Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: avril 21, 2011

BENIN : La Cour constitutionnelle saisie pour annulation du serment de Boni Yayi

Un citoyen béninois vient saisir la Cour Constitutionnelle pour invalider le serment de Boni Yayi du 06 avril 2011. Lire l’intégralité de sa requête.
Cotonou, le …….. avril 2011
Requête

A Messieurs les Président et Membres de la Cour Constitutionnelle Cotonou
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous exposer les faits suivants :
Le 06 avril 2011, Monsieur Boni YAYI, déclaré élu Président de la République, à l’issue du scrutin présidentiel du 13 mars 2011 par la Cour Constitutionnelle a prêté serment à Porto-Novo, capitale de la République du Bénin, devant le Président et les membres de la Cour Constitutionnelle.

Monsieur Boni YAYI a prêté serment la paume ouverte, ainsi qu’il suit :
« Devant Dieu, les Mânes des Ancêtres, la Nation et devant le Peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté ; Nous Boni YAYI président de la République, élu conformément aux lois de la République jurons solennellement :
De respecter et de défendre la Constitution que le Peuple béninois s’est librement donnée ;
De remplir loyalement les hautes fonctions que la Nation nous a confiées ;
De ne nous laisser guider que par l’intérêt général et le respect et à la promotion du bien commun, de la paix et de l’unité nationale ;
De préserver l’intégrité du territoire national ;
De nous conduire partout en fidèle et loyal serviteur du peuple. En cas de parjure, que nous subissions les rigueurs de la loi. Fin de citation. »

En prêtant serment la paume ouverte de la sorte, Monsieur Boni YAYI a ajouté la phrase suivante au texte du serment « Fin de citation ».

Prétentions Au regard des faits ci-dessus exposés, je prie la cour de juger que :

i) Le serment prêté le 06 avril 2011 par Monsieur Boni YAYI est non conforme à la Constitution ;
ii) Monsieur Boni YAYI a violé l’article 53 de la Constitution ;
iii) Monsieur Boni YAYI n’est pas encore entré en fonction pour son deuxième mandat ;
iv) Tous les actes accomplis et tous les engagements internationaux souscrits par Monsieur Boni Yayi, après la prestation de serment du 06 avril 2011 en qualité de président de la République du Bénin sont contraires à la Constitution et entachés d’irrégularité ;
v) Monsieur Boni YAYI doit reprendre le serment.

Arguments :

i) Le serment prêté le 6 avril 2011 n’est pas conforme à la Constitution. La Cour Constitutionnelle, saisie de deux requêtes similaires à la mienne le 4 avril 1996 par Messieurs Gangbé Aurélien et Fagninou Gilles R.B ., a eu l’occasion de dire que dans sa décision DCC 96-017 du 05 avril 1996 : « le président de la République n’a effectivement pas prononcé le membre de phrase ‘‘les mânes des Ancêtres ‘‘ » et de considérer que « le texte du serment, tel que fixé par la Constitution est une formule sacramentelle indivisible ; qu’il ne saurait donc subir une quelconque modification et doit être prononcé dans son intégralité ; que dès lors, il y a lieu de déclarer non conforme à la Constitution le serment tel qu’il a été prêté par le président de la République ».

ii) Monsieur Boni YAYI a prêté serment comme le symbolisme l’exige, la paume ouverte. La phrase ‘’fin de citation’’ prononcée par ce dernier alors que son bras droit était encore tendu la paume de la main ouverte, justifie le fait qu’il était encore en plein serment. Dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas d’une omission d’une portion du serment mais plutôt d’ajout de mots, de signifiants et d’éléments de sens qui n’y sont pas contenus. A l’évidence, cet ajout emporte une altération de la formule du serment qui ne peut s’analyser que comme une modification et une atteinte à son caractère « sacramentelle indivisible ».

En application de cette jurisprudence qui a consolidé l’Etat de droit renforcé le caractère fondamental de la constitution pour notre vie nationale, la Cour doit déclarer que le serment prêté le 6 avril 2011 n’est pas conforme à la Constitution. Le serment n’ayant pas été prêté conformément aux prescriptions de l’article 53 de la Constitution comme il a été démontré ci-dessus, il en découle naturellement que son auteur, à qui était prescrit un comportement, a commis un manquement. La Cour doit donc déclarer que Monsieur Boni YAYI, en prêtant serment comme il l’a fait le 6 avril 2011 a violé l’article 53 de la Constitution.

PJ : Une (01) copie de la décision DCC 96-017 du 05 avril 1996
Un (01) DVD estampillé ‘’investiture YAYI’’

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BENIN : Le chantage interne…

Nul ne peut être émergent s’il ne passe par le docteur-président. Après tout, ne se proclame-t-il pas substitut de Dieu sur le territoire béninois. Quand certains courtisans ne le trouve pas nettement plus-que-Dieu. Julien Akpaki, tout puissant directeur général de l’Ortb est passé par l’auto-reniement public pour avoir osé se positionner sur une liste autre que celle bénie par le chef pour les législatives 2011. À peine si on ne lui a pas fait dire qu’il est indigne d’être un député cauris, un vrai. L’Etat Fcbe a ses règles ; le K.O. pour les adversaires politiques, la terreur pour les affidés incontrôlables.

Tout auréolé de son rempilage à polémique, Yayi a décidé de faire le ménage au sein de la troupe. Les chaînes de télévision se gavent de ces images de hauts cadres de l’administration et du monde des affaires qui se relaient sur les plateaux, reniant leurs propres positionnements sur des listes de candidatures aux législatives et appelant à voter pour l’unique liste directement sortie des entrailles de la Marina. Allez leur demander si chez eux, à domicile, ou dans leurs villages, des enfants, des époux, des frères, des amis, des parents ne suivent pas ces représentations d’indignité d’un autre âge.

Que dire de ces porteurs de gale qui refusent de s’auto-humilier publiquement tout en continuant à prêcher leur béguin inconditionnel pour le docteur-inventeur-du-Changement ? Des joueurs de poker qui savent à l’avance ce que leur réserve le grand maître à l’issue du scrutin. Certainement le bannissement total pour les recalés et la terreur pour ceux qui parviendraient à siéger au palais des gouverneurs. Un traitement de faveur tout de même à comparer à ce qui attend les anti-émergents au sein de ce parlement du K.O. Exclusion garantie pour eux si jamais les extrapolations combinées de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et de la Cour constitutionnelle leur attribuent la minorité congrue. Musèlement assuré, par contre, s’il arrivait que la vérité des urnes leur concède la majorité conséquente.

