Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: avril 22, 2011

BENIN : Forum national de vérité et de sursaut patriotique – Le Forum de la farce, de la ruse et de la honte du renard de Djrègbé

On a beau lui attribuer tous les qualificatifs ou tous les noms, on se surprendra toujours par l’intelligence pernicieuse et la ruse destructrice du « renard de Djrègbé ». Par malheur pour notre pays et encore par ruse, il est actuellement affublé du titre de Médiateur de la République, ce qui, de toute évidence, lui confère depuis quelques temps les attributs et le place au rang de Président d’institution constitutionnelle.

S’il y a des citoyens qui depuis 1960 ont, par leurs actions, causé beaucoup de torts à l’avancée politique et au progrès économique de notre pays, l’actuel Médiateur de la République en fait partie et serait probablement l’un des maux dont le Bénin souffre en ce moment difficile de son histoire. A l’analyse du fonctionnement et de la démarche de ce Monsieur, on se rend compte que toutes les entreprises qu’il met en chantier convergent vers la satisfaction exclusive de ses intérêts personnels au détriment de ceux du peuple béninois au bonheur duquel il donne pourtant l’impression de travailler. Et l’histoire retiendra le nom de ce Monsieur comme celui de la ruse et de la farce faites par cet homme pour détruire notre patrie commune.

Mon propos n’est pas de revenir sur les faits que tout le monde connait déjà puisqu’il est coutumier des coups de poker et des règlements de compte sur fond de ruse et de farce. Mais il est important que les personnes de notre génération et surtout les jeunes se convainquent du rôle destructeur que ce Monsieur a joué et continue de jouer depuis l’avènement du Renouveau Démocratique dans notre cher pays.

Quand je l’ai observé au cours de l’émission de près de deux heures que lui a consacrée notre Office de Radiodiffusion et Télévision (ORTB) où seuls les thuriféraires du régime ont eu droit à la parole, à propos de la crise post -électorale en Côte d’Ivoire et ses leçons supposées pour le Bénin, j’ai compris et je l’espère avec la plupart des béninois qui l’ont suivi, son rôle et son poids dans les nombreux dysfonctionnements que connait le système politique actuel ainsi que le discrédit dont sont couvertes la quasi-totalité des institutions républicaines. Lui-même se positionne d’ailleurs comme une institution et ne s’en cache guère. Il aurait déclaré jadis qu’un homme politique, dont la formation l’a anéanti politiquement sur le terrain au début du Renouveau Démocratique et dans son propre terroir, ne parviendrait jamais au pouvoir au Bénin, de son vivant. Tout un programme n’est-ce pas? Et de façon méthodique, combinant ruse, fraude et farce, il y a travaillé, au vu, au su de tous et à la satisfaction de ses admirateurs. Peut-être ignore t-il qu’il n’est pas Dieu, ni le peuple béninois pour décider ou décréter qui va gouverner le Bénin. Son attitude depuis 2006 inspire honte et dégoût. Malheureusement, il ne connait ni la honte ni le scrupule. Il avance, il produit et vend des idées, mais aussi surtout du vent, du cynisme et cela semble lui réussir pour le moment. De fait, il multiplie les pratiques qui font reculer inexorablement le pays. Il veut produire des idées pour régenter le pays et apprivoiser l’exécutif, d’où l’idée qu’il faut un Premier Ministre pour pallier les insuffisances insurmontables de qui vous savez. Il trace aussi avec patience le chemin irréversible de la Cour Constitutionnelle vers l’imposture en philosophant sur sa prétendue « performance » et ses mérites dans l’accaparement des prérogatives des autres institutions.

La 6ème législature de l’Assemblée Nationale offrira peut-être l’opportunité à notre «savant» de faire goûter au peuple béninois la sauce qui se prépare et dont le fameux forum servira de cuisine et d’ingrédients. Une sauce à laquelle la démocratie béninoise sera mangée. Soyez rassurés, le peuple béninois disposera toujours des ressorts et des ressources pour ne pas avaler cette sauce, et mieux pour réagir un jour, s’il plait à l’Eternel. Il n’est jamais trop tard pour réagir et des exemples sont proches de nous.

Monsieur l’intellectuel tombe parfois dans le ridicule sans le savoir, tellement obnubilé par la soif de régler ses comptes à ses adversaires politiques sur le dos des béninois. Comme récemment cette attitude qui a consisté à claquer la porte à la veille de l’élection présidentielle, lorsque les anciens Présidents Émile Derlin Zinsou et Nicéphore Soglo s’échinaient à négocier avec les acteurs politiques pour trouver une porte de sortie à la crise pré-électorale engendrée par la LEPI. Comme surtout ses propositions bancales pour régler les mêmes errements et incongruités du fameux monstre de la LEPI, consistant à ouvrir des cahiers sur une table dans chaque bureau de vote pour y recueillir les laissés-pour-compte et à transmettre les informations les concernant à la Cour Constitutionnelle qui leur réservera le sort qu’on connait.

