Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: mars 2, 2011

BENIN : Pour sa campagne électorale, Boni Yayi déverse Ministres et Cadres sur le terrain

Les candidats à l’élection présidentielle du 06 mars prochain rivalisent de manœuvres en vue de s’attirer le plus grand nombre d’électeurs. Pour s’assurer une victoire « premier tour k.o», Boni Yayi a trouvé une tactique bien particulière en déployant sur le terrain un nombre impressionnant de cadres du pays pour faire sa campagne.

La prochaine élection présidentielle promet d’être âprement disputée. Face aux 13 concurrents qui espèrent lui arracher le fauteuil présidentiel le soir du 06 mars 2011, Boni Yayi a trouvé la parade pour l’emporter dès le premier tour : déverser sur le terrain, dans toutes les régions du pays, les cadres de l’administration publique pour mobiliser les foules en sa faveur.

La manœuvre était prévisible avec la vague de nominations enregistrées lors des conseils des ministres de ces dernières semaines. Le 1er février dernier, ils étaient ainsi 176 cadres à être nommés dans l’administration publique, à deux mois environ de la fin du mandat de Boni Yayi. Il semble aujourd’hui que ces multiples nominations ne sont qu’une partie d’un stratagème savamment orchestré par le Chef de l’Etat.

En fin stratège, Boni Yayi a pris le soin de promouvoir des cadres de diverses régions, qu’il a déployé dans leurs régions d’origine afin de quadriller le territoire en sa faveur. C’est ainsi que du nord au sud et de l’est à l’ouest, les hommes et femmes promus par le régime du changement se retrouvent dans leur localité pour remplir la mission à eux assignée. Qu’ils soient ministres, DRFM, DPP, directeurs de sociétés ou cadres à n’importe quel niveau de l’administration béninoise, aucun d’entre eux n’échappe à la valse de meetings pro-Yayi qui se multiplient sur toute l’étendue du territoire.

Après avoir organisé des marches pour remercier le Chef de l’Etat pour avoir bien voulu les nommer, ils se voient investis d’une autre mission urgente : mobiliser le plus grand de nombre de voix pour assurer la victoire de Boni Yayi dès le premier tour.

Transformés en véritables ministres et cadres de zone, ces autorités en sont réduites à organiser des messes de soutien à un candidat, au détriment du bon fonctionnement de l’administration publique déjà sujette à de nombreux dysfonctionnements.

Flore NOMBIME (coll), L’évenement précis

Publicités

LEPI Truquée ou pas, le Bénin tournera la page de Boni Yayi le 06 Avril 2011

Permettez-moi de vous dire qu’au soir du 6 avril, c’est un tout nouveau président qui prêtera serment au Bénin, pas un ancien nouveau président pour emprunter l’oxymore, mais un tout nouveau président. En voici les raisons:

1) Lorsque les béninois confiaient les clefs de la Marina à Yayi Boni le 6 avril 2006, ils avaient enclenché une nouvelle révolution qui placerait le pays sur l’orbite du développement. Ils n’avaient guère peur du remède de cheval que le nouveau docteur leur administrerait. On ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs se disaient-ils. Mais tout de suite notre médecin s’est mis à table. Il a commencé à politicailler, oubliant la mission pour laquelle il a été envoyé à la Marina. On peut être économiste et flirter avec les Sciences Sociales. C’est la meilleure manière pour un banquier de tirer parti des expériences de ses prédécesseurs. Nous avons élu un chef d’État qui connaît tout, qui a fait plus de routes que les chefs d’État qui se sont succédés à la tête de ce pays depuis les indépendances. Il n’a rien à « foutre » de ce qui est arrivé à ses prédécessuers. Il est omnipotent et omniscient comme il le démontre jusqu’à présent.

2) Au lendemain des élections locales, certains conseils municipaux non acquis au prince n’ont pas été installés. A Porto-Novo, Sofia Shanou qui pétendait mobiliser les aïnonvis au profit de notre président-candidat s’est aliéné la sympathie de sa propre famille sans parler de celle des porto-noviens. Même en tripatouillant la Lepi pour réduire la démographie de Porto-Novo, le « timonier » ne fera pas le plein dans cette ville. Si Sofia Shanou était si populaire et efficace, la mairie de Porto-Novo aurait été à qui nous savons. Malheureusement, ce ne fut guère le cas. Plusieurs localités de l’Ouémé et du plateau, du Zou et des collines, de la Donga, du Borgou et de l’Alibori sont encore aux mains de l’opposition.

3) Les victimes d’ICC ne voteront jamais FCBE, même si on les faisait chanter. Ils sont nombreux. Leurs épargnes représentent au bas mot le tiers du budget de fonctionnement du Bénin. Ces victimes ne sont pas seulement concentrées aus sud et au centre du Bénin. Ils sont sur toute l’étendue du territoire national. Ne vous y trompez pas. Ils se sont enregistrés et ils voteront.

4) La victimisation des opposants. Cette victimisation couvre deux volets: Les adversaires politiques sont censurés sur les ondes de l’ORTB ou ils y sont diabolisés. Du coup, les téléspectateurs se rabattent sur Canal 3 parce que le seuil de désutilité de l’ORTB est atteint. Abdoulaye Bio Tchané a été harcelé pendant ce mandat. Yayi l’a rendu populaire. Entouré comme il est, il ne peut pas ignorer cette notion élémentatire des scientistes politiques qui lui répètent à l’envie que la victimisation d’un politique suscite toujours la pitié et finit par le rendre populaire. S’il avait lorgné du côté de Mbeki et Zuma, il n’aurait jamais commis une bévue aussi grave. Enfin il y est. Attendons le 6 avril pour en voir les conséquences.

