Le Blog de Aymard

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Bénin et démocratie : les raisons d’une agonie politique sans précédente

Dans la publication que lui-même considère comme un hommage au grand oublié de la célébration justifiée de la démocratie béninoise, Frédéric Joël AIVO souligne les records de longévité, de stabilité et d`intangibilité comme étant des preuves de ce que la constitution béninoise est une pièce unique en Afrique.

L`auteur reconnait aussi les mérites de la conférence nationale et celui de la classe politique dont la responsabilité, la hauteur d`esprit et la modération surtout en période électorale, ont permis de négocier les virages les plus sensibles et de consolider les acquis démocratiques. Cette vitalité politique, poursuit-il, est également due à l`activité extrêmement pédagogique et à l`enrichissante contribution de la Cour constitutionnelle.

Mais la dernière présidentielle a sali, avouons-le, le blason politiquement doré que le Bénin portait depuis un peu plus de deux décennies.

On parle pour une première fois d`un KO qui enregistre une contestation sans précédente. La police avait dispersé à la grenade lacrymogène des jeunes partisans de l’opposition qui manifestaient à Cotonou contre la réélection de Boni Yayi, a signalé l`Agence France Presse. La situation au Bénin est évidemment préoccupante, compte tenu de la contestation des résultats provisoires » de l’élection présidentielle du 13 mars, « et des incidents de violence qui ont été relevés », a confirmé Saïd Djinnit, le Représentant du secrétaire général de l`Onu pour l`Afrique de l`Ouest.

Tout comme Saïd Djinnit, la Cedeao a alors invité les contestataires à recourir aux voies constitutionnelles pour se faire entendre. C`est justement à ce niveau que se fondent plusieurs interrogations dont celle sur le choix que semble avoir fait l`Union fait la Nation de recourir à la rue plutôt qu`aux voies constitutionnelles pour contester les chiffres proclamés par la Commission électorale et la Cour constitutionnelle. La rue pour contester le KO proclamé ne peut que résulter en un chaos. Déjà les premières manifestations en sont des exemples patents :des citoyens blessés, un journaliste bastonné sous-prétexte qu`il était confondu à la foule de manifestants, un député arrêté et puis ensuite libéré. Tout ceci dresse le lit à des événements pas très rassurants pour le pays. Mais à vrai dire, l`invitation adressée aux contestataires de recourir aux voies constitutionnelles, parait assez simpliste. Diplomatiquement et en de pareille circonstance, c`est un raccourci qui dédouane bien ceux qui sont les observateurs du jeu. Il ne s`agit pas cette fois-ci d`un simple contentieux électoral.

La LEPI était mal partie…

Voila une présidentielle qu`on a organisée sans connaitre le nombre exact d`électeurs. Malgré le report de date! La fameuse liste électorale permanente et informatisée, LEPI a fait des oubliés qui se faisaient enregistrer jusqu`à la veille du scrutin. On se souvient des tours que mouvance et opposition se jouaient au parlement autour de cette liste. Qui allait contrôler le processus? L`opposition y voyait une « arme » que Boni Yayi, avec le soutien de la communauté internationale voulait se fabriquer pour obtenir un nouveau mandat. Du côté de la mouvance, on a très tôt trouvé l`astuce de faire croire à l`opinion publique que c`est plutôt ceux d`en face qui ne veulent pas de la Lepi, un instrument qui, proclamait-on, ne pourra plus permettre aux morts de voter, encore moins aux mineurs d`accorder leur suffrage contre quelques sonnantes et trébuchantes. Dans cette guéguerre, les décisions de la Cour constitutionnelle faisaient objet des critiques les plus acerbes. C`était sans gène aucune, que des députés décriaient ces décisions ainsi que leurs auteurs, en l`occurrence le président de la cour qui était accusé à tort ou à raison d`être à la solde de l`actuel locataire de la Marina. On se souvient que des députés ainsi que les leaders de l`opposition ont organisé une marche de protestation sur l`institution. Rosine Soglo s`est ouvertement indignée de la « cour miracle de Robert Dossou ». Et c`est dans cette atmosphère que la présidentielle a été organisée.
Depuis l`avènement de la conférence nationale, le champ sociopolitique béninois n`a jamais été aussi surchauffé! Les querelles politiques n`ont jamais atteint une telle adversité! Les institutions de la république dont la cour constitutionnelle n`ont presque jamais essuyé autant de critiques ouvertes. Si l`on commence par désobéir au fétiche qu`on a soi-même ériger, l`adage populaire nous enseigne que c`est juste la preuve qu`on ne fait plus confiance à ce fétiche. Malgré cela, le combat dans chaque camp se faisait au nom du peuple!