Les béninois ont peut-être été surpris d’apercevoir à la télévision nationale, le Médiateur de leur République au salon d’honneur de l’aéroport international Bernardin Cardinal Gantin, lors de la visite éclair de Monsieur Goodluck Jonathan, venu préparer l’esprit des béninois à avaler le hold-up électoral du 13 Mars 2011. A quel titre était-il présent au salon d’honneur? Médiateur? Consultant? Président d’institution? Le mélange des genres et les amalgames font aussi partie de son arsenal avec, en coin, beaucoup de cynisme.

Qu’il vous souvienne qu’en Mars 1996, après avoir réussi à mobiliser Bruno Amoussou et Adrien Houngbedji pour faire revenir Mathieu Kérékou, il avait déclaré, parlant du candidat Nicéphore Soglo: « la bête est atteinte, l’agonie est difficile, mais la mort est certaine« . Si cela n’est pas du cynisme, il y ressemble fort bien. Cela inspire surtout la médiocrité et démontre à souhait le complot permanent d’un homme et de ses commanditaires contre l’édifice démocratique que les béninois ont mis en chantier dans notre pays au prix de lourds sacrifices y compris de privation des libertés depuis Février 1990.

Le forum dont l’idée est actuellement agitée est une étape supplémentaire dans la chaîne hideuse des réalisations du programme de Monsieur Tévoédjrè dont l’ambition est de toujours peser sur le destin du peuple béninois qui semble lui avoir définitivement refusé et mandat présidentiel et mandat législatif. Un éminent et jeune Avocat béninois avait, à raison, semblé indiquer dans un récent article publié sur internet, que ce qui arrive actuellement au peuple béninois, n’est que la résultante des faits et gestes d’un certain nombre de personnalités qui n’ayant pu réaliser leur ambition de diriger le pays par le pouvoir acquis dans les urnes, ont trouvé l’astuce auprès du Prince actuel, pour assouvir leur rêve, que dis-je, leur vengeance sur l’histoire et contre le peuple aux moyens de la ruse et des manipulations de toutes sortes. Cela les arrange et arrange le Prince lui-même.

Les résultats du forum ainsi que l’attente que le paisible peuple béninois pourrait en avoir dépendent largement de la crédibilité de ceux qui en sont les commanditaires et les concepteurs. Avant et pendant la Conférence Nationale de Février 1990, les béninois ont combattu l’arbitraire, la privation des libertés et la mauvaise gouvernance de notre pays. Les béninois qui savent faire des analyses, ceux qui ont la capacité de comprendre la manœuvre et les manipulations qui sont en cours dans notre pays doivent dire NON et rejeter ce projet et cette comédie qui mettront davantage à mal la démocratie béninoise, sans compter la tension qu’ils créeront sur les caisses déjà vides de l’Etat. En somme, c’est un autre marché de dupes, dont les bénéficiaires sont connus pour leur cupidité. Si le peuple leur laisse la main, ils lui prendront bientôt tout le bras et après ils vont le berner pour bien le contrôler sous tous ses ressorts avant de chanter le requiem de la refondation dans cinq ans, comme ils viennent de faire les funérailles du changement.

Si le «produit» proposé au béninois de 2006 à 2011 pour les conduire vers le développement n’a pas comblé leurs attentes, faut-il s’attendre à un miracle de 2011 à 2016? Nous devons en toute légitimité, en douter. C’est de l’hypocrisie et ceux qui proposent ce marché de dupes devraient avoir honte de gaspiller les ressources (temps, finances, ressources humaines, etc.) de notre pays pour satisfaire leur envie de laver leur souillure dans une marre au verbiage après leur forfaiture du 13 Mars 2011. On en a assez des grandes réunions pour tromper le peuple. Il faut une gouvernance de qualité qui rejette définitivement les mauvaises pratiques du régime en place. En observant le silence assourdissant sur les nombreux scandales ayant parsemé les cinq années du système dit de changement et en cautionnant le maintien du même système, l’initiateur du forum se retrouve, de fait, dans un mauvais rôle et dans une entreprise de farce, de ruse et inspire donc aux citoyens ordinaires, la honte.

