Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

La danse des vautours autour de l’arrestation de Laurent Gbagbo

Laurent Gbagbo a été arrêté dans sa résidence de Cocody en compagnie de sa femme, Simone, de son fils, Michel (de mère française), de ses amis et partisans. Cette arrestation sonne le glas d’un conflit post-électoral qui a débuté au lendemain du second tour de la présidentielle qui s’est tenue le 28 décembre 2010.

Sur les images diffusées en boucle sur les chaînes occidentales, on voit un Gbagbo fatigué, habillé en maillot de corps, avec sa femme à qui on a arraché son foulard et sa coiffure. On y voit également Michel, le fils de Gbagbo, battu jusqu’au sang par les rebelles de Ouattara. Ces derniers, sur un autre plan de ces images, rouent de coups et traînent au sol les partisans de Gbagbo qui s’étaient réfugiés dans la résidence pour fuir les tirs des soldats de Ouattara qui contrôlent désormais Abidjan. Ils prennent des femmes par la main pour les entraîner de force on ne sait où. Cet horrible tableau renseigne à souhait sur le barbarisme des rebelles de Ouattara. Il montre les méthodes et le comportement de ses hommes qui ont procédé de la même manière tout le long de leur odyssée macabre vers le Sud de la Côte d’Ivoire. Alors, on devine aisément les conditions dans lesquelles se sont tenues les élections dans le nord du pays sous le contrôle des rebelles qui n’ont jamais été désarmés, en violation parfaite des Accord de Ouaga 4. Le nier aujourd’hui relève simplement de la mauvaise foi. Et pourtant, certains continuent de s’adonner à cet exercice, toute honte bue. Ils se délectent sans modération de ces images honteuses et exécutent avec joie la danse du scalp. L’insulte et le mensonge à la bouche.

De fausses informations relayées par les médias occidentaux, dont on connaît la position dans la crise ivoirienne, ont été reprises dans la presse sénégalaise sans vérification. Selon eux, Laurent Gbagbo aurait lâché cette phrase au moment de son arrestation : «Ne me tuez pas». Ce qui est totalement faux. D’ailleurs, aucun son ni image ne viennent l’étayer. Et puis, il  aurait été plus simple pour Gbagbo, s’il ne tenait qu’à sauver sa vie, de se rendre avant qu’on ne lui mette la main dessus ainsi que Ouatrra, les Nations unies et la France le lui avaient proposé. A la vérité, la seule et unique déclaration faite par Gbagbo – et c’est la télévision de Ouattara, TCI, qui l’a relayée (donc son et images à l’appui) – au moment de son arrestation est la suivante : «Je souhaite que l’on arrête les armes et que l’on rentre dans la partie civile de la crise, qu’on la conclue rapidement pour que le pays reprenne». Même s’il n’a pas pu empêcher aux rebelles de Ouattara de l’exhiber et de s’exhiber à ses côtés, Gbagbo a complètement refusé d’ajouter autre chose. «Allez-y, vous pouvez filmer et photographier, mais je ne ferais plus aucune déclaration».

Le sale boulot aux nègres

Les militaires français et les casques bleus de l’Onu ont fait le gros du boulot. Ils ont procédé à des frappes aériennes sur la résidence de Gbagbo et mené des actions terrestres afin de permettre aux rebelles de s’y introduire. Mais ils ont pris le soin de ne pas apparaître sur les images de télévision au moment où les soldats de Ouattara délogeaient Gbagbo. Ouattara leur doit et leur devra toujours une fière chandelle ainsi que leurs supérieurs. L’histoire de l’Afrique vient de rebrousser chemin. C’est la marche à reculons vers la colonisation. Ouattara n’aura pas, non plus, les mains libres par rapport à Soro qui a été son bras armé. Il faut redouter un bicéphalisme à la tête de l’Etat ivoirien. Et la moindre divergence entre les deux hommes pourrait replonger le pays dans le chaos. Qui règne par les armes…

