Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: avril 18, 2011

BENIN : Candidatures des promoteurs de structures de placements aux Législatives – L’immunité parlementaire comme bouclier ?

Alors que la question des spoliés par les structures de placement illégalement installés au Bénin n’est pas définitivement réglée, à la lecture de listes en lice pour les Législatives, on se rend compte que nombre des responsables des structures de placement d’argent sont en compétition. Pour une immunité parlementaire, parviendront-ils à leurs fins ?

Représenter la cause des populations en bon député ou se refugier au Parlement pour jouir de l’immunité parlementaire et échapper à l’épée de Damoclès liée au dossier d’escroquerie qu’est le placement d’argent au Bénin ? C’est là la question qui pour l’heure agite l’esprit de nombre de Béninois au lendemain de la publication par la Céna des listes pour les législatives.

En effet, suite à la banqueroute de ICC-services, structure pionnière du placement d’argent au Bénin, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures aussi bien conservatoires que judiciaires pour couper court à   l’activité financière l’illégale en plein essor dans le pays. Lesquelles mesures ont induit l’arrestation des responsables de ICC-Services et la saisie de tous leurs biens, le gel des comptes de toutes les structures de placement, et une procédure judiciaire intentée contre tous les promoteurs de structures illégales de placement d’argent. Autant donc d’actions qui auront laissé sur leur faim les spoliés qui à ce jour attendent de rentrer en possession de leurs mises.

Le hic, c’est qu’au lendemain de la publication des listes pour les législatives par la commission électorale nationale autonome, nombre de promoteurs de ces structures de placement sont comptés sur les listes. Ce qui amène à se demander à quelle fin déposent-ils leurs candidatures ? Est-ce pour jouer le rôle de défenseurs des causes des populations à la base en participant aux activités de la représentation nationale ou cherchent-ils plutôt refuge au parlement pour bénéficier de l’immunité parlementaire les quatre prochaines années de sorte à échapper au risque d’une arrestation lorsque s’éclatera le dossier qui est pendant devant les juridictions de notre pays?

En prononçant son discours d’investiture à Porto-Novo le 6 avril dernier, le réélu président de la république, le président de la République promettait une fois encore de mettre tout en œuvre pour que le plus tôt possible les spoliés des structures de placement soient remboursés. Alors la question qui se dégage de cette promesse du chef de l’Etat est de savoir de quel moyen usera-t-il pour forcer la main aux autres promoteurs de structures de placement quand on sait que ceux de ICC-Services sont déjà mis en détention et dépouillés de tous les biens ?

Car, on pourrait sans trahir aucun secret affirmer que les autres responsables de structures ne sont aucunement inquiétés, non pas parce qu’ils disposent des ressources nécessaires mais parce que le dossier semble perdre de son caractère d’urgence et tend à devenir uniquement une affaire proprement Icc-services. S’il est vrai que c’est cette dernière structure qui a révélé très tôt son incapacité à faire face à ses engagements vis-à-vis de ses clients, il faudra également reconnaitre que les autres n’en sont pas moins débitrices pour n’avoir pu rembourser leurs clients suite à la procédure de remboursement. Ce qui d’ailleurs a confirmé le caractère redoutable de l’activité. Pour l’heure les promoteurs sont dans la course aux sièges de députés. Les observateurs y voient non seulement une intention d’échapper à la justice mais également une malhonnêteté de ces promoteurs vis-à-vis de leurs clients. Car disent-ils les moyens qui serviront à ces structures dont plus de six responsables d’une seule structure sont candidats pourraient servir à rembourser des centaines de spoliés.

Voilà qui devrait donc remettre de l’eau au moulin de la justice béninoise qui vient d’avoir la preuve que loin de l’incapacité dont font montre ces promoteurs, il s’agit bien d’une mauvaise foi. Ce qui ramène les observateurs à établir une relation avec le cas Vodonou qui estiment que des dispositions doivent être prises afin que les citoyens qui ont des dossiers pendants devant une juridiction ne doivent pas entrer en lice pour les consultations électorales en l’occurrence les législatives qui donnent une part de couverture aux concernés. En attendant d’étudier la faisabilité d’une telle disposition règlementaire ; les spoliés, toujours insatisfaits attendent d’être remboursés. Pendant ce temps leurs débiteurs s’investissent à trouver refuge au parlement.

Vitali Boton

Par Adjinakou

Publicités

Crises africaines : Dissoudre ou défendre l’Union Africaine ?

Faut-il désespérer de l’Union africaine ? Le monde arabe fait sa révolution à partir des rives de la Méditerranée, elle reste muette. La Libye sous les feux de l’OTAN, elle condamne et propose une médiation bancale. La Côte d’Ivoire en crise, la solution africaine n’est jamais arrivée. Le Burkina Faso commence peut-être à égrener la fin de Blaise Compaoré, dans les convulsions  d’une tension naissante, l’UA est prostrée dans le silence.

C’est dans ces circonstances que le diplomate français très peu diplomate, Bernard-Henri Lévy, fait un compte-rendu à la limite avilissant du passage du panel de l’Union à Benghazi, fief des insurgés libyens. Et parle de « délégation pathétique » « jetée dehors » « les pieds au cul » pour avoir proposé une solution « rédigée par Mouammar Kadhafi ». Alors, question : faut-il dissoudre l’UA ? Ou la défendre des diarrhées verbales de pseudo-démocrates cachés sous le manteau néocolonialiste du diplomate ?

Quelle raison nous ont donné ces derniers mois les Chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique de croire en l’utilité de l’organisation panafricaine ? Le temps passe et un profond hiatus se marque de plus en plus entre l’action et le discours de l’institution. Les dernières crises du continent ne sont là que pour en témoigner. Il ne semble pas y avoir la moindre force ni influence de la coercition sur le continent, en dépit des dispositions prises en ce sens par les dirigeants de l’UA. La condamnation systématique des coups d’Etat militaires n’en a en rien découragé la multiplication ces dix dernières années. Au sein même de la délégation en visite à Tripoli, puis Benghazi, un putschiste de luxe : Mohamed Abdel Aziz, ci-devant président de la Mauritanie, adoubé par ses pairs après un scrutin biscornu, quelques mois après son coup d’Etat contre un Président démocratiquement élu, lui. De Tananarive à Nairobi, d’Harare à Alger, de Mbabane à Bissau, les maux du continent sont divers et variés. Et il ne provient de l’Union que peu de solutions acceptables, si elles ne sont pas tout simplement inapplicables.