5) Feu Fèliho disait à Soglo « Man sen so bo sen so migo » pour fustiger l’ingérence de sa famille dans les affaires d’État. Tout le monde est en campagne pour le timonier Yayi: enfants, beau-frère, épouse, etc. C’est encombrant pour les béninois qui n’aiment pas cela. Rendez-vous le 6 avril pour voir si cette stratégie marchera.

6) On n’a jamais eu autant peur sous aucun régime que celui du roi Boni 1er: enlèvements, menaces d’enlèments, braquages politiques pour constituer des butins de guerre. On ne peut pas tomber plus bas. Les béninois ne veulent plus de cela. Ils veulent vivre, libres de toute psychose et qu’on n’aille pas assimiler leur silence à la résignation.

7) Instrumentalisation des leaders d’opinion, rois, chefs religieux et consorts. La seule confession qui a résisté à cette corruption (église catholique) a été frappée d’asthénie. Pourtant elle a offert au prince une tribune au pèlerinage marial de Dassa pour commencer prématurément la campagne. Je vous épargnerai ici du nombre de lettres de protestation envoyées au Vatican à cet effet.

8) Je regardais la télévision. Le Roi Pétoni de la Donga appelait à voter le Prince et à décourager toute autre candidature. C’était à peine une menace voilée. Bien évidement, les espèces sonnantes et trébuchantes sont passées par là. Trois semaines après, ABT était triomphalement accueilli à Djougou. Quelle giffle pour le timonier et pour l’autorité du roi! Julien Akpaki n’a même pas eu le courage de montrer les images. Pauvre de lui!

9) La gbagboisation du régime: il ne sert à rien de jouer les faucons. Il faut en avoir les moyens. Ignorer 1 300 000 citoyens en alléguant que l’opposition les avait dissuadé de s’enregistrer est une contre-vérité qui risque de péter à la figure de FCBE. Depuis des mois, l’opposition a attiré l’attention sur les incohérences de la LEPI. Elle n’a pas été écoutée. A une semaine des élections, pas de listes électorales, pas de cartes d’électeurs pour les personnes en âge de voter. Clémenceau disait:  » entre le désordre et l’injustice, je préfère l’injustice car celle-ci est facilement réparable. » Ce qui se passe aujourd’hui au Bénin est un désodrdre absolu. C’est la toute première fois que nous vivons cela au Bénin. Nous avons élu à la tête de notre pays et de nos institutions, la Cour constitutionnelle en tête, des gens qui fonctionnent à l’humeur. Le résultat, c’est que nous sommes au bord du gouffre.

10) L’instrumentalisation des institutions qui régentent la République: les viellards qui régentent nos institutions n’ont aucune légitimité. Demandez aujourd’hui à Robert Dossou, Albert Tévoèdjrè, Théodore Holo, Théophile Nata et consorts de se présenter aux élections législatives. Ils n’auront pas une seule voix s’ils oublient de voter pour eux-mêmes.

Pour toutes ces raisons, nous aurons un nouveau président au soit du 6 avril 2011, même avec une LEPI tronquée, truquée et bancale. Je fais confiance au peuple béninois.

Jerôme NOUGBOGNON

School of African and Oriental Studies

London C1X 1K9

United Kingdom

source :http://illassa-benoit.over-blog.com/

Merci Lépi…

Que de Lépi durant la campagne présidentielle ! Rien que le stress autour de la tenue à bonne date du scrutin a vampirisé l’essentiel du débat. Au point où les anciens présidents de la République, pourtant promis à une douillette retraite, du reste méritée, en viennent à perdre le sommeil. Travailleurs, partis politiques, élus locaux, organisations de la société civile, plus personne n’échappe à la chienlit que charrie quotidiennement cette maudite Liste électorale permanente informatisée, réalisée dans une pagaille sans nom. Pendant ce temps, l’inquisition nécessaire sur le bilan des 5 années de gestion du docteur-président a déserté le forum. Tous les pronostiqueurs qui ont pariés sur le phénomène des faux placeurs comme tête d’affiche des débats de campagne doivent rapidement déchanter. Silence épais autour des 300 mille victimes qui ont vues toutes leurs épargnes personnelles, près de 156 milliards f Cfa, volatilisées dans des imprécations de la Marina, empêtrée jusqu’à l’âme dans l’escroquerie. Pour une bonne majorité d’entre eux, il fallait choisir entre l’humiliation d’être privé de leurs droits de vote et la revendication de leurs trésors volés et engloutis dans les meetings et les marches de soutien en l’honneur du docteur-président, candidat à sa propre réélection.

Jusqu’au bout, la Lépi aura rempli son contrat tel que souhaité par les émergents. Si elle n’avait pas existé, le docteur-président n’allait pas se contenter des déclamations d’amour à une population que son gouvernement a laissé à la merci d’escrocs, manipulateurs durant tout son mandat. Il aurait été obligé de s’expliquer sur les raisons pour lesquelles ses promesses de croissance à deux chiffres se sont transformées en une imaginaire valise de prospérité dont la clé serait restée introuvable même à l’expiration du mandat. Expliquer surtout comment d’un pays paisible, encore auréolé de son label de berceau de la démocratisation en Afrique à l’avènement du régime du Changement en avril 2006, on en arrive au bout de 5 ans à une mise entre parenthèses de la constitution, des institutions et des lois de la République. Un pays livré à la fantaisie de juges constitutionnels autrefois des militants chevronnés du regroupement politique du chef de l’Etat, pour la plupart.

