extraversion pousseraient des décervelés à douter ! Pourtant, il va falloir, et bientôt, se résoudre à choisir : guérir du dressage et du mimétisme, ou renoncer définitivement à représenter une culture, un peuple, un continent et une histoire dont la richesse aussi piratée qu’enviée est souterrainement combattue par ceux-là mêmes qui la parasitent.  Observons déjà comme la vertu du consensus est convoitée par les adeptes des pouvoirs électoraux «modernes», issus de la démocratie électorale de 51% contre 49%. C’est bien par intention, par soif et par impatience de consensus ou de réconciliation que tout «Président élu» se hâte de déclarer qu’il sera le Président «de tous les …». Quand bien même cette déclaration ne serait faite que du bout des lèvres, l’effort de mensonge du nouveau président est déjà en lui-même révélateur d’un fonds culturel qu’aucun Africain ne devrait se hâter d’évacuer.

Les urnes n’ont pas une histoire si lointaine que cela en Occident. Et la généralisation des élections à l’occidentale n’est encore ni un certificat de démocratie, ni une garantie de paix sociale dans les «grandes démocraties» occidentales. D’aucuns auraient bien voulu qu’il n’en fût point ainsi, mais l’Afrique profonde a des enseignements à donner au monde en matière de démocratie et de convivialité : «Le pouvoir y reposait sur un système de prise de décision collégial et consensuel. La méthode  en était la palabre, et l’instrument l’assemblée de village. Au-dessus du village, à chaque niveau d’organisation géographique, district ou région et royaume ou empire, des assemblées de délégués fonctionnaient selon le même principe de consensus. S’il y a une tradition africaine de prise de décision collective, elle est bien celle de la palabre et du consensus. Elle prend du temps, mais elle s’attache au respect de chacun et permet les décisions nécessaires à la survie du corps social». Le même auteur déplore «la méconnaissance profonde où se trouve l’Occident des modes de fonctionnement de l’Afrique (…) Tout se passe en Afrique comme si l’Occident colonisateur avait efficacement détruit une amorce de sociabilité locale que l’on peut appeler démocratie consensuelle, et n’arrivait pas à faire prendre la greffe de son produit de remplacement, la démocratie conflictuelle». (2001)

Non, il ne s’agit pas encore de Cheikh Anta Diop – Maître de puissante inspiration – mais plus prosaïquement de Michel Rocard, qu’on ne peut soupçonner d’Afrocentricité. Son titre, Pour une autre Afrique, dit à quel point les ravages de la colonisation sont réels et la lutte pour les rattraper indispensable, notamment face à des prédateurs occidentaux qui veulent bien les décrire ou les déplorer, mais dont le premier réflexe, une fois qu’ils sont au pouvoir, n’est pas nécessairement de promouvoir l’indépendance et la dignité de l’Afrique.
La raison de vivre s’érige en raison de mourir

Au-delà  d’un nommé Gbagbo, prétendons-nous, l’enjeu est l’avènement d’une Afrique autre. Ceux des enfants d’Afrique qui s’en rendent comptent et qui prennent la juste mesure des enjeux sauront que même proclamés perdants, ou à la limite assassinés, certains nationalistes patriotes seront demeurés des gagneurs. Au-delà des insuffisances, des incompréhensions ou des fautes de bibelots, la plupart auront activement œuvré au-delà de leur personne, pour l’indépendance de l’Afrique et la dignité d’une Afrique de peuples effectivement libres. Quand une cause est à ce point une raison de vivre, elle s’érige en raison de mourir. Et la gloire des nations réside dans le sacrifice de ceux de leurs enfants qui savent mourir pour leur raison de vivre. C’est ainsi que sans l’avoir recherché, certains patriotes entrent dans l’éternité de la mémoire de leur peuple.

L’Occident en général et l’Europe en particulier ont prouvé au monde qu’ils savent se déchirer dans des querelles ethniques et des conflits ethno économiques. La Shoah en est l’un des exemples les plus déshumanisants. L’unité de l’Europe n’a donc pas fini de se chercher. Sans doute va-t-elle enfin se trouver grâce à l’Afrique dont la même Europe occulte curieusement la saignée et l’holocauste négrier. Cette Europe esclavagiste et déchirée par ailleurs va sans doute reconquérir son unité grâce à une Côte d’Ivoire qu’un certain Laurent Gbagbo s’efforçait de réunifier. Il restera  frappant que l’Europe en quête de sa propre unité n’ait pas hésité à aggraver l’éclatement d’une nation africaine pour défendre les intérêts d’un pays d’Europe. Et c’est de cette Europe ethnique, fort violemment intéressée, que l’Afrique devra recevoir des leçons d’éthique politique et humaniste ! Le malaise que l’Afrique éprouve vient de ce que l’Europe ne semble pas avoir, pour elle-même déjà, maîtrisé les leçons qu’elle veut bien dispenser ou, à l’occasion, imposer au reste du monde : élection n’est point synonyme de démocratie. Et en Afrique, la démocratie électorale ne saurait se satisfaire du décompte numérique des Commissions dites indépendantes qui ne garantissent aucune crédibilité à cause du voile de suspicion dont les contextes de leur création les couvrent.