Le mal, en réalité, réside dans une disposition essentielle de l’acte constitutif de l’Union africaine héritée de la charte de l’OUA : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Ce principe sacro-saint, qui s’étiole pourtant au plan international devant l’apparition et le développement d’autres notions comme le droit d’ingérence humanitaire ou encore la responsabilité de protéger, reste totalement inamovible, inattaquable et intouchable dans le dispositif juridique qui sous-tend chaque action de l’Union africaine. Ajoutée à la question tout autant inaliénable de la souveraineté des Etats, elle vient paralyser, dans une grande mesure les dispositions que l’Union africaine et ses organes principaux auraient pu prendre face à des questions relevant à tout le moins des compétences que leur attribue le même acte constitutif, sur la base des objectifs et buts affirmés par l’organisation. Sans compter, toute langue de bois écartée, avec la mauvaise volonté manifeste de certains chefs d’Etat et de gouvernement dont l’influence plus ou moins importante au sein de l’UA, explique en partie des atermoiements pour le moins préjudiciables à la crédibilité de l’institution.

Ceci dit, il y a quand même un pas qu’il ne faut pas franchir. Que le français Bernard-Henri Levy s’est trop facilement permis de franchir en parlant en des termes pour le moins désobligeants de la visite du panel des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine à Tripoli et Benghazi en quête de la paix. Il n’est un secret pour personne que nombre de Chefs d’Etat africains doivent au Guide libyen d’avoir été reconnus comme tel et maintenus au pouvoir. De là à affirmer que les Présidents africains se sont laissé dicter leurs propositions de sortie de crise par le Colonel Kadhafi… Quand même ! Au surplus, le mépris dans les mots choisis par l’ami de Nicolas Sarkozy pour faire part de la fin de non-recevoir opposée par le Conseil national de Transition libyen au panel africain est patent. J’eus dit en d’autres temps que Jacob Zuma et ses collègues l’ont bien cherché. Envisager aujourd’hui une solution qui inclut un maintien au pouvoir de Mouammar Kadhafi est tout de même susceptible de réprobation. Tout au moins de la part de ceux qui auraient dû être nettoyés comme des « rats » et des « cafards » sans la résolution 1973.

Bernard-Henri Levy et les gens de son acabit, que la situation actuelle du continent africain sort de leur silence, n’ont qu’à se taire. La boucler pour que ceux des Africains qui ont des vérités à dire ne soient pas entendus comme des voix et des suppôts de l’impérialisme et de la recolonisation du continent. Quant à l’Union africaine, nous n’avons qu’elle pour laver nos souillures. Mais, messieurs les Présidents, votre copie est à revoir.

James William GBAGUIDI

Déclaration du président du Front populaire ivoirien (Fpi) sur la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire

Chers compatriotes,

Le conflit né de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 s’est terminé, hélas par la guerre, dans le sang et les larmes.

Le Président Laurent GBAGBO a été arrêté avec son épouse, de nombreux membres de sa famille et du personnel de la Présidence, les membres du gouvernement et des hautes personnalités civiles et militaires. M. TAGRO Désiré, Secrétaire Général de la Présidence, et ancien Ministre de l’Intérieur a été tué.

Les combats sur l’ensemble du territoire national et en particulier à Abidjan ont occasionné des morts, des pillages de biens publics et privés, de graves violations des Droits de l’Homme et des atteintes à la dignité des personnes.

La vie politique, économique et sociale s’est arrêtée et un climat de peur s’est abattu sur le pays.

La Majorité Présidentielle (LMP) est profondément meurtrie face à cette situation chaotique. Elle présente ses condoléances les plus attristées aux familles de tous ceux et toutes celles qui ont perdu la vie dans ces tristes évènements ; elle les assure de son entière solidarité.
A la Nation entière et à toutes les victimes de cette grave crise, LMP adresse sa sincère compassion.

Les meurtrissures sont encore vives. Nos cœurs saignent encore et en maints endroits (Yopougon notamment) certains de nos compatriotes continuent de se battre et de refuser la loi des armes. Nous devons arrêter l’escalade de la violence et de la déchéance.

Depuis trente (30) ans, notre pays est en crise : crise économique depuis 1980, crise politique depuis la mort du père-fondateur, le Président Houphouët Boigny en 1993, crise politico-militaire depuis 1999/2000.

Pays de liberté, de solidarité, de diversité et d’hospitalité, la Côte d’Ivoire ne doit pas et ne peut pas mourir par la faute de ses propres fils.

Ressaisissons-nous, dominons nos douleurs, apaisons nos cœurs, essuyons nos larmes et rassemblons-nous pour mettre fin aux souffrances de nos populations et donner une chance à la restauration et à la construction de notre pays.

Il appartient aux Nouvelles Autorités de prendre toutes les dispositions pour mettre fin à l’insécurité qui s’est généralisée avec les exactions, la traque des partisans du Président Laurent GBAGBO, les pillages, les braquages, les arrestations arbitraires, etc. pour rétablir l’ordre républicain et l’Etat de droits, afin de permettre au pays de retrouver une vie normale, de permettre à toutes les personnes arrêtées en particulier le Président Laurent GBAGBO, de retrouver la liberté pour prendre toute sa part dans la réconciliation nationale.

A tous nos frères et sœurs qui ont soutenu, qui soutiennent et qui accompagnent le combat politique du Président Laurent GBAGBO, aux Patriotes de toutes les générations, je voudrais rappeler les termes de la dernière déclaration du Président Laurent GBAGBO, le lundi 11 avril 2011 à l’hôtel du Golf : « je souhaite qu’on arrête les armes, qu’on entre dans la partie civile de la crise et qu’on la conclue rapidement pour que le pays reprenne ».