La chance de ce Monsieur et de ses acolytes, c’est que les béninois sont un peuple épris de paix. S’est-il déjà interrogé de savoir pourquoi malgré les actes anti-démocratiques d’intimidation, de prédation sur les libertés et de bâillonnement de la presse qui sont insidieusement posés tous les jours, les béninois gardent toujours leur calme? S’est-il déjà interrogé de savoir pourquoi malgré le refus du régime, dont il est le consultant, d’admettre la contradiction, sève de tout progrès, «l’interdiction» de l’opposition sur les antennes de l’ORTB, il n’y ait pas eu d’actes de violences, ni le moindre geste de protestation de la part de ses leaders?

Le forum qui est projeté, s’il a l’avantage de réunir des personnes triées sur le volet pour remplir une salle besogne et philosopher sur la gouvernance du Bénin et son avenir supposé, ne comblera pas les attentes des béninois, plongés dans une frustration sans pareille depuis le braquage électoral du 13 Mars 2011, étape cruciale dans la volonté de plomber la démocratie béninoise. Le projet de forum comporte, néanmoins, pour ses commanditaires et ses concepteurs, tous les motifs de continuer à penser que les béninois accepteront toujours tout, y compris les produits de leur rêve.

Vingt et un ans après la conférence nationale des forces vives, il s’est trouvé que son fameux Rapporteur Général court encore et toujours vers la réalisation de son objectif sacré :

VAINCRE LA FATALITE!

Alors que le Mali et d’autres pays qui nous ont emboîté le pas, affinent et polissent leur processus démocratique, les béninois demeurent, depuis plusieurs années, l’otage de la ruse, de la rouerie politique et autres stratagèmes montés pour servir des intérêts bassement égoïstes.

« La paix n’est pas un vain mot. C’est un comportement » a dit l’ancien Président Ivoirien, feu Félix Houphouët-Boigny.

Pendant combien de temps encore la ruse, la fraude et la tricherie présideront-elles à la destinée et à la gouvernance de notre pays? Pourquoi et pendant combien de temps encore leurs auteurs prendront-ils les béninois pour ce qu’ils ne sont pas ?

Questions à qui de droit !

Apollinaire METOGBE

Politologue

Ontario, Canada

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BENIN : La démocratie bafouée – Questions sur la fiction juridico-politique de mars 2011

Nombre de nos concitoyens ont éprouvé, lors de la proclamation des résultats définitifs par la cour constitutionnelle, ce qu’on peut appeler « un choc politique et moral ». Aujourd’hui, l’instrumentalisation du droit constitue, la question fondamentale dans le processus de démocratisation des sociétés africaines.

La manipulation du droit par nos cours et conseils constitutionnels fait planer sur les Etats africains, le spectre de la guerre civile. Elle s’avère donc politiquement dangereuse.

Si en lisant ce texte, l’on est amené(e) à penser que son auteur est partisan, je réponds d’avance : OUI. Oui il est partisan, et Non, il n’est pas partisan d’un groupe ou d’un quelconque parti politique. Il est plutôt partisan au sens noble du terme, d’une idéologie, d’un idéal. Il est partisan et viscéralement attaché à l’idéal démocratique d’une société libre et juste. Ce texte promeut un certain légitimisme en politique, qui soit le plus juste possible. Car nous pensons qu’un pouvoir légitime et légal, dans cet ordre là, est un pouvoir qui garantit véritablement la Paix si chère aux Béninois. Et non l’inverse, encore moins la légalité à elle seule !

Ainsi, nul Béninois, ou démocrate de conviction n’a le droit de rester indifférent à ce phénomène, car l’utilité de la légitimité en politique est justement de mettre à l’abri de révoltes insurrectionnelles, de coups d’état militaires, bref de garantir la vraie paix. C’est le seul et véritable préalable pour la paix que nous implorons tous en ces moments de profonds doutes.

Franchement, ces juristes qui exercent une influence certaine sur la scène politique africaine, ne facilitent pas la tâche aux démocrates de conviction ! Le droit sert aujourd’hui à promouvoir, à justifier la soif de pouvoir, la volonté de domination, la terreur politique.

Qui pourrait nier cette étrange morosité qui s’est abattue sur le Bénin depuis le soi-disant triomphe électoral de YAYI Boni ?

Quiconque aime la liberté, la justice et la démocratie doit s’opposer à cette marche effrénée vers ce que le candidat Adrien HOUNGBEDJI a appelé la « liquidation programmée de la démocratie ». Car on a le sentiment que les « sages » de la cour sont guidés par une haine profonde de la société démocratique.

Cette décision de la cour constitutionnelle affecte l’intégrité morale et la vie privée de chaque citoyen. Elle n’aurait jamais dû exister, y compris sous la menace d’une arme à feu. De telles décisions, nous le savons désormais avec le cas ivoirien, ont mené à une catastrophe politique irrémédiable. Pour le démocrate, la paix civile est le bien le plus précieux dans un pays, la guerre civile, le pire de tous les maux.

