Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

« Le Bénin n’a de richesses que les Béninois »…

Le nouveau défi de l’émergence après le 13 mars 2011, connaissez-vous ? Assoir la légitimité au bout de la violence brutale, de la confiscation des canaux d’expression, de la propagande et de la quête permanente d’une absolution internationale. Des bouts de papier estampillés Nicolas Sarkozy, Manuel Barroso ou Baï Ki-Moon seraient beaucoup plus précieux que des scènes de liesse populaires et d’adhésions spontanées au rempilage proclamé au forceps. Peut-être que ces parrains présumés enverraient d’ici-là, à Cotonou, des milliers de cantines remplies de devises destinées à faire oublier le traumatisme des cantines du K.O, ayant servi aux transports des résultats du scrutin présidentiel dans des conditions que tout le monde sait. Pour la première fois, on verrait un locataire de la Marina faire abstraction du génie national. Tout le contraire du « comptons d’abord sur nos propres forces » qui a longtemps fait le bonheur des révolutionnaires avant le coup d’arrêt de la conférence nationale de février 1990. Yayi préfère compter d’abord sur le zèle débridé d’officiers nourris à la rente émergente.

Sans une planche à billet fonctionnelle et avec un sous-sol désespérément stérile, Yayi et les siens savent qu’il ne pourrait pas procéder comme le « guide » de Libye distribuant gracieusement de l’argent aux guichets des banques en guise de sourdine à la grogne interne. Le régime est bien placé pour savoir que sa quiétude dépend essentiellement de l’entrain des Béninois à l’ouvrage. Lorsqu’il a fallu doper la popularité en berne du pouvoir, ses affidés ont dû se rabattre sur chaque maison, chaque hameau, chaque foyer pour collecter, via faux placeurs et pasteurs démagogues, les épargnes familiales jusqu’aux derniers cens. Ce qui a permis d’essaimer tout le territoire de marches de soutien, de meetings de remerciement, de séances de prières en l’honneur du docteur-président et de sa tribu régnante. De même que face au gouffre abyssal creusé dans les caisses de l’Etat par les dépenses extrabudgétaire et les excentricités du prince, le gouvernement ne pouvait rien faire d’autres que de quintupler le prix de la bombonne de gaz domestique, du ciment, de l’eau, de l’énergie électrique, des hydrocarbures, des prestations au cordon douanier. Encore le pauvre contribuable qui trinque pendant que les privilégiés se sucrent.

Yayi serait passé dès le premier tour, le 13 mars, quand bien même il n’avait pas présenté de programme, de projet de société, sans équipe de campagne, selon l’intime conviction du juge constitutionnel. Soit ! Mais il n’y a pas que lui qui peut se targuer d’avoir une conviction. Les autres citoyens qui manifestent dans les rues, clament leur désaccord dans les médias encore disponibles et se refusent à se résigner ont également leur conviction intime : celle déniant toute légitimité au pouvoir proclamé. Le problème c’est que le Bénin, c’est aussi la masse de ces milliers d’adhérents de ce front de refus. A moins de mettre en exécution l’allégorie ubuesque du docteur-président autour de la fameuse valise de prospérité. Il s’agit donc d’attendre sagement que le locataire daigne enfin ouvrir sa malle qui contiendrait la croissance à deux chiffres, la modernisation de l’agriculture, l’industrialisation du pays, la lutte contre la corruption etc…. En attendant, le plus urgent est d’offrir au régime une cérémonie d’investiture surdimensionnée sur fond de dol et de rouerie. Comme si les flonflons, les invités de marque, les honneurs et les agapes suffisent à légitimer un hold-up électoral. Que de chemin parcouru entre le moment où la liberté de presse et la vivacité du débat public au Bénin faisaient rêver le célébrissime député Suisse, Jean Ziegler. Sous Yayi, l’état de la démocratie béninoise est à rechercher au bout des matraques, des menottes et des coups de poings d’officiers de police. Rsf, Amnesty, Transparency font chaque année chorus autour de cette dérive totalitaire crescendo depuis avril 2006.

Quand on décide de mater ses propres richesses…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

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