Où que vous soyez, quoi qu’on vous ait fait, quelque soit l’intensité de votre douleur, la gravité des frustrations et des préjudices subis, au nom de la paix, au nom de notre cher pays, la Côte d’Ivoire, Terre d’Espérance, arrêtons la guerre, mettons fin à toute forme de belligérance et de confrontations. Disposons nos cœurs à la Paix et à la Réconciliation Nationale pour que vive la Côte d’Ivoire, éternelle, une et indivisible.

QUE DIEU BENISSE NOTRE CHER PAYS !

AFFI N’GUESSAN PASCAL,
Président du Front Populaire Ivoirien
Porte-parole de Candidat Laurent GBAGBO

La Gambie ne reconnaît pas Ouattara comme « Président de côte d’Ivoire »

La Gambie ne reconnaît pas Ouattara comme « Président de côte d’Ivoire »

Le gouvernement  gambien a annoncé samedi dans un communiqué qu’il ne reconnaissait pas Alassane Ouattara comme Président de la Côte d’Ivoire, malgré la capture lundi par les forces françaises du Président Laurent Gbagbo qui le remettront aux forces de son rival.

 La Gambie, selon le communiqué, se refuse à reconnaître tout «président, le président Ouattara inclus, ni gouvernement africain qui aura été imposé par des forces extérieures au continent africain, peu en importe la raison ».

Pour le Président Yahya Jammeh, Le Président Laurent Gbagbo reste « le président légitime de la Côte d’Ivoire selon la constitution». Aussi estime-t-il qu’ « il ne peut pas être jugé alors qu’Alassane Ouattara, le président ivoirien choisi par la communauté internationale, est resté impuni après avoir massacré des milliers de civils, seulement pour être président ».

« Il est aujourd’hui très clair, relève la Gambie, pour tous les Africains que le complot pour recoloniser l’Afrique est bien réel, et que nous devons nous y opposer ». Le gouvernement gambien qui craint «une guerre civile en Côte d’Ivoire » après la capture du Président légitime, souhaite l’organisation d’ « une nouvelle élection le plus rapidement possible ».

La Gambie devient ainsi le premier pays africain à s’opposer officiellement à l’intervention armée des forces françaises et de l’ONUCI, aux côtés des rebelles de Ouattara pour l’imposer à la tête du pays. Le Président Russe avait déjà critiqué l’intervention de l’ONU en Côte d’Ivoire, exigeant « des explications ».

Le contentieux électoral né du scrutin du 28 novembre s’est transformé en une guerre avec l’ingérence armée de la France et de l’ONU (Organisation des Nations Unies) qui soutenaient Alassane Ouattara.

Le Président Laurent Gbagbo, a été reconnu et investi Président par le Conseil Constitutionnel, plus haute juridiction chargée de proclamer les résultats définitifs  en Côte d’Ivoire alors qu’Alassane Ouattara, se fonde lui sur une certification « controversée et précipitée » du représentant de l’ONU à Abidjan.

Par directscoop

Fuite de documents diplomatiques Français sur la crise ivoirienne

Différents documents ont été publiés par le journaliste américain Lee Matthew le 08 avril sur innercitypress.com.

Ces documents – sept télégrammes au total – sont disponible sur le blog du journaliste à http://www.innercitypress.com/frun1cote040811.html

Vous pouvez aussi en cliquant sur le lien ci-dessous le télécharger ; le dossier de sept (07) câbles diplomatiques français sur la Côte d’Ivoire et le Liberia

https://rapidshare.com/files/457374526/docs_diplo_Fr_Crise_Ivoirienne.zip

Côte d’Ivoire : Le Conseil Constitutionnel Constate la vacance du pouvoir donc Ouattara ne peut pas légalement diriger la Cote d’Ivoire

L’information est passée sous silence mais elle est pourtant de taille. Le Conseil Constitutionnel de la République de Côte d’Ivoire a constaté la vacance du pouvoir il y a quelques jours à Abidjan. Logiquement, c’est donc comme le veut la Constitution Ivoirienne, le Président de l’Assemblée Nationale qui doit assurer une nouvelle transition politique devant aboutir sur de nouvelles élections. Alassane Ouattara et ses soutiens internationaux le savent c’est pourquoi ils ont exigé dès lundi 11 avril 2011 du Président légal de la RCI, M. Laurent Gbagbo, la signature d’un acte de démission, autant dire, d’une capitulation.

L’Histoire reconnaîtra la grandeur de cet homme qui, assiégé par des tanks français et des rebelles sans foi ni loi, bombardé par des missiles onusiens, disons-le sans détour, de « l’opération Licorne », a fait fi de sa vie en refusant d’apposer sa signature au bas d’un document inique. Certaines indiscrétions font même état de sommes, en millions d’euros, qui ont été proposées à Laurent Gbagbo, à vie, s’il démissionnait. On croit rêver.

La loi de la jungle, c’est-à-dire celle du plus fort, veut s’appliquer dans toute sa rigueur aux Ivoiriens. Nous leur disons aujourd’hui, faites appel à votre loi fondamentale, montrons leur qu’au XXIe siècle, les africains sont conscients désormais d’être devenus, au bout de cinq siècles d’exploitation, la civilisation qui connaît «la plus longue servitude de tous les temps ».

Un coup d’état international des fascistes libéraux

Un monstre, le libéral-fascisme, menace l’Afrique en général et l’Afrique francophone plus que jamais. Son objectif est de faire payer sa crise financière internationale à ceux qui ont été considérés depuis toujours comme des esclaves. Cet « Homme Africain qui n’est pas assez entré dans l’Histoire » comme le disait le Président Nicolas Sarkozy dans son fameux discours de Dakar en 2007. Il est urgent pour les Ivoiriens qu’ils utilisent les armes du droit et de la raison face au déploiement de la force brutale.

