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Entretien avec le Général Jean N’da : « La Lépi ou la lèpre ? »

Dans cet entretien réalisé par le quotidien le Matinal, le Général Jean N’da sort de son silence et se prononce sur la vie sociopolitique du pays. L’ancien Directeur général de la Gendarmerie sous le régime Kérékou donne ici son point de vue sur quelques sujets d’actualité et souhaite la paix au Bénin en cette période électorale. A propos de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi), il la désigne par la lèpre.

Lire son interview

Le Matinal : Bonjour mon Général et merci de vous faire connaître.

Le Général : Je suis le Général à la retraite Jean N’da. Je suis né vers 1949 à Katangniga dans la commune de Natitingou. En bref, j’ai occupé diverses fonctions, particulièrement celle de Directeur général de la Gendarmerie pendant 4 ans. J’ai été Directeur de cabinet du Ministre de la défense. Je suis actuellement à la retraite et j’ai préféré vivre à Natitingou .Les raisons qui ont fondé mon retour à Natitingou sont de deux ordres. D’abord, j’ai trouvé que c’était un cadre idéal de vie. J’aime l’espace et j’ai l’espace à Natitingou par rapport à une ville comme Porto-Novo, Cotonou et autres. Ensuite, il fallait que je revienne au bercail après le travail vivre avec nos parents qui nous ont envoyé à l’école. C’est pour çà que j’ai préféré donner ce bon exemple en vivant à Natitingou.

Général, et si vous faisiez la politique pendant ce repos paisible

En réalité je ne fais pas de la politique. Je ne veux ni être député, ni maire, encore moins un conseiller. Ce n’est pas mon problème. Mais étant entendu que je vis avec mes parents et je connais leurs problèmes, j’œuvre pour leur apporter quelques solutions. C’est pour cela que lorsqu’il y a des élections présidentielles, j’essaie d’apprécier les capacités de chacun des candidats et de négocier avec celui que je choisis pour le développement de ma localité. Et quand je discute, si l’intéressé est d’accord je me bats pour lui. C’est ainsi qu’en 2006, j’ai discuté avec le Président Me Adrien Houngbédji qui était d’accord avec mes propositions. Il était d’ailleurs le seul et je l’admire pour cela, qui a été capable de venir sillonner tous les arrondissements de l’Atacora. Mais cette fois-ci, j’ai discuté avec le Président Abdoulaye Bio Tchané qui est mon « petit frère ». Je le soutiens et on se comprend. Mais en réalité je ne fais pas la politique. J’ai une vision et un projet de société que je partage avec les candidats.

Quelle appréciation faites-vous de la gestion du pays ?

Pratiquement je n’aurais rien à dire, parce que tout candidat qui arrive au pouvoir, vient avec son projet de société. C’est dès le départ et au moment où il présente son programme d’actions, qu’on peut se prononcer pour dire qu’on n’est pas d’accord. Mais lorsque le candidat est élu, j’estime qu’il exécute son projet de société pour lequel le peuple l’a choisi. Donc avec l’actuel régime du Changement, nous n’avons pas le même projet de société depuis 2006 et j’estime que le Président Yayi Boni fait ce qu’il avait prévu de faire. Et je continue de croire que tous ceux qui l’ont soutenu, qu’ils s’appellent le Président Nicéphore Soglo, l’ancien Ministre d’Etat chargé de la coordination de l’action gouvernementale Bruno Amoussou, M. Fagbohoun, ils sont tous comptables de ce que fait le Président Yayi au pouvoir. C’est pourquoi je ne suis jamais d’accord lorsqu’ils marchent contre lui. Tout simplement parce qu’ils ont le même projet de société. J’étais parti avec le Président Houngbédji en 2006 avec cette vision qu’il n’y a de richesse que d’hommes et j’y croyais. J’ai échoué. Le Président Yayi a réussi et ce qu’il fait, c’est son projet de société. Par contre, il me parait essentiel de dire ceci. Il y a un certain François Decroset qui a été président d’une commission que la France a baptisée à l’époque et sous le Président François Mitterrand, (paix à son âme), « la probité de l’Etat ». Il a dit quelque chose qui me parait très important. A propos de l’efficacité du service public, il dit et je cite : « Il est donc indispensable de définir l’esprit du changement avant d’en préciser le contenu, de fixer les objectifs avant d’annoncer les mesures ». Il fallait expliquer ce qu’on appelle le Changement. Est-ce que c’est un changement climatique ? Est-ce que c’est un changement qui intervient entre le jour et la nuit ? Est-ce que c’est un changement parce qu’on vieillit tous les jours ? C’est quoi ce changement actuel ? Je ne connais vraiment pas. Je n’en apprécie ni les objectifs, ni le contenu, ni la définition. Et donc à partir du moment où je n’ai pas d’éléments d’appréciations, je ne peux pas en dire plus. Il y a changement pour ceux qui ne savent pas qu’il y a le jour et la nuit, le changement climatique, le changement de saison sèche et la saison pluvieuse, comme on dit ailleurs printemps, hiver, automne, etc. C’est toujours le changement. On peut s’amuser avec le changement et dire que lorsque la balle quitte un joueur pour un autre, c’est un changement. Quand le Général Kérékou s’en va et un autre vient, c’est aussi un changement. Mais qu’est ce que nous voulons dans le changement ? Nous voulons la qualité, puisque de la vie à la mort, c’est un changement. On a dit changement et voilà. Dès le départ, j’ai dit et je le reprécise qu’il n’y a de richesse que d’hommes. En réalité je dois être fier de ça, parce que le Président Houngbédji est un ami. Mais pour une autre raison qu’il connaît, j’ai dit je préfère Abdoulaye Bio Tchané. Voilà mon point de vue.

