Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: avril 15, 2011

Déclaration du Collectif des Avocats du Président Laurent Gbagbo

Après plusieurs jours de bombardement des sites militaires et civils d’Abidjan par la Licorne et l’ONUCI, les forces spéciales françaises ont enlevé, le lundi 11 avril 2011, le Président de la République de Côte d’Ivoire M. Laurent GBAGBO, la Première Dame et nombre de leurs proches, qui sont aujourd’hui illégalement détenus par la rébellion. Toutes ces personnes sont supposées être protégées par les conventions de Genève de 1949, notamment la celle relative au traitement des prisonniers de guerre qui permet au Comité International de la Croix Rouge (CICR) de rendre visite à tous les camps de prisonniers de guerre sans aucune restriction. Le CICR peut également s’entretenir, sans témoin, avec les prisonniers.  Or, les images de violences, les faits et témoignages rapportés par plusieurs sources concordantes, notamment celles proches de la rébellion, démontrent une violation flagrante des conventions de Genève sur le droit des prisonniers de guerre. En effet, on a pu constater à travers des images d’une insoutenable cruauté le traitement brutal et les violences physiques infligées au Président Laurent GBAGBO, à son épouse ainsi qu’à tous leurs proches. Madame Simone GBAGBO a été frappée, bousculée, les cheveux arrachés, un bras cassé. La Première Dame porte une minerve depuis plusieurs jours.

Michel GBAGBO, le fils aîné du Président, a été frappé et a reçu des coups de couteaux dont plusieurs derrière la tête. Les proches du Président GBAGBO sont entassés à 10 voire 30 personnes par chambre. Certains sont grièvement blessés suite à la bastonnade lors de leur enlèvement et des actes de torture et barbarie dont ils continuent d’être les victimes.
Monsieur Désiré TAGRO, ex-ministre de l’Intérieur et Secrétaire Général de la Présidence de la République, a été assassiné après avoir reçu une balle dans la bouche. De plus, le transfert du Président Laurent GBAGBO dans la ville de Korhogo, localité située dans le nord du pays en zone occupée par les rebelles depuis 2002, laisse craindre des exactions, voire un assassinat maquillé en suicide sur la personne du Président GBAGBO. Les conditions de sa détention et celle de toutes les personnes arrêtées, au regard de la brutalité des geôliers sont véritablement de nature à susciter des inquiétudes quant au respect des droits fondamentaux inscrits dans les conventions de Genève. Aussi, il est impératif que la Croix-Rouge mette tout en oeuvre s’assurer du respect du respect de cette convention, notamment l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève. Cette disposition couvre les situations de conflits armés non internationaux, notamment les conflits internes durant lesquels un État tiers ou une force multinationale intervient aux côtés du gouvernement ou d’une partie comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire.

L’article 3 exige que toutes les personnes se trouvant aux mains de l’ennemi soient traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable. Il interdit plus particulièrement le meurtre, les mutilations, la torture, les traitements cruels, humiliants et dégradants, les prises d’otages et les procès inéquitables. Ainsi, au regard de cette disposition et des risques d’assassinats et de règlement de compte sur les personnes arrêtées et plus particulièrement le Président GBAGBO, il incombe au CICR de vérifier sans délai que les dispositions précitées sont vraiment respectées. En l’espèce, il s’agit de s’assurer que :

– Les personnes arrêtées dont le Président GBAGBO ne font pas l’objet de violences physiques et psychologiques et sont traitées avec humanité

– Les personnes arrêtées sont détenues dans des conditions humaines et que les blessés reçoivent des soins

– Les personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires bénéficient d’un procès équitable et puissent être défendues par un avocat auquel elles aient accès sans témoin

Pour toute interview relative à cette déclaration, les journalistes peuvent contacter Me François EPOMA, Membre du Collectif des Avocats, au + 33 6 24 90 53 29.

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COMMUNIQUE DE PRESSE L’Ambassadeur de France doit s’expliquer sur les circonstances de l’assassinat du Ministre Désiré TAGRO

Monsieur Désiré TAGRO, ex-ministre de l’Intérieur et Secrétaire Général de la Présidence de la République, ne s’est pas suicidé. Il a été exécuté d’une balle dans la bouche par les rebelles.
L’Ambassadeur de France à Abidjan est la dernière personne à avoir communiqué sur son téléphone portable avec M. TAGRO, chargé par le Président Laurent GBAGBO de négocier un cessez-le-feu afin de permettre au Chef de l’Etat et à ses proches de sortir sans violence de la Résidence.

Le diplomate français doit donc fournir des explications puisqu’il a très clairement demandé au Ministre TAGRO de sortir du sous-sol de la Résidence présidentielle avec un drapeau blanc.
Une première fois, M. TAGRO a essuyé des tirs des rebelles. Il l’a signalé auprès de l’Ambassadeur de France qui a ironisé et lui a demandé de tenter à nouveau l’opération, promettant de dire aux rebelles de cesser de tirer. Les tirs se sont arrêtés. M. TAGRO a ensuite tenté une seconde sortie de la Résidence en brandissant un drapeau blanc à l’instar de quelques autres proches du Président GBAGBO. Des rebelles, qui l’ont reconnu, se sont alors saisis du Ministre pour lui tirer une balle dans la bouche. L’Ambassadeur de France peut permettre que la vérité éclate sur les circonstances de la mort du Ministre Désiré TAGRO, avec lequel il était en contact régulier au moment de l’assaut des forces spéciales françaises, afin que les auteurs de ce crime abominable soient punis.

Paris, le 15 avril 2011

Toussaint ALAIN

Conseiller du Président Laurent GBAGBO

Burkina Faso : Blaise Compaoré mis en difficulté par une mutinerie

Burkina Faso : Blaise Compaoré, dégage !

Publié par : AFRIK ONLINE

Le Burkina Faso. C’était donc par le Burkina Faso que cette maladie devait commencer sa contagion, le pays des hommes intègres, le pays où le Président fraîchement élu est le chouchou de la communauté internationale, grand tribun de la région Ouest-Africaine, le grand Blaise !

Qui l’eût cru ? Nous, bien évidemment !

Nous avions parié sur le Cameroun ou le Burkina Faso ; nos prévisions sont donc sauves.

Il est quand même risible de considérer les voies de fait, le truchement par lequel se fait cette révolution.

C’est un peu comme dans les 7 solitudes de Lorsa Lopez (Roman Fiction de Sony Labou Tansi) où, à cause de « la chose », tout un gouvernement s’écroule !

En Tunisie le détonateur s’appelait Mohamed Bouazizi, en Afrique noire, ça se passe sous la ceinture !

A chacun ses armes, profil psychologique oblige.

La grande pagaille qui règne au Burkina Faso depuis des semaines, sans que l’opinion internationale n’en parle, est partie certes du « meurtre » consécutif aux bavures policières sur un jeune Lycéen, mais la mutinerie de la grande muette d’Ouagadougou qui couve depuis est, elle, prédicable à une affaire de fesses, dans laquelle seraient impliqués des hommes en kaki !

Les mutins entendaient acquitter tout bonnement leurs frères d’armes inculpés dans cette affaire d’adultère, à la manière Turque.

Mal leur en a pris et ils ont balancé des roquettes sur le palais de justice pour manifester leur désaccord avec les magistrats qui n’ont fait que lire le droit.

Les commerçants victimes de pillages, ont fermé boutique et les établissements scolaires ont été fermés.

En fin stratège, « grand Blaise » a initié une rencontre avec les insurgés, promettant d’augmenter leurs salaires, avec des primes supplémentaires, et la relaxe de leurs compagnons d’armes.

Quelle n’a pas été leur surprise en recevant leurs fiches de paie ! Pas d’augmentation de salaires, pas de primes !

Une erreur de débutant que « grand Blaise » n’aurait pas dû commettre car la grève des militaires est la chose à éviter vu les temps qui courent et ce n’est pas pour rien que les militaires ont leur mot à eux pour grève : mutinerie, pas très loin d’ailleurs de mutilerie

D’après les dernières informations, Blaise Compaoré se serait réfugié dans son village natal.

Une épreuve de plus pour la communauté internationale, après tous les muscles déployés en Libye et en Côte d’Ivoire pour faire partir des dictateurs dont leurs peuples ne voulaient plus.

Comment va-t-elle réagir face à ce test ?

Défendre Compaoré contre son peuple ou appuyer la volonté de changement ?

Ouattara vient de prendre le pouvoir et Blaise doit s’en aller !

Qui va donc le babysitter ?

Et si c’était la main noire du « boulanger d’Abidjan » derrière cette surprise ?

On pourrait donc dire, au risque de s’y méprendre, qu’il y a du pain sur la planche !

Nous avons une piste, regardez plutôt ces images d’archives, on dirait qu’il l’avait prévenu à maintes reprises :

Je te dis que chez toi aussi tu vas voir draps, mon frère !

Je te le redis devant Guillaume, même si j’en ris un peu c’est vrai…

Au fait, est-ce que tu as pris tes dispositions ?

Sans déconner ! Laisse-moi plutôt en rire !

Toi aussi tu dois faire gaffe, je te dis !

BENIN : Ce que Léhady Soglo a réellement dit sur la télévision Vox Africa

C’est sur son profil Facebook que Léhady Soglo a voulu rétablir la vérité sur l’entretien diffusé sur la chaîne Vox Africa. Retrouvez donc l’intégralité de l’interview publiée sur son profil.

Vox Africa : Léhady SOGLO, Bonjour. Vous êtes l’ancien directeur de campagne de Adrien HOUNGBEDJI pour le compte de l’Union fait la Nation à la dernière présidentielle. On a fait les élections présidentielles, un nouveau président est élu, il a été investi à Porto-Novo. On a constaté qu’aucun membre de l’Union fait la Nation n’a fait le déplacement du Stade de Porto-Novo.