Comment Alassane Ouattara peut-il être Président de la Côte d’Ivoire alors même qu’il n’a pas prêté serment devant le Conseil Constitutionnel et que cette même institution ne l’a pas reconnu comme Président de la République ? C’était pourtant l’exigence minimale de l’Union Africaine. Le silence de la plupart des Chefs d’Etat du continent africain, qui n’ont pas noyé M. Ouattara sous les félicitations est éloquent. Certes quelques uns (le Président de la Guinée Equatoriale par exemple) auraient félicité M. Ouattara mais il est clair que le fait que ce dernier s’avise à marcher sur les institutions d’un pays qu’il est supposé diriger n’est pas rassurant.
A vrai dire, le Président de la Communauté internationale, l’ami du Président français, n’a pas d’autre solution s’il veut favoriser des institutions fortes selon le discours du Président Obama à Accra, que d’assumer son coup d’Etat international devant le monde, mais les coups d’Etat sont mal vus par l’Union Africaine, ou alors de retourner aux urnes. Il a prêté serment par écrit dit-il, mais nous lui répondons que le Conseil Constitutionnel ne l’a pas déclaré Chef de l’Etat.

Un imbroglio politico-militaro-juridique

La puissance ne suffit pas si elle ne se greffe pas sur le droit et avant tout sur celui des Etats. Si le « coup d’Etat international » de M. Ouattara est accepté alors n’importe qui pourra se déclarer Président de la République n’importe où à l’avenir. Si l’option armée est privilégiée sur la légalité alors tous les peuples africains doivent savoir qu’ils sont perdus pour plus d’un siècle sans doute.

Les élections dans nos pays ne seront toujours qu’une plaisanterie. La rapacité des ultra-libéraux qui tiennent les médias et les pouvoirs politiques occidentaux risquent de nous entraîner dans un nouvel esclavage qui ne dit pas son nom. Voilà pourquoi toute l’Afrique doit protester derrière les Ivoiriens.

Aucun africain digne de ce nom ne peut accepter ce que M. Ouattara a fait à la Côte d’Ivoire : financer un premier coup d’Etat contre M. Konan Bédié fin 1999 ; sponsoriser une rébellion armée en 2002, oublier qu’il doit son retour dans le jeu politique ivoirien à M. Gbagbo ; privilégier la brutalité en marchant sur des milliers de cadavres pour réaliser son rêve de Chef d’Etat ; cacher au monde entier le fait qu’il ne peut pas prêter serment par écrit et se considérer comme Chef d’Etat.

Où a-t-on vu cela ? Le Conseil Constitutionnel Ivoirien ne peut pas se dédire. Ou alors, il faut que le Parlement dissolve le Conseil Constitutionnel. D’autres veulent nous réduire au rang de « primates à peine évolués » et M. Ouattara est en train de leur donner des arguments en écrasant sous un tapis de bombes le droit de son pays. Des dictateurs comme Omar Bongo faisaient au moins semblant de respecter la Constitution du Gabon ! Pourquoi pensez-vous que le clan Bongo bichonne autant la Cour Constitutionnelle de la République Gabonaise ? Mais c’est bien parce qu’il sait qu’une fois les recours des autres candidats aux présidentielles déposés, et après que la Cour Constitutionnelle ait validé une élection contestable, le tricheur qui prête serment devant la Cour et les institutions du pays devient légalement le Président.
Que devons nous faire ? La guerre ? Il faut croire que les acteurs politiques gabonais soient plus légalistes qu’Alassane Ouattara, c’est pourtant sur la décision de la Cour Constitutionnelle Gabonaise, malgré les preuves de la tricherie, que le Président Nicolas Sarkozy a été le premier à féliciter Ali Bongo Ondimba en 2009. Les ultra-libéraux qui en veulent coûte que coûte aux richesses du Golfe de Guinée ne parviennent même plus à cacher leurs mensonges.

Si Laurent Gbagbo, le Président légal de la Côte d’Ivoire, doit partir, alors pourquoi Ali Bongo reste-t-il au pouvoir ? Pourquoi n’est-ce pas André Mba Obame, officieusement vainqueur du scrutin présidentiel de 2009, n’est-il pas installé sur le fauteuil présidentiel au Gabon ?

Alors, cher Peuple Ivoirien, courage. Battez-vous au nom de la loi car Monsieur Ouattara et ses soutiens internationaux ont déjà perdu la bataille du droit.

Bruno BEN MOUBAMBA

bruno@moubamba.com / http://www.moubamba.com

Côte d’Ivoire: Amnesty International appelle Alassane Ouattara à «mettre un terme» aux exactions

Amnesty International lance un nouveau cri d’alarme sur la situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Interrogé sur RFI, Salvatore Saguès, chercheur en charge de l’Afrique évoque une situation de terreur dans l’ouest et dénonce des pillages et descentes visant tout particulièrement des personnes perçues comme favorables au président déchu Laurent Gbagbo. Le gouvernement Ouattara dément.

RFI : Quelle est la situation dans l’ouest de la Côte d’Ivoire ?

Salvatore Saguès : Nous avons une délégation sur place qui a visité la zone de Guiglo à Blolequin, à 600 km à l’ouest d’Abidjan. Nos collègues nous ont dit qu’ils ont vu des villages fantômes avec quasiment aucun civil et seulement des hommes en armes. Les civils errent dans la brousse, pour beaucoup d’entre eux, sans nourriture, sans médicaments. C’est vraiment dramatique. Ils n’osent pas rentrer parce que l’Onuci [la force des Nations unies, Ndrl] n’est pas assez présente. Il faut que l’Onuci assure une présence beaucoup plus permanente sur ces lieux pour que les personnes puissent rentrer.

RFI : Ils ont quitté leurs villages, il y a peu très trois semaines, lors de l’offensive de FRCI (pro-Ouattara) vers les sud. C’est bien ça ?

S.S. : Oui et à la suite de massacres très importants, dont beaucoup d’entre eux ont été faits sur des bases ethniques. Ce sont surtout des membres de l’ethnie guéré qui sont considérés comme proches de Laurent Gbagbo qui ont été tués. Donc beaucoup ont fui. Beaucoup sont aussi à la mission catholique de Duékoué et notre crainte, c’est que ces personnes ne puissent pas retourner chez elles parce que les maisons, selon certaines informations, commencent à être habitées par d’autres personnes.