La vérité sur les élections

Les deux candidats en lice, Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara s’étaient tous les deux proclamés vainqueurs. Le premier fut reconnu par le Conseil constitutionnel ivoirien, le second par la Commission électorale indépendante (CEI). Mais curieusement, la communauté internationale a tout de suite jeté son dévolu sur Ouattara qu’elle considère comme le Président légitime de la Côte d’Ivoire. Nonobstant les 500 000 voix frauduleuses, relevées par le CEI, au nord du pays tenu par les rebelles fidèles à Guillaume Soro et à la solde de Ouattara. Ce sont ces mêmes 500 000 voix que le Conseil constitutionnel a rejetées avant de proclamer Gbagbo vainqueur.

Dès lors, une reprise des élections, comme souhaitée par plusieurs personnalités à travers le monde, était la voie du salut. Parce que la Constitution ivoirienne n’autorise pas une reprise des élections seulement dans une partie du pays. Après, bien entendu, que les conditions de tenue d’une élection régulière et sécurisée soient réunies. Ce qui n’a pas été le cas lors de la présidentielle. D’ailleurs Y. J. Choi, le chef de la mission de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) le reconnaît dans le rapport de Tabo Mbéki, médiateur dans la crise post-électorale ivoirienne. «M Choi a indiqué que l’un des facteurs qui a compliqué l’organisation du scrutin est le fait que, contrairement aux dispositions légales contenues dans le 4ème Accord Complémentaire de 2008, l’Accord Politique de Ouagadougou, les élections se sont tenues sans que le désarmement et l’intégration des Forces Nouvelles (rebelles sous la direction de Soro, ndlr) ne soient effectifs», a écrit l’ancien Président Sud africain.

A la lumière de cette déclaration, il n’est plus permis de douter que les conditions d’une fraude massive étaient réunies dans le nord de la Côte d’Ivoire. En outre, ce qui pouvait justifier la reprise des élections, c’est que Ouattara ne peut pas se prévaloir de résultats provisoires, donc susceptibles d’être amendés par une juridiction compétente (en l’espèce le Conseil constitutionnel) pour accéder à la présidence de la République. C’est anachronique et sans précédent. En fait, Ouattara est le premier Président de la République ainsi proclamé sur la base de résultats provisoires. C’est inédit dans toute l’histoire de la démocratie. Mais comme il tient désormais le pouvoir, on pourra toujours nommer un nouveau Président du Conseil constitutionnel qui va valider ces résultats et peut-être même lui organiser une cérémonie de prestation de serment. Dans le premier cas, on lui accorderait ce que l’on a refusé à Gbagbo, c’est-à-dire de faire proclamer les résultats en sa faveur par une juridiction acquise à sa cause. Et dans le second item, ce serait une manière éloquente pour Ouattara de renier sa première prestation de serment faite par correspondance épistolaire, donc non conforme à la procédure légale.

Par ailleurs, certains observateurs ont agité la certification comme gage de la bonne tenue des élections en Côte d’Ivoire. Ainsi, disent-ils, l’Onuci a certifié tout le processus électoral, notamment le premier et le second tour de la présidentielle. En précisant que Gbagbo n’avait pas émis d’objections durant toutes ces étapes. Il faut simplement ajouter à leur analyse, pour le compléter, qu’en même temps, le Conseil constitutionnel dont le délibéré du second tour a été rejeté, avait aussi validé les candidatures et les résultats au premier et au second tour, sans que Ouattara ne trouve à redire. Pourquoi alors Ouattara a remis en cause la crédibilité de cette juridiction au second tour ? La réponse coule de source : simplement parce qu’ils ne lui sont pas favorables.

L’arrestation de Gbagbo met certes un terme au conflit post-électoral, mais il n’est pas sûr qu’elle clôture les dix ans de crise qui ont fini de déchirer le pays et de mettre à rude épreuve la cohésion sociale.

Amadou DIOUF

senpremiereligne.com

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