Léhady V.SOGLO : Je voudrais d’abord apporter si vous permettez, quelques précisions. Effectivement, j’ai eu le privilège d’être retenu par le candidat Adrien HOUNGBEDJI pour conduire sa campagne mais la Conférence des Présidents dont je fais moi-même partie, a souhaité, au moment où j’ai été retenu pour conduire la campagne présidentielle, que je sois aussi responsabilisé pour les élections législatives. Conséquemment, je continue donc de rester le directeur de campagne pour les élections à venir. Ceci étant dit, je voudrais souligner que nous avons fait une bonne campagne, que notre candidat a fait des propositions qui ont retenu l’attention du plus grand nombre. A certains endroits du pays, ça a même déclenché de la ferveur. Il a eu à dire un certain nombre de choses qui de mon point de vue, ont résonné profondément. Que ça soit le milliard pour les communes, une façon de rapprocher les communes des concitoyens, et de leur donner effectivement les moyens d’agir. Il s’est exprimé aussi sur sa vision sur l’école et comment l’Etat devrait désormais prendre tout ça en compte. Il a parlé amplement de son approche pour régler le problème des plus déshérités, des plus pauvres, notamment des femmes à travers la création d’une banque des femmes. Je voudrais dire que ça a été pour moi, un grand moment et j’ai profondément apprécié travailler à ses côtés. Malheureusement, vous connaissez aujourd’hui les résultats, si l’on peut parler ainsi. Nous les avons contestés et c’est peut être ceci qui explique cela. Mais je voudrais préciser que nous n’étions pas les seuls absents. Une grande partie de la population béninoise n’était pas présente non plus à ce rendez-vous. Bon ! le vin est tiré, il faut le boire, même si ce vin est amer, et que pour nous aujourd’hui, le Président élu devra tout faire, tout mettre en œuvre, pour réconcilier notre pays, parce qu’il est profondément divisé et je salue donc sa volonté de tendre la main, d’ouvrir des perspectives. Mais je souhaite que ça ne soit pas simplement qu’une posture, il faut des actes concrets. Il faut effectivement qu’on reprenne de fond en comble, cette LEPI qui s’est révélée une arme redoutable au service de l’exclusion ; parce que la LEPI qui devrait être une avancée démocratique, s’est révélée être un outil d’exclusion. 1.300.000 électeurs béninois n’ont pas pu exprimer leur droit constitutionnel de vote et je trouve que ce n’est pas acceptable. Que 21 ans après la conférence nationale, des compatriotes en nombre important ne puissent pas exprimer leur droit de vote est inconcevable dans une démocratie qui se respecte. Je pense que là, il y a effectivement des disfonctionnements majeurs qui doivent être absolument réglées, corrigées. Et il en est de même concernant le droit de manifester. Nous avons souhaité exprimer notre point de vue, nous avons été réprimés, bastonnés. Le droit de manifester reste pourtant un droit constitutionnel dans notre pays. Passer à la télévision, notamment à la télévision nationale est un droit qui à mon avis, doit continuer à prévaloir dans notre pays. Nous n’avons plus besoin de censure dans notre pays. Donc, c’est une exhortation à mieux faire, à corriger le tir et à profiter effectivement de l’occasion qui lui est offerte, puisqu’il a de nouveau la responsabilité de conduire la destinée du pays.

VA : Si éventuellement BONI YAYI vous fait appel demain pour prendre la primature, quelle sera la position de l’Union fait la Nation ?

LVS : D’abord, le poste de premier ministre n’est pas un poste prévu par la constitution.

VA : Il parle de refondation, on y lira une révision constitutionnelle !

LVS : Oui, Attendons que la révision se fasse, attendons que la discussion s’organise avec les différentes forces politiques et sociales pour qu’on apprécie. Je crois que pour l’instant, ce n’est pas d’actualité en tout cas en ce qui nous concerne. Ce qui nous concerne, c’est d’aller à des élections législatives si les conditions que nous avons posées sont effectivement prises en compte. Il s’agit d’apurer la liste. Il s’agit de présenter enfin au peuple béninois, une liste électorale qui soit fiable, honnête et transparente.

VA : Est-ce à dire que l’Union fait la Nation conditionne sa participation aux prochaines législatives à l’expertise de la LEPI ?

LVS : Mais c’est une évidence. Le Président AMOUSSOU l’a dit et répéter. Je ne fais que simplement enfoncer des portes qui sont déjà largement ouvertes. Nous ne pouvons pas accepter que ce qui s’est passé au cours des présidentielles, se reproduisent au niveau des élections législatives. Et donc je souhaite que le Président BONI YAYI en tienne compte et fasse ce que nous avons proposé à savoir, procéder à l’apurement de la liste électorale, enlever donc les fictifs qui s’y trouvent, enlever les mineurs qui s’y trouvent, enlever les morts qui s’y trouvent, rapprocher les bureaux de vote des électeurs, des électrices, arrêter les votes par dérogation qui ont permis des votes multiples, etc… Et donc, qu’on laisse effectivement les partis et alliances de partis faire campagne, faire des propositions de lois qui soient des propositions de lois qui améliorent le quotidien de nos compatriotes. C’est ça, le plaidoyer qui est le mien aujourd’hui et c’est en droite ligne de ce que l’Union fait la Nation a toujours demandé et réclamé.

VA : Le candidat Léhady SOGLO dans la 16ème circonscription, comment il prépare sa campagne ?

LVS : Le candidat Léhady SOGLO dans la 16ème circonscription prépare sa campagne comme je suppose, tous les autres candidats. Je voudrais simplement souligner que j’ai déjà été candidat dans cette même circonscription et les électeurs et électrices m’ont déjà fait confiance. J’espère que de nouveau, ils me feront encore confiance.

Merci.

Source: LNT

Vivement que l’empereur Sarkozy 1er envoie sa force licorne dans sa colonie du Bénin

L’empereur français Sarkozy 1er qui vient de se trouver un devoir d’exportateur de démocratie en Côte d’Ivoire et de défenseur de la veuve et de l’orphelin en Lybie devrait rapidement se tourner vers sa colonie du Bénin où fait la pluie et le beau temps son valet Boni Yayi.

Empereur, après ton humiliant et insultant discours de Dakar, te voilà entrain d’écrire à la place de ton « homme noir qui ne serait pas suffisamment rentré dans l’histoire », son histoire.

Du moment que tu (empereur Sarkozy 1er) t’es décidé d’écrire à la place de l’homme noir sa propre histoire et que tu as envoyé ta force licorne en Côte d’Ivoire détruire tout un pays pour y installer ton ami Ouattara au nom de la démocratie et du respect du vote du citoyen, tu te dois d’être conséquent envers toi-même en débarrassant le peuple béninois de ton ami Boni Yayi, le fraudeur le plus culotté de l’histoire du Bénin.

Les peuples d’Afrique n’ont pas besoin d’aide financière ou de quoi que ce soit venant de ta part. Nous avons juste besoin des dirigeants pour lesquels nous avons voté, empereur Sarkozy 1er tout puissant empereur de la Françafrique.

Les élections présidentielles du 13 mars dernier au Bénin ont été les pires élections organisées dans ce pays depuis 1991 et toi, tu y as contribué d’une part en finançant le processus de réalisation d’une liste électorale truquée et de l’autre par ton ambassadeur agité qui s’est permis toutes ergots dressés de donner des leçons de bonne conduite au peuple béninois. Ces élections ont été émaillées de fraudes jamais vues auparavant et tu as fermé les yeux. Je demande que mon vote et celui du peuple béninois soit reconnu car, empereur, tu sais bien que Boni Yayi n’a pas gagné ces élections et pourtant tu t’es empressé de lui adresser une lettre de félicitation.

Dans ces conditions, je me pose la question de savoir si Ouattara avait réellement gagné les élections en Côte d’Ivoire vu que tu as toujours soutenu les perdants, d’ailleurs tu en es un.

Je ne sais pas quelle réforme tu as pu réussir concrètement dans ton pays à part le mode de gouvernance qui est passé de l’absolument discret à l’agitation absolue, du sensationnel, de gros moyens utilisés pour de si petits résultats obtenus,… bref un mandat chaotique que je laisserai le soin aux français d’apprécier ; ils sauront en tenir en compte en 2012.

Empereur Sarkozy 1er, débarrasse mon pays de l’imposteur que tu as mis à sa tête si tant est que tu tiens à la démocratie et à la liberté de vote et autres conneries que tu vends à qui veut bien acheter ta sale marchandise. Mais pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Tu n’es en rien démocrate, juste un imposteur à l’image de ceux que tu soutiens.

Le 29 mai 2005, les Français avaient rejeté à 54,67% le projet de Constitution européenne qui leur était soumis par la voie du référendum. Historique, ce vote l’est au regard de la forte mobilisation des électeurs (69,37%), mais aussi au regard de son résultat : c’est la première fois que la France se prononce négativement sur un traité européen ; elle devient également le premier Etat européen à refuser de ratifier le projet de Constitution européenne. Mais l’empereur Nicolas Sarkozy, décide de contourner leur vote contre la constitution européenne pour finalement l’imposer par le vote dans les deux chambres : assemblée nationale et le sénat ; évidemment les français n’y ont vu que du feu.

En pleine campagne électorale, cet ancien ministre de l’Intérieur devenu Président de la France n’a pas hésité à affirmer son admiration pour le coup d’État de 1992 en Algérie. Jeudi 12 avril, au micro d’Europe 1, il félicitait les putchistes algériens : « l’Algérie avait été très courageuse au début des années 90 en interrompant le processus démocratique », affirmait-il. C’est donc normal et dans la suite logique des choses, Sarkozy a un réel penchant pour les putschistes. Il leur voue une terrible admiration et il le prouve en Lybie et en Côte d’Ivoire.

Cette phrase décrit parfaitement le genre de démocrates que tu es majesté. Diantre quelle démocratie ? Les affaires d’abord, Bolloré par ci par là, ton empire se frotte les mains dès qu’un petit puits de pétrole est découvert en Afrique, dès qu’une petite mine devient exploitable, dès qu’un programme d’ajustement structurel devient possible pour liquider les masses laborieuses d’un pays et martyriser les travailleurs.