Le régime peut compter sur les « sages » pour leur rendre la vie dure. Pas évident que ces derniers aient perdu leur réputation de contorsionniste après leur chef-d’œuvre à l’occasion de la présidentielle de 2011.

Mais la purge interne dans les rangs des caurisants ne s’est pas faite au hasard. A la lecture du profil des positionnés on se rend bien compte qu’il y a eu des critères de sélection assez stricts avec une prime particulière aux casseroles. Aucune chance pour ceux dont les pedigrees n’affichent pas des traces de marchés gré à gré suspects, de surfacturations, de rapports de commissions d’enquête accablants, de complicité de faux placements d’argent, de bourrages d’urnes ou de pré-estampillage de bulletins de vote. Des gens qui 4 ans durant peuvent se prémunir contre toute inquisition judiciaire. Les autres qui n’ont pas osé aller assez loin dans la gadoue émergente doivent subir la stature de pestiférés pourchassés sur toute l’étendue du territoire national par le docteur-président lui-même. Des mauvais cauris indignes des suffrages de la fraude, de la bienveillance sélective du juge électoral ou de la complaisance de (ou des) organe en charge de l’organisation du scrutin.

L’autre réalité est que la mangeoire s’est considérablement rétrécie. Le Bénin est loin de figurer au registre des pays aux ressources extensibles à souhait. Sous l’effet conjugué des hausses de prix de produits de première nécessité, des factures de plus en plus élevées d’eau, de téléphone, de gaz et de la considérable rapine des faux placeurs pasteurs, il ne reste plus de compatriotes à escroquer afin d’alimenter le réseau de prospérité partagée entre coquins. Les acrobatiques « arrangements » n’ayant pas suffit à aseptiser le paysage cauris selon les gouts du prince, il fallait procéder au chantage, aux humiliations et à la chasse aux impies.

Il y a émergent … et émergent…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Il faut bruler le Nigeria ?

Faut-il brûler le Nigeria ? Cette question, beaucoup d’observateurs et analystes attentifs de l’actualité africaine se la posent certainement. La presse nous fait état de 200 morts après la proclamation des résultats de la présidentielle de dimanche dernier. Faut-il brûler alors le Nigéria ? La question inévitablement s’adresse à Sarkozy, à Obama, à l’Onu, à la Cedeao et l’Ua et tout le groupuscule agité donneurs de leçons aux africains inintelligents.

L’actualité ivoirienne et Lybienne est trop chaude pour que les événements du Nigeria passent inaperçus. Tout le monde attend Sarkozy et son clan qui viennent de brûler la Côte d’Ivoire pour mettre le feu au Nigeria. 200 personnes tuées ! Cela est trop gros pour que les bombes ne pleuvent pas sur le Nigéria. Ils sont donc attendus au tournant car là-bas, les civils sont extrêmement en danger de mort. Là-bas aussi, c’est une crise électorale comme en Côte d’Ivoire même si les tableaux ne sont pas les mêmes. Et connaissant le Nigeria, il faut vite faire pour que les civils ne continuent pas d’être massacrés. Il faut donc que Sarkozy fasse voter une résolution pour arrêter le massacre. Ban ki moon est encore là heureusement pour convoquer précipitamment le Conseil de sécurité (qui semble avoir pour seule mission que de voter des résolutions contre les pauvres).

Et si au Nigeria l’ONU n’est pas en mission pour le moment, l’Onuci est à quelques encablures de là qui peut intervenir le plus tôt possible. Au cas où l’Onuci ne suffirait pas pour entrer dans l’antre nigérian, la Licorne aussi n’est pas loin. Ses militaires viennent de faire un « travail propre » en Côte d’Ivoire. Ils n’ont pas vraiment besoin d’entraînement car il y a urgence. En plus, les deux MI24 loués à la Biélorussie sont encore disponibles. Ils peuvent bien faire le travail. Il y a vraiment urgence. Il faut que la Communauté internationale fasse vite pour que les droits de l’homme ne continuent pas d’être violés au Nigéria. Et si les meurtres continuent, le TPI doit réagir. Il doit rechercher les auteurs et les poursuivre illico presto. Sarkozy, Obama, Ban Ki MOON, l’ONU, la cedeao, faites vite. La mission vous appelle au Nigéria. Les civils sont en danger de mort poste électorale comme en Côte d’Ivoire. Ne réglez pas les problèmes en Afrique avec deux poids deux mesures. Vous savez ce qu’il faut faire au Nigéria. Le monde vous attend.

Jean de Daloa

Telediaspora.net

Reçu au Golf hôtel hier – Mamadou Koulibaly dit ses vérités à Alassane Ouattara

Le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, a été reçu hier mercredi 20 avril 2011 par le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Le chef du Parlement était porteur d’un message de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, avec qui il venait d’avoir une réunion à huis clos.

Voici l’intégralité de la déclaration de Mamadou Koulibaly à sa sortie d’audience.

« J’étais à Accra, j’ai reçu un appel du président Ouattara qui souhaitait me rencontrer. J’avais moi aussi un certain nombre de choses à discuter avec lui, je suis arrivé hier (mardi 19 avril), et ce matin, j’ai eu une audience avec lui. Nous avons parlé de plusieurs sujets, en particulier, je lui ai fait part des préoccupations des députés qui aimeraient bien qu’en tout début de mandat, nous puissions nous inscrire dans la légalité constitutionnelle. Donc, que les ordonnances qui sont prises en ce moment puissent faire l’objet d’une autorisation de l’Assemblée nationale et une régularisation. Et le président a donné son accord. Les députés ont suggéré aussi que nous puissions entrer dans l’application de la Constitution, surtout les problèmes de l’Etat de droit, de respect des libertés individuelles. Le président de la République m’a dit qu’il était conscient de la question et qu’il prenait les dispositions pour qu’il en soit ainsi. Au nom des députés, je lui ai signalé les problèmes de sécurité. L’Assemblée nationale a été pillée, mon domicile à Abidjan et à Azaguié, ma famille menacée et pillée. C’est aussi vrai pour l’ensemble des députés. Nous avons trouvé un corps en putréfaction à l’Assemblée nationale, tous les bureaux cassés et pillés. Les députés se sont demandé dans quelle mesure avoir la sécurité. Le président a donné des instructions pour que l’Assemblée soit sécurisée, parce que depuis les pillages, chaque jour il y a des gens qui passent pour ramasser encore ce qui est resté.

