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BENIN : Nicéphore Soglo s’offusque contre l’injonction faite au Bénin par Jonathan Goodluck et rappelle ce dernier à l’ordre

Le Bénin n’est pas un Etat de la République fédérale du Nigéria. A ce titre, en sa qualité d’ancien président de la Cedeao, Nicéphore Soglo dénonce les propos partisans du président en exercice de la Cedeao, Goodluck Jonathan. Dans une déclaration faite hier à son cabinet devant des autorités nigérianes, l’ancien président du Bénin implicitement, s’insurge contre la réaction passive du président Boni Yayi, garant de la dignité et de l’intégrité du Bénin. Pour Nicéphore Soglo, le dénouement d’une crise politique au Bénin, passe par l’écoute de toutes les parties qu’une prise de position. A ce propos, il enseigne au président nigérian que le président français ne saurait intervenir dans la vie interne de la Hollande.

(Lire ci-dessous l’intégralité de la déclaration du Président Nicéphore Dieudonné Soglo, suite à la visite du Président Nigérian Goodluck Jonathan)

La déclaration du Président Nicéphore Dieudonné Soglo

Dans le cadre des relations de bon voisinage entre les Etats qui partagent des frontières communes comme le Nigéria et le Bénin, il est normal que des échanges et des visites de hauts niveaux se tiennent régulièrement.

C’est d’ailleurs un bon signe de l’excellence des relations séculaires, historiques, culturelles, sociales et économiques qu’ont su tisser au cours de leur histoire commune les peuples du Nigéria et du Bénin ainsi que leurs dirigeants.

J’ai voulu bien croire que la brève visite qu’a effectuée au Bénin le vendredi 18 Mars 2011, le Chef de l’Etat de la République Fédérale du Nigéria, son Excellence Monsieur Goodluck Jonathan s’inscrivait dans ce cadre, si ce n’était l’expression on ne peut plus étonnante de sa déclaration qui a fortement surpris l’opinion nationale ainsi que la classe politique. Je cite :

« Je félicite les populations du Bénin pour l’élection présidentielle qui s’est tenue sans violence et voudrais inviter les candidats et les électeurs à accepter les résultats des élections afin d’éviter la violence et la guerre. Le Nigéria ne va pas accepter la violence, la guerre à sa porte.  » Fin de citation.

En cette période très sensible où le peuple béninois éprouve d’énormes difficultés, avant, pendant et après, l’élection présidentielle du 13 Mars 2011, cette injonction aux acteurs politiques et aux électeurs à savoir le peuple béninois est inacceptable. Le Bénin est certes un petit pays, mais c’est un grand peuple très fier de son histoire et de son indépendance.

Si le Chef de l’Etat nigérian lors de sa visite du 18 Mars 2011 avait cherché à écouter les différents acteurs de la classe politique béninoise, à commencer par les anciens Chefs d’Etat, et à prodiguer des conseils aux uns et aux autres pour éviter une crise latente, sa mission aurait été hautement appréciée par tout le peuple béninois. Il aurait non seulement agi en ami et en voisin mais il aurait certainement accompli une œuvre fort utile et préventive en sa qualité de leader régional, Président en exercice de la Cedeao.

Il est regrettable que cette injonction ait été faite en présence du Chef de l’Etat du Bénin garant de sa dignité et de son intégrité. Le Bénin est membre de la Cedeao, de l’UA de l’ONU et d’autres organisations internationales.

En tant qu’ancien Président de la Cedeao ayant contribué en son temps au règlement de la guerre fratricide au Libéria, j’aurais tant souhaité que son Excellence Monsieur Goodluck Jonathan n’ait pas eu à prendre parti dans la situation politique que connait le Bénin.

C’est tout comme si, non content d’user de l’influence que leur confèrent les poids démographiques et économiques de leurs pays, le Président français, le Premier Ministre britannique ou la Chancelière d’Allemagne, intervenaient dans la vie interne de la Hollande, du Royaume de Belgique et du grand Duché de Luxembourg.

Imagine-t-on qu’à l’intérieur des Etats Unis d’ Amérique, le gouvernement de l’Etat fédéré de New York donne des injonctions au Massachussetts, à l’Etat fédéré du Connecticut ou celui de la Californie à ceux du Nevada ou de l’Arizona, ou bien celui de Texas à ceux de la Louisiane ou de l’Arkansas. L’Union européenne et la Fédération américaine n’y survivraient pas.

Notre rêve, c’est que, le plus tôt possible, la Cedeao devienne une Fédération comme le Brésil qu’elle surpasse par sa population et soit un acteur majeur de la vie politique, économique, internationale.

Je vous remercie.

Monsieur Nicéphore Dieudonné SOGLO

Ancien Président de la République du Bénin,

Ancien Président de la CEDEAO

Vice-Président du Forum africain des anciens Chefs d’Etat et de Gouvernement

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