Empereur, de la Côte d’Ivoire au Bénin, tu es attendu avec ta force licorne au Burkina Faso, au Tchad, au Gabon ou alors ce sont pour toi les meilleurs modèles. Sache que pour leurs peuples, ils ne le sont pas.

aymard

Comprendre la guerre en Libye (2/3)

Quels sont les véritables objectifs des Etats-Unis ? A ce stade de notre réflexion, plusieurs indices permettent déjà d’écarter définitivement la thèse de la guerre humanitaire ou de la réaction impulsive face aux événements. Si Washington et Paris ont délibérément refusé toute négociation, s’ils ont « travaillé » depuis un bon moment l’opposition libyenne et préparé des scénarios détaillés d’intervention, si les porte-avions se tenaient depuis longtemps prêts à intervenir (comme l’a confirmé l’amiral Gary Roughead, chef de l’US Navy : « Nos forces étaient déjà positionnées contre la Libye », Washington, 23 mars), c’est forcément que cette guerre n’a pas été décidée au dernier moment en réaction à des événements soudains, mais qu’elle avait été planifiée. Parce qu’elle poursuit des objectifs majeurs qui dépassent largement la personne de Kadhafi. Lesquels ?

Pour lire la partie 1

Comprendre la guerre en Libye (1/3)

Les objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole

Dans cette guerre contre la Libye, Washington poursuit plusieurs objectifs simultanément : 1. Contrôler le pétrole. 2. Sécuriser Israël. 3. Empêcher la libération du monde arabe. 4. Empêcher l’unité africaine. 5. Installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique.

Ça fait beaucoup d’objectifs ? Oui. Tout comme lors des guerres précédentes : Irak, Yougoslavie, Afghanistan. En effet, une guerre de ce type coûte cher et comporte des risques importants pour l’image des Etats-Unis, surtout quand ils ne parviennent pas à gagner. Si Obama déclenche une telle guerre, c’est qu’il en attend des gains très importants.

Objectif n° 1 : Contrôler l’ensemble du pétrole

Certains disent que cette fois, ce n’est pas une guerre du pétrole, car les quantités libyennes seraient marginales dans la production mondiale et que, de toute façon, Kadhafi vendait déjà son pétrole aux Européens. Mais ils ne comprennent pas en quoi consiste la « guerre mondiale du pétrole »…

Avec l’aggravation de la crise générale du capitalisme, les grandes puissances économiques se livrent une compétition de plus en plus acharnée. Les places sont chères dans ce jeu de chaises musicales. Pour garantir une chaise à ses multinationales, chaque puissance doit se battre sur tous les fronts : conquérir des marchés, conquérir des zones de main d’œuvre profitable, obtenir de gros contrats publics et privés, s’assurer des monopoles commerciaux, contrôler des Etats qui lui accorderont des avantages… Et surtout, s’assurer la domination sur des matières premières convoitées. Et avant tout, le pétrole.

En 2000, analysant les guerres à venir dans notre livre Monopoly, nous écrivions : « Qui veut diriger le monde, doit contrôler le pétrole. Tout le pétrole. Où qu’il soit. ». Si vous êtes une grande puissance, il ne vous suffit pas d’assurer votre propre approvisionnement en pétrole. Vous voudrez plus, vous voudrez le maximum. Non seulement pour les énormes profits, mais surtout parce qu’en vous assurant un monopole, vous serez à même d’en priver vos rivaux trop gênants ou de les soumettre à vos conditions. Vous détiendrez l’arme absolue. Chantage ? Oui.

Depuis 1945, les Etats-Unis ont tout fait pour s’assurer ce monopole sur le pétrole. Un pays rival comme le Japon dépendait par exemple à 95% des USA pour son approvisionnement en énergie. De quoi garantir son obéissance. Mais les rapports de force changent, le monde devient multipolaire et les Etats-Unis font face à la montée de la Chine, à la remontée de la Russie, à l’émergence du Brésil et d’autres pays du Sud. Le monopole devient de plus en plus difficile à maintenir.

Le pétrole libyen, c’est seulement 1% ou 2% de la production mondiale ? D’accord, mais il est de la meilleure qualité, d’extraction facile et donc très rentable. Et surtout il est situé tout près de l’Italie, de la France et de l’Allemagne. Importer du pétrole du Moyen-Orient, d’Afrique noire ou d’Amérique latine se ferait à un coût bien supérieur. Il y a donc bel et bien bataille pour l’or noir libyen. D’autant plus pour un pays comme la France, la plus engagée dans un programme nucléaire devenu bien hasardeux.

Dans ce contexte, il faut rappeler deux faits. 1. Kadhafi désirait porter la participation de l’Etat libyen dans le pétrole de 30% à 51%. 2. Le 2 mars dernier, Kadhafi s’était plaint que la production pétrolière de son pays était au plus bas. Il avait menacé de remplacer les firmes occidentales ayant quitté la Libye par des sociétés chinoises, russes et indiennes. Est-ce une coïncidence ? Chaque fois qu’un pays africain commence à se tourner vers la Chine, il lui arrive des problèmes.

Voici un autre indice : Ali Zeidan, l’homme qui a lancé le chiffre de « six mille morts civils », qui auraient été victimes des bombardements de Kadhafi, cet homme est aussi le porte-parole du fameux CNT, le gouvernement d’opposition, reconnu par la France. Eh bien, à ce titre, Ali Zeidan a déclaré que « les contrats signés seront respectés », mais que le futur pouvoir « prendra en considération les nations qui nous ont aidés » ! C’est donc bien une nouvelle guerre du pétrole. Mais elle ne se déroule pas seulement contre la Libye…

Pourquoi ces rivalités USA – France – Allemagne ?

Si la guerre contre la Libye est juste humanitaire, on ne comprend pas pourquoi ceux qui la mènent se disputent entre eux. Pourquoi Sarkozy s’est-il précipité pour être le premier à bombarder ? Pourquoi s’est-il fâché lorsque l’Otan a voulu prendre le contrôle des opérations ? Son argument « L’Otan est impopulaire dans les pays arabes » ne tient pas debout. Comme si lui, Sarkozy, y était tellement populaire après avoir à ce point protégé Israël et Ben Ali !

Pourquoi l’Allemagne et l’Italie ont-elles été si réticentes face à cette guerre ? Pourquoi le ministre italien Frattini a-t-il d’abord déclaré qu’il fallait « défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Libye » et que « l’Europe ne devrait pas exporter la démocratie en Libye »[1] ? Simples divergences sur l’efficacité humanitaire ? Non, il s’agit là aussi d’intérêts économiques. Dans une Europe confrontée à la crise, les rivalités sont de plus en plus fortes aussi. Il y a quelques mois encore, on défilait à Tripoli pour embrasser Kadhafi et empocher les gros contrats libyens. Ceux qui les avaient obtenus, n’avaient pas intérêt à le renverser. Ceux qui ne les avaient pas obtenus, y ont intérêt.

Qui était le premier client du pétrole libyen ? L’Italie. Qui était le deuxième ? L’Allemagne. Continuons avec les investissements et les exportations des puissances européennes… Qui avait obtenu le plus de contrats en Libye ? L’Italie. Numéro deux ? L’Allemagne.

C’est la firme allemande BASF qui était devenue le principal producteur de pétrole en Libye avec un investissement de deux milliards d’euros. C’est la firme allemande DEA, filiale du géant de l’eau RWE, qui a obtenu plus de quarante mille kilomètres carrés de gisements de pétrole et de gaz. C’est la firme allemande Siemens qui a joué le rôle majeur dans les énormes investissements du gigantesque projet « Great Man Made River » : le plus grand projet d’irrigation au monde, un réseau de pipelines pour amener l’eau depuis la nappe aquifère de la Nubie jusqu’au désert du Sahara. Plus de 1.300 puits, souvent à plus de cinq cents mètres de profondeur qui, une fois tous les travaux terminés, fourniront chaque jour 6,5 millions de mètres cubes d’eau à Tripoli, Benghazi, Syrte et d’autres villes. [2] 25 milliards de dollars qui ont attiré quelques convoitises ! De plus, avec ses pétrodollars, la Libye avait aussi engagé un très ambitieux programme pour renouveler ses infrastructures, construire des écoles et des hôpitaux et pour industrialiser le pays.

Profitant de sa puissance économique, l’Allemagne a noué des partenariats économiques privilégiés avec la Libye, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe arabique. Elle n’a donc aucune envie d’abîmer son image dans le monde arabe. Quant à l’Italie, il faut rappeler qu’elle colonisa la Libye avec une brutalité inouïe en s’appuyant sur les tribus de l’ouest contre celles de l’est. Aujourd’hui, à travers Berlusconi, les sociétés italiennes ont obtenu quelques beaux contrats. Elles ont donc beaucoup à perdre. Par contre, la France et l’Angleterre qui n’ont pas obtenu les plus beaux morceaux du gâteau, sont à l’offensive pour obtenir le repartage de ce gâteau. Et la guerre en Libye est tout simplement le prolongement de la bataille économique par d’autres moyens. Le monde capitaliste n’est vraiment pas beau.

La rivalité économique se transpose sur le plan militaire. Dans une Europe en crise et dominée par une Allemagne ultraperformante (grâce notamment à sa politique de bas salaires), la France rompt ses alliances et se tourne à présent vers la Grande-Bretagne pour tenter de rééquilibrer la situation. Paris et Londres ont davantage de moyens militaires que Berlin, et tentent de jouer cette carte pour contrer leur faiblesse économique.

Objectif n° 2 : Sécuriser Israël

Au Moyen-Orient, tout est lié. Comme Noam Chomsky nous l’a expliqué dans un entretien [3] : « A partir de 1967, le gouvernement US a considéré Israël comme un investissement stratégique. C’était un des commissariats de quartier chargés de protéger les dictatures arabes productrices de pétrole. ». Israël, c’est le flic du Moyen-Orient.

Seulement, le problème nouveau pour Washington, c’est que les nombreux crimes commis par Israël (Liban, Gaza, flotille humanitaire…) l’isolent de plus en plus. Les peuples arabes réclament la fin de ce colonialisme. Du coup, c’est le « flic » qui a besoin d’être protégé. Israël ne peut survivre sans un entourage de dictatures arabes ne tenant aucun compte de la volonté de leurs peuples d’être solidaires des Palestiniens. C’est pourquoi Washington a protégé Moubarak et Ben Ali, et protégera les autres dictateurs.

Les Etats-Unis craignent de « perdre » la Tunisie et l’Egypte dans les années à venir. Ce qui changerait les rapports de force dans la région. Après la guerre contre l’Irak en 2003, qui était aussi un avertissement et une intimidation envers tous les autres dirigeants arabes, Kadhafi avait senti la menace. Il avait donc multiplié les concessions, parfois exagérées, aux puissances occidentales et à leur néolibéralisme. Ce qui l’avait affaiblie sur le plan intérieur des résistances sociales. Quand on cède au FMI, on fait du tort à sa population. Mais si demain la Tunisie et l’Egypte virent à gauche, Kadhafi pourra sans doute revenir sur ces concessions.