RFI : Est-ce que vous pouvez chiffrer les personnes qui sont dans cette situation ?
S.S. : C’est très difficile. Certainement des dizaines de milliers. Pour vous donner une idée, à Blolequin, il y avait, avant le conflit, entre 25 000 et 30 000 personnes. Or, mes collègues m’ont dit que la ville est quasiment vide. Dans la mission catholique de Duékoué, il y a actuellement 27 500 personnes et il n’y a qu’un seul puits. L’eau commence à manquer. Donc la situation est absolument dramatique. Les autorités locales disent à ces personnes de rentrer chez elles, mais elles ont trop peur pour rentrer.

RFI : Ces personnes ont peut-être peur de rentrer chez elles, car elles savent ce qui est advenu à ceux qui n’ont pas fui à temps ?

S.S. : Tout à fait, parce qu’il y a – l’ONU l’a dit, le CICR l’a dit – des centaines de personnes qui ont été tuées et si ces personnes rentrent chez elles, elles ont peur de subir le même sort.

RFI : Quelle est la situation à Abidjan ?

S.S. : Nous sommes extrêmement inquiets également de ce qui se passe à Abidjan. Nous avons des dizaines d’appels de personnes qui nous contactent parce qu’elles sont victimes de pillages, de descentes, de la part d’hommes en armes. Notamment, il y a des avocats, des journalistes, qui sont visés parce qu’ils sont considérés comme des partisans de Laurent Gbagbo. Ils sont cachés chez eux ou ils sont cachés ailleurs. Ils ont vu leur cabinet d’avocat détruit ou leurs maisons détruites, c’est absolument effrayant. Ces gens-là sont sans aucune protection et nous appelons fermement Monsieur Alassane Ouattara, qui est président de la République, à mettre un terme à ces exactions. Elles sont commises par des hommes en armes. Soit ce sont des personnes qui appartiennent aux Forces républicaines, soit les Forces républicaines ne font rien pour arrêter ces personnes. Et donc de toute façon, les autorités sont responsables de ce qui se passe là-bas. Actuellement à Abidjan, il y a des milliers de personnes qui sont terrifiées et qui sont en danger !

RFI : Vous faites la distinction avec les pillards qui profitent du vide sécuritaire ?

S.S. : Tout à fait. Il y a des attaques ciblant des personnes considérées comme des opposants [favorables à Laurent Gbagbo, Ndrl]. C’est vraiment extrêmement dramatique. Nous avons également entendu parler de cas de jeunes gens qui, parce qu’ils viennent de l’ouest, sont arrêtés. On ne sait pas ce qui leur arrive. Il y a vraiment réellement une chasse à l’homme maintenant à Abidjan et il faut y mettre un terme immédiatement. C’est gravissime.

RFI : Est-ce que des personnes ont été agressées physiquement ?

S.S. : Les personnes avec qui j’ai parlé ont pu fuir. Mais dans notre communiqué nous parlons d’un gendarme qui a été tué devant tout le monde. Malheureusement, les gens qui nous parlent ne veulent pas qu’on mentionne leur nom. C’est pour cela que j’essaye de rester plus ou moins vague. Vous savez comment Amnesty a critiqué constamment pendant dix ans ce qu’a fait Laurent Gbagbo. Mais ce qui se passe actuellement est inimaginable! Il y a des gens sans aucun contrôle qui sont en train de commettre des choses barbares et il faut absolument que cela se sache. Je suis assez étonné de la teneur de la presse en France qui dit que Alassane Ouattara se donne deux mois pour remettre de l’ordre. On a l’impression que les choses vont de mieux en mieux. Ce n’est absolument pas vrai. Nous n’avons aucune sympathie pour l’ancien régime mais ce qui est en train de se passer est inadmissible.

Par Nicolas Champeaux

Coups d’Etat en Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo, leçon de courage

Comme on pouvait s’y attendre, Laurent Gbagbo n’a pas fui. Face aux crépitements des armes et aux bombardements des hélicos de la coalition mondiale sur sa résidence, il n’a pas tenté le plongeon auquel certains hommes politiques nous ont habitués pour se refugier dans une ambassade ou dans un camp militaire étranger quelconque. En digne capitaine, il est resté dans le bateau jusqu’à la limite du possible. Et l’histoire retiendra cet acharnement de la France, des Etats-Unis et des Nations Unies contre un homme dont on disait même qu’il était trop démocrate. Ses adversaires locaux peuvent être heureux de l’avoir comme prisonnier. Mais ils devraient rester persuadés qu’ils n’auraient pas ce plaisir de se l’offrir comme trophée de guerre, si la France et sa coalition n’avaient pas fait de sa chute un défi personnel. Gbagbo aura montré qu’il n’est pas un fuyard. En septembre 2002, lorsque son régime a été attaqué par la rébellion d’Alassane Ouattara, il a tout arrêté en Italie pour rentrer en Côte d’Ivoire où les canons tonnaient encore, alors que Paris lui proposait un asile doré. Il vient de signé aujourd’hui encore son courage. Un courage qui lui vaut, à lui et sa famille, une humiliation suprême et une torture indicible dans les locaux même de la présidence du « démocrate » Alassane Ouattara. Et certains comme Kouassi Adjoumani, qui auraient voulu assurément le voir mort, n’ont pas hésité à dire « s’il est si courageux, pourquoi ne s’est-il pas donné la mort pour éviter cette humiliation ? » D’autres encore disent : « s’il savait cette fin, il aurait cédé depuis le départ ». Mais se suicider n’a jamais été un courage, mais une lâcheté. On meurt pour cesser d’affronter les difficultés de la vie, de connaitre des expériences pénibles. Or, c’est dans la pratique de ces problèmes que le courage prend son sens. C’est pourquoi il est plus facile de mourir que de vivre. Laurent Gbagbo devrait-il céder le pouvoir à son rival dès que Young Jin Choi, le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu, a certifié Alassane élu ? Si nous devons suivre cette logique, nous irions plus loin. Vraiment loin pour dire que si Gbagbo savait cette suite des événements, il ne serait même pas présenté à la présidentielle. Il aurait organisé simplement les élections, mis en compétition les candidats et se serait retiré dignement. En clair, si l’on devinait l’avenir, il y a tellement de choses qui ne seraient pas produites dans ce monde… Hélas ! Mais que Gbagbo se retrouve entre les mains de ses adversaires ne signifie pas du tout qu’il a perdu les élections. Il n’a pas perdu les élections, mais la guerre. Il a perdu la guerre parce que son rival, relai local des intérêts occidentaux, a été secouru avec une puissance de feu digne d’une guerre mondiale. Or, Gbagbo n’avait pas préparé une guerre mondiale. Il a préparé une sortie de crise pacifique. Sinon, il aurait attaqué directement la rébellion qui refusait de désarmer, sans avoir besoin de passer par une élection pour ouvrir le feu. Et lorsqu’on n’a perdu qu’une bataille ou même la guerre, on le reconnait ; mais on ne signe pas, même sous la menace d’une arme, une reconnaissance de la victoire électorale de son rival. C’est parce que Laurent Gbagbo refuse de signer un tel document qu’il continue de faire l’objet de torture et d’incessants déplacements. Les Ivoiriens doivent avoir le courage de Laurent Gbagbo, ce digne fils d’Afrique qui, comme Patrice Lumumba, avait voulu faire de son pays et de ce continent, une terre vraiment indépendante. Mais qu’ils se rappellent que le danger que court l’humanité, c’est que la France et ses alliés, ont les moyens de faire de leurs mensonges, des vérités à défendre par le feu de leurs canons. Mais Dieu a le dernier mot.