Or la politique vise à préparer les conditions pour la formation d’un Etat de droit et l’épanouissement du citoyen dans une société libre, juste et harmonieuse. Mais un tel objectif ne peut être atteint sans la paix, qui est définie par l’écrivain guinéen Lansiné KABA comme « l’instrument et la condition de la concorde sociale ».

Nous, Béninois, sommes attachés à une conception de la politique et de l’Etat basée sur le droit, l’égalité et le contrôle de l’électorat sur les gouvernants. Rappelons que l’alternance constitue le fondement d’une vie politique solide et sereine.

Ces élections du 13 mars 2011, ont oblitéré l’esprit de civisme des béninois et le mauvais usage du droit s’avère dans toutes ses formes, comme un danger contre la démocratie et la paix. La démocratie va aussi de pair avec la notion de vérité. Un pays qui se veut démocratique, ne peut accepter qu’on fasse un piètre usage du droit.

Le Bénin, a-t-on coutume de dire est, par tradition, le pays du bon sens. En ce sens, la mission, la vocation de la cour constitutionnelle aurait dû être de dire véritablement le droit, de servir la démocratie. Or, nous remarquons tous que le droit vient d’être utilisé pour mettre des bâtons dans la grande roue de notre jeune démocratie.

Un jour viendra où les membres de cette cour, après tout, en proclamant de tels résultats, les considèreront comme la pire erreur de leur existence, comme un lourd cas de conscience.

Nombre de Béninois, connus d’ailleurs pour leur remarquable foi en Dieu, se sont demandés : « Mais que fait donc Dieu face à tout cela ? » Il nous semble que Dieu se serait lui même interdit d’intervenir dans nos cuisines terrestres, puisqu’Il a créé le monde, et l’a déjà doté de ses règles et outils. Il s’est ensuite aussitôt retiré, tout en gardant un œil observateur sur l’humanité.

Il se pourrait très bien que cette fiction ne soit pas la première du genre dans notre pays depuis l’historique et mémorable avènement d’un Etat démocratique. Mais une chose est certaine, si d’autres se seraient jouées dans une certaine ombre, on peut dire que celle-ci s’est déroulée sous une lumière tellement perceptible qu’elle en vient à nous éblouir.

Le scénario de cette fiction juridico-politique est bien connu désormais sur le continent. Pour vous en convaincre, suivez donc mon regard ! Notre motivation est simple : interpeller et essayer d’éclairer toutes les consciences libres et engagées de notre continent, afin que chacun prenne ses responsabilités. Comme le disait Hannah ARENDT, les pouvoirs autocratiques et dictatoriaux ne se nourrissent que de la peur et du silence de leur peuple. Le régime s’effondre rapidement dès lors que la peur change de camp : observations du cas Tunisien à travers sa révolution dite du jasmin.

Non, il ne faut conclure aucun pacte diabolique avec les tenants de la liquidation des acquis démocratiques chèrement conquis par notre peuple, depuis la conférence nationale. Il faut refuser ce statu quo politique actuel qui veut que la majorité de la population béninoise accepte un tel déni de sa volonté, la seule qui confère la légitimité politique véritable.

La légitimité transcende le droit établi. Elle se réclame alors d’une idée morale supérieure à la légalité établie. Dès lors que le peuple dans son « entièreté » a choisi librement de se constituer en Etat Souverain et Démocratique, nul n’est besoin de rappeler ici qu’il ne s’agit donc pas pour un présidentiable, de se positionner dans une quête de légitimité de type monarchique fondée sur un droit divin et une tradition. Il s’agit plutôt d’une légitimité octroyée par le suffrage universel, à l’image des Etats démocratiques anciens et réguliers, bien que nous ne puissions pas encore affirmer que le Bénin soit une démocratie solide. Il serait plus juste de parler plutôt de l’Expérience démocratique béninoise. Qu’induit donc tout cela ?

Cela nous amène à écrire que, libre donc à nous, à mi-chemin de nous arrêter et de faire un bilan. Puis, de continuer sur ce cheminement, après avoir décidé unanimement de corriger ce qui devrait l’être, pour approcher d’avantage cet Idéal de démocratie, ou alors de stopper l’Expérience. Il n’appartient qu’au seul et indivisible peuple d’en décider. Sa décision sera alors souveraine.

Pour ma part, je remarque qu’une minorité usurpatrice vient d’opérer un choix capital, en lieu et place du peuple. Quel doit alors être le devoir de la majorité silencieuse de notre peuple ?

Saint Thomas d’Aquin disait que c’est le tyran qui est séditieux et non ceux qui se révoltent contre lui. L’univers s’écroulerait, que les ruines en frapperaient le peuple qui conteste justement un pouvoir, au nom du droit et de la légitimité, sans l’étonner. On ne saurait en dire autant du « vrai » perdant n’assumant pas sa réelle défaite, encore moins de ceux qui soutiendraient une victoire uniquement légaliste.