Un axe de résistance Le Caire – Tripoli – Tunis, tenant tête aux Etats-Unis et décidé à faire plier Israël serait un cauchemar pour Washington. Faire tomber Kadhafi, c’est donc de la prévention.

Objectif n° 3 : Empêcher la libération du monde arabe

Qui règne aujourd’hui sur l’ensemble du monde arabe, son économie, ses ressources et son pétrole ? Pas les peuples arabes, on le sait. Mais pas non plus les dictateurs en place. Certes, ils occupent le devant de la scène, mais les véritables maîtres sont dans les coulisses.

Ce sont les multinationales US et européennes qui décident ce qu’on va produire ou non dans ces pays, quels salaires on paiera, à qui profiteront les revenus du pétrole et quels dirigeants on y imposera. Ce sont les multinationales qui enrichissent leurs actionnaires sur le dos des populations arabes.

Imposer des tyrans à l’ensemble du monde arabe a des conséquences très graves : le pétrole, mais aussi les autres ressources naturelles servent seulement aux profits des multinationales, pas à diversifier l’économie locale et à créer des emplois. En outre, les multinationales imposent des bas salaires dans le tourisme, les petites industries et les services en sous-traitance.

Du coup, ces économies restent dépendantes, déséquilibrées et elles ne répondent pas aux besoins des peuples. Dans les années à venir, le chômage va encore s’aggraver. Car 35% des Arabes ont moins de quinze ans. Les dictateurs sont des employés des multinationales, chargés d’assurer leurs profits et de briser la contestation. Les dictateurs ont pour rôle d’empêcher la Justice sociale.

Trois cent millions d’Arabes répartis en vingt pays, mais se considérant à juste titre comme une seule nation, se trouvent donc placés face à un choix décisif : accepter le maintien de ce colonialisme ou devenir indépendants en empruntant une voie nouvelle ? Tout autour, le monde est en plein bouleversement : la Chine, le Brésil et d’autres pays s’émancipent politiquement, ce qui leur permet de progresser économiquement. Le monde arabe demeurera-t-il en arrière ? Restera-t-il une dépendance des Etats-Unis et de l’Europe, une arme que ceux-ci utilisent contre les autres nations dans la grande bataille économique et politique internationale ? Ou bien l’heure de la libération va-t-elle enfin sonner ?

Cette idée terrorise les stratèges de Washington. Si le monde arabe et le pétrole leur échappent, c’en est fini de leur domination sur la planète. Car les Etats-Unis, puissance en déclin économique et politique, sont de plus en plus contestés : par l’Allemagne, par la Russie, par l’Amérique latine et par la Chine. En outre, de nombreux pays du Sud aspirent à développer les relations Sud – Sud, plus avantageuses que la dépendance envers les Etats-Unis.

Ceux-ci ont de plus en plus de mal à se maintenir comme la plus grande puissance mondiale, capable de piller des nations entières et capable de porter la guerre partout où ils le décident. Répétons-le : si demain le monde arabe s’unit et se libère, si les Etats-Unis perdent l’arme du pétrole, ils ne seront plus qu’une puissance de second rang dans un monde multipolaire. Mais ce sera un grand progrès pour l’humanité : les relations internationales prendront un nouveau cours, et les peuples du Sud pourront enfin décider de leur propre sort et en finir avec la pauvreté.

Ceux pour qui la démocratie est dangereuse

Les puissances coloniales ou néocoloniales d’hier nous jurent qu’elles ont changé. Après avoir financé, armé, conseillé et protégé Ben Ali, Moubarak et compagnie, voilà que les Etats-Unis, la France et les autres nous inondent de déclarations touchantes. Comme Hillary Clinton : « Nous soutenons l’aspiration des peuples arabes à la démocratie. »

C’est un mensonge total. Les Etats-Unis et leurs alliés ne veulent absolument pas d’une démocratie arabe, ne veulent absolument pas que les Arabes puissent décider sur leur pétrole et leurs autres richesses. Ils ont donc tout fait pour freiner la démocratisation, pour maintenir au pouvoir des responsables de l’ancien régime. Et, quand cela échoue, pour imposer d’autres dirigeants à eux, chargés de démobiliser les résistances populaires. Le pouvoir égyptien vient par exemple de prendre des mesures anti-grèves très brutales.

Expliquer la guerre contre la Libye par cette idée qu’après la Tunisie et l’Egypte, Washington et Paris auraient « compris » et voudraient se donner bonne conscience ou en tout cas redorer leur blason, ce n’est donc qu’une grosse tromperie. En réalité, la politique occidentale dans le monde arabe forme un ensemble qui s’applique sous trois formes diverses : 1. Maintenir des dictatures répressives. 2. Remplacer Moubarak et Ben Ali par des pions sous contrôle. 3. Renverser les gouvernements de Tripoli, Damas et Téhéran pour recoloniser ces pays « perdus ». Trois méthodes, mais un même objectif : maintenir le monde arabe sous domination pour continuer à l’exploiter.

La démocratie est dangereuse quand on représente seulement les intérêts d’une toute petite minorité sociale. Ce qui fait très peur aux Etats-Unis, c’est que le mécontentement social a éclaté dans pratiquement toutes les dictatures arabes… En Irak (et nos médias n’en ont rien dit), de nombreuses grèves ont touché le pétrole, le textile, l’électricité et d’autres secteurs. A Kut, les troupes US ont même encerclé une usine textile en grève. On a manifesté dans seize des dix-huit provinces, toutes communautés confondues, contre ce gouvernement corrompu qui abandonne son peuple dans la misère. A Bahrein, sous la pression de la rue, le roi a fini par promettre une bourse spéciale de 2.650 $ à chaque famille. A Oman, le sultan Qaboos bin Said a remplacé la moitié de son gouvernement et augmenté le salaire minimum de 40%, ordonnant de créer cinquante mille emplois. Même le roi saoudien Fahd a débloqué 36 milliards de dollars pour aider les familles à bas et moyens revenus !

Evidemment, une question surgit de suite chez tous les gens simples : mais s’ils avaient tout cet argent, pourquoi le gardaient-ils dans leurs coffres ? La question suivante étant : combien d’autres milliards ont-ils volé à leurs peuples avec la complicité des Etats-Unis ? Et la dernière : comment mettre fin à ce vol ?

« Révolutions Facebook », grand complot US ou vraies révolutions ?

Une interprétation erronée s’est répandue sur Internet : les révolutions arabes auraient été déclenchées et manipulées par les Etats-Unis. Ils en auraient tiré les ficelles pour opérer des changements bien contrôlés et pouvoir attaquer la Libye, la Syrie, l’Iran. Tout aurait été « fabriqué ». L’argument pour cette thèse : des organismes plus ou moins officiels avaient invité aux USA et formé des « cyberactivistes » arabes qui ont joué un rôle en pointe dans la circulation des infos et qui ont symbolisé une révolution de type nouveau, la « révolution Facebook ».

L’idée de ce grand complot ne tient pas. En réalité, les Etats-Unis ont tout fait pour maintenir aussi longtemps que possible Moubarak, dictateur bien utile. Cependant, ils le savaient en mauvaise santé et « fini ». Dans ce genre de situations, ils préparent évidemment un « Plan B » et même un « Plan C ». Le Plan B consistait à remplacer Moubarak par un de ses adjoints. Mais ça avait peu de chances de marcher, vu la colère profonde du peuple égyptien.

Donc, ils avaient préparé aussi un, voire plusieurs Plan C, comme ils le font d’ailleurs dans pratiquement tous les pays qu’ils veulent contrôler. Ca consiste en quoi ? Ils achètent à l’avance quelques opposants et intellectuels – que ceux-ci s’en rendent compte ou non – et « investissent » donc dans l’avenir. Le jour venu, ils propulsent ces gens sur le devant de la scène. Combien de temps ça marchera, c’est une autre question dès lors que la population est mobilisée et qu’un régime, même relifté, ne peut résoudre les revendications populaires si son but est de maintenir l’exploitation des gens.

Parler de « révolution Facebook » est un mythe qui arrange bien les USA. Autant nous avons signalé depuis longtemps l’importance cruciale des nouvelles méthodes d’info et de mobilisation sur Internet, autant est absurde l’idée que Facebook remplacerait les luttes sociales et les révolutions. Cette idée convient bien aux grands capitalistes (dont Moubarak était le représentant), mais en réalité ce qu’ils craignent par dessus tout, c’est la contestation des travailleurs, car elle met directement en danger leur source de profits.

Le rôle des travailleurs

Facebook est une méthode de lutte, ce n’est pas l’essence de la révolution. Cette présentation veut escamoter le rôle de la classe ouvrière (au sens large), qui serait remplacée par Internet. En réalité, une révolution est une action par laquelle ceux d’en bas donnent leur congé à ceux d’en haut. Avec un changement radical non seulement du personnel politique, mais surtout dans les rapports d’exploitation sociale.

Aïe ! Selon nos grands penseurs officiels, ça fait longtemps qu’on n’aurait plus le droit d’employer le terme « lutte de classe » qui serait dépassé et même un peu obscène. Pas de chance pour vous, le deuxième homme le plus riche du monde, le grand boursier Warren Buffet, a lâché le morceau il y a quelque temps : « D’accord, il y a une lutte de classe en Amérique. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui fait la guerre et nous la gagnons. ». [4] Ça, Monsieur Buffett, il ne faut jamais en jurer avant la fin de la pièce ! Rira bien…

Mais les réalités tunisiennes et égyptiennes confirment la réalité de la lutte des classes, en accord avec Monsieur Buffett… Quand Ben Ali a-t-il fait sa valise ? Le 14 janvier, quand les travailleurs tunisiens étaient engagés dans une grève générale. Quand Moubarak a-t-il quitté son trône ? Lorsqu’une puissante grève des ouvriers égyptiens a paralysé les usines de textile, la poste et même les médias officiels. Explication par Joel Beinin, professeur à l’université de Stanford et ancien directeur à l’université américaine du Caire : « Ces dix dernières années, une vague énorme de protestations sociales avaient touché plus de deux millions de travailleurs dans plus de trois mille grèves, sit-ins et autres formes de protestation. Tel était l’arrière-plan de tout ce soulèvement révolutionnaire des dernières semaines… Mais dans les derniers jours, on a vu des dizaines de milliers de travailleurs lier leurs revendications économiques avec l’exigence d’abolir le régime Moubarak… ». [5]

La révolution arabe ne fait que commencer. Après les premières victoires populaires, la classe dominante, toujours au pouvoir, tente d’apaiser le peuple avec quelques petites concessions. Obama souhaitait que la rue se calme au plus vite et que tout reste comme avant. Cela peut marcher un temps, mais la révolution arabe est en route. Elle peut prendre des années mais sera difficile à arrêter.