Germain Séhoué, Le Temps

Côte d’Ivoire : Lettre d’un cadre de Tabou au Parti socialiste Français

Voici le travail bien fait de la rébellion que la France de Chirac et Sarkozy ont suscitée en Cote d’ivoire depuis 2002 contre laquelle Laurent Gbagbo se bat. En parti de gauche membre de l internationale socialiste vous n’avez jamais osez lever le petit doigt pour tenter de comprendre cette  grossière ingérence de la France dans les affaires intérieure d’un pays souverain fut il tout petit! Sarkozy vient de livrer les mains liées Laurent Gbagbo aux rebelles qui l’humilient en ce moment sous vos applaudissements.

Quelles sont les valeurs éthiques qui fondent vos engagements politiques. Simples interrogations d’un homme qui a fini par avoir honte de la gauche française !!

Objet : Massacres à Tabou et Grand Bereby (Sud ouest de la CI)

CARNAGES DANS LES VILLES DE GRAND BEREBY  PAR LES Rebelles PRO -OUATTARA

Le samedi 02 avril 2011, entrée des rebelles à Grand-Bereby

Les villages de Djourou, Youwasso, Gboro et Nowhon-Youkou incendiés.

2 maisons incendiées à Bereby ville

33 personnes tuées en réunion dans le village de DJourou,

3 personnes tuées à Youwasso,

28 personnes tuees dans la foret de heritier dont 3 en pleine ville .

Lundi 4 avril 2011 entrée des rebelles dans la ville Tabou

*village de Ménéké incendie et 40 personnes tuées

*village Boke 17 personnes tuées, dont 15 jetées dans la riviere .

*Village Yokobo 92 personnes tuées, notamment tous les garçons de plus de 15 ans.

*Tabou ville : 20 personnes massacrées à la hache et à la machette.

TOTAL PARTIEL et non Exhaustif de morts en 48 H de présence dans la Zone :233 PERSONNES

Continuons les enquêtes auprès des personnes de Tabou réfugiées au Libéria.

 Jean Michel Koue

Cadre du Département de Tabou

Comprendre la guerre en Lybie (3/3)

A chaque guerre, c’est ainsi. Au début, il est presqu’impossible de s’y opposer. Le matraquage médiatique est tel qu’on est immédiatement catalogué comme complice d’un monstre. Après un certain temps, quand viendront les « bavures », les morts civils, les échecs militaires et les révélations sur « nos amis », le débat finira bien par s’ouvrir. Mais au début, c’est très dur.

3ème partie : Pistes pour agir

Pour débloquer ce débat, la bataille de l’info est la clé, comme nous le disions encore il y a une semaine. [1] Et cette bataille ne peut être menée que par chacun de nous, là où il est, en fonction des personnes rencontrées, en écoutant bien ce qui les influence, en vérifiant les infos avec eux, patiemment… Pour mener efficacement ce débat, il est très important d’étudier l’expérience de la désinformation dans les guerres précédentes.

Les 5 principes de la propagande de guerre appliqués à la Libye

Cette expérience, nous l’avons résumée dans les « cinq principes de la propagande de guerre », exposés dans notre livre Israël, parlons-en ! A chaque guerre, les médias veulent nous persuader que nos gouvernements font bien et pour ça, ils appliquent ces cinq principes : 1. Occulter les intérêts économiques. 2. Inverser la victime et l’agresseur. 3. Cacher l’Histoire. 4. Diaboliser. 5. Monopoliser l’info.

Ces cinq principes ont été appliqués à nouveau contre la Libye, on s’en est rendu compte dans les pages précédentes. Pour finir, attirons l’attention sur le quatrième : la diabolisation de l’adversaire. Les va-t-en-guerre doivent toujours persuader l’opinion qu’ils n’agissent pas pour obtenir des avantages économiques ou stratégiques, mais bien pour éliminer une grave menace. Dans chaque guerre, depuis des décennies, le dirigeant adverse a toujours été présenté comme cruel, immoral et dangereux, avec les pires récits d’atrocités. Par après, beaucoup de ces récits – et parfois tous – se sont dégonflés, mais peu importe, ils avaient rempli leur rôle : manipuler l’émotion du public pour l’empêcher d’analyser les intérêts réellement en jeu. Impossible de revenir en arrière.