Nous avons parlé d’Etat de droit. Expliqué qu’il était important qu’en début de mandat, conformément au vœu de l’Union africaine, que le président puisse avoir une prestation de serment régulière. Le président a donné son accord. Et je crois savoir, si je ne trahis pas de secret, que le président du conseil constitutionnel, Yao N’dré est en route pour Abidjan et probablement arrive demain et très rapidement, le président m’a dit qu’une cérémonie sera organisée pour rester conforme au voeu de l’Union africaine.

Je lui est dit par ailleurs que par rapport à la sécurité, de nombreux militants du Fpi et de Lmp, ceux qu’on appelle pro-Gbagbo, étaient très inquiets pour leur sécurité dans les quartiers, qu’ils étaient dénoncés, indexés comme si être militants de ce mouvement était une tare, ils se cachaient, ils se sentaient brimés. Ceux qui ont fui et qui sont au Ghana, au Togo et au Bénin, ce serait bien qu’on puisse aller vers une détente pour que rapidement, ces militants se sentent sécurisés dans les quartiers.

Je lui ai de surcroît signalé plusieurs appels reçus d’amis, de familles et de populations qui disent que nous sommes poursuivis et battus dans les quartiers, simplement parce que nous sommes Bété. Cela ne peut pas être un défaut. L’ethnie n’est pas un défaut. L’on peut reprocher des choses au Fpi, ce n’est pas aux Bété qu’il faut faire payer. Si l’on veut reprocher des choses à Laurent Gbagbo, ce n’est pas aux Bété qu’il faut faire payer. Jamais nous n’aurions de réconciliation, jamais nous n’aurions de paix. Le président de la République a pris le téléphone, il a appelé les ministres concernés, pour que des enquêtes soient faites rapidement et que cette situation s’estompe. Parce qu’il n’ a pas envie de gouverner au nom d’une ethnie ou d’un groupe quelconque.

J’ai profité pour lui dire que l’Assemblée nationale faisait sa séance solennelle d’ouverture mercredi 27 avril 2011, première session ordinaire pour l’année 2011. J’en ai profité pour lui dire que la mission, c’est la tension, l’absence d’Etat pour le moment, les fonctionnaires qui ne vont pas travail, les policiers et les gendarmes apeurés, les militaires effrayés, que ce serait bien qu’il parle aux Ivoiriens encore une fois. mais non pas dans une interview classique comme nous l’avons déjà vu, mais que la tribune de l’Assemblée nationale pourrait être une tribune à partir de laquelle il pourrait exactement dire aux Ivoiriens où il va, comment il veut y aller, avec qui et dans quelles conditions de sécurité, de réconciliation, de détente. Les députés m’avaient demandé de lui adresser une invitation pour le 27 avril pour qu’il vienne s’adresser aux Ivoiriens ; Le président m’a dit qu’il donnait son accord et qu’il se préparerait pour cette date.

Je pense que si dans les quartiers, les uns et les autres arrêtaient de se bagarrer, si ceux qui ont les armes arrêtaient de menacer ceux qui n’en ont pas, si ceux qui sont Rhdp arrêtaient de faire peur à ceux qui ne le sont pas, si les représentants locaux du Pdci et du Rdr arrêtaient de faire peur à ceux qui ne sont pas Rhdp, peut-être que nous aurons une chance extraordinaire de reconstruire ce pays.
Si jamais, certains pensent que l’arrivée de Ouattara au pouvoir c’est le pouvoir au Dioula, le pouvoir aux Nordistes, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, alors c’est le chaos promis. Jamais il n’y aura de réconciliation, de paix, d’Etat, de nation.

Là où nous sommes, nous sommes loin du fond du puits. C’est vrai que les temps sont durs mais les Ivoiriens pensent que nous sommes tombés, c’est grave, mais il y a pire que la situation dans laquelle nous sommes. Il faut regarder ce qui s’est passé à Haïti ou en Somalie. Donc, on n’a pas encore vu le pire, il existe, faisons tout pour l’éviter ».

Propos retranscrits par H. ZIAO

Source : L’Inter

Côte d’Ivoire. Vous avez dit : désinformation ?

Laurent Gbagbo est tombé ! Cela était prévisible ! Ce n’était plus qu’une question de temps.

Pourtant, je n’ai douté à aucun instant que ce résistant de la première heure ne cèderait jamais aux menaces et ultimatums lancés çà et là par Sarkozy, Ban Ki Moon, Choï, Soro, Ouattara… En aurait-il pu être autrement ? Peut-être…Ce ne serait pas la première fois que l’armée française essuierait une défaite militaire humiliante en terre étrangère comme ce fut le cas en Algérie ou en Indochine et peut-être bientôt en Libye…Cependant la victoire présente de la France (car c’est bien comme cela qu’il conviendrait de la nommer) ne se situe pas tant sur le plan militaire que sur le plan de la désinformation.

J’ai été frappé par le nombre d’observateurs et surtout africains pourtant à priori instruits et dotés d’esprit critique, jeunes ou vieux, issus de la diaspora ou vivant sur le continent qui sont, aujourd’hui encore, absolument convaincus que Gbagbo a perdu les dernières élections. Mon propos n’est pas ici de soulever l’éternel débat sur le véritable vainqueur de ces élections…D’ailleurs, je pense personnellement qu’on ne saura jamais s’il se nomme Gbagbo, Ouattara, Compaoré ou Choï.Ma conviction est que la soif de transition démocratique grandissante des populations africaines a été savamment récupérée par les médias occidentaux relayés, volontiers, par une certaine « presse » africaine dont les articles et journaux télévisés ne sont généralement que des copies médiocres des dépêches AFP agrémentées de l’accent et du parler locaux (il suffit pour s’en convaincre de regarder le journal de 20h de la RTS, la chaîne publique sénégalaise, avec ses pâles captures d’écrans de la chaîne France 24)!