La responsabilité est collective

Comment dans une compétition qu`on prétend démocratique, le peuple peut-il reconnaitre l`autorité d`un chef qu`il n`a pas élu? Le président Boni Yayi a demandé pardon aux populations qui n`ont pas pu être prises en compte par la fameuse LEPI. C`est un aveu qui révèle en somme que le pays, en aucune façon, n`était prêt pour ce scrutin. Yayi en demandant pardon, voulait se rattraper peut être auprès d`une masse non négligeable d`électeurs majoritairement analphabètes. Car si ce peuple était bien éduqué, on ne pouvait pas aussi facilement lui ôter ses droits de vote et vouloir se justifier par un simple pardon.
A ce niveau, la faute n`est pas seulement du côté de l`exécutif. La classe politique dans son ensemble et la communauté internationale dans une certaine mesure sont tous complices. Je ne voie pas quelle principe de non ingérence serait violée si la Cedeao, l`Onu et l`Union européenne refusent d`observer un vote dont on ne connait même pas l`élément capital qui est le nombre d`électeurs. L`opposition et la mouvance béninoises qui criaient sur tous les toits et sur toutes les ondes transparence du vote aussi n`ont pas d`excuse pour s`être tues sur ce détail. Tels des larrons en foire, les deux parties se sont laissées aller et c`est à l`annonce du KO, que l`on cherche à exiger ce qui devrait l`être. Leçon devra être tirée de part et d`autre et l`opposition surtout doit réfléchir aux prochaines législatives. La rue pour dire non au KO ouvrira la voie aux chaos.

La mouvance dans la situation actuelle se trouve certes bien confortée par la proclamation faite par la cour constitutionnelle. Mais le drame serait de s`enfermer dans une tour d`ivoire et de croire que cette victoire n`est rien d`autre que le prolongement de celle de 2006. Cette fois-ci, avouons que beaucoup de zones d`ombre subsistent. Entre faire accepter une victoire dans la répression et rechercher les voies consensuelles pour rétablir les valeurs de la république, Boni Yayi devra faire un choix. La répression d`accord mais elle est un couteau à double tranchant. Le jour où les gouvernés décident de s`en affranchir, ils ont toujours le dessus. Les récents événements de l`Afrique du Nord en disent long. Louis Napoléon Bonaparte reconnaissait que « gouverner, ce n’est plus dominer les peuples par la force et la violence. C’est les conduire vers un meilleur avenir, en faisant appel à leur raison et à leur cœur ».
Mathieu Kérékou en 1990 pourrait mettre l`armée sous ses ordres et faire sourde oreille sur les décisions de la conférence nationale. Même si le contexte n`est pas le même, Yayi Boni ne perdrait rien à emboiter le pas au Général. Cette option me parait la plus opportune. Car, le génie béninois c`est aussi et souvent l`autorité traditionnelle qui vient faire fumer le calumet de la paix aux politiques. Mais dans un Bénin où la plupart de ces repères de la religion et de la chefferie traditionnelle se sont laissés réduire à de simples valets politiques, dans un Bénin où on a connu certains syncalistes et travailleurs plus patriotes que d`autres, il ne faut pas attendre de faire couler inutilement le sang avant de chercher à faire asseoir toutes forces vives de la nations. Dans un pays où, du parlement, on n`a pu entendre que le président de la république a promis mettre le pays à feu et à sang et que des mois après ces propos de Rosine Soglo ne soient jamais démentis, cela allonge la liste des antécédents qui doivent amener Boni Yayi à privilégier la voie du dialogue plutôt que celle de la répression.

Joseph Herve Ahissou

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