Bien entendu, force doit rester à la loi, mais encore faudrait-il que l’autorité qu’incarne cette force soit légitimée par le même peuple à travers un suffrage universel LIBRE, TRANSPARENT et JUSTE !!!

Nous appelons cela, un simple rappel de la loi et non la légitimation de la loi. La légitimité ne consiste pas simplement en un rappel de la loi. Il faudrait souligner ici et maintenant que toute légalité a besoin d’une légitimité. Il ne suffit pas de « proclamer » qu’un régime est légitime parce qu’il respecte la loi. La puissance du droit se nourrit de la puissance de fait, autrement dit, d’une légitimité incontestable.

Mais alors, qu’est ce qu’une élection libre ?

Une élection peut être qualifiée de libre dès lors que tout citoyen en âge de voter et en ayant manifesté le désir, accomplit cet acte avec sa pleine et libre volonté, sans influence quelconque, et ceci sur toute l’étendue du territoire national. A l’inverse, cela s’appellerait de l’esclavagisme électoral. L’esclave faisant sous la contrainte, ce que lui dicte le maître.

Quid alors de l’observateur étranger, fût-il de l’ONU, qui ne peut fondamentalement être présent dans tous les bureaux de vote d’un pays à la fois? J’en profite également pour inviter tout un chacun à une extrême lucidité ainsi qu’à l’éveil sur la manipulation de ce concept d’«observateur neutre » même si ce dernier est mandaté par le Conseil de sécurité des N.U.

Bien qu’auréolé de la plus ultime crédibilité et de l’impartialité la plus indiscutable, un groupe d’observateurs  ne doit rendre des conclusions qu’à la condition nécessaire et suffisante qu’il ait déployé des représentants dans tous les bureaux de vote validés de manière collégiale par les membres de la Commission Electorale Nationale Autonome dans les délais prescrits par le code électoral.

Qu’est ce qu’une élection transparente ?

Est transparent ce qui est n’est pas dissimulé, ce qui n’est pas opaque. Ce qui est transparent, se fait au vu et au su de toutes les parties en présence. Par exemple, le fait que dans toute élection au monde y compris au Pakistan et en Afghanistan, les listes de votants et de bureaux de vote soient transparentes pour tous, donc connues de tous à l’avance, représente la véritable pierre angulaire de la transparence. La création par le responsable de la CENA de bureaux de vote fut-ils d’exception, la veille du scrutin, pourrait être considérée dans certaines conditions comme légale, mais si tous les représentants des candidats ne sont pas avisés de toutes les créations de bureau de vote, afin de s’y rendre, on ne saurait alors parler de transparence.

Qu’est ce qu’une élection juste ?

Pour finir, un scrutin juste est un scrutin pour lequel le suffrage est réellement universel, dans le sens où toute personne en âge de voter et ayant réellement manifesté son désir de voter, obtiens bien une carte d’électeur avant le jour du scrutin. Est juste, ce qui est équitable, ce qui est conforme à la règle. Ce qui est exempt d’abus et d’exclusions, et aucune motivation de développement ou de modernisme électoral ne saurait excuser un défaut de justesse. De la même manière, d’habiles excuses publiques après coup, certainement conseillées avec ruse ne sauraient redonner à un scrutin le caractère juste qui viendrait à lui manquer.

Sans la participation pleine et entière des béninois aux différentes élections, la citoyenneté est impossible. Une société qui cesse d’être garantie par ses citoyens n’est fondée sur aucune légitimité populaire. Et Montesquieu a eu raison de souligner que si les mœurs règlent les actions de l’homme, les lois règlent plus les actions du citoyen.

La méconnaissance du principe d’égalité des citoyens par le détenteur du pouvoir et ses partisans conduit à la répression et à la guerre. Lansiné KABA écrit que : « l’esprit d’injustice engendre la guerre, celui de démocratie conduit à la concorde et à la paix ».

Raymond ARON avait également raison d’appeler la démocratie, la vérité indépassable de notre temps.

Je nous invite à avoir toujours à l’esprit que toute avancée technologique génère systématiquement une certaine ambivalence dans le résultat. Je veux dire ici qu’en tout progrès de la science et de la technique, l’homme porté naturellement vers le Vice y trouvera toujours de nouvelles méthodes de déconstruction machiavélique, exactement au même moment où l’homme Vertueux y trouvera de nouvelles opportunités pour son idéal de construction. En ce sens, la LEPI (Liste Electorale Permanente Informatisée) a été utilisée au bénin, comme le plus beau piège du monde.