Nous n’avons pas eu les moyens d’aller en Libye. Par contre, nous avons été en Yougoslavie, sous les bombes de l’Otan et nous avons constaté, et prouvé, que l’Otan avait menti systématiquement. [2] Nous l’avons constaté aussi en Irak. Quant à la Libye, cela y ressemble beaucoup, mais nous n’avons pas eu jusqu’ici les moyens de procéder à des test-médias sur les infos présentées. Notre équipe Investig’Action manque encore des moyens nécessaires. Mais plusieurs observateurs ont déjà repéré de forts indices de désinformation. Par exemple, les « six mille morts qui auraient été victimes des bombardements de Kadhafi sur des civils ». Où sont les images ? Il n’y avait aucune caméra, aucun téléphone portable là-bas comme il y en avait à Gaza, à la place Tahrir, à Tunis ou au Bahrein ? Aucune preuve, aucun témoignage fiable, des démentis par les satellites russes ou des observateurs de l’UE, et pourtant l’info a tourné en boucle inlassablement et plus personne n’ose la contredire sous peine d’être taxé de « complicité ».

Une guerre civile, ce n’est jamais de la dentelle, mais ceci est vrai des deux côtés. Une info partiale essaiera toujours de nous faire croire que les atrocités sont commises d’un seul côté et donc qu’il faut soutenir l’autre. Mais il convient d’être très prudent sur de tels récits.

Qui nous informe ?

Ce qu’il faut pouvoir montrer autour de nous, c’est que la diabolisation ne tombe pas du ciel. Elle est diffusée par des médias qui prennent parti, souvent sans le dire. Et c’est quand même toujours la première question à se poser dans une guerre : m’a-t-on fait entendre l’autre partie ?

Pourquoi en Europe et aux Etats-Unis, les médias sont-ils à fond contre Kadhafi ? Et pourquoi, en Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Russie, dénonce-t-on au contraire une nouvelle croisade impérialiste ? Ils se trompent tous ? Les Occidentaux savent toujours tout mieux ? Ou bien chacun est-il influencé par ses médias ? Alors, devons-nous suivre aveuglément nos médias ou les tester ?

Nous avons été abondamment abreuvés sur les côtés négatifs de Kadhafi. Mais qui nous a signalé ses aspects positifs ? Qui nous a parlé de son aide aux projets de développement africain ? Qui nous a dit que la Libye connaissait, selon les institutions internationales , le plus haut « indice de développement humain » de toute l’Afrique, loin devant les chouchous de l’Ouest comme l’Egypte ou la Tunisie ? Espérance de vie : 74 ans, analphabétisme réduit à 5%, budget de l’éducation à 2,7% du PIB et celui de la Défense à 1,1%.

Distinguer deux questions différentes

Il y a beaucoup d’intimidation intellectuelle dans le débat sur la Libye. Si vous dénoncez la guerre contre la Libye, on vous accuse de soutenir tout ce qu’a fait Kadhafi. Pas du tout. Il faut distinguer deux problèmes bien différents.

D’une part, les Libyens ont parfaitement le droit de choisir leurs dirigeants, et d’en changer par les moyens qu’ils jugent nécessaires. Les Libyens ! Pas Obama, ni Sarkozy. Tout en faisant le tri dans les accusations contre Kadhafi, entre ce qui est vraiment établi et ce qui relève de la propagande intéressée, un progressiste peut très bien souhaiter que les Libyens aient un meilleur dirigeant.

D’autre part, quand la Libye est attaquée parce que des pirates veulent faire main basse sur son pétrole, ses réserves financières et sa position stratégique, alors il faut dire que le peuple libyen souffrira encore plus sous le pouvoir de ces pirates et de leurs marionnettes. La Libye perdra son pétrole, ses entreprises, les réserves de sa banque nationale, ses services sociaux et sa dignité. Le néolibéralisme appliquera ses sales recettes qui ont déjà plongé tant de peuples dans la misère.

Mais un bon dirigeant, ça n’arrive jamais dans les valises des envahisseurs et à coups de bombes. Ce que les Etats-Unis ont amené en Irak, c’est un Al-Maliki et un petit groupe de corrompus qui vendent leur pays aux multinationales. En Irak, on n’a toujours pas la démocratie, mais en outre, on a perdu le pétrole, l’électricité, l’eau, les écoles et tout ce qui permet une vie un peu digne. Ce que les Etats-Unis ont amené en Afghanistan, c’est un Karzaï qui ne règne sur rien sauf un quartier de Kaboul, pendant que les bombes US frappent des villageois, des fêtes de mariage, des écoles et que le commerce de la drogue ne s’est jamais aussi bien porté.

Les dirigeants qui seraient imposés à la Libye par les bombes occidentales seraient pires que Kadhafi. Donc, il faut soutenir le gouvernement légal libyen lorsqu’il résiste à ce qui est vraiment une agression néocoloniale. Parce que toutes les solutions préparées par Washington et ses alliés sont mauvaises : que ce soit le renversement ou l’assassinat de Kadhafi, que ce soit la scission du pays en deux ou que ce soit la « somalisation », c’est-à-dire une guerre civile de basse intensité et de longue durée. Toutes ces solutions apporteront des souffrances aux populations.

La seule solution dans l’intérêt des Libyens est la négociation, avec des médiateurs internationaux désintéressés qui ne soient pas partie au conflit, comme Lula. Un bon accord implique le respect de la souveraineté libyenne, le maintien de l’unité du pays, la préparation de réformes pour démocratiser et mettre fin aux discriminations régionales.

Faire respecter le droit qui est le contraire du « droit d’ingérence »

Ce débat politique délicat, il faut toujours essayer de le ramener aux principes de base de la vie internationale : souveraineté des Etats, coexistence pacifique entre systèmes différents, non-ingérence dans les affaires intérieures. Les puissances occidentales aiment se présenter comme celles qui cherchent à faire respecter le droit. Mais c’est complètement faux.