Quelle est cette raison mon Général ?

Non (sourire)

Et pourquoi, c’est un secret ?

Non et non. Je suis un Général et j’ai une certaine réserve.

Parlons à présent de l’émergence de notre pays. Pensez-vous que notre pays émerge réellement ?

Emergence, alors que moi je suis entre des montagnes de l’Atacora. On émerge d’une mer ou on immerge parce qu’on entre dans la mer. Moi je suis loin de la mer. Il faut encore là définir ce qu’on appelle émergence. Ensuite en donner le contenu, en fixer les objectifs et autres. Ils ne nous ont rien expliqué de tout cela. Ça peut créer des frustrations parce que, en réalité quand on dit émergence d’un pays, c’est par rapport à l’environnement et aux autres pays. Mais est-ce qu’on peut dire que nous avons dépassé les autres pays qui n’en parlent pas ? Alors que nous soutenons que la Cédéao, l’Uémoa, constituent un ensemble. Pourquoi faire croire que nous dépassons tous les autres pays de la sous région. Ou bien ça veut dire que le Bénin est devenu une mer et que nous allons en sortir ? Moi je ne sais pas ce que ça veut dire, parce qu’on ne m’a pas encore donné le contenu, ni la définition. On ne m’a pas donné les objectifs de l’émergence au Bénin non plus. Je regarde et j’apprécie sans oublier que l’émergence, ce sont les affaires Cen-Sad, Icc-Services, machines agricoles, etc. Moi j’ai connu l’immersion dans une école que j’ai faite et je vois l’immersion en tant que militaire comme des sous-marins, des navires capables d’aller sous l’eau. C’est mon point de vue.

Mon Général quelle est votre appréciation de l’organisation de l’élection présidentielle ? La réalisation de la Lépi et autres ?

Vous êtes sûr que vous dites Lépi ou Lèpre ?

Je parle bien de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi).

Est-ce que ça ne s’accorde pas un peu avec la lèpre ? Quand on veut faire de grandes choses, il faut y mettre du temps. Il faut vivre comme si on ne devrait pas mourir et non se hâter. Qui va lentement, va sûrement, dit-on. Cela veut dire le contraire également. Qui va vite, ne va pas sûrement. Pourquoi on est trop pressé ? On a fait des élections sans Lépi au Bénin. Le Président actuel est élu sans la Lépi et quand il dit qu’il faut nécessairement cet instruiment, cela me rappelle 1991 où les mêmes qui ont organisé les élections, ont parlé de la Cena en 1996. C’est parce qu’ils savent ce qu’ils avaient fait en 1991. Est-ce que le pouvoir actuel veut dire qu’en 2006 sans la Lépi, il y avait eu quelque chose ? Sinon, pourquoi avoir peur ? Pourquoi on a tant peur aujourd’hui de voter comme on le faisait avant ? Je ne sais pas pourquoi. Et si on a peur, c’est parce qu’on sait comment on a été élu.