Le régime issu du pseudo scrutin du 13 mars 2011 est parfaitement illégitime pour plusieurs raisons.

  1. Il arrive parfois qu’un gouvernement soit tenu pour illégitime, « simplement » parce que sa constitution n’a pas obéit en tous points à la légalité formelle. J’entends bien : la Loi électorale ainsi que la Constitution en ses articles relatifs aux échéances électorales. L’établissement en France, en 1940 du régime dit de Vichy était qualifié d’illégitime. Et pour cette raison, la majorité silencieuse française avec à sa tête le Général de Gaulle, à travers un appel à la Résistance (l’appel du 18 juin 1940 de Londres) a fini par obtenir sa libération en juin 1944 avec l’aide du Royaume-Uni et celle des Etats-Unis.

S’il semble aujourd’hui avéré et prouvé que la gestion logistique trop peu rigoureuse par la CENA a lourdement failli et que ces fautes n’ont jamais été sanctionnées, ni par la plus haute juridiction, ni par la collégialité de la CENA elle-même, alors toute personne peut affirmer librement que la loi électorale n’a pas été respectée, encore moins la loi fondamentale. Dès lors, le boulevard de l’illégitimité s’ouvre pour le candidat qui en sortira « vainqueur ». Cette illégitimité est une illégitimité formelle : non fondée donc sur le principe de l’adhésion populaire.

  1. Parfois encore, il arrive que la source de l’illégitimité soit une source morale : un gouvernement qui ferait systématiquement bon marché de la liberté et/ou de la vie de ses concitoyens, ou de certaines catégories de citoyens, sera justement tenu pour parfaitement illégitime quelles que soient les acclamations populistes dont il puisse bénéficier. Qu’il s’agisse, bien sûre, d’acclamations libres ou suscitées.

Et maintenant, quelle légitimité pour le président YAYI Boni?

Jouit-il d’une légitimité tout au moins formelle ? Tout un chacun pourra y répondre en considérant la totalité des recours et irrégularités formalisés et heureusement rendus disponibles sur internet.

Ou alors, se serait-il émancipé d’une légitimité formelle, en faveur d’une légitimité morale ? Encore une fois, uniquement notre libre arbitre pourra nous aider à apporter notre réponse à ce questionnement. A la condition bien sûr de s’employer à être le moins amnésique possible et encore une fois, en nous référant aux divers faits liés à la morale, dans notre pays ces cinq dernières années.

Face à ce hold-up électoral, ce pays entre dans ce que Karl JASPERS appelle « situation-limite », c’est-à-dire une situation qui doit pousser chaque citoyen à penser par lui-même. Il ne serait pas du tout inutile de rappeler ici que notre propre opinion sur un sujet, doit toujours primer sur les opinions empruntées. Et pour exercer librement son jugement, il importe d’éviter tous les amalgames qui à leurs tours, risqueraient de nous faire tromper de combat.

Il nous semble évident que « l’élection de M. YAYI Boni » dès le premier tour du scrutin du 13 mars 2011, souffre cruellement d’une carence en légitimité.

Attention, nous ne prétendons pas que le peuple a toujours majoritairement raison ! En effet, au nom de quoi, un peuple ne pourrait – il pas se tromper ? Encore faudrait-il que toute élection soit LIBRE, TRANSPARENTE et JUSTE, car une élection peut bel et bien être LIBRE, TRANSPARENTE et JUSTE sans pour autant que celle-ci n’aboutisse à la victoire du meilleur ! La victoire du meilleur dépend de son travail sur lui même et surtout de son travail sur le terrain.

Si nous sommes tous d’avis pour dire que la consécration ou l’établissement d’un gouvernement par le suffrage universel direct (et non un suffrage semi-universel) direct, est la base de toute légitimité démocratique, alors la question est maintenant de savoir comment perfectionner notre système électoral dans le sens de minimiser les contestations pré et post électorales.

C’est notre vraie « cause commune » si je puis me permettre !

Puisse ensuite la prière du roi Salomon donner aux membres de la cour constitutionnelle un « cœur intelligent ». Car, qui pourrait nier que ces membres ont abandonné, par leurs décisions, toute prétention de « Sagesse » ?

Décidément, ils ont renoncé à leur position d’ « hommes et de femmes sages » de la nation béninoise; ils se sont installés dans un état d’esprit arrogant sans aucune réelle vision politique.

Disons-le clairement, les décisions de la cour ne sont pas des commandements divins.

A l’endroit du président YAYI Boni :

Monsieur le Président, et si vous réclamiez au plus tôt la légitimité de votre pouvoir, en convoquant à nouveau le corps électoral, tout le corps électoral ?