On nous dit que les Etats-Unis sont aujourd’hui beaucoup plus respectueux du droit international qu’au temps du cow-boy Bush, et qu’il y a eu cette fois une résolution de l’ONU. Ce n’est pas l’endroit pour discuter si l’ONU représente vraiment la volonté démocratique des peuples ou si les votes de nombreux Etats sont l’objet d’achats et de pressions. Mais on fera simplement remarquer que cette résolution 1973 viole le droit international et, tout d’abord, la Charte fondamentale… de l’ONU elle-même.

En effet, son article 2 § 7 stipule : « Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans desaffaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat. ». Réprimer une insurrection armée est de la compétence d’un Etat même si on peut en regretter les conséquences. De toute façon, si bombarder des rebelles armés est considéré comme un crime intolérable, alors il faut d’urgence juger Bush et Obama pour ce qu’ils ont fait en Irak et en Afghanistan.

De même, l’article 39 limite les cas où la contrainte militaire est autorisée : « L’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression » (contre un autre pays). La Libye ne correspond à aucun de ces trois cas, et cette guerre est donc, elle aussi, illégale. A remarquer, juste pour rire, que même le Traité de l’Otan précise dès son article 1 :« Les parties s’engagent, ainsi qu’il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées.

On nous présente ce « droit d’ingérence humanitaire » comme une nouveauté et un grand progrès. En réalité, le droit d’ingérence a été pratiqué pendant des siècles par les puissances coloniales contre les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Par les forts contre les faibles. Et c’est justement pour mettre fin à cette politique de la canonnière qu’ont été adoptées en 1945 de nouvelles règles du droit international. La Charte des Nations-unies a précisément interdit aux pays forts d’envahir les pays faibles et ce principe de la souveraineté des Etats constitue un progrès dans l’Histoire. Annuler cette conquête de 1945 et revenir au droit d’ingérence, c’est revenir aux temps des colonies.

Alors, pour nous faire quand même approuver une guerre très intéressée, on joue la corde sensible : le droit d’ingérence serait nécessaire pour sauver des populations en danger. De tels prétextes étaient aussi utilisés dans le temps par la France, la Grande-Bretagne ou la Belgique coloniales. Et toutes les guerres impériales des Etats-Unis se sont faites avec ce genre de justifications.

Avec les Etats-Unis et leurs alliés en gendarmes du monde, le droit d’ingérence appartiendra évidemment toujours aux forts contre les faibles, et jamais l’inverse. L’Iran a-t-il le droit d’ingérence pour sauver les Palestiniens ? Le Venezuela a-t-il le droit d’ingérence pour mettre fin au coup d’Etat sanglant du Honduras ? La Russie a-t-elle le droit d’ingérence pour protéger les Bahreinis ?

En réalité, la guerre contre la Libye est un précédent qui ouvre la voie à l’intervention armée des Etats-Unis ou de leurs alliés dans n’importe quel pays arabe, africain ou latino-américain. Aujourd’hui, on va tuer des milliers de civils libyens « pour les protéger », et demain on ira tuer des civils syriens ou iraniens ou vénézuéliens ou érythréens « pour les protéger » pendant que les Palestiniens et toutes les autres victimes des « forts » continueront à subir dictatures et massacres….

Montrer que l’intervention occidentale viole le droit et nous ramène aux temps des colonies me semble un thème à placer au centre du débat.

Que faire ?

Les Etats-Unis ont baptisé « Aube de l’Odyssée » la guerre contre la Libye. Or, leurs noms de code contiennent toujours un message adressé à notre inconscient. L’Odyssée, grand classique de la littérature grecque antique, relate le voyage de vingt ans entrepris par Ulysse à travers l’univers. A demi-mots, on nous dit ici que la Libye est le premier acte du long voyage des Etats-Unis pour (re)conquérir l’Afrique.

Ils tentent ainsi d’enrayer leur déclin. Mais, au final, ce sera en vain, les Etats-Unis perdront inévitablement leur trône. Parce que ce déclin n’est pas dû au hasard ou à des circonstances particulières, il est dû à leur mode même de fonctionnement. En 1865, le célèbre théoricien libéral du capitalisme Adam Smith soutint le président US Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage : « L’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres Nations vont se réveiller ».

Mais en fait les Etats-Unis ont remplacé un esclavage par un autre. Au vingtième siècle, ils ont bâti leur prospérité sur la domination et le pillage de pays entiers, ils ont vécu comme des parasites et ils ont par là- même affaibli leurs capacités économiques internes. L’humanité a intérêt à ce que ce système prenne fin définitivement. Même la population des Etats-Unis y a intérêt. Pour qu’on cesse de fermer ses usines, de détruire ses emplois et de confisquer ses maisons afin de payer les bonus des banquiers et les dépenses de guerre. La population européenne aussi a intérêt à une économie non plus au service des multinationales et de leurs guerres, mais au service des gens.

Nous sommes donc à un tournant, quelle « aube » allons-nous choisir ? Celle annoncée par les Etats-Unis, et qui nous mènera vers vingt ou trente années de guerres incessantes sur tous les continents ? Ou bien une aube véritable : un autre système de relations internationales, où personne n’imposera ses intérêts par la force et où chaque peuple choisira librement sa voie ?

Comme à chaque guerre des vingt dernières années, une grande confusion règne dans la gauche européenne. Les discours pseudo-humanitaires relayés par les médias aveuglent parce qu’on oublie d’écouter l’autre version, d’étudier les guerres précédentes, de tester l’info.

Notre site Investig’Action – michelcollon.info s’efforce d’aider chacun à s’informer, à informer et à débattre. Mais nos moyens sont trop limités comparés aux grands médias. Nous lançons donc un double appel à tous ceux qui le peuvent. 1° Rejoignez notre réseau de chercheurs bénévoles pour développer l’analyse des stratégies des Etats-Unis et des autres grandes puissances, l’analyse des relations économiques et politiques ainsi que des guerres en préparation . 2° Rejoignez notre collectif d’analyse critique « Test-médias ».

Un monde sans guerre, ça dépend de chacun de nous.

Michel Collon, 8 avril 2011

www.michelcollon.info