Les Béninois ne sauront certainement rien des raisons qui ont fait chuter la production de coton, de la manière dont les fonds de l’escorte des véhicules d’occasion soustraits des procédures budgétaires classiques ont été gérés, de la destination des exonérations exorbitantes accordées à des copains. Il suffit de faire mousser quotidiennement la tension politique autour de cette Lépi de la division, du régionalisme, de la démagogie pour que tous les autres sujets passent à la trappe. Les projets de société et les propositions alternatives n’ont pas connu plus de bonheur que le débat sur le bilan. Tant et si bien que le président-candidat n’a pas jugé utile d’en délivrer aux électeurs. Partout, il ne parle que d’amour pour le pays, de respect de la date butoir du 06 mars pour la tenue du premier tour du scrutin présidentiel. Un discours de légitimation de l’exclusion des milliers d’électeurs obligés de renoncer à leur droit de vote constitutionnellement reconnu. Evidemment, lorsque Yayi évoque le respect de la constitution, il ne pense pas à la sacralité du droit de vote en tant que prescription fondamentale de la déclaration universelle des droits de l’homme. Seul compte pour lui, le respect de cet instrument électoral érigé en socle quasi divin, et qui déclenche régulièrement l’ire de ses adversaires. La Lépi n’a pas seulement pris à des milliers de Béninois leur droit de vote, il leur a volé le débat d’une campagne présidentielle.

Il leur a pris la paix et pour tout le pays, la réputation du model démocratique…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Bataille pour la Marina en 2011 : Boni Yayi peine pour sa campagne électorale

Les acteurs politiques de la mouvance présidentielle ont du plomb dans l’aile. Face au contrôle sans faille de l’espace politique par l’opposition, ils tentent de se relancer dans d’autres régions du pays.

L’agonie s’est emparée du camp Yayi pour cette élection présidentielle. C’est du moins la lecture que l’on fait des stratégies de campagne de la mouvance présidentielle. Après avoir été lâchés par les populations, les lieutenants de Boni Yayi adoptent un plan de sauvetage qui montre qu’ils sont désormais à la recherche de l’asile. Dans les grands centres urbains, la mouvance peine à ravir la vedette aux forces coalisées de l’opposition. L’artillerie de l’UN, de la coalition ABT et des autres candidats a dissout la machine des Cauris. Pour exemple, le chef de l’Etat a pendant des jours, essayé de forcer l’admiration des populations du septentrion.

Cette tactique a accouché d’une souris puisque le passage dans la Donga du candidat Abdoulaye Bio Tchané a permis de mesurer la forte popularité de l’ancien argentier national. Le candidat Issa Salifou s’implante dans l’Alibori comme une citadelle imprenable. Et l’UN fait le plein à chacune des étapes de la tournée de son candidat. De façon claire, la direction de campagne de Yayi est essoufflée et l’échec semble se dessiner dans le visage des quelques partisans accrochés aux grâces du leader des cauris. La souffrance politique dans la partie méridionale du pays et dans la Donga, voire l’Alibori contraint Yayi et ses amis à tenter le coup de la publicité dans les communes du Borgou. Presque tout le gouvernement sillonne quotidiennement les villages du département ; tout ceci sans le moindre succès éclatant. En début de semaine, le ministre Pascal Koupaki, surpassé dans l’Atlantique par l’opposition, a aussi préféré se réfugier dans le Borgou. Et c’est le cas pour le tiers des ministres de Yayi littéralement mis K.O dans leurs localités respectives.

J. Y., 24 h au bénin

Michèle Alliot-Marie : dernière naufragée du mal diplomatique français

La France a mal à sa diplomatie. Depuis 2007, il y a manifestement un boulon qui s’est grippé dans l’appareil diplomatique de la grande France désormais en mal de lisibilité. Après le french Doctor qui n’était pas franchement dans son élément, Nicolas Sarkozy a jugé utile de confier les destinées de la France à une dame. C’était inédit en France, mais ça s’est déjà vu ailleurs. Auprès d’un allié admiré et envié. Michèle Alliot-Marie devait probablement incarner une Madeleine Albright, une Condoleeza Rice ou plus prosaïquement encore une Hillary Clinton présente sur tous les fronts.

Il n’est pas singulier de nourrir des ambitions. Encore faudrait-il avoir les moyens de les assouvir. Ou plutôt les hommes ou les femmes (en l’espèce), pour y donner vie. Dommage, MAM aura fait long feu. La faute, non seulement à un empêtrement coupable dans une série de scandales et de polémiques, mais la faute aussi à une diplomatie qui depuis quatre ans, grille ses acteurs.