A ce titre, inspirez-vous de la démarche de notre sage et ancien Président Mr Emile Derlin ZINSOU. En démocrate de conviction, il avait tenu en son temps à légitimer rapidement son pouvoir, à travers le plébiscite du 28 juillet 1968, quelques jours seulement après son investiture du 17 juillet de la même année comme Président de la république du Bénin. Ainsi prendriez-vous date, pour un futur et incontestable come-back, à l’image du président Mathieu KEREKOU en avril 1996.

Ecrit par M. Tite T. ZOSSOU – Ingénieur Télécoms – Paris – contact : titopro_zoss2000@yahoo.fr

Les ingérences de la France se multiplient : Le discours de Bouteflika et les impudences françaises

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, n’a pas su ou pas pu se retenir. Il a commenté les annonces du président Bouteflika. Elles vont «dans le bon sens». Il faut encore une fois rappeler à Alain Juppé comme aux Algériens qui ont accepté le principe de sa déclaration que, dans la droite ligne de la logique démocratique, seul le peuple algérien est en droit de décider quelle est la bonne ou mauvaise direction pour notre pays. Et que seul le peuple algérien est en droit de décider qui est ou n’est pas dans la bonne direction. Jusque dans les années 80, cette intrusion du gouvernement français dans le débat et dans les choix politiques nationaux aurait soulevé une tempête de protestations de la part de l’opinion publique nationale, pouvoir et opposition confondus. Il faut inlassablement répéter ce constat car il est lourd d’enseignements et de périls immédiats sur l’unité territoriale du pays et du peu qui reste de l’Etat national. Car il doit en rester bien peu pour que se multiplient, sans réponse significative, ces ingérences de toutes parts. Il faut ajouter à ce constat l’aisance à demander et à exiger ces ingérences de la part de cercles politiques, économiques et médiatiques indigènes. En nous laissant devant cette angoissante interrogation  de comprendre pourquoi le pouvoir donne droit de cité à ces ingérences quand elles le flattent et valident, ainsi, une sorte de constat de droit du maître, de droit du plus fort, car ces ingérences se font toujours à sens unique. Personne ne se souvient que le gouvernement algérien ou l’un de ses ministres ait porté des jugements de ce genre sur les discours ou les annonces de M. Sarkozy, pas même pour les affaires qui nous touchent directement par leur implication comme cette  stigmatisation permanente de l’islam et des musulmans orchestrée par des hauts responsables fortement marqués par leur appartenance au courant revanchard «Algérie française» et «Occident».

Quand l’ingérence est normalisée

Le drame est que même des gens très intelligents ont repris ces propos comme s’il s’agissait d’une plus-value pour le discours de notre Président sans mesurer l’ingérence. Est-ce si difficile de comprendre ce principe ? Selon toutes les apparences, oui ! Et selon toutes les apparences, les Algériens ont beaucoup changé dans leur perception du message politique et ils ont beaucoup perdu de leur sagacité et de leur subtilité. Car le commentaire d’Alain Juppé ne constitue pas seulement une ingérence flagrante dans notre vie politique interne. Dans le contexte actuel, il s’agit aussi d’une appréciation de ce que permet le rapport des forces actuel et d’un message fort aux impatiences des promoteurs du CNT algérien et de tous ces candidats Ouattara qui attendent un retour d’écoute, qui croient avoir donné la preuve, par l’échec de leurs marches du samedi, de la nature dictatorial du régime et du caractère retors du Président. Et le message est simple : il n’est pas possible de mettre un deuxième fer au feu et avec leurs prolongations libyennes pas question de commencer la première mi-temps du match avec l’Algérie. Car il existe plus que des ressemblances entre la Libye et l’Algérie. Et d’abord au niveau de la sémantique ; là où se jouent l’orientation des esprits et la gestion des foules. Reprenez leurs déclarations et lisez-les attentivement. Le fond est identique à ce qui se dit de Kadhafi. La thèse que le régime est autiste et non amendable, on ne peut rien faire avec lui, on ne peut pas le croire, il revient sur ses promesses, il est imprévisible, etc. Bien sûr, aucune preuve n’est donnée de son autisme à part les problèmes inextricables créés par le drapeau que l’opposition partage avec de larges secteurs du pouvoir : le libéralisme et ses réformes destructrices. Le seul moteur viable dans ces conditions reste la colère, le ras-le-bol qui empêche toute raison, l’exaspération qui vous fait haïr les visages plus que les idées, le sentiment de noyade qui vous rend vital le départ de ces têtes. Et donc, il faut développer ces sentiments et les transformer en poudrière dont l’étincelle serait la première grande émotion publique créée par un incident quelconque avec la police, la gendarmerie ou l’armée.Le problème est que, dans notre pays, ce moteur ne fonctionne que dans le cercle restreint qui a cru son heure arrivée avec la normalisation de l’ingérence. Le cas Libyen fournit en plus la jurisprudence pour faciliter les prochaines interventions étrangères. Il ouvre aussi d’autres perspectives politiques inespérées comme celle de créer une Union pour la Méditerranée qui n’en regrouperait que les pays démocratiques.