Objectif n° 4 : Empêcher l’unité africaine

Continent le plus riche de la planète, avec une profusion de ressources naturelles, l’Afrique est aussi le plus pauvre. 57% vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’1,25 $ par jour.

La clé de ce mystère ? C’est justement que les multinationales ne paient pas ces matières premières, elles les volent. En Afrique, elles pillent les ressources, imposent des bas salaires, des accords commerciaux défavorables et des privatisations nuisibles, elles exercent toutes sortes de pressions et chantages sur des Etats faibles, elles les étranglent par une Dette injuste, elles installent des dictateurs complaisants, elles provoquent des guerres civiles dans les régions convoitées.

L’Afrique est stratégique pour les multinationales, car leur prospérité est basée sur le pillage de ces ressources. Si un prix correct était payé pour l’or, le cuivre, le platine, le coltan, le phosphate, les diamants et les produits agricoles, les multinationales seraient beaucoup moins riches mais les populations locales pourraient échapper à la pauvreté.

Pour les multinationales des Etats-Unis et d’Europe, il est donc vital d’empêcher l’Afrique de s’unir et de s’émanciper. Elle doit rester dépendante. Un exemple, bien exposé par un auteur africain, Jean-Paul Pougala… « L’histoire démarre en 1992 lorsque quarante-cinq pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat.

Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale , le FMI, les USA, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant quatorze ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, sud-africain, nigérian, angolais, algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût dix fois inférieur, un vrai défi.

Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique. (…) C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX. » [6]

Tiens, voilà quelque chose qu’on ne nous avait pas raconté sur le méchant Kadhafi ! Qu’il aidait les Africains à s’émanciper de l’étouffante tutelle des Occidentaux. Y aurait-il encore d’autres non dits de ce genre ?

Kadhafi a défié le FMI et Obama joue les pick-pockets

Oui. En soutenant le développement du « Fonds monétaire africain » (FMA), Kadhafi a commis le crime de défier le Fonds Monétaire International (FMI). On sait que le FMI, contrôlé par les Etats-Unis et l’Europe, et présidé par Dominique Strauss-Kahn, exerce un véritable chantage sur les pays en développement. Il leur prête seulement à condition que ces pays acceptent de se défaire de leurs entreprises au profit des multinationales, de passer des commandes inintéressantes ou de réduire leurs budgets santé et éducation. Bref, ce banquier FMI est très nuisible.

Eh bien, de même que les Latinos ont lancé leur propre Banco Sur, pour contrer les chantages arrogants du FMI et décider eux-mêmes quels projets vraiment utiles ils veulent financer, voici que le FMA pourrait commencer à offrir une voie plus indépendante aux Africains. Et qui finance le FMA ? L’Algérie a fourni 16 milliards, et la Libye 10 milliards. Soit ensemble 62% de son capital.

Mais, dans la plus grande discrétion médiatique, Obama vient tout simplement de voler trente milliards au peuple libyen. Comment ça s’est passé ? Le 1er mars (bien avant la résolution de l’ONU), il a donné l’ordre au Trésor US de bloquer les dépôts de la Libye aux USA. Puis, le 17 mars, il s’est arrangé pour insérer dans la résolution 1973 de l’ONU une petite phrase autorisant à geler les avoirs de la banque centrale de Libye mais aussi de la compagnie nationale libyenne du pétrole. On sait que Kadhafi a amassé un trésor pétrolier qui lui a permis d’investir dans de grandes sociétés européennes, dans de grands projets de développement africain (et peut-être aussi dans certaines campagnes électorales européennes, mais ceci ne semble pas constituer une forme efficace d’assurance-vie !)…

Bref, la Libye est un pays assez riche (200 milliards de dollars de réserves) qui a attiré les convoitises d’une puissance hyper-endettée : les Etats-Unis. Alors, pour détourner les dizaines de milliards de dollars de la banque nationale libyenne, bref pour faire les poches du peuple libyen, Obama a simplement baptisé tout ça « source potentielle de financement du régime Kadhafi » et le tour était joué. Un vrai pick-pocket.

Malgré tous ses efforts pour amadouer l’Occident en multipliant les concessions au néolibéralisme, Kadhafi inquiétait toujours les dirigeants des Etats-Unis. Un câble de l’ambassade US à Tripoli, datant de novembre 2007, déplore cette résistance : « Ceux qui dominent la direction politique et économique de la Libye poursuivent des politiques de plus en plus nationalistes dans le secteur de l’énergie. » Refuser la privatisation tous azimuts, ça mérite donc des bombardements ? La guerre est bel et bien la continuation de l’économie par d’autres moyens.

Objectif n° 5 : Installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique

Au départ, l’Otan était censée protéger l’Europe contre la « menace militaire soviétique ». Donc, une fois l’URSS disparue, l’Otan aurait dû disparaître aussi. Mais ce fut tout le contraire…

Après avoir bombardé en Bosnie en 1995, Javier Solana, secrétaire-général de l’Otan, déclarait : « L’expérience acquise en Bosnie pourra servir de modèle pour nos opérations futures de l’Otan ». A l’époque, j’avais donc écrit : « L’Otan réclame en fait une zone d’action illimitée. La Yougoslavie a été un laboratoire pour préparer de prochaines guerres. Où auront-elles lieu ? ». [7] Et je proposais cette réponse : « Axe n° 1 : Europe de l’Est. Axe n° 2 : Méditerranée et Moyen-Orient. Axe n° 3 : le tiers monde en général. » Nous y sommes, c’est ce programme qui se réalise aujourd’hui.

Dès 1999, l’Otan bombardait la Yougoslavie. Une guerre pour soumettre ce pays au néolibéralisme, ainsi que nous l’avons vu. Etudiant les analyses des stratèges US, je soulignai alors cette phrase de l’un d’eux, Stephen Blank : « Les missions de l’Otan seront de plus en plus ‘out of area’ (hors de sa zone de défense). Sa fonction principale deviendrait donc d’être le véhicule de l’intégration de régions toujours plus nombreuses dans la communauté occidentale économique, de sécurité, politique et culturelle. » [8]

Soumettre des régions toujours plus nombreuses à l’Occident ! J’écrivis alors : « L’Otan est l’armée au service de la globalisation, l’armée des multinationales. Pas à pas, l’Otan se transforme bel et bien en gendarme du monde. » [9]. Et j’indiquais les prochaines cibles probables de l’Otan : Afghanistan, Caucase, retour en Irak… Pour commencer.

Aujourd’hui que tout cela s’est effectivement réalisé, certains me demandent : « Vous aviez une boule de cristal ? ». Pas besoin de boule de cristal, il suffit d’étudier les documents du Pentagone et des grands bureaux de stratégie US, qui ne sont même pas secrets, et de saisir leur logique.

Et cette logique de l’Empire est en fait très simple : 1. Le monde est une source de profits. 2. Pour gagner la guerre économique, il faut être la superpuissance dominante. 3. Pour ça, il faut contrôler les matières premières, les régions et les routes stratégiques. 4. Toute résistance à ce contrôle doit être brisée : par la corruption, le chantage ou la guerre, peu importent les moyens. 5. Pour rester la superpuissance dominante, il faut absolument empêcher les rivaux de s’allier contre le maître.

Expansion de l’Otan : sur trois continents déjà !

Pour défendre ces intérêts économiques et devenir le gendarme du monde, les dirigeants de l’Otan sèment la panique : « Notre monde sophistiqué, industrialisé et complexe a été assailli par bon nombre de menaces mortelles : changement climatique, sécheresse, famine, cybersécurité, question énergétique » [10], Ainsi, des problèmes non militaires, mais sociaux et environnementaux sont utilisés comme prétextes pour augmenter les armements et les interventions militaires.

Le but de l’Otan est en fait de se substituer à l’ONU. Cette militarisation du monde rend notre avenir de plus en plus dangereux. Et cela a bien sûr un coût terrible : les Etats-Unis prévoient pour 2011 un budget militaire record de 708 milliards. Soit 2.320 dollars par habitant ! Deux fois plus qu’aux débuts de Bush. De plus, le ministre US de la Guerre, Robert Gates, ne cesse de pousser les Européens à dépenser plus : « La démilitarisation de l’Europe constitue un obstacle à la sécurité et à une paix durable au 21ème siècle. » [11]Les pays européens ont dû s’engager envers Washington à ne pas diminuer leurs dépenses militaires. Tout profit pour les firmes d’armement.

L’expansion mondiale de l’Otan n’a rien à voir avec Kadhafi, Saddam Hussein ou Milosevic. Il s’agit d’un plan global pour maintenir la domination sur la planète et ses richesses, pour maintenir les privilèges des multinationales, pour empêcher les peuples de choisir leur propre voie. L’Otan a protégé Ben Ali, Moubarak et les tyrans d’Arabie saoudite, l’Otan protégera ceux qui vont leur succéder, l’Otan brisera seulement ceux qui résistent à l’Empire.

Pour devenir gendarme du monde, l’Otan avance en effet pas à pas. Une guerre en Europe contre la Yougoslavie, une guerre en Asie contre l’Afghanistan et à présent, une guerre en Afrique contre la Libye. Déjà trois continents ! Elle avait bien été tentée d’intervenir aussi en Amérique latine en organisant des manœuvres contre le Venezuela il y a deux ans. Mais là, c’était trop risqué, car l’Amérique latine est de plus en plus unie et refuse les « gendarmes » des USA.

Pourquoi Washington veut-elle absolument installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique ? A cause des nouveaux rapports de forces mondiaux, analysés plus haut : Etats-Unis en déclin, contestés : par l’Allemagne, la Russie, l’Amérique latine et la Chine, et même par des pays petits et moyens du tiers monde.

