Le Blog de Aymard

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BENIN : Allez, Docteur !… Soyez chou !… Accordez le second tour… Que nous puissions rigoler un peu

Braves Béninois ! Après avoir été moralement torturés des mois durant par l’élaboration en circuit fermé de la LEPI, circuit fermé hermétique ponctué, de temps en temps, par les sorties et les propos rassurants ( propos très « mlin mlin mlin ») de l’apprenti-sorcier le plus détesté aujourd’hui au Bénin – l’apprenti-sorcier Nassirou Bako Arifari –, circuit fermé ayant abouti au méga bordel de centaines de milliers d’électeurs arbitrairement privés de leur droit de vote, (« laissés-en rade » selon la terminologie officielle), circuit fermé ayant abouti à un fichier électoral transformé en objet de couvent uniquement pour initiés, à une délivrance de cartes d’électeurs dans le genre parcours du combattant punitif pour les entêtés de citoyens qui tiennent à voter, à des bureaux de vote fantomatiques et, pour la plupart de ceux qui ne sont pas fantomatiques, non opérationnels ou non fonctionnels le jour du vote.

Braves et formidables Béninois ! Ils ont subi tout cela, des mois puis des heures durant, le jour « J », un peu énervés (tout-de-même !), un peu choqués (on les comprend : ils avaient perdu l’habitude des cafouillis organisationnels de ce genre), mais ont accompli leur devoir civique – transformé hélas !, par leurs gouvernants en… déboires civiques – avec calme, sérénité et dignité.

Voilà qu’il leur faut subir à présent l’affreuse torture psychologique de la guerre des chiffres dans le combat des Chefs pour un second tour. Combat des Chefs dont l’épisode le plus éprouvant est la tentative, par quelques médias notoirement pyromanes, de faire passer l’idée d’une victoire du camp présidentiel au premier tour !!!

Une hérésie dont seuls les yayistes pourraient envisager la possibilité. Ainsi, le Docteur-candidat, seul contre pratiquement tous les autres candidats, seul contre presque toute la classe politique nationale, seul contre tous les syndicats avec, en plus, le bilan désastreux qui est le sien, pourrait donc bien croire possible sa victoire au premier tour ! Il est vrai qu’avec « son » Changement, tout est devenu sens dessus-dossou… oups !, pardon, sens dessus-dessous dans le pays, et qu’une hérésie peut devenir une norme parfaitement admise. Dans le camp présidentiel, ils semblent en effet avoir assimilé à la perfection la technique de Goebbels : « Plus c’est gros, mieux ça passe !… »

Maître Houngbédji, le challenger du second tour, a donc toutes les raisons de paniquer quelque peu, et d’alerter aussitôt les uns et les autres, au travers d’une conférence de presse inédite, en rappelant l’impossibilité à la fois mathématique, historique et sociologique, de mettre en pratique la fameuse technique de Goebbels, pour… supprimer le second tour.

On comprend donc que le porte-parole de son beau-frère de président-candidat, le décidément très remuant et très disert Marcel de Souza, « faucon des faucons » s’il en est, réagisse aussitôt aux contre-feux allumé par Maître Houngbédji, à toute tentative de supprimer ledit second tour.

Soit dit en passant – en revisitant les propos volontairement et invariablement outranciers et va-t-en-guerre du porteur de parole de son beau-frère de président-candidat – on a envie de lui servir du Pierre Corneille : « Qui t’a rendu si vain, Marcelio, toi qu’on n’a jamais vu les armes à la mains ??? » Mais toujours soit dit en passant, on sait ce qui le rend « si vain », le beau beauf Marcelio : la chute prévisible de leur clan, va se terminer pour certains d’entre eux, notamment à cause du méga scandale d’ICC Services, devant la Haute Cour de Justice.

Il faut cependant croire que le Maître, comme nombre de ses partisans, doit avoir le sentiment désagréable de se tenir en équilibre sur la pointe d’un pied sur une corde raide : tout le monde est d’accord pour reconnaître que les conditions du vote du 13 mars – dont il a demandé en vain le report – étaient des conditions aussi iniques qu’inédites, aussi inconcevables qu’exécrables. Mais d’avoir accepté de participer au scrutin en l’état lui impose, de facto, d’en accepter les résultats, au bout du compte. De même qu’il était hors de question de refuser d’y aller, de tenter le coup du boycott : ce serait le cadeau royal qu’espérait très fort le Docteur-candidat, pour « gagner » dans un fauteuil. Des deux côtés, comme on le voit, le mal était infini, « Ô Dieu!, l’étrange peine… », pour rester dans l’univers cornélien.

Mais « Gagner dans un fauteuil » !, ai-je dit? C’était là, le rêve mirifique en couleurs du Docteur…

Un rêve qui ne pourrait jamais se réaliser avec un second tour dans le scénario ! Un second tour véritablement de tous les dangers pour lui. Imaginez, pour ne prendre que cet exemple, l’inévitable débat d’entre deux tours, entre les deux candidats : d’un côté l’avocat, le verbe clair et précis, l’argumentaire redoutable et effectivement meurtrier. De l’autre, le prêcheur évangélique au débit monocorde, qui devra obligatoirement s’expliquer sur le Cen-Sad, ICC Services, les machines agricoles de la Révolution verte, et autres inénarrables joyeusetés de son quinquennat.

Veinards de Béninois ! Sûr qu’ils vont se régaler devant ce futur moment grandiose de télévision !… On le leur doit bien, pour les avoir soumis à tant de souffrances préélectorales et électorales.

Allez, Docteur !… Soyez chou !… Accordez le second tour… Que nous puissions rigoler un peu.

Vous nous le devez bien…

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