Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

BENIN : L’imposture était imparable…

La faute aux opposants s’il y a eu K.O. dès le premier tour du 13 mars. Leur faute si la bêtise émergente a choisi de faire sauter tous les délais constitutionnels. Un scrutin hors-la-loi dont la déclinaison ne s’est embarrassée d’aucun scrupule. Chaque loi électorale a reçu une véritable attaque en règle consistant à l’expurger de toutes les dispositions pouvant contrarier les projets de rempilage du docteur-président ; ceci avec la bénédiction des gardiens du temple. Et tout cela par la faute des opposants. La théorie de la victime, coupable de s’être fait voler ouvertement avec la complicité de gens sensés défendre le droit, l’unité nationale et la paix. On comprend mieux la passivité légendaire reprochée aux forces de sécurité publique face aux actes crapuleux à répétition dont sont régulièrement victimes les paisibles populations. Puissance publique très en verve, en revanche, lorsqu’il s’agit de réprimer des citoyens privés du droit de vote ; de se positionner en situation de bombardement, à l’artillerie lourde, de contestations électorales de rue ; ou de faire cogner des députés en plein hémicycle.
Comment arrêter une collusion manifeste entre juge électoral, force publique et organes en charges de l’organisation du scrutin (il y a deux au moins : Cena, Cps-Lépi) ? En plus des sacrifices visant à réduire le nombre de candidature face à Yayi, des explications sur les projets de société et de la croisade en vue de l’intégration des déchus du droit de vote, les opposants devraient-ils envisager la belligérance illégale voire armée ? La Marina l’avait d’ailleurs anticipé en faisant proclamer à la tribune de l’Assemblée nationale par un de ses affidés que l’adversaire trafiquait des armes de guerres, était en intelligence avec des rebellions armées de la sous région, était impliqué dans des trafics divers et ambitionnait d’assassiner le chef de l’Etat. Le prétexte tout trouvé pour imposer au budget national des recrutements massifs de militaires, policiers et gendarmes, et d’achats d’armes de guerre. Le holdup électoral a eu lieu, des députés ont été cognés dans les rues, du sang de journalistes et de manifestants a coulé, mais aucun des agents répressifs n’a essuyé le moindre coup de feu des opposants. C’est de ce pacifisme qu’elle semble être coupable, visiblement. La victime est coupable de ne pas avoir enrayé le crime commis par le garant de l’ordre et de la force.
Il faut au moins deux camps antagonistes, plus ou moins équivalents, animés de haine et de rancœurs ethnocentriques réciproques, pour que la promesse de feu et de sang s’accomplisse. A l’arrivée, tous les Béninois connaissent le camp qui a lancé la croisade anti-sudiste, à travers une mission officielle, dans tous les départements du nord ; lequel camp a considérablement œuvré pour faire acheter des armes et faire enrôler des milliers de jeunes gens à des fins purement partisanes. Hélas ! À l’heure de la confrontation, au moment de mettre le feu et de faire couler abondamment du sang, l’adversité n’a pas existé. La main sur la gâchette, les conducteurs de chars lancés dans les rues de Cotonou et de Porto-Novo n’ont pu identifier la moindre cible. Une absence de réactivité constitutive du péché originel reproché aux opposants. Même Goodluck Jonathan savait que son K.O., à lui, en préparation dans son grand Nigéria, ne se solderait jamais par le pacifisme assourdissant enregistré dans les grandes cités du Bénin y compris dans les régions où les tripatouillages avaient fait le plus de tort aux opposants. Mais sans armes, sans miliciens, sans arguments ethnocentristes, Houngbédji, Abt, Salé et consorts ne pesaient pas lourd devant la machine conçue pour le « feu et le sang ». Que leur reproche-t-on finalement ?
De n’avoir pas offert des cibles aux chars d’assaut de l’émergence…
arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

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