En posant d’emblée que Laurent Gbagbo a perdu les élections de 2010, il ne restait plus à la presse occidentale d’ailleurs beaucoup moins libre qu’elle ne le croit ou veut bien le faire croire, qu’à en convaincre la « majorité » pour en faire un homme détesté et rejeté même en Afrique par toute une partie du continent car considéré comme un autre dictateur potentiel dans la lignée de Bongo, Biya ou Ben Ali et légitimer son renversement par un coup de force. Biensur, je fais ici l’hypothèse que l’UA, la CEDEAO et toutes ces pseudo-institutions d’intégration portent effectivement la voix des africains, ce dont je ne suis plus tout a fait convaincu.

Evidemment, plus personne sur le continent, ne veut de dirigeants de cette caste à l’heure des révolutions au Maghreb et de la montée généralisée du ras-le-bol dans nombre de pays africains ! Le pari est donc gagné. La France, humblement autoproclamée, « pays des droits de l’Homme » vole à notre secours !! Merci qui ?

Souvent, lorsque je discute de la situation en Côte d’Ivoire avec des collègues ou amis, je me rends assez vite compte qu’ils sont à court d’arguments réels quand je leur demande ce qui leur fait croire que Gbagbo a perdu les dernières élections ?

Leur premier argument est souvent d’évoquer la scène surréaliste de la conférence de presse au cours de laquelle un représentant du camp Gbagbo arrache les fiches censées contenir les résultats provisoires des élections des mains de Mr Bakayoko, porte-parole de la CEI. Ce serait là d’après eux, bien LA preuve que ces résultats n’étaient pas en faveur de Gbagbo…Appréciez vous-mêmes la solidité d’un tel argument…

D’autres prétendent être convaincus que Ouattara a gagné car il s’agit là des résultats définitivement publiés par la CEI (devant les caméras des TV françaises et dans le confort de l’Hôtel du Golfe, QG du camp Ouattara…), acceptés par « toute la communauté internationale » qui n’aurait aucune raison d’être aussi « unanime » à demander le départ de Gbagbo si ce dernier n’avait pas « réellement perdu » les élections ! Cet argument me parait totalement fallacieux et naïf, au moins pour deux raisons. La première est que les résultats compilés par une commission électorale, quelle qu’elle soit, et dans n’importe quel pays, n’ont de caractère légal, officiel et définitif que lorsqu’ils ont été validés par les institutions en place dont en premier lieu dans le cas ivoirien, le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire.

On pourrait légitimement se demander ce que valent les décisions prises par ces institutions lorsqu’elles sont incarnées par des personnalités proches de l’exécutif et jugées pas suffisamment objectives. Cependant, je voudrais qu’on me cite un seul pays au monde où le Conseil Constitutionnel ou son équivalent serait une sorte d’organe froidement « indépendant » coupé de toute sensibilité politique et incarné par des hommes sans aucune sensibilité politique ou qui, même s’ils en avaient une, agiraient toujours et en toutes circonstances en toute objectivité… Le problème ne viendrait-il pas plutôt du fait que la France continue de considérer les anciennes victimes africaines de sa cupidité et de sa violence intrinsèque comme insignifiantes et peuplées de sous-hommes, par définition, incapables de mettre en place des institutions solides ?

La deuxième concerne ce que les médias nomment avec un mépris total de l’intelligence des masses populaires : « communauté internationale ». Sorte de terme fourre-tout ou chacun met ce qu’il veut du moment où cela préserve ses intérêts. Qui a déjà rencontré une personne, une seule, capable de définir ce qu’est la communauté internationale ? Il suffit souvent que un ou deux membres du conseil de sécurité des Nations Unies soutienne une position et fasse jouer ses lobbies pour que « l’ensemble de la communauté internationale » « pense » que, « considère » que, « refuse » que… En l’occurrence Obama et Sarkozy auraient toute légitimité de parler en notre nom à tous… « La communauté internationale » serait en fait une sorte de super-Etat composite où tout le monde est d’accord sur TOUT et dont le président serait d’ailleurs depuis 5 mois, un homme noir (chouette, après Obama, un autre Noir dirigeant une superpuissance) en la personne de Alassane Ouattara, dont le titre officiel devrait être : président élu de la « communauté internationale ».

Enfin, les autres arguments tournés en boucle sur les médias de sorte à ce qu’ils soient perçus comme des vérités évidentes par tous sont pêle-mêle régime « génocidaire », « totalitaire », « massacres » à grande échelle, auteur d’ « exactions », « charnier » de Yopougon, « dictature », petit professeur d’histoire insoumis, danger pour les intérêts de Bolloré, menace pour la monnaie de singe qu’est le franc CFA. Oups, les trois derniers arguments ne doivent bien sur pas sortir du cadre des salons de chancelleries …

J’en appelle au sens critique des peuples d’Afrique et surtout de la jeunesse de mon continent. Ne nous laissons plus manipuler de la sorte. Cela n’a que trop duré. Bien sur je suis conscient de la complexité de la tâche, car pour l’heure, nous ne pouvons hélas pas compter sur une presse responsable et émancipée de la « bien-pensance » ambiante.

Nous ne voulons plus de dirigeants, diabolisés de leur vivant et sanctifiés plusieurs années après leur mort quand la vérité aura éclaté au grand jour et que nous aurons enfin compris. Ce fut le cas de Lumumba, Sankara ou Sékou Touré.

Nos dirigeants de valeur, qui sans être des enfants de chœur, incarnent une certaine idée de la fierté africaine, nous les préférons vivants, aux commandes et justes humains que morts et sanctifiés !

KmT BA
Sénégal

Source : cameroonvoice.com

“L’art de vaincre sans avoir raison est le propre de l’occident” (Aminata Traoré)

L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne relève de l’ingérence, affirme l’essayiste et militante altermondialiste. L’ancienne ministre de la Culture du Mali plaide pour une démocratie africaine par et pour les peuples, propre à émanciper le continent du pillage néocolonial.

Vous avez longtemps vécu et travaillé en Côte d’Ivoire. Que ressentez-vous à la vue du chaos dans lequel est aujourd’hui plongé ce pays?

Aminata Dramane Traoré : Je suis horrifiée. Nous devons cette nouvelle humiliation à notre immaturité politique qui consiste à réduire la démocratie aux élections en perdant de vue le jeu des intérêts dominants et l’asymétrie des rapports de forces.

L’attaque de la résidence du président Laurent Gbagbo et son arrestation ne sont ni plus ni moins qu’une illustration de ce que cheikh Hamidou Khan appelle l’art de vaincre sans avoir raison, qui est le propre de l’Occident.