Le nouvel habit du néo-colonialisme

Maintenant que le CNT Libyen promet tout le pétrole à la France, à l’Italie et à la Grande-Bretagne, cette UPM-Démocratique peut compter sur l’argent libyen pour refaire une santé aux économies en crise du Nord-Méditerranée. Pour le Sud, on l’encensera avec la fumée de sa barbe. Et aux dictatures, on fera quelques guerres. Cela permettra d’ajouter l’argent algérien à celui de la Libye. Il y a comme des rêves de proxénètes qui pénètrent l’idéologie néocoloniale ; l’hyper puissance technologique «fantasmatise» la pensée politique des dominants et lève tous les obstacles du réel devant leurs fantasmes. Et devant les fantasmes de nos «demandeurs d’ingérence». La déclaration de création du CNT algérien, le moment venu, laisse profondément perplexe. Il suffirait que les membres de la CNCD cooptés par affinité politique et incapables de rassembler quelques dizaines de personnes ; il suffirait, donc, que ces membres de la CNCD se réunissent pour dissoudre les assemblées élues, le gouvernement, désignent un conseil chargé de gérer le pays et une transition et de prendre le commandement des forces armées. Comme cela ? Rien qu’en le décidant ? Mais alors qu’est-ce qui pousse à tant de confiance chez des hommes politiques dont toutes les initiatives montrent à l’envi leur absence totale d’ancrage social et leur inexistence comme courant d’opinion ? Sur quelles forces comptent-ils pour mener à bien une action qui frappe tout à la fois les foules du RND/FLN et des islamistes. Ça demande des forces sérieuses un tel projet ! Relisez l’essentiel de la plate-forme de cette CNCD et demandez-vous par quels moyens et au moyen de quelles forces la CNCD peut mener cette tâche herculéenne :

1) Une conférence nationale… aura pour mission de désigner un conseil national de transition démocratique (CNTD)2) Le CNTD sera composé de personnalités résolument engagées pour le changement démocratique. La durée de son mandat ne saurait excéder douze mois. Ses membres ne pourront postuler à aucune candidature ou responsabilité après la phase de transition.

3) Le CNTD aura à :

– Dissoudre toutes les institutions élues.

– Nommer un gouvernement de transition pour gérer les affaires courantes.

– Engager le pays dans une refondation nationale dont la clé de voûte sera la rédaction d’une Constitution qui sera proposée au peuple algérien par voie référendaire.

6) Durant cette phase de transition, l’armée et l’ensemble des services de sécurité seront placés sous l’autorité du CNTD. Ils auront pour mission la défense du territoire et du caractère républicain et démocratique de l’Etat.

Et si vous croyez avoir mal compris, un des dirigeants de cette CNCD enfonce le clou : «La participation à ce conseil est ouverte à tous les Algériens qui croient en le caractère républicain de l’Etat.» Les animateurs de la conférence de presse excluent, par contre, «ceux qui croient en le changement à l’intérieur du système» et «les islamistes». «Il est évident qu’on ne peut pas constituer un conseil de transition avec les dirigeants actuels», a indiqué Moulay Chentouf.

(evenement.algerieinfo.tk)

La guerre au service de l’expansion économique

La réponse se trouve en partie dans cet autre fantasme guerrier d’un projet d’union pour la Méditerranée démocratique. On ne peut le comprendre autrement que comme un fantasme guerrier car la logique d’une telle union est de combattre les dictatures et de les éliminer. Elle n’a pas de sens en dehors de cette déclaration de guerre aux dictatures et de soutien aux démocrates. Il suffit désormais que le groupe putschiste  se déclare démocrate et prêt à appliquer dans le pays les normes de gouvernance que définit l’Europe pour être en droit d’attendre une intervention étrangère. Nos candidats aux bombardements démocratiques devront attendre. L’os libyen occupe suffisamment les matamores de la démocratie aux odeurs de pétrole, surtout que les BRICS ont condamné l’agression libyenne. Et même les matamores du bombardement démocratique ne peuvent ignorer l’avertissement de la moitié de l’humanité et de l’essentiel de l’avenir économique mondial.Cet aveu des limites de l’action française aurait dû encourager notre gouvernement à plus de sérénité dans la tempête qui souffle sur nos contrées. Nous pouvions croire à cette fermeté et cette sérénité algériennes après le discours du président Bouteflika. Il a quand même réