Le Blog de Aymard

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Sarkozy – La guerre à tout faire

La guerre est une drogue à forte accoutumance pour Nicolas Sarkozy. Deux semaines après avoir lâché ses bombardiers sur la Libye, le président français a donc ordonné à ses militaires de déboulonner Laurent Gbagbo. Tordant à nouveau le mandat confié par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

L’ex-pourfendeur de la «françafrique» n’a pas tourné casaque. Il assume simplement ses penchants naguère camouflés, à l’instar de l’opération menée début 2008 au Tchad pour sauver in extremis le dictateur Idris Déby. Désormais, la discrétion n’est plus de mise. Impopulaire en France, donné perdant à un an de la présidentielle, M. Sarkozy cherche ostensiblement son salut en guerroyant, comme hier son modèle texan. Où s’arrêtera celui qu’on surnomme déjà le «Petit Bush»?

Bien sûr, on ne regrettera pas Laurent Gbagbo – même si l’on doute qu’Alassane Ouattara soit davantage fréquentable. Pas plus qu’on ne défendra Mouammar Kadhafi. Ce qui inquiète, c’est l’interventionnisme décomplexé de celui qui voulait désinhiber la droite française.

Personne ne croit au désintérêt de Paris dans ces opérations militaires, pas même les bruyants supporters de la «guerre humanitaire». Ceux-ci préfèrent justifier leur «pragmatisme» par une conjonction occasionnelle: si l’intérêt de la puissance interventionniste coïncide avec le droit ou la justice, pourquoi ne pas fermer les yeux?

On voit vite quel type de relations internationales nous préparent ces apprentis sorciers. Un monde où grandes et moyennes puissances peuvent user de la force armée au gré de leurs intérêts nationaux – voire électoraux! – et des justifications offertes par l’actualité. En Libye, on intervient pour «protéger les civils»; en Côte d’Ivoire, on installe par les armes le vainqueur à 54% d’un scrutin contesté, sans prêter attention aux accusations de massacre de centaines de civils ni penser à la transition dans un pays politiquement et ethniquement coupé en deux.

Dans ce néocolonialisme repeint aux couleurs de l’humanitaire, le droit est peut-être le même pour tous mais la police n’intervient que dans certains quartiers! On imagine la puissance d’un tel mécanisme de domination.

La caution de l’ONU à la banalisation de la guerre comme méthode de résolution des conflits est désespérante. Si elles ne sont pas dogmatiquement pacifistes, les Nations Unies naquirent de l’espoir de vaincre les crises par d’autres moyens. La voir se complaire en paravent de l’impérialisme est pathétique. D’autant que le comportement partial de la Mission onusienne en Côte d’Ivoire (ONUCI) jette une ombre sur la régularité du processus électoral qu’elle avait encadré à l’automne.

Une fois les armes rangées, on peine à imaginer le rôle que l’ONU pourra jouer en faveur de l’indispensable réconciliation ivoirienne. Elle devra en tout cas expliquer sa passivité et celle de la France face aux exactions attribuées aux partisans de M. Ouattara. Tout le monde sait que les milices nordistes ont bénéficié de l’encadrement occidental, sans lequel elles n’auraient pu renverser M. Gbagbo en une offensive éclair

Benito Perez

http://www.lecourrier.ch/la_guerre_a_tout_faire

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