En accédant à la haute fonction présidentielle en 2007, Nicolas Sarkozy a professé vouloir incarner une « rupture » dans la conduite des relations extérieures de la France. Force est de constater qu’il n’a pas échoué. Sauf que la rupture annoncée n’est pas celle advenue. Aux inévitables jeux d’intérêts (qui a jamais cru la France capable de se passer de son pré carré africain ?), le président français a ajouté un indescriptible embrouillamini couronné comme on l’a vu par des échecs successifs. Avec Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, il n’aura pas fallu bien longtemps pour commencer à regretter le temps des Védrine, Villepin et autre Barnier. Sont-ce les méthodes exubérantes de l’ancien patron de MSF et quelques propos malencontreux qu’il a tenus qui l’ont mis si tôt en disgrâce ? Ou alors doit-il aux révélations de la presse française sur les gigantesques commissions qu’il se faisait verser pour ses consultations même en Afrique, d’avoir autant malmené l’image et le symbole de l’ouverture à gauche et de la tournure pro-démocratique de la nouvelle France ? Une chose est certaine, Nicolas Sarkozy n’aura pas attendu le moindre faux-pas de son ministre pour se poser en premier et presque seul concepteur et metteur en scène de la diplomatie française de ses premières années de présidence. Dans le même temps, la clarté des positions et des principes défendus par la France dans le monde était peu évidente. Pendant de nombreuses années, l’organisation pratique des institutions de la politique extérieure de la France étaient confuse. Et ce ne peut pas être du seul fait de Bernard Kouchner. Outre le très actif président de la République, une cellule diplomatique installée à l’Elysée et pilotée par l’éminence grise Claude Guéant a pu brouiller les cartes. Sans compter la petite Rama Yade qui, du haut de son Secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’homme a marqué de son empreinte la politique extérieure de la France par un certain nombre d’actions et de déclarations. Va Savoir comment se sent aujourd’hui Nicolas Sarkozy qui en 2009 a sévèrement réprimandé la jeune secrétaire d’Etat pour non seulement avoir refusé de participer à l’accueil en France du Guide libyen, mais en plus de l’avoir fait savoir !

On s’en rend compte aujourd’hui, les recadrages, restructurations et remaniements de toutes sortes ne suffisent pas à guérir le mal diplomatique français. Et n’y suffiront certainement pas. N’en déplaise à Michèle Alliot-Marie, le passé antérieur (à Nicolas Sarkozy) de la diplomatie française, s’il ne cadre pas complètement avec la proclamation de nation des droits de l’homme que la France se veut être, porte en elle les traces d’une gloire perdue. C’est en reconnaissance de cette époque dont il est un des acteurs clé qu’Alain Juppé a sans doute été choisi pour reprendre le flambeau. Et s’il est vrai que c’est par son fait que Claude Guéant est entré à son tour au gouvernement pour ne pas gêner son action depuis sa cellule diplomatique élyséenne, la stratégie n’est pas malheureuse. Car les chances de succès de l’ex-premier ministre seront fonction de la capacité de leadership que pourra déployer ce dernier dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.

A un an de la fin de son mandat, alors qu’il est au plus bas dans les sondages et au moment où lui échoient les présidences du G8 et du G20, Nicolas Sarkozy a intérêt à laisser la gestion des affaires diplomatiques et de l’image extérieure de la France à des professionnels. Ceux qui dans le tourment des tribulations du monde arabe, sont capables de voir venir et d’assumer leurs vues. Ceux qui peuvent remettre une doctrine dans la conduite de la diplomatie française. Ceux par qui la France pourra parvenir à redresser cette image autant froissée à l’extérieur. Quant à Michèle Alliot-Marie dont j’ai été l’un des premiers à annoncer il y déjà un mois, la chute probable, elle peut se rassurer. En politique française aussi, on peut rebondir. Elle n’aura qu’à demander conseil à son illustre successeur au poste.

James-William GBAGUIDI

Source : LNT

Contribution : La crise post-électorale en Côte d’Ivoire : Eveil politique et des consciences des populations africaines

L’Afrique des indépendances a déjà au moins cinquante ans. Et cinquante ans, dans la vie d’un homme et, a fortiori, d’un peuple, c’est l’âge de la maturité. C’est l’âge qui permet de se réclamer d’une certaine expérience des choses et des hommes, bref de la vie. A cet âge, lorsqu’on a eu la chance de l’atteindre, surtout en Afrique, où l’espérance de vie est faible, on doit marquer un temps d’arrêt pour interroger le passé, examiner le chemin parcouru et envisager l’avenir peut-être, et souvent, autrement. C’est l’âge qui ne permet plus d’accepter n’importe quoi, n’importe comment. C’est la raison pour laquelle, pensons-nous, l’on célèbre ça et là les cinquantenaires des indépendances dans les pays africains, anciennes colonies françaises. Il s’agit pour chacun de ces pays, de faire un état des lieux de ses relations avec l’ancien colonisateur, avec le reste du monde; d’évaluer ses forces et ses faiblesses, de réfléchir sur, et d’élaborer les stratégies de son affirmation comme Etat indépendant et de son positionnement dans la société internationale d’aujourd’hui. Dans cette optique, nous avons voulu dans cet article, essayer d’expliquer pourquoi la crise post-électorale en Côte d’Ivoire intéresse de nombreux Africains d’une part et, d’autre part, livrer nos propositions de sortie de cette crise dans ce pays.

I- La crise post-électorale en Côte d’Ivoire et éveil politique et des consciences des populations africaines

La crise post-électorale en Côte d’Ivoire n’intéresse pas seulement les politiques. Elle intéresse aussi les intellectuels, la jeunesse et toutes les populations africaines éveillées à qui l’on présente la démocratie selon les schèmes et l’étalon de mesure de l’Occident, comme si les sociétés africaines n’étaient pas, à bien des égards, des sociétés démocratiques avant la colonisation. Lorsqu’on décortique les œuvres littéraires de Chinua Achebe, Mongo Béti, Ferdinand Oyono…, des livres d’histoire, d’anthropologie, de culture, de Cécile Abega, Check Anta Diop et de bien d’autres auteurs africains, on se rend à l’évidence que les sociétés africaines étaient aussi des sociétés démocratiques. Ce qu’il faut savoir, et Zbigniew Brzezinski et Brent Scowcroft (tous deux anciens Conseillers à la Sécurité nationale aux Etats-Unis) l’ont souligné dans leur ouvrage commun: «L’une des caractéristiques de la mondialisation actuelle, impulsée par les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic), c’est la politisation et l’éveil des consciences de tous les habitants de la planète et leur aspiration à la dignité. Pour la première fois de l’histoire, toute l’humanité est politiquement active» [Cf, Brzezinski et Scouwcroft, l’Amérique et le Monde: quelle politique étrangère pour les Etats-Unis? (traduction de l’anglais), Paris, Pearson Education France, 2008]. Bien évidemment, de ce mouvement, l’Afrique n’est pas en reste. En effet, c’est l’éveil politique et des consciences des populations qui explique les évènements récents en Tunisie, où le peuple a chassé le Président de la République, après 23 ans de pouvoir. C’est la même raison qui explique les débats houleux et des prises de positions tranchées parmi les populations africaines en général et camerounaises en particulier sur la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, malgré les coupures et le verrouillage par moments de la chaîne de télévision ivoirienne par les ennemis de la mondialisation de l’information, de l’information partagée par tout le monde, parce que partisans et défenseurs de l’information orientée, à l’ère où, pourtant, l’information est considérée comme l’oxygène des temps modernes. Rien ne peut plus arrêter l’éveil politique et des consciences des populations africaines, notamment les jeunes.

II- L’Occident: une perception et une application à géométrie variable de la démocratie dans les pays du tiers-monde

Certes, on reconnaît en la démocratie occidentale des valeurs universelles, notamment celles relatives aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ; mais il est important de noter que la démocratie ne se résume pas au calcul arithmétique du comptage des voix lors d’une élection en Afrique ou ailleurs. Elle nécessite la mise en place de règles du jeu acceptées et respectées par toutes les parties prenantes. Les règles du jeu indiquent, en effet, la manière dont doit se dérouler le jeu. Elles constituent en fait un compromis juridique et sociopolitique entre les différentes parties prenantes. C’est le cas, par exemple, des institutions que l’on met en place pour gérer une élection, étant entendu que l’institution suprême dans les Etats modernes, c’est la Constitution qui, elle aussi, est un compromis juridique et sociopolitique par excellence. Est-il besoin de rappeler que tous les Chefs d’Etat et de gouvernements du monde entier, lorsqu’ils sont investis ou prêtent serment, jurent parfois sur la Bible ou le Coran, etc., qu’ils vont respecter ou faire respecter la Constitution de leurs pays respectifs. C’est un engagement sérieux, une question de souveraineté, une question de principe. C’est pourquoi, nous inclinons à penser que pour le cas de la Côte d’Ivoire, le juge des élections, à savoir  le Conseil constitutionnel, ayant arrêté les résultats de l’élection présidentielle, il n’y a plus rien à dire du point de vue de la loi, comme cela se passe sous d’autres cieux. Pourquoi ce que l’on accepte ailleurs, dans les vieilles démocraties, on ne l’accepte plus, lorsqu’il s’agit de l’Afrique ?

Pourquoi cette géo-métrie variable pour les mêmes principes démocratiques, selon qu’on est acquis ou résistant à l’Occident? Aux Etats-Unis que l’on qualifie comme la plus vieille démocratie, il y a eu contestation des résultats en Floride, lors de l’élection présidentielle qui opposait les candidats G.W Bush et Al Gore. C’est la Cour suprême des Etats-Unis, juridiction suprême et juge des élections, qui, en dernier ressort, a tranché et arrêté les résultats, en déclarant G.W. Bush vainqueur. On ne peut pas savoir et on n’a plus cherché à savoir si c’est G.W Bush qui a réellement gagné, mais les Américains se sont pliés à la décision de la Cour suprême qui a tranché selon la Loi et les réalités sociopolitiques du pays. La France officielle qui clame la victoire de Monsieur Ouattara sait très bien quel est le rôle en France du Conseil constitutionnel pour les consultations référendaires, législatives et présidentielle. C’est le juge de ces consultations populaires. Il y a des cas en Afrique où la Cour suprême ou le Conseil constitutionnel a arrêté en dernier ressort les résultats d’une élection présidentielle et personne n’a trouvé à redire ! Aux dirigeants des pays occidentaux qui continuent d’imposer leurs vues et leurs volontés aux pays africains au nom de leurs intérêts, il est important de rappeler ce conseil de Brzezinski et Scowcroft à la superpuissance américaine du 21e siècle «La superpuissance américaine du 21e siècle, déclarent-ils, doit être portée par une nation ouverte vers l’extérieur, non pour répandre la bonne parole (sa conception de la démocratie par exemple), mais pour écouter et coopérer (…). Les Etats-Unis doivent accompagner les mutations de l’heure (l’éveil des consciences et politique planétaire, et l’aspiration des peuples à la dignité), et non réagir par une posture défensive et/ou par la contrainte». Cf. leur ouvrage précité

III- Quelle solution pour une sortie de crise post-électorale en Côte d’Ivoire?