Je suggère dans ma Lettre au président des français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général une inversion des priorités de manière à privilégier le projet de société, à faire de l’élection le choix de gouvernants capables de réaliser ce projet dans le respect des aspirations des peuples. Riches de leurs expériences individuelles, les principaux protagonistes de la crise ivoirienne (Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara et Konan Bédié) auraient pu, dans une telle perspective, diagnostiquer les politiques économiques mises en œuvre et proposer des alternatives au système capitaliste qui a fait de la Côte d’Ivoire un réservoir de matières premières avec les conséquences sociales, politiques et écologiques que l’on sait.

L’absence de débats de fond sur les conséquences catastrophiques du système néolibéral sur l’emploi, l’agriculture et les sociétés paysannes, le revenu, l’éducation, 
la santé, la cohésion sociale, la relation au pouvoir et à l’argent nuit considérablement à la construction d’une démocratie conforme à la demande des Africains.

Je ne vois pas comment ni pourquoi la démocratie qui est en crise en Occident pourrait faire des miracles en Afrique au point de justifier une expédition punitive. Mais, à propos des dominés, les dominants ne se posent pas ce genre de questions.

Comment jugez-vous la participation des militaires français de la force Licorne à l’offensive militaire qui a délogé Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle, le 11 avril dernier?

Aminata Dramane Traoré. À ce sujet, on en entend des vertes et des pas mûres de la part des officiels français et des prétendus spécialistes de l’Afrique. Leur thèse peut être ainsi résumée : l’Afrique se mondialise et décide librement de faire du commerce avec les partenaires de son choix, la Chine étant l’un des plus importants. La France et les autres puissances occidentales ne voient pas, semble-t-il, de mal à cette situation. Elles seraient tout simplement soucieuses de nous mettre sur le droit chemin de l’État de droit, qui passe par des élections régulières, transparentes et propres.

Les Ivoiriens n’y seraient pas parvenus tout seuls par la faute de Laurent Gbagbo qui, après avoir été battu, semble-t-il, au deuxième tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 par Alassane Ouattara, se serait accroché au pouvoir.

Les tenants de ce discours le classent aussitôt parmi les dictateurs à qui la France se doit de donner un « avertissement », comme l’a exprimé le premier ministre français, François Fillon, à l’Assemblée nationale. On est stupéfaits par une telle arrogance quand on se réfère à l’opinion que les Français se font de leur démocratie et à la cote de popularité du président Sarkozy, qui est au plus bas.

À mon avis, la France de Nicolas Sarkozy est intervenue militairement, avec les Nations unies en cheval de Troie, pour ce que je considère comme une action de dressage démocratique de l’homme africain. Une bonne partie des populations civiles à défendre ont non seulement présent à l’esprit le discours de Dakar, mais sont parfaitement conscientes des humiliations de l’immigration « choisie » dont le président français est le père. Son nouveau ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, en remet une couche en s’attaquant à l’immigration légale. Si nous comprenons bien, le soutien aux « révolutions » et à la « démocratisation » a des limites. La France nous aime libres et en démocratie. Mais entre nous et chez nous.

Peut-on résumer la crise ivoirienne à une crise postélectorale, à un contentieux entre un «président reconnu par la communauté internationale» et un perdant accroché au pouvoir?

Aminata Dramane Traoré. Le contentieux électoral est le prétexte qui, lorsque les enjeux économiques et géostratégiques l’exigent, peut servir de justification à toute sorte d’agression. Mis à part cette instrumentalisation, je ne vois aucune raison de mettre un pays souverain à feu et à sang. Point n’est besoin de rappeler que ce type de contentieux se règle souvent sans qu’aucune goutte de sang ne coule. Nous connaissons bon nombre de cas où les redresseurs de torts ont fermé les yeux sur les fraudes et sont même allés parfois jusqu’à inverser les résultats électoraux.

En somme, loin d´être un problème ivoiro-ivoirien, cette crise est l’une des expressions tragiques de la marche chaotique et macabre du monde depuis la chute du mur de Berlin.

Laurent Gbagbo ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette longue crise?

Aminata Dramane Traoré. Pas plus que la France et les Nations unies qui, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, ont joué sans en avoir l’air la carte du « tout sauf Laurent Gbagbo ». Il suffit de se référer à l’édifiant documentaire de Patrick Benquet, la Françafrique, pour comprendre l’ingérence permanente dans nos affaires.

Le passé et le profil de Laurent Gbagbo ne répondent pas aux critères des maîtres du monde dans leur casting des dirigeants des pays dominés. Il fallait qu’il parte. Tous les leviers possibles et imaginables ont été actionnés pour atteindre cet objectif. La mauvaise volonté dans le désarmement de la rébellion, l’asphyxie, ces derniers mois, de l’économie ivoirienne, sans crainte aucune de la souffrance humaine induite par les privations et les pénuries, ainsi que le lynchage médiatique sont autant d’armes au service de l’ingérence et de la déstabilisation.
Je rends personnellement hommage à un homme de courage et de dignité qui a été le premier à défier l’un des hommes politiques les plus puissants du continent africain et à avoir fait de la prison avec sa femme au nom du multipartisme et de la démocratie.

Qu’y a-t-il de commun entre les interventions en Côte d’Ivoire et en Libye? La «protection des civils» est invoquée dans un cas comme dans l’autre. Que pensez-vous de cette invocation, qui est un autre nom du droit d’ingérence humanitaire?

Aminata Dramane Traoré. Il y a lieu d’étudier de manière approfondie les similitudes et les différences entre ces deux situations. L’une de ces similitudes est l’instrumentalisation des populations civiles qui, dans le cas de la Côte d’Ivoire, sont d’abord victimes de la dérégulation et de la déprotection dans le cadre du libéralisme économique. Contentieux électoral ou pas, les Ivoiriens étaient déjà confrontés aux difficultés croissantes d’accès à l’emploi, à l’alimentation, aux soins de santé.

Ce sort qu’ils partagent avec l’immense majorité des Africains soumis aux diktats du FMI et de la Banque mondiale n’est pas de nature à perturber les dirigeants occidentaux qui, subitement, prétendent voler au secours de la veuve et de l’orphelin à coups de missiles « humanitaires ».
L’argument invoqué est le même dans le cas des deux pays en vue de susciter le maximum d’indignation à l’égard des dirigeants que l’Occident a décidé d’évincer.