Pourquoi ne parle-t-on pas d’Africom ?

Ce qui inquiète le plus Washington, c’est la puissance croissante de la Chine. Proposant des relations plus égalitaires aux pays asiatiques, africains et latino-américains, achetant les matières premières à meilleur prix et sans chantage colonial, proposant des crédits plus intéressants, réalisant des travaux d’infrastructure utiles au développement, la Chine leur offre une alternative à la dépendance envers Washington, Londres ou Paris. Alors, que faire pour contrer la Chine ?

Le problème, c’est qu’une puissance en déclin économique a moins de moyens de pression financière même sur les pays africains, les Etats-Unis ont donc décidé d’utiliser leur meilleure carte : la carte militaire. Il faut savoir que leurs dépenses militaires dépassent celles de tous les autres pays du globe réunis. Depuis plusieurs années, ils avancent peu à peu leurs pions sur le continent africain. Le 1er octobre 2008, ils ont installé « Africom » (Africa Command). Tout le continent africain (à l’exception de l’Egypte) a été placé sous un seul commandement US unifié regroupant l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force, les Marines et les « opérations spéciales » (débarquements, coups d’Etat, actions clandestines…). L’idée étant de répéter ensuite le mécanisme avec l’Otan pour appuyer les forces US.

Washington, voyant des terroristes partout, en a trouvé en Afrique aussi. Comme par hasard aux alentours du pétrole nigérian et d’autres ressources naturelles convoitées. Donc, si vous voulez savoir où se dérouleront les prochains épisodes de la fameuse « guerre contre le terrorisme », cherchez sur la carte le pétrole, l’uranium et le coltan, et vous aurez trouvé. Et comme l’Islam est répandu dans de nombreux pays africains, dont le Nigéria, vous avez déjà le prochain scénario…

Objectif réel d’Africom : « stabiliser » la dépendance de l’Afrique, l’empêcher de s’émanciper, l’empêcher de devenir un acteur dépendant qui pourrait s’allier à la Chine et à l’Amérique latine. Africom constitue une arme essentielle dans les plans de domination mondiale des Etats-Unis. Ceux-ci veulent pouvoir s’appuyer sur une Afrique et des matières premières sous contrôle exclusif dans la grande bataille qui s’est déclenchée pour le contrôle de l’Asie et pour le contrôle de ses routes maritimes. En effet, l’Asie est le continent où se joue d’ores et déjà la bataille économique décisive du 21ème siècle. Mais c’est un gros morceau avec une Chine très forte et un front d’économies émergentes qui ont intérêt à former un bloc. Washington veut dès lors contrôler entièrement l’Afrique et fermer la porte aux Chinois.

La guerre contre la Libye est donc une première étape pour imposer Africom à tout le continent africain. Elle ouvre une ère non de pacification du monde, mais de nouvelles guerres. En Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi tout autour de l’Océan indien, entre l’Afrique et la Chine.

Pourquoi l’Océan indien ? Parce que si vous regardez une carte, vous voyez que c’est la porte de la Chine et de l’Asie toute entière. Donc, pour contrôler cet océan, Washington cherche à maîtriser plusieurs zones stratégiques : 1. Le Moyen-Orient et le Golfe persique, d’où sa nervosité à propos de pays comme l’Arabie saoudite, le Yemen, Bahrein et l’Iran. 2. La Corne de l’Afrique, d’où son agressivité envers la Somalie et l’Erythrée. Nous reviendrons sur ces géostratégies dans le livre Comprendre le monde musulman – Entretiens avec Mohamed Hassan que nous préparons pour bientôt.

Le grand crime de Kadhafi

Revenons à la Libye. Dans le cadre de la bataille pour contrôler le continent noir, l’Afrique du Nord est un objectif majeur. En développant une dizaine de bases militaires en Tunisie, au Maroc et en Algérie ainsi que dans d’autres nations africaines, Washington s’ouvrirait la voie pour établir un réseau complet de bases militaires couvrant l’ensemble du continent.

Mais le projet Africom a rencontré une sérieuse résistance des pays africains. De façon hautement symbolique, aucun n’a accepté d’accueillir sur son territoire le siège central d’Africom. Et Washington a dû maintenir ce siège à… Stuttgart en Allemagne, ce qui était fort humiliant. Dans cette perspective, la guerre pour renverser Kadhafi est au fond un avertissement très clair aux chefs d’Etat africains qui seraient tentés de suivre une voie trop indépendante.

Le voilà, le grand crime de Kadhafi : la Libye n’avait accepté aucun lien avec Africom ou avec l’Otan. Dans le passé, les Etats-Unis possédaient une importante base militaire en Libye. Mais Kadhafi la ferma en 1969. C’est évident, la guerre actuelle a notamment pour but de réoccuper la Libye. Ce serait un avant-poste stratégique permettant d’intervenir militairement en Egypte si celle-ci échappait au contrôle des Etats-Unis.

Quelles sont les prochaines cibles en Afrique ?

La question suivante sera donc : après la Libye, à qui le tour ? Quels autres pays africains pourraient être attaqués par les Etats-Unis ? C’est simple. Sachant que la Yougoslavie avait aussi été attaquée parce qu’elle refusait de rentrer dans l’Otan, il suffit de regarder la liste des pays n’ayant pas accepté de s’intégrer dans Africom, sous le commandement militaire des Etats-Unis. Il y en a cinq : Libye, Soudan, Côte d’Ivoire, Zimbabwe, Erythrée. Voilà les prochaines cibles.

Le Soudan a été scindé et placé sous la pression de sanctions internationales. Le Zimbabwe est sous sanctions également. La Côte d’Ivoire s’est vu imposer une guerre civile fomentée par l’Occident. L’Erythrée s’est vu imposer une guerre terrible par l’Ethiopie, agent des USA dans la région, elle est sous sanctions également.

Tous ces pays ont été ou vont être l’objet de campagnes de propagande et de désinformation. Qu’ils soient dirigés ou non par des dirigeants vertueux et démocratiques n’a rien à voir. L’Erythrée tente une expérience de développement économique et sociale autonome en refusant les « aides » que voudraient lui imposer la Banque mondiale et le FMI contrôlés par Washington. Ce petit pays remporte de premiers succès dans son développement, mais il est sous menace internationale. D’autres pays, s’ils « tournent mal », sont également dans le collimateur des Etats-Unis. L’Algérie particulièrement. En fait, il ne fait pas bon suivre sa propre voie…

Et pour ceux qui croiraient encore que tout ceci relève d’une « théorie du complot », que les USA ne programment pas tant de guerres mais improvisent en réagissant à l’actualité, rappelons ce qu’avait déclaré en 2007 l’ex-général Wesley Clark (commandant suprême des forces de l’Otan en Europe entre 1997 et 2001, qui dirigea les bombardements sur la Yougoslavie) : « En 2001, au Pentagone, un général m’ a dit : ‘Je viens de recevoir un mémo confidentiel (‘classified’) du secrétaire à la Défense : nous allons prendre sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, ensuite la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et pour finir l’Iran’. » [12] Des rêves à la réalité, il y a une marge, mais les plans sont là. Juste retardés.

Michel Collon

www.michelcollon.info

Dédicace du discours d’adieu du roi Béhanzin à Laurent Gbagbo

C’était en 1894 (le 20 janvier), le roi Gbehanzin (Kondo le requin), un autre résistant  contre l’impérialisme français faisait ses adieux à ses compagnons d’armes avant de se rendre au Général français Dodds.  Il prononça ce fameux discours pour rendre hommage à ses soldats et aux amazones qui, avec leurs maigres ressources militaires ont défendu vaillamment le royaume de Danhomè. Je te le dédie Laurent Gbagbo et  à tous les Africains épris de liberté et de dignité qui ont lutté à tes côtés et continuent de lutter dans leurs cœurs.

« Compagnons d’infortune, derniers amis fidèles, vous savez dans quelles circonstances, lorsque les Français vinrent conquérir la terre de nos aïeux, nous avons décidé de lutter.
Nos combattants s’étaient levés par milliers pour défendre le Danhomé et son Roi.
Avec fierté, l’on reconnaissait en eux la même bravoure qu’avaient manifestée les guerriers d’Agadja, de Tégbessou, de Guézo et de Glélé.

Dans toutes les batailles, j’étais à leurs côtés et nous avions la certitude de marcher à la victoire.
Cependant, malgré la justesse de notre cause et leur vaillance, nos troupes compactes furent décimées. Et maintenant, ma voix éplorée n’éveille plus d’écho.

Où sont-elles, les ardentes amazones qu’enflammait une sainte colère ?

Où leurs chefs indomptables, Goundmé, Yéwê, Kétungan ?

Où sont mes valeureux compagnons d’armes ? Où, leurs robustes capitaines : Godogbé, Chachabloukou, Godjila ?

Qui chantera leur héroïque sacrifice ? Qui dira leur générosité ?

Hardis guerriers de votre sang vous avez scellé le pacte de la suprême fidélité.

Oserais-je me présenter devant vous si je signais le papier du Général [François Dodds] ?
Je ne veux pas qu’aux portes du pays des morts le douanier trouve des souillures à mes pieds. Quand je vous reverrai, je veux que mon ventre s’ouvre à la joie.

C’est pourquoi, à mon destin je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai. Car la plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l’homme resté seul, qui continue de lutter dans son cœur.

A présent qui suis-je pour que ma disparition soit une lacune sur terre ? Advienne de moi ce qu’il plaira à Dieu !

Partez, vous aussi, derniers amis vivants. Rejoignez Abomey où les nouveaux maîtres promettent douce alliance, vie sauve et, paraît-il, la liberté. Là-bas, on prétend que les Blancs vous seront favorables comme la pluie qui drape les flamboyants de velours rouge ou le soleil qui dore la barbe soyeuse des épis.

Compagnons disparus, héros inconnus d’une tragique épopée, voici l’offrande du souvenir, un peu d’huile, un peu de farine et du sang de taureau. Voici le pacte renouvelé avant le grand départ.

Adieu soldats, adieu !