Nous l’avons déjà indiqué dans un article dans le quotidien camerounais «Le Jour», du 04 janvier 2011. C’est la voie de la négociation qui doit primer pour résoudre la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, avec des médiateurs internationaux neutres. La négociation permet aux parties en conflit de dialoguer, dissiper les malentendus, rapprocher les points de vue. Il ne sert à rien, et ce n’est pas constructif, de se recroqueviller dans une stature de position, de radicalisation inutile si l’intérêt ultime, c’est de servir le peuple ivoirien et non être Chef d’Etat à tout prix et à tout casser. Monsieur Ouattara vient, par exemple, de lancer un mot d’ordre de gel, pendant un mois, de l’exportation du cacao, sans se soucier, s’il était suivi, des effets néfastes qu’un tel mot d’ordre peut avoir sur l’économie du cacao, en amont et en aval et du sort des petits planteurs ivoiriens qui ne tirent leurs revenus que de cette culture. Dans la médiation, le médiateur est neutre, impartial et il est accepté comme tel par toutes les parties en conflit. Il ne prend pas partie, n’impose pas ses points de vue. La médiation vient du mot latin “médiare”, c’est-à-dire se placer au milieu. Le médiateur se met au milieu des parties en conflit. Il ne profère pas des menaces, ni des injonctions, et ne lance pas des ultimatums à l’une des parties. Il bénéficie de la confiance des parties et n’a pas d’a priori. Il propose des solutions judicieuses et de compromis aux parties en conflit, étant entendu qu’une solution judicieuse est celle où chaque partie trouve son compte. Le médiateur ne se jette pas aveuglement sur le problème à partir de ses préjugés. Car, comme le conseillait George Marshall : «Ne vous jetez pas sur le problème, efforcez-vous de le comprendre, analysez le clairement et vous serez alors en mesure de le résoudre». Le médiateur de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire doit déceler les enjeux dévoilés ou cachés et les motivations profondes des parties. De ce qui précède, l’on peut déduire que l’Afrique de l’Ouest (l’Uemoa et la Cedeao) n’a, jusqu’ici, tenté aucune médiation véritable pour la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, puisqu’elle ne s’est pas affublée des qualités et habits de médiateur. Le Président Gbagbo a proposé de recompter les voix du scrutin. Il prend ainsi un grand risque, mais c’est une voie royale pour rechercher et connaître la vérité. Nous pensons qu’on peut explorer cette piste qui reste, bien entendu, une parmi tant d’autres. Si l’on n’a rien à cacher, on ne peut pas refuser de négocier, de dialoguer, confronter les points de vue. Si l’on n’a rien à cacher, on ne peut pas refuser qu’on recompte les voix du scrutin parce qu’au bout du compte, «la vérité finit toujours par triompher»! On n’impose pas la démocratie de l’extérieur, par les armes, la force militaire, les sanctions de toutes sortes. Sinon, ce n’est plus la démocratie, entendue comme le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Ce serait un mauvais précédent pour l’Afrique!

Par le Pr Jean Paul Ayina

Violation de l’embargo sur les armes : Comment Compaoré arme les rebelles

En 2009, un groupe d’experts de l’ONU a effectué une enquête sur la crise en Côte d’Ivoire, notamment la violation de l’embargo sur les armes. Au mois d’octobre de cette année-là, ces experts ont rendu public leur rapport qui accable fortement la rébellion armée et le Burkina Faso de Blaise Compaoré. Ban ki-moon, secrétaire général de l’ONU, qui a reçu ce rapport, n’a pris aucune mesure contre les rebelles et le Burkina Faso. Même son de cloche pour le Conseil de sécurité de l’ONU où la France, «parrain» de la rébellion armée en Côte d’Ivoire, a fait des coudes pour protéger ses poulains.

Nous vous proposons un extrait de ce rapport d’enquête de l’ONU.

Contexte
Le territoire de la Côte d’Ivoire est divisé depuis plus de sept ans. En conséquence, une nouvelle dynamique a vu le jour sur les plans politique, économique et stratégique qui n’existait pas avant les hostilités de septembre 2002. Le conflit ne se limite plus seulement à une confrontation entre le nord et le sud, c’est une lutte à laquelle prennent part de nombreux acteurs, dont certains ont beaucoup à gagner de la réunification de la Côte d’Ivoire, d’autres beaucoup à perdre. Alors que la division du pays perdure, toutefois, l’incertitude concernant la future réunification nourrit les tensions politiques. [..] Ces tensions ont des incidences directes sur l’embargo sur les armes et le matériel connexe, tant pour la poursuite de la demande d’armes et de matériel connexe au niveau des parties ivoiriennes que pour les sources de financement, y compris les diamants, qui pourraient être utilisées pour les acheter. Si la situation politique du pays venait à se détériorer, menaçant les intérêts économiques de certaines parties, le Groupe ne peut exclure la possibilité d’une escalade rapide de la violence armée, en particulier dans le nord.