La différence de taille entre la Libye et la Côte d’Ivoire, c’est que le lâchage de Muammar Kadhafi, qui était devenu un partenaire privilégié, se situe dans la droite ligne de celui de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte.

Comment jugez-vous le rôle joué par les Nations unies tout au long du processus électoral, puis lors de l’offensive contre Laurent Gbagbo?

Aminata Dramane Traoré. Le rôle joué par l’ONU en Afrique est le même depuis la fin des années cinquante. Conçue par les grandes puissances, cette organisation sert leurs intérêts. L’ONU n’a jamais été un instrument de paix en Afrique. En 1960, à propos de la mort de Patrice Lumumba, Franz Fanon écrivait : « Il ne fallait pas faire appel à l’ONU. L’ONU n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue, c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur. » (1) C’est dire jusqu’à quel point il est urgent de repenser le cadre normatif des relations entre les nations.

Comment le continent africain peut-il, dans un tel contexte, reprendre en main son avenir?

Aminata Dramane Traoré. L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne en Côte d’Ivoire constitue, de mon point de vue, l’un de ces grands moments de dévoilement de la nature injuste et cynique du monde actuel. L’assujettissement des classes dirigeantes africaines fait partie de l’agenda de l’Occident. Il leur faut aller à l’assaut de l’Afrique pour s’assurer le contrôle des matières premières, des ressources naturelles indispensables à leurs politiques de croissance et de compétitivité face à la Chine.

Nous sommes rattrapés, en Afrique, par des questions de fond qui n’ont pas été examinées avec rigueur. Nous nous devons de les mettre à plat. La première question qui me semble essentielle est : quelle Afrique voulons-nous à la lumière de l’état du monde globalisé, fragmenté et de plus en plus violent ?

Si nous parvenons à nous saisir de cette question au niveau de chaque pays, des différentes sous-régions et du continent en outillant les populations de telle sorte qu’elles puissent s’impliquer à fond dans l’analyse de l’état des lieux, la formulation, la mise en œuvre et le suivi des solutions pourront jeter les bases d’une démocratie africaine par et pour les peuples.
C’est un chantier gigantesque, mais exaltant, qui n’a rien d’impossible si les élites acceptent enfin de se réconcilier avec le continent.

(via humanité.fr)

Libye: Un pas de plus de la France dans la guerre

Nicolas Sarkozy a promis ce mercredi une intensification des raids aériens internationaux contre les forces de Mouammar Kadhafi au président du Conseil national de transition libyen (CNT). Le président français a ainsi répondu favorablement aux demandes de Moustapha Abdeljalil, pour la première fois reçu à l’Elysée ce matin. Hier déjà, le Premier ministre François Fillon, avait évoqué cette amplification.

  • Pas de troupes au sol

La France exclut toujours une intervention terrestre. « Ce n’est pas la résolution 1973 » du Conseil de sécurité de l’Onu, qui a autorisé les frappes aériennes, a dit le ministre de la Défense, Gérard Longuet après le conseil des ministres, tout en admettant que c’était « un vrai sujet qui mérite une réflexion internationale ». « Nous ne prenons pas d’initiative pour demander une nouvelle résolution du Conseil de sécurité », a précisé en parallèle le porte-parole du gouvernement, François Baroin.

  • … mais des officiers sur le terrain

François Baroin a cependant confirmé que des pays de la coalition, dont la France, enverraient « un petit nombre d’officiers de liaison auprès du CNT afin d’organiser la protection de la population civile ». Il a précisé que le nombre de ces officiers envoyés par la France serait inférieur à dix. Le Royaume-Uni a fait mardi une annonce similaire.

  • Bernard-Henri Lévy aux manettes

Selon l’écrivain français Bernard-Henri Levy, qui joue les intermédiaires entre le CNT et Paris depuis le début, trois militaires – un Français, un Britannique et un Italien – sont déjà dans la salle d’opérations des insurgés à Benghazi. Leur rôle est « d’éviter les bavures » comme celle qui s’est récemment soldée par la destruction par erreur de quatre chars des insurgés, a-t-il expliqué à Reuters. « L’ambassadeur de France m’a lui-même présenté le 10 ou le 11 avril dans les bureaux du président du CNT le capitaine de corvette français qui venait d’arriver pour servir d’officier de liaison », a souligné Bernard-Henri Levy.

Selon une source familière du dossier, les Britanniques auraient aussi dépêché en Libye une vingtaine de membres de leurs forces spéciales et les Français 10 à 15, dont plusieurs à Misrata. Ce que Paris ne confirme cependant pas. Cet après-midi, Rome a annoncé mettre dix instructeurs militaires à disposition du CNT.

  • Abdeljalil dans la roue de Sarkozy

Moustapha Abdeljalil, qui était accompagné par plusieurs autres membres du CNT et devait être reçu mercredi après-midi par François Fillon, est un des premiers dignitaires du régime Kadhafi à avoir fait défection. Pour la Bulgarie, ce magistrat reste l’homme qui avait confirmé la peine de mort de cinq infirmières bulgares accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens et dont le président français a obtenu la libération en 2007.

Soucieux de donner une crédibilité politique au CNT alors que se pose la question de la succession de Kadhafi, Nicolas Sarkozy n’en a pas moins multiplié les attentions à son égard. ll l’a ainsi accueilli et raccompagné sur le perron de l’Elysée entre deux rangées de gardes républicains. Le président du CNT a pour sa part promis l’édification d’un Etat démocratique et s’est engagé à lutter contre le terrorisme, l’immigration illégale et « la traite des êtres humains ».

La stratégie semble payer puisque le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Union européenne (UE) ont apporté à leur tour cet après-midi leur soutien au Conseil national de transition, au terme d’une réunion à Abou Dhabi.

Monde – l’Humanité.fr

Niger : La fortune de son « Excellence Tandja »

C’est probablement l’une des plus grandes opérations de blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest. Au centre de ce dispositif, des centaines de millions de dollars appartenant à un homme d’affaires que ses interlocuteurs désignent par « Son Excellence Tandja », et qui serait d’après ses dires le fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Questions : quelle est la vraie identité de son Excellence Tandja ? Dans quelle mesure bénéficie-t-il (ou pas) de la protection active ou passive des hautes autorités béninoises ?
Surprise, les billets sont vrais, comme le montre le numéro de série de ce billet de 100 dollars.