Ne nous demandons plus où sont passées toutes ces nations indépendantes africaines qui ont  célébré ou qui s’apprêtent à célébrer leurs «indépendances». L’Afrique aveuglée par extraversion politique n’a pas perçu le calcul d’une Europe aux voix discordantes par ailleurs, mais dont la Côte d’Ivoire accélère subitement l’unanimité. La cause est sans doute entendue, mais l’unanimisme occidental ne sera pas une leçon de démocratie pour l’Afrique du XXIème siècle. Cet unanimisme suspect confirme que pour les intérêts de l’un des leurs, l’Europe a résolu de faire corps et chorus, d’étouffer toute velléité de liberté en Afrique, quitte à installer au pouvoir ceux-là même qui, la veille, ont mis à feu et à sang le pays qu’ils s’impatientent aujourd’hui de gouverner. Ils seront sans doute au gouvernement ; mais quel gouvernail tiendront-ils ? La Côte d’Ivoire ne s’expose-t- elle pas au risque d’être gérée par procuration, par un simple gouverneur colonial aux ordres de la Sainte Union de l’Europe coloniale ?
L’unanimisme européen aura cependant atteint son objectif : entraver l’unification d’une nation en passe de panser ses blessures, et en faire un territoire ingouvernable. Cette manière qu’a l’Internationale colonialiste de se croire indispensable à l’Afrique crée de nombreux emplois pour l’Europe ; mais l’ingouvernabilité de la Côte d’Ivoire ne profitera à aucun Africain. Il est possible qu’elle ne profite même pas à l’Occident. Le Nouvel Ordre Mondial de la Colonisation l’instaure activement par fébrile avertissement à tout autre dirigeant africain qui aurait des démangeaisons de liberté et des velléités de souveraineté. Des morts, l’on en compte déjà. Mais qu’est-ce qu’un  génocide de plus pour la machine coloniale ? L’histoire de l’Europe est d’une richesse écarlate : l’on y apprend que l’Europe sait toujours comment multiplier les fosses communes pour se faire de l’espace chez les autres. Mais pour avoir cautionné ce flagrant déni de souveraineté en Côte d’Ivoire, l’ONU a gagné en déshonneur et en dépréciation. Il devient de peu d’intérêt que l’ONU y ait été poussée par une Europe manœuvrière désireuse de recoller provisoirement ses propres morceaux. En ce XXIème siècle naissant, l’Afrique en charcuterie aura néanmoins servi à unir l’Europe dans une Internationale colonialiste sous protection de l’ONU…

On n’arrête pas le progrès. Et le progrès que le XXIème siècle s’apprête à enregistrer s’observe en Afrique, par la Côte d’Ivoire : la «Communauté internationale» aime désormais  si profondément l’Afrique qu’elle se mobilise sans calcul pour y imposer son mode de sélection des dirigeants, au nom de cette liberté, de cette démocratie et de cette humanité que, pendant de longs siècles, la même Communauté internationale a brutalement niées à l’Afrique. Ce vaste renversement de programme est un peu tardif ; mais par cette prestidigitation, d’aucuns espèrent gommer des siècles de cet esclavage, de ces massacres et de ces spoliations dont l’Occident refuse de parler par négationnisme et refus de toute repentance. A travers la Côte d’Ivoire, l’Occident déclare à l’Afrique un amour si subit, si débordant et si tyrannique qu’il ne veut surtout pas que de pauvres Africains se noient dans leurs barils de pétrole, s’intoxiquent à l’uranium et s’aveuglent à l’éclat de leurs carats d’or ou de diamants. La «Communauté internationale» veut tellement le bien de l’Afrique qu’elle tient, pour ainsi dire coûte que vaille, à soulager le continent du poids écrasant de ses diverses dictatures : minières, forestières et politiques. Les principaux inspirateurs et acteurs de génocides africains tiennent tellement à libérer l’Afrique de ces dictateurs qu’ils en intronisent certains potentats dans le voisinage même de ceux qu’ils conspuent ou liquident, et dont le crime est d’avoir tenté de redonner quelque respectabilité à la «négraille inattendument debout» (Césaire). Mais quand l’Afrique n’aurait su produire que des dictateurs, il convient de retenir qu’à dictature égale, seule l’option nationaliste et patriotique compterait désormais pour l’Afrique. Et l’Afrique qui aspire à compter a reçu le message : soit se résigner à servir de plantation et de réserve de matières premières aux propriétaires autoproclamés du monde, soit travailler à définir elle-même, pour elle-même, ce qu’il lui conviendrait de progrès.
Le progrès de l’Afrique ne semble pas avoir la démocratie électorale pour levain ; au-delà des urnes, ce progrès se perçoit et se construit dans une convivialité consensuelle en adéquation avec les fondements anthropologiques de la culture africaine. L’Afrique croisera son destin sans le rencontrer si, par paresse intellectuelle ou par démission politique, ses enfants souscrivent à cet unanimisme contre nature par lequel la «communauté occidentale» autoproclamée «internationale» par maquillage de ses préoccupations matérielles, manœuvre pour que l’uniformisation du monde à son profit exclusif passe pour un noble souci d’harmonisation profitable à tous.

Les dettes de liberté se paient en monnaie de vie. On sait quel prix Toussaint Louverture dut payer dans le Jura français pour avoir voulu libérer Saint Domingue devenue Haïti. L’encerclement fut total et asphyxiant pour la première république noire. Il fallait démontrer que les Nègres ne pouvaient pas, et ne pourraient jamais assumer un destin autre que l’esclavage. Deux siècles après, le même schéma se reproduit, mais en terre africaine et de manière plus subtile, l’Internationale colonialiste ayant excipé de la démocratie électorale pour perpétrer l’embastillement d’une autre république noire en quête d’indépendance.

L’histoire africaine est d’une richesse pédagogique inépuisable. A chacun de nous d’en tirer ses propres leçons, pour l’avenir des Peuples d’Afrique – qui se conjugue au présent, au-delà d’un nommé Gbagbo.

Par le Pr. Charly Gabriel Mbock,  in La Nouvelle Expression (Cameroun), le 21 janvier 2011