Relations commerciales avec les pays voisins et embargo de l’ONU

La Côte d’Ivoire a cinq voisins immédiats. Elle a des frontières à l’ouest avec le Liberia (716 km) et la Guinée (610 km), au nord avec le Mali (532 km) et le Burkina Faso (584 km), et à l’est avec le Ghana (668 km). Elle est bordée au sud par une frontière maritime d’environ 750 kilomètres. Le mouvement des Forces nouvelles contrôle quelque 1950 kilomètres de frontières avec le Burkina Faso, le Ghana, la Guinée, le Liberia et le Mali. Les forces gouvernementales contrôlent pour leur part les 1 384 kilomètres de frontières avec le Ghana et le Liberia…

Le rôle du Burkina Faso

Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, est le Facilitateur de l’Accord politique de Ouagadougou entre le gouvernement ivoirien et les Forces nouvelles. Le Burkina Faso est aussi le destinataire de la plupart des exportations du nord de la Côte d’Ivoire contrôlé par les Forces nouvelles. Dans cette situation, le Burkina Faso pourrait exercer des pressions considérables sur les commandants de zone pour les amener à conclure un accord politique. Toutefois, le Groupe craint que certains éléments au Burkina Faso soient peu enclins à désirer la réunification politique et administrative rapide de la Côte d’Ivoire. En effet, la réunification de la Côte d’Ivoire mettrait en danger un commerce de transit lucratif par le Burkina Faso, en rouvrant les ports d’Abidjan et de San Pedro aux exportations du nord du pays, en particulier le cacao. De plus, le Burkina Faso a de solides liens ethniques avec la population du nord de la Côte d’Ivoire et une diaspora nombreuse qui réside dans le nord et y a de vastes intérêts commerciaux. Le Groupe juge particulièrement préoccupant le mouvement d’armes et de munitions entre le territoire du Burkina Faso et le nord de la Côte d’Ivoire contrôlé par les Forces nouvelles.

Les transferts d’armes et de munitions à partir du Burkina Faso

Deux témoins indépendants et fiables ont fait part au Groupe de transferts d’armes et de munitions à partir du territoire burkinabé vers diverses localités du nord de la Côte d’Ivoire contrôlées par les Forces nouvelles. Considérées ensemble, ces informations cadrent avec ses propres constatations concernant les fusils d’assaut dont les numéros de série ont été effacés et les munitions en sac […].

Le premier de ces témoins a informé le Groupe que des parties non identifiées, agissant à l’appui des Forces nouvelles, avaient transporté depuis le sud du Burkina Faso, par la route, des fusils d’assaut et des munitions de petit calibre destinés aux unités des Forces nouvelles présentes dans les villes ivoiriennes de Ferkessédougou et Korhogo. Ces armes auraient été chargées dans la ville burkinabé de Bobo-Dioulasso. Il lui a été indiqué (en février 2009) que le dernier de ces transferts datait de décembre 2008, mais le Groupe a des raisons de penser qu’ils se poursuivent. Le second témoin a appris au Groupe que des camions à bétail avaient servi à transporter des armes «AK-47» (de type Kalachnikov) et des munitions du Burkina Faso à Ferkessédougou et de là à Korhogo, pour les unités des Forces nouvelles– plus précisément, la Compagnie territoriale de Korhogo. Les numéros de série de ces armes avaient été effacés avant l’expédition, et tant les armes que les munitions avaient été expédiées dans des sacs à riz. Le même témoin a aussi fourni au Groupe un échantillon des munitions qui auraient été transférées.

On trouvera le détail de ces munitions, par type, au tableau ci-dessous.

Tous les types découverts par le Groupe dans des sacs à cacao (et non à riz) y sont représentés, y compris les munitions de fabrication russe, venant s’ajouter aux munitions d’origine soudanaise et aux deux autres types de munitions de fabrication inconnue (…).
Le Groupe considère que ces informations sont exactes, et ce, pour quatre raisons. Tout d’abord, deux témoins indépendants ont livré des informations qui, à la fois, sont cohérentes en elles-mêmes et s’étayent mutuellement.

Deuxièmement, le Groupe considère chacun de ces témoins comme un expert en la matière :

L’un fait du commerce routier entre le nord de la Côte d’Ivoire et le sud du Burkina Faso, l’autre est un membre actif des Forces nouvelles et d’un rang suffisamment élevé pour avoir une intelligence raisonnable de leur stratégie d’acquisition d’armes. Troisièmement, le compte rendu du second témoin comprend des renseignements précis (y compris sur les munitions en sac et sur les numéros de série effacés) qui viennent à l’appui des analyses antérieures des armes et munitions faites par le Groupe. Enfin, le second témoin a aussi communiqué au Groupe des échantillons de minutions, qui correspondaient aux types trouvés dans les sacs. Le Groupe considère que, conjuguée à ces deux témoignages, son évaluation physique des armes et munitions suspectes, fournit des données de fait suffisantes pour conclure que certains éléments des Forces nouvelles ont acquis des armes et des munitions en violation de l’embargo. Le Groupe relève aussi que des transferts de munitions (et peut-être d’armes) sont sans doute en cours. Lorsque, par exemple, il s’est rendu, le 14 février 2009, à Korhogo, auprès de l’unité Fansara 110 des Forces nouvelles, le Groupe a observé qu’il y avait tout au plus cinq sacs de munitions. Lorsqu’il est revenu, le 10 juin 2009, dans la même salle d’entreposage, il a constaté qu’elle contenait plus de 60 sacs de munitions.
Le personnel des Forces nouvelles stationné là a été incapable de fournir une explication de cette augmentation.