La cinquantaine consommée, « Son Excellence Tandja » vit dans une belle villa à Cotonou, avec portail électrique, caméra et double haie de gardes armés. Dans le sous-sol de cette villa, une vingtaine de véhicules de prestige sont garés, allant de la Ferrari à la Porsche Panamera, au 4×4 Range Rover 5L dernier cri, en passant par la Bentley et même la Rolls Royce décapotable, présentée comme étant la voiture du président Mamadou Tandja.

Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso.
C’est là, dans cette villa cossue, que « Son Excellence Tandja » reçoit les nombreux porteurs de projets, des Occidentaux en général, à la recherche de capitaux. Le rituel de la réception est le même, ressemblant au procédé nigérian bien connu. Le visiteur est d’abord ébloui par la belle collection de voitures. Puis c’est l’escalade. A environ 1,5 kilomètre plus loin, dans une résidence protégée par des gardes de la douane béninoise, c’est le Pérou. Après avoir traversé une forteresse de sécurité, franchi un portique de détection sous le regard vigilant de quatre ou cinq douaniers, « Son Excellence Tandja », accompagné souvent d’un porteur de projets à la recherche de capitaux, est reçu par de hauts gradés qui lui remettent les clés d’un local. Appartenant à l’Etat, à un transitaire en douane ?

Le mystère de la chambre noire

Il s’agit d’une pièce d’environ 6 mètres de long, 5 mètres de large et 2,5 mètres de hauteur. Une trentaine de malles de couleur verte sont entreposées, nous confirment tour à tour deux investisseurs français qui ont eu à faire ce tour. A chaque malle correspond un numéro. Les malles sont remplies de billets de 100 dollars. Nous reproduisons ici un de ces billets, avec son numéro de série, qui devrait permettre à la BCEAO et aux autorités monétaires d’en retracer la provenance. Sur chaque liasse, il y a un lien avec la marque FED. S’agit-il de faux billets ? C’est le réflexe de tout investisseur qui atterrit dans cette caverne d’Ali Baba. Pour tuer tout doute, « Son Excellence Tandja » demande à son visiteur de prendre trois ou quatre billets au hasard dans la malle de son choix et d’aller procéder à des vérifications à la banque. Surprise, les billets sont vrais, comme le montre le numéro de série du billet de 100 dollars utilisé dans l’illustration de cet article.

En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA.
Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso. Selon ses dires, l’argent a été amassé quand son père était président du Niger. La fortune proviendrait de pots de vin prélevés à chaque fois que les sociétés minières venaient renouveler leurs droits d’exploitation. Les groupes miniers payaient environ 250 millions de dollars par mine.

Une étrange proposition

En fait, passée cette visite guidée dans la mystérieuse chambre noire gardée par la douane béninoise, les affaires se compliquent. L’investisseur qui mort à l’hameçon est immanquablement invité à créer une société locale. Ce qui, dans le cas de notre informateur, fut fait après paiement de 50% du capital et des frais inhérents à la structure. Notre porteur de projets créera une société dénommée Moon Export, au capital de 150 000 euros. Les différentes démarches pour la constitution de l’entreprise sont faites à l’aide d’un notaire, Armel Genèse De Souza, qui nous confirmera bien avoir enregistré une telle entreprise.

Seulement, monsieur Armel De Souza, conseiller financier de « Son Excellence Tandja », qui se présente comme docteur d’Etat en Droit, notaire agréé et administrateur d’une grande banque ouest-africaine, ne serait ni enregistré comme notaire à Cotonou (d’après les précisions de la banque en question), encore moins reconnu comme administrateur par ladite banque, qui nie tout lien avec ce notaire. S’agit-il d’une arnaque à la nigériane ? L’argent viré pour le compte de Moon Export dans le compte bancaire ouvert en son nom auprès d’une agence de la fameuse banque en question sera retiré par une personne tierce, au grand étonnement du porteur de projets qui, après avoir signé un accord de prêt de plus de 6,3 millions de dollars, avait présenté des brevets de sa société en garantie.

En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA. Toute cette histoire s’est passée entre juin 2010, date du « recrutement » du porteur de projets à Casablanca par un rabatteur, et octobre 2010, quand ledit investisseur, qui a libéré le montant nécessaire à la création de son entreprise, s’est rendu compte qu’il était au centre d’une affaire qui le dépassait. Soupçonnant une opération de blanchiment d’argent à grande échelle, le porteur de projets demande à se retirer et à être remboursé des frais de constitution de sa société, ainsi que des coûts inhérents à ses différents déplacements et démarches. Soit, en tout, 120 000 euros. Il n’en sera rien pour ce porteur de projets qui craint aujourd’hui qu’une autre personne, une autre signature, n’utilise sa société pour effectuer des transferts de capitaux. Cela d’autant qu’une nouvelle société, Stop Exchange Service, a été constituée par la suite à la même adresse que Moon Export, avec l’aide du notaire Armel De Souza.

Bienvenue chez les experts en défiscalisation

D’autre part, il s’avère que « Son Excellence Tandja » a fait recours à une société parisienne, sise rue Lafayette et spécialiste de la défiscalisation. C’est à travers cette société parisienne que la Stop Exchange Service a été ouverte à Cotonou à la même adresse que Moon Export, avec un compte ouvert à la même banque que le compte de Moon Export. Pour faire doublon ?
Quand nous l’avons contacté, le notaire a botté en touche, nous rappelant qu’il a exécuté des missions de création d’entreprise pour des clients. Contacté aussi par nos soins, l’agent de la société française à l’origine de la création de la Stop Exchange Service nous dira n’être qu’un « commercial » de ladite société. En revanche, il confirmera bien l’identité de « Son Excellence Tandja », qui est selon ses dires le fils du président Mamadou Tandja. Un homme courtois qui a « fait de hautes études en France et possède une résidence à Neuilly sur Seine ». La société française en question est-elle en train d’aider « Son Excellence Tandja » à transférer des capitaux dans les paradis fiscaux ? Non, rétorque celui qui se présente comme un « commercial », pour qui « “Son Excellence Tandja” est un client que nous accompagnons dans ses investissements ». Le « commercial » nous précisera que « Son Excellence Tandja » est une personnalité importante accueillie à sa descente d’avion à Lomé et à Cotonou par une limousine qui se gare au pied de son avion. Après l’échange avec le « commercial », nous avons été contactés par mail par le PDG de cette entreprise française championne de la défiscalisation, qui, tout en se disant victime d’une tentative d’extorsion de fonds de la part de notre informateur, rappelle la mission de son cabinet, « spécialiste de la défiscalisation en loi Girardin et loi TEPA ». Nous reviendrons plus amplement sur cette société, ses ramifications et ses opérations étalées sur trois continents dans nos prochaines éditions.