Comment le Général prépare-t-il alors les élections ?

Je me bats pour le candidat Bio Tchané. Et c’est depuis 2009 que je suis en train d’œuvrer pour son arrivée au pouvoir. Je travaille en sous-marin. Je ne suis pas l’homme des meetings. J’ai mal quand je vois des ministres en veste et cravate ou en bazin riche, des conseillers, des députés en veste et cravate, en bazin riche et qui vont dire à nos parents à qui ils donnent casquettes et tee-shirts ou mille francs, « Votez pour telle personne ». Ils sont bien habillés avec des salaires mirobolants et vont donner des tee-shirts ou 2000 Fcfa au plus aux parents. Et quand ceux-ci votent, ils sont oubliés pendant cinq ans. C’est le même refrain à chaque élection. On se connaît tous et c’est mauvais. Dans l’Atacora par exemple, je pense qu’on se connaît. Il n’y a pas trois généraux dans l’Atacora. C’est Kérékou et moi. Les ministres, ça va et ça vient. On les voit quand ils sont là-bas. Quand ils reviennent, c’est malheureux. C’est malheureux lorsqu’on n’éduque pas nos enfants et ce n’est pas bon. Il faut avoir une vision du développement. Comment ? Kérékou est venu sans tambour ni trompette. En 1976, le goudron s’arrêtait à Bohicon et quand Kérékou partait, le goudron s’arrêtait à Porga et à Malanville. Il y avait même des autoroutes, des hôtels, des stades, tel que le stade de l’Amitié sans qu’on nous dise que ce sont les réalisations de Kérékou. C’était merveilleux. Et aujourd’hui ? On va donner des tee-shirts ou 2000 Fcfa à nos parents et on dit : « Mettez votre bulletin pour tel candidat ». Et dès qu’on met le bulletin, c’est fini. On repart sur Cotonou et on ouvre un compte bancaire. On vit seul à l’aise. Ce n’est pas bon pour nos parents. Il faut qu’on revienne souffrir avec eux. Ainsi on pourrait mieux aider à développer nos localités et ce serait pour le bien-être de nous tous

Un mot de fin pour clôturer l’entretien.

Ce que je vais dire de très profond, c’est que le Bénin a reculé par rapport aux années 60. A l’époque, quand Maga est candidat, c’est du Nord au Sud. Quand Ahomadégbé est candidat, c’est du Nord au Sud et quand Apithy est candidat, c’est du Nord au Sud. Aujourd’hui, des cadres, pas des moindres, se régionalisent. On revient à un pays d’ethnies. Ça c’est d’une part. La deuxième chose, c’est que j’ai honte quand je vois un cadre quitter un parti pour un autre à cause de l’argent. Qu’est-ce qu’on donne à nos enfants comme éducation ? J’ai vraiment honte de ces changements. Ou bien on ne rentre pas dans un parti et c’est plus libre. Ou bien, on est dans un parti et on est fidèle aux idéaux du parti, mais pas pour l’argent du parti. Pourquoi tant de personnes en transe à cause de l’argent ? Ce n’est pas bon pour l’avenir de notre pays. Il faut qu’on aime notre pays. Et pour le faire, il faut qu’on se fasse un idéal. L’idéal qui définit les hommes et non pas l’argent. On doit avoir cet idéal pour être ensemble. Je souhaite que la plupart de nos cadres reviennent vraiment à cet idéal. Avoir l’amour de son prochain, de la patrie et non pas l’amour de l’argent. Je souhaite pour finir, en tant que Général de gendarmerie, qui ne s’est préoccupé que de la sécurité et la paix, qu’il y ait la paix et l’amour dont je parlais tantôt, pendant et après les élections de 2011. Qu’on se dise que Houngbédji est mon parent, Yayi est mon parent, Abdoulaye Bio Tchané est mon parent et quel que soit le candidat, il est mon parent. Qu’on aille aux élections avec l’idée qu’on veut la paix et le développement du Bénin.

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