Les transferts d’uniformes

Le Groupe a photographié les uniformes militaires qui portaient le nom d’un fabricant français, le Groupe Marck. Celui-ci l’a informé que les uniformes en question (des tenues camo «lézard» F1 chevron) n’avaient été livrées qu’aux ministères de la Défense du Burkina Faso et du Bénin. Le Groupe d’experts a transmis des lettres à chacun de ces pays, qui ont répondu qu’ils n’avaient pas transféré d’uniformes aux Forces nouvelles et n’avaient pas non plus enregistré de pertes ou vols d’uniformes.

Les acquisitions de véhicules «militaires»

Le Groupe a reçu plusieurs informations selon lesquelles les Forces nouvelles de la zone 10 auraient acquis des petits camions découverts à l’arrière («pick-ups»). Les observateurs militaires des Nations unies à Korhogo l’ont informé qu’en juin 2009, des unités des Forces nouvelles stationnées dans cette ville s’étaient procuré 10 de ces véhicules de divers types, qui auraient été expédiés du territoire du Burkina Faso. De plus, l’ONUCI (Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire) a signalé que, le 5 août 2009, les Forces nouvelles présentes à Ferkessédougou avaient acquis trois pick-ups Land Cruiser de Toyota. Le Groupe n’a pas été en mesure d’établir l’origine des véhicules, mais il reste d’avis que les livraisons étrangères de véhicules civils à usage militaire en Côte d’Ivoire constituent une violation du régime des sanctions.
Le Groupe recommande que le gouvernement du Burkina Faso conduise, dans les plus brefs délais, des investigations approfondies au sujet des transferts d’armes, de munitions et de matériel connexe depuis son territoire vers la zone nord de la Côte d’Ivoire aux mains des Forces nouvelles.

Source: Site officiel de l’ONU

Côte d’Ivoire : la médiation africaine se donne du temps en pleine crise

L’Union africaine s’est donnée mardi un mois de plus pour tenter de dénouer la crise en Côte d’Ivoire, où la situation s`est brutalement aggravée ces derniers jours avec des affrontements meurtriers dans Abidjan.

Le panel de cinq chefs d`Etat désigné par l`UA doit désormais « parachever » sa mission « au cours du mois de mars » pour tenter de résoudre la crise née de la présidentielle du 28 novembre entre le président sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu chef de l`Etat par la communauté internationale.

Il devait au départ arrêter fin février des solutions « contraignantes ».

Présidé par le chef de l`Etat mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, le groupe s`était rendu – à l`exception du Burkinabè Blaise Compaoré, accusé par le camp Gbagbo de soutenir son rival – à Abidjan du 21 au 23 février. Il doit se réunir de nouveau à Nouakchott vendredi.

Ce délai supplémentaire sonne comme l`aveu d`une impasse politico-diplomatique, alors que la semaine dernière le quartier pro-Ouattara d`Abobo, à Abidjan, a été le théâtre de combats sanglants entre Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales au président sortant et insurgés armés.

Le gouvernement Gbagbo accuse ces combattants d`être des éléments de l`ex-rébellion du nord alliée à M. Ouattara, infiltrés à Abobo. Pointée du doigt pour « complicité », la force onusienne Onuci, dont les rapports ne cessent de se dégrader avec les partisans de M. Gbagbo après une série d`incidents sérieux, a fermement rejeté ces accusations.

Abobo (nord de la capitale économique) était cependant calme depuis dimanche. « La nuit a été tranquille », a déclaré un habitant mardi.

Mais la situation demeurait préoccupante après plusieurs jours d`exode de milliers de familles terrifiées par les combats à l`arme lourde.

Certains quartiers d`Abobo (environ 1,5 million d`habitants) « se vident littéralement de leur population », a souligné le coordinateur humanitaire des Nations unies, Ndolamb Ngokwey. « Les cadavres qui jonchent les rues doivent être inhumés, au plus vite », a-t-il ajouté.

Si les armes se sont tues pour l`heure à Abobo, à Abidjan la tension restait vive, les partisans des deux rivaux se disputant le contrôle du territoire.

Ainsi à Koumassi (sud) où des tirs nourris ont retenti durant la nuit, des jeunes pro-Gbagbo, certains armés de gourdins, tenaient mardi matin de nombreux barrages et fouillaient les coffres des voitures.

A Adjamé (nord), des jeunes pro-Ouattara étaient sortis tôt pour brûler des pneus dans des rues, avant de se disperser à l`arrivée des FDS.

La bataille Gbagbo-Ouattara se livrait aussi sur le terrain médiatique.

Invoquant « menaces » et « harcèlement judiciaire et policier » exercé selon eux par le camp adverse, huit journaux pro-Ouattara dont les titres-phares Le Patriote, Nord-Sud et Le Nouveau Réveil, ont suspendu mardi leur parution « jusqu`à nouvel ordre », a expliqué à l`AFP le porte-parole de leur collectif, Dembélé Al Séni.

« Nos journalistes sont en danger de mort permanent », a-t-il affirmé.

Le conflit autour des médias a déjà connu un développement spectaculaire avec la coupure, durant la journée de dimanche, du signal hertzien de la télévision publique RTI, pilier du régime Gbagbo. Le centre émetteur avait été endommagé lors des combats entre FDS et insurgés.

L`organisation Reporters sans frontières (RSF) s`est dite « chaque jour plus inquiète pour la situation de la liberté de la presse » dans le pays, et a craint que la presse, « déjà très polarisée dans ce pays », n`en vienne « à se radicaliser davantage ».

Source AFP via Jeune Afrique