La vraie identité de « Son Excellence Tandja »

En attendant, le mystérieux « Son Excellence Tandja » est aux abonnés absents. Injoignable au téléphone, inaccessible à travers ses mails, cet homme constitue la clé de l’énigme. S’agit-il du fils de l’ancien président nigérien aujourd’hui en prison, ou d’un homme au centre d’un dispositif de blanchiment et de détournement d’argent provenant de l’aide du FMI, de donateurs divers voire d’autres sources ? En se référant au passeport utilisé pour l’établissement des actes notariés et l’ouverture du compte bancaire, il s’agit bien de Abdel Rahman Tandja, diplomate de nationalité nigérienne et fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Autre élément qui plaide pour cette identité, la plainte déposée récemment pour diffamation par l’entreprise française spécialiste de la défiscalisation contre notre informateur. Dans cette plainte déposée devant la justice française apparaît le nom complet du client, Abdel Rahman Tandja. Malgré cette assurance, de nouveaux rebondissements vont faire jour à Cotonou.

Selon un travail de recoupement, nous avons pu recueillir l’autre identité (la vraie ?) de « Son Excellence Tandja ». S’agit-il vraiment du fils de Mamadou Tandja ? Quels sont les liens de « Son Excellence Tandja » avec les banques et, en particulier, avec la banque évoquée dans cet article ? (à suivre)

Actuniger.com

Gabon : Le plan d’Ali pour capter l’héritage d’Omar

Lui-même longtemps écarté du cœur financier du pouvoir par son père, Ali Bongo tient aujourd’hui sa pléthorique fratrie bien à distance du Palais du bord de mer. Il ignore superbement ses demi-frères et demi-sœurs, et veille soigneusement à les dégommer de postes trop stratégiques. Au quotidien, il surveille le dossier très sensible de la succession patrimoniale d’Omar Bongo, décédé le 7 juin 2009. Deux ans après la disparition du doyen, le partage de l’héritage est prévu en juillet. Les descendants de l’ancien président sont en émoi et se concertent. Enquête exclusive chez les Bongo !

Le clan Bongo vole en éclat – Ali a planté le décor lors des funérailles d’Omar Bongo. Dans la soirée du 11 juin, les membres de la famille réunis à la présidence se sont entendus dire : « Papa, c’est fini. Il faut faire autre chose, et j’en ai les moyens ». Depuis, le clan composé de 52 enfants reconnus par l’ancien président a littéralement explosé. Si Ali reste proche d’une branche de la fratrie qui comprend Frédéric, Alex, Albert-Fabrice et Arthur, il a en revanche marginalisé Pascaline.

Autrefois puissante directrice du cabinet d’Omar Bongo, « madame sœur » est d’ailleurs rarement présente au palais. Idem pour Anicet Adnan et Landry, jugés « indépendants et incompétents ». Ex-directeur général de la comptabilité publique au ministère de l’économie,Jeff a été muté à la paierie de l’ambassade du Gabon en France. De son côté,Christian Bongo a été remercié en janvier de la direction de la Banque gabonaise de développement (BGD). Même discrètes, les frustrations familiales s’expriment ouvertement dans les cercles initiés.

Héritiers prioritaires et secondaires – Ces dissensions sont alourdies par la succession patrimoniale d’Omar Bongo confiée à l’avocate Danyèle Palazo-Gauthier. Ali et Pascaline s’activent actuellement pour faire inventorier et expertiser tous les actifs immobiliers de l’ancien président gabonais en France. Cela représente plusieurs dizaines de millions d’euros. Appartements, immeubles, véhicules… rien n’est oublié.

Objectif ? Proposer aux autres héritiers de consentir au partage de ces biens par rachat de leurs droits indivis par les deux aînés de la famille. Isabelle Damiano-Conynck, notaire historique d’Omar Bongo domiciliée à Nice, a été chargée de s’adresser aux bénéficiaires couchés sur le testament pour leur soumettre cette proposition. Selon nos sources, elle s’est rendue à Libreville, du 31 janvier au 3 février, afin de les rencontrer et obtenir leur accord. Le rachat des droits indivis pourrait être finalisé au plus tard en juillet. Si cette opération vise officiellement à ne léser aucun héritier, elle est perçue par certains d’entre eux comme une mainmise d’Ali sur l’héritage de son père. Ambiance…

Un testament, des questions et des frictions – Le document sur lequel repose cette succession n’arrange rien puisqu’il remonte à 1987 et Omar Bongo n’y aurait ensuite apporté aucune modification. Pas même après le décès, en 1993, de sa fille Albertine ou son mariage avec Edith Lucie, sa troisième épouse après Louise Mouyabi Moukala et Patience Dabany, dont il a eu deux enfants : Omar Denis et Yacine Queenie. Sur ce testament, les héritiers sont scindés en trois groupes : les trois aînés (Ali, Pascaline et feue-Albertine) obtiennent la part du lion.

Viennent ensuite Landry et Anicet, les enfants d’adoption Audrey, Jeff, Grâce, Nadine et Betty, puis deux nièces, dontPhilomène Kouna. Le troisième groupe comprend les autres descendants, dont plusieurs réfutent à mots couverts la validité du document. Quant à Omar Denis et Yacine, par ailleurs petits-enfants de Denis Sassou Nguesso, ils ne figurent pas dans le testament.

D’où les tensions entre Libreville et Brazzaville. Sassou souhaite discuter de cette question avec Ali, qui refuse de se rendre à Oyo. Du coup, le président congolais ne gère, pour le compte de ses deux petits-enfants, que les seuls biens du défunt couple au Congo-B. Même si la part gabonaise de l’héritage leur échappe, les deux héritiers ne devraient avoir aucun souci à se faire pour leur avenir…

La Lettre du continent