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Côte d’Ivoire : Jusqu’où ira la crise?

La Côte d’Ivoire est plongée dans une crise postélectorale sans précédent. Les élections du 28 novembre 2010 devaient être le point d’orgue d’un long processus de réconciliation et de paix après dix ans de guerre civile. Or, le scrutin aura été le point de départ d’une longue spirale descendante vers plus de violences, de morts, de réfugiés, et surtout, de division entre les Ivoiriens.

Avec des combats de rues jusqu’au coeur de la capitale économique Abidjan, plusieurs n’hésitent plus à parler d’une nouvelle guerre civile. À l’origine de ces événements : la contestation du résultat des urnes par les deux candidats au poste présidentiel.

D’un côté, le président sortant, Laurent Gbagbo. En poste depuis 2000, il s’estime vainqueur de l’élection, sur la base des décisions du Conseil constitutionnel et fort de l’appui des militaires et des policiers.

De l’autre, Alassane Ouattara, figure emblématique de l’opposition, reconnu vainqueur par la Commission électorale indépendante et soutenu par la presque entièreté de la communauté internationale.

Les deux hommes ont prêté le serment présidentiel le même jour. Depuis, ni Gbagbo ni Ouattara n’ont bougé de leur position.

Incarnant un certain nationalisme populaire, Laurent Gbagbo tient le fort au palais présidentiel. Se déclarant victime d’un complot international, Gbagbo se fait interdire de voyage par plusieurs pays dont certains gèlent ses avoirs et lui imposent des sanctions. Peu à peu, ses soutiens s’effritent.

Installé à l’hôtel du Golf, le gouvernement d’Alassane Ouattara ne réussit pas à s’imposer, malgré le soutien de l’ONU, de l’Union africaine, de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, de l’Union européenne, de la France, des États-Unis et de plusieurs autres pays.

Sur le terrain, des milliers d’Ivoiriens, craignant des violences, fuient vers les pays limitrophes, notamment au Liberia. La crise électorale devient rapidement une crise économique : les banques ferment et les exportations de cacao sont suspendues. Des violences sporadiques éclatent dans des quartiers pro-Gbagbo ou pro-Ouattara à Abidjan. La force de l’ONU en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, est victime de harcèlement. Selon des bilans contradictoires, on parle de 500 à 800 morts liés directement à la crise.

La diplomatie n’aura eu aucun effet dans la résolution de ce conflit. En quelques semaines, pas moins de sept présidents africains et un premier ministre se sont rendus à Abidjan dans l’espoir de dénouer le conflit, sans succès. Des sommets spéciaux se sont tenus à Addis-Abeba, en Éthiopie et à Abuja, au Nigeria, sans résultats. Les condamnations sans équivoques des présidents Sarkozy et Obama, exigeant le retrait de Gbagbo, n’auront eu aucune influence.

L’organisation de ces élections a été laborieuse. Fruit de vastes compromis et d’âpres négociations, elles ont malgré tout été reportées à six reprises. D’aucuns se demandaient si elles auraient lieu. Plusieurs se demandent aujourd’hui si elles auraient dû se tenir.

Vous trouverez dans les pages qui suivent le récit des quelques semaines qui ont mené le pays au drame. À partir du premier tour du scrutin, dans lequel s’affrontaient treize candidats, jusqu’à l’enlisement après le deuxième tour, vous retrouverez les dates-clés et les enjeux principaux de la crise.

Vincent Champagne, Radio-Canada.ca

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