Guédébé…reste debout, comme moi, comme un homme libre. Puisque le sang des soldats tués garantit la résurrection du Danhomè, il ne faut plus que coule le sang. Les ancêtres n’ont plus que faire de nos sacrifices. Ils goûteront mieux le pur hommage de ces cœurs fidèles unis pour la grandeur de la patrie.

C’est pour quoi j’accepte de m’engager dans la longue nuit de la patience où germent des clartés d’aurore.

Guédébé, comme le messager de la paix, va à Ghoho où campe le général Dodds.
Va dire au conquérant qu’il n’a pas harponné le requin.

Va lui dire que demain, dès la venue du jour, de mon plein gré, je me rends au village de Yégo.
Va lui dire que j’accepte, pour la survie de mon peuple, de rencontrer dans son pays, selon sa promesse, le président des Français

Fin du discours

Gbagbo je te laisse cette dernière phrase du roi Béhanzin : « Le Requin  se rend. Mais, les fils du Dahomey ne trahiront pas ».

Exactions commises contre les pro-Gbagbo Alassane Ouattara ne maitrise-t-il pas ses troupes ?

Selon les propos de Salvator Saguès, chercheur à Amnesty International pour la Côte d’Ivoire, rapportés le 13 avril par Rfi, relativement aux tueries perpétrées par les hommes d’Alassane Ouattara,  « Sur le terrain, le président Ouattara n’est pas écouté et en tant que chef de l’Etat actuel il doit se faire obéir ». Voilà une façon de dire que cet homme est blanc comme neige et qu’il n’a rien à voir avec les exactions sommaires menées par ses hommes depuis que la France a enlevé Laurent Gbagbo. Mais si l’on admet que les hommes proches de Ouattara tuent, sans son consentement ou contrairement à ses mots d’ordre, pourquoi alors croit-on dur comme fer, que les exactions qui auraient été commises par des proches de Gbagbo, l’ont été sur son ordre et qu’il est responsable ? Depuis 2002, Alassane Ouattara a élevé une rébellion dont la face visible est Soro Guillaume qui est actuellement son Premier ministre. Cette rébellion a tué de nombreuses personnes et commis de graves violations des droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Mais la communauté internationale passe sous silence ces crimes et les organisations humanitaires donnent d’Alassane l’image d’un homme aux mains propres. Ouattara connait bien ses troupes et leur mentalité.

Les observateurs qui suivent son parcours politique depuis des années, savent que Ouattara a toujours réglé ses problèmes par la violence. Tuer ne lui donne pas l’effroi. Il est donc incorrect d’affirmer aujourd’hui qu’il ne maitrise pas ses troupes. Ce serait une falsification de l’histoire.

Fousseni Koné

Source : Le Temps

Légende: Sur ces images, moisson macabre des exécutions des hommes de Ouattara à Duékoué

Liberté de la presse en danger en Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara veut tuer des journalistes pro-Gbagbo

La liberté de la presse est gravement menacée en Côte d’Ivoire. Et ce, du fait d’Alassane Dramane Ouattara qui veut faire taire toute voix discordante dans le traitement de l’information et l’expression des opinions dans le pays. La chasse aux sorcières a commencé. Depuis mercredi 12 avril 2011, une liste de 17 journalistes a été établie à l’Hôtel du Golf. Selon nos sources, il s’agit des journalistes de la radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) et de la presse écrite, qui avaient mené la résistance en faveur du régime du Président Laurent Gbagbo. Après avoir fait arrêter son adversaire Gbagbo, Alassane Ouattara veut tuer tous les journalistes qui avaient dénoncé sa politique. Voulant profiter de l’absence des journaux sur le marché et de l’interruption du signal de la RTI susceptible de révéler au monde ses exactions, il a mis en mission son escadron de la mort pour éliminer, sans que cela ne soit su de la communauté internationale, tous ceux qui pourraient le gêner dans sa politique d’épuration en Côte d’Ivoire. Contrairement aux déclarations de bonnes intentions faites devant les cameras, déclarations selon lesquelles il n’y aura pas de chasse aux sorcières, Alassane Dramane Ouattara est en train de massacrer les Ivoiriens qui l’ont combattu, même démocratiquement, aux côtés de Laurent Gbagbo. Ses hommes, armés, passant de maison en maison, et tirant à bout portant sur des civils soupçonnés d’être patriotes, il est difficile pour les journalistes visés, de trouver un répit. Ces journalistes ne peuvent plus vivre chez eux. Leurs familles sont menacées. Certains d’entre eux en sont à leur troisième ou quatrième emménagement. Et souvent, il faut décamper dans la précipitation, sans bagage. Au lendemain du coup d’Etat qui a fait tomber Laurent Gbagbo, les hommes de Ouattara ont pénétré dans les locaux du quotidien Le Temps, du Temps Hebdo et du magasine Prestige Mag et ont pillé les bureaux. Ordinateurs, télévision écran Plasma, documents, cafetière… ils ont tout emporté. Cette politique de Ouattara était redoutée depuis longtemps. Au cours de la crise postélectorale, un agent du journal Notre Voie, quotidien proche de la Majorité présidentielle de Laurent Gbagbo, a été tué par des partisans de Ouattara. L’émetteur de la RTI a été plus d’une fois saboté et des agents en service sur ce centre, également tués, brûlés par les hommes de Ouattara. Voilà le drame que vivent les journalistes en Côte d’Ivoire. Alors que la politique de Laurent Gbagbo était de discipliner le milieu des journalistes et des métiers de la communication par la loi à travers les organes de régulation, Alassane lui, règle directement ses comptes par la violence et les exécutions sommaires. Et cela se fait sous l’onction de l’ONU et de la France qui ont fait le coup d’Etat et lui ont remis son adversaire Laurent Gbagbo, comme mouton de sacrifice. Les souffrances des Ivoiriens s’intensifient donc. Et il est dommage que les médias français et ceux au service de l’occident, taisent les tueries de Ouattara, homme politique qu’ils présentent même comme un ange. Ses nombreux rebelles, lourdement armés par la France, entrent dans les maisons des gens considérés comme gênants pour Ouattara, et les exécutent.  Est-ce donc cela, la démocratie que prône la France ? Est-ce admissible, en France, que lorsque le pouvoir change de main, le nouvel homme fort tue tous les journalistes non complaisants ? Dans quel pays démocratique au monde, l’opposition journalistique, la liberté de la presse n’existe pas ? La France a ouvert la porte au drame ivoirien. Que l’humanité ouvre les yeux. Sinon elle aura sur la conscience, les tueries ciblées d’Alassane Dramane Ouattara. Comme le génocide du Rwanda. Il faut donc secourir les journalistes ivoiriens, parce que Ouattara va les décimer au cours des deux mois qu’il s’est fixés pour pacifier la Côte d’Ivoire.

Germain Séhoué

Source : Le Temps

Une guerre en Côte d’Ivoire au nom de quelle liberté ?

Analyse

jeudi 14 avril 2011 / par Hervé Lado, pour l’autre afrik

« Les combats ont cessé, c’est pourquoi j’ai demandé à Désiré Tagro de sortir avec un mouchoir blanc. Il est sorti avec un mouchoir blanc, et les gens sont venus me chercher. C’est fini. Voilà. » Laurent Gbagbo à l’hôtel du Golf lundi 11 avril 2011….

C’est bien triste ce à quoi nous assistons. Le scenario de l’enfumage tel un rat, et le spectacle de l’humiliation physique sont poignants, qu’on soit pro-Gbagbo ou pas. Tant de vies humaines, tant de destructions, tout cela au nom de quelle liberté ?

Il fut un temps où Laurent Gbagbo fit honneur à l’Afrique par ses prises de position volontaristes et engagées. Il voulait bâtir son pays, il voulait instituer un système de sécurité sociale pour son pays, il rêvait d’une Côte d’Ivoire et d’une Afrique libres. Quoi de plus légitime pour un leader éclairé ! Mais il aura vraiment manqué de lucidité à un moment crucial. Sous-estimer l’importance de la communauté internationale aura été une approche fatale. Il en est arrivé à se mettre à dos un Jacob Zuma qui est, quelles que soient les raisons de leur brouille, rien de moins que le leader de la première puissance africaine et un ancien résistant comme lui. Un homme d’Etat c’est d’abord un homme de parole qui ne roule pas ses alliés dans la farine. Laurent Gbagbo a été courageux et audacieux, mais il a commis des erreurs que nous n’avons pas le droit de reproduire demain.

Faire de la domination française une fixation en 2011 est une impasse

Une difficulté avec les illustres opposants historiques qu’on voit arriver depuis une décennie à la tête de nos Etats, c’est qu’ils ont tellement souffert des coups bas de la France dans leurs combats antérieurs dans l’opposition qu’une fois au pouvoir, ils poursuivent une logique réactionnaire, et tiennent à régler des comptes avec la France. On suivra de très près Mahmadou Issoufou qui vient de prêter serment au Niger et Alpha Condé en Guinée qui en est à ses premiers mois en Guinée. Faire de l’influence française une fixation est une impasse en 2011 ! En arriver à ne voir comme on l’a observé dans l’opinion pro-Gbagbo que le « diable » ou le « démon » sur un visage français est extrêmement dangereux. Une pincée de fanatisme religieux en rajoute au caractère suicidaire de ce cocktail jusqu’auboutiste, qui finit par investir d’une croisade ou d’une sorte de Djihad pour une prétendue libération du peuple africain. Comme quoi n’est pas Nelson Mandela qui veut, il faut un autre genre de grandeur d’âme pour faire à la fois résistant et homme d’Etat.

Les partisans d’Alassane Ouattara ne sont pas moins patriotes que ceux de Laurent Gbagbo. Ouattara ne « vendra » pas plus la Côte d’Ivoire qu’un autre, et s’il se montre incompétent, au point où les Ivoiriens ne veuillent plus de lui à la tête de l’Etat, ils s’organiseront d’une manière ou d’une autre pour le dégager, et cette même communauté internationale qui l’adoube aujourd’hui se mettra à le haïr fraternellement. Les Africains doivent méditer ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire, et arrêter de maudire « diables », « démons » et autres prétendus « vendus ». La guerre commence par les mots. Dans des moments aussi tourmentés, une virgule mal placée peu incendier tout un village, et dans ces cas on serait tout aussi responsable du sang versé que celui qui aura claqué le briquet. Que n’avons-nous pas lu comme messages haineux sur le net au cours de ces derniers mois ! Et en Afrique nous prétendons vouloir lancer des dynamiques positives en ayant cette conception et cette image négativiste voire nihiliste de l’adversaire ? Quel pitoyable spectacle nous offrons ainsi à ceux de qui on prétend vouloir s’affranchir ! Il y a encore beaucoup de chemin déjà dans les esprits et dans la conception de l’adversité. Quand allons-nous comprendre que le méchant ou le bon se retrouvent dans tous les camps à toutes les époques et sur tous les continents ? Quand allons-nous réaliser que l’enjeu du développement n’a de toute façon jamais été de débusquer le bon et le méchant ? La démocratie et la liberté n’ont jamais eu le sens purement idéalisé que nous tenons à les forcer à assumer. Sortons un peu de l’état d’esprit du nouveau converti, et essayons de nous défaire de ces écrasants préjugés manichéens.

Défendre la démocratie avec réalisme et sens du Bien Commun

Aux Etats-Unis, Al Gore a peut-être remporté les élections en 2000. Etait-il pertinent de poursuivre une lutte contre le camp adverse au moment où un consensus s’était établi autour de la victoire de Georges W. Bush ? Non et Al Gore l’a vite compris. Aujourd’hui ce Nobel de la Paix poursuit un autre combat non moins noble pour la planète. On doit l’apprendre : dans les processus électoraux, cet enchevêtrement d’intérêts et de dynamiques internationales et nationales entre toujours en jeu, même si ailleurs cela peut apparaître sous une forme plus ou moins feutrée. Dans ces Etats-Unis réputés très libres, le choix des dirigeants n’a jamais été une pure expression populaire, c’est d’abord le jeu d’un complexe idéologico-religio-industriel national et international qui modèle les choix initiaux et les propose au peuple, dont une bonne partie est ensuite prise en chasse par toute une série d’outils de manipulation.

Qui a remporté les élections de novembre 2010 en Côte d’Ivoire ? Difficile de répondre avec certitude. La CEI a proclamé des résultats contestés par Laurent Gbagbo et ses partisans. A l’issue d’intenses négociations et médiations avec les protagonistes et les observateurs internationaux, un consensus s’est établi autour de la victoire de l’un. Alors l’autre aurait dû, en homme d’Etat, faire fi des maladresses langagières de certains observateurs et en tirer les leçons qui s’imposaient dans l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire. Tout comme dans la même incertitude, à l’issue du second tour de la Présidentielle de 2008 au Ghana qu’on présente aujourd’hui comme un exemple en Afrique, Nana Akufo-Addo avec 49,77% de voix selon la CEI, a accepté de s’aligner sur le consensus général national et international qui s’est établi autour de la victoire de John Atta Mills, ce qui a permis au Ghana malgré cet écart de voix très contestable de 0,5% de ne pas basculer gratuitement dans la violence. Dans une incertitude tout aussi comparable, Cellou Dalein Diallo fort de ses 43% au premier tour de la Présidentielle en Guinée a pourtant accepté, après la proclamation des résultats par la CEI et dans l’intérêt supérieur de la Guinée, d’accepter à l’issue du second tour le consensus national et international qui s’est établi autour de la victoire avec 52% de l’opposant historique Alpha Condé. Ni le Ghana très convoité actuellement par les puissances pour son pétrole, ni la Guinée historiquement très convoitée pour ses mines de bauxite, ne courent un danger majeur parce que ses leaders ont eu le sens du Bien Commun.

Bâtir des alliances stratégiques solides avant de s’affirmer

Au sujet de la domination française et du combat pour la liberté proprement dits, imaginons que l’enjeu était là et qu’il méritait le jeu. Le camp Ouattara, au-delà de la puissance militaire Onu-Licorne, aura réussi grâce à ses alliances, qui comptent en politique, et qui découlent d’une stratégie pensée. On peut critiquer à tort ou raison telle ou telle alliance, mais où pensons-nous aller sans alliés dans ce monde globalisé ? Nos échecs ont souvent trouvé là leur source principale. Si nous n’arrivons pas à bâtir des alliances solides dans nos combats, ou pire si nous avons le monde entier contre nos positions y compris l’Union Africaine, la CEDEAO et l’UEMOA, alors i) soit nous n’avons pas raison ii) soit nous avons raison mais nous nous y prenons maladroitement iii) soit nous avons raison mais ce n’est pas le moment de passer au bras de fer. Si nous ne restons pas lucide, nous jouons au piéton Afrique qui traverse la rue quand le feu est rouge alors qu’un convoi de voiture venait à vive allure, et ne contribuons ainsi qu’à perpétuer ce désormais insupportable rôle de victime sur la scène internationale. Ils s’empresseront de nous fabriquer comme jolie épitaphe : « Ci-gît la valeureuse Afrique qui traversa la route dans son bon droit, mais qui n’en est pas moins morte que si elle avait eu tort ».

On ne peut pas tendre la main à quelqu’un à la fois pour mendier et pour gifler, ça ne marche que dans les dessins animés. Nous achetons en Europe, nous vendons en Europe, nous empruntons en Europe, nous demandons de l’aide à l’Europe ! Quand allons-nous nous faire confiance mutuellement en Afrique ? Il est enfin temps de procéder autrement : renforcer nos autonomies économiques, financières voire monétaires, densifier nos échanges Sud-Sud, et le reste tombera comme un fruit mûr. Entrer discrètement dans le système international comme un ver dans le fruit, se donner le temps et les moyens de grandir en se nourrissant du fruit, et un jour prendre son envol tel un papillon.

Laurent Gbagbo a raté sa stratégie électorale. Sa résistance faisait douter la communauté internationale tant qu’il avait encore le soutien de l’Afrique du Sud et de l’Angola. Ayant réussi l’exploit de décevoir l’Afrique du Sud, il lui restait une seule chose : négocier sa sortie, puis se redéployer autrement sur un autre théâtre de combat. L’offre d’assurer des enseignements sur l’histoire et la démocratie en Afrique à l’Université de Boston pendant un temps n’était pas mauvaise. Si libérer l’Afrique était son but ultime, il aurait bien pu y construire des alliances utiles à d’autres combats et se donner le temps de convaincre académiquement les Américains de ce qu’il ne pouvait certainement pas leur faire comprendre pendant ces quatre mois de résistance. Il a au contraire jugé préférable de s’engager dans un bras de fer avec la Terre entière alors que la Côte d’Ivoire n’était pas à ce point là en danger. Lui oui, mais certainement pas la Côte d’Ivoire. Il a manqué de lucidité à ce moment précis.

A nos frères Africains scandalisés par ce que nous vivons, prenons-en de la graine. Réveillons-nous, c’est ainsi que fonctionne le monde que nous embrassons désormais ouvertement. Sauf à fermer les frontières, bloquer Internet et museler le peuple, nous devrons nous y faire. On n’est pas moins patriote en négociant, parfois c’est même être très patriote, ce n’est pas là qu’on perd sa dignité. On perd sa dignité en encourageant des tueries, en banalisant des viols, en distribuant des armes à des civils, en endoctrinant la jeunesse d’idéologies haineuses et agressives, en appelant à manifester de la haine contre l’adversaire. La logique de l’affrontement ne marche pas dans toutes les configurations.

L’Afrique peut parfaitement réduire ses dépendances sans perdre la moindre vie humaine

De tous les pays africains francophones, la Côte d’Ivoire avait le pouvoir de négociation le plus élevé vis-à-vis de la France et vis-à-vis de la communauté internationale. Il était et il est encore parfaitement possible de s’en servir pour construire son autonomie et s’affranchir, sans perdre la moindre vie humaine. Encore faut-il se débarrasser de l’illusion d’un fantôme maléfique français omniprésent. Avec ou sans Gbagbo, la domination française sur les pays francophones est sur une tendance déclinante sur tous les plans. Au moins quatre mouvements convergents observés sur le continent et en Côte d’Ivoire au cours des deux dernières décennies rendent toute logique d’affrontement meurtrier déraisonnable : i) l’émergence dans tous les secteurs de champions économiques à capitaux locaux qui concurrencent désormais directement les tout puissants majors français d’hier ii) la perte de compétitivité prix des produits français face aux produits d’origine africaine ou asiatique ou brésilienne, y compris des produits financiers publics d’appui au développement iii) la chute des moyens de l’Etat Français dédiés au soutien à la compétition géostratégique internationale, avec une réorientation stratégique vers les grands pays émergents iv) l’émergence des sociétés civiles nationales africaines alimentées par une classe moyenne de plus en plus nombreuse et qui préfigure pour les prochaines années un dynamisme politique et démocratique inévitable. Et chaque Africain doit y participer en repoussant toujours plus loin les limites historiques du raisonnable mais sans jamais perdre sa lucidité.

Tout porte à penser que ces dynamiques sont irréversibles, avec ou sans Ouattara et avec ou sans Gbagbo pour ce qui est de la Côte d’Ivoire. Elles bousculeront plus ou moins brutalement tous les dictateurs qui n’auront pas changé de logiciel de gouvernance, et on peut parier que d’ici cinq à dix ans tous ceux là seront éjectés des scènes politiques africaines, y compris Alassane Ouattara s’il s’avise d’en devenir un. La France le sait parfaitement et n’a de toute façon plus en 2011 l’ambition ni les moyens de ramer à contre courant. Alors, une guerre en Côte d’Ivoire au nom de la liberté telle qu’elle a été promue et conduite par Laurent Gbagbo aura été un gaspillage de vies humaines et d’énergies, et l’aveu béat d’une incapacité à se saisir d’une manière détachée des outils stratégiques d’analyse et de décision qui font justement la force de ceux qui dominent le monde. L’Afrique en est là.

La Communauté internationale et Alassane Ouattara, en se saisissant de Laurent Gbagbo seraient très mal inspirés de l’humilier davantage et de l’accabler de tous les maux de la Côte d’Ivoire, même si on se doute bien que c’est le vainqueur qui écrira l’histoire officielle. Oublier que Laurent Gbagbo représente malgré tout une partie du peuple ivoirien et qu’un volet de la reconstruction de la nation ivoirienne repose sur son sort serait, là aussi, manquer totalement de lucidité. Au Président Ouattara de montrer en quoi il est un homme d’Etat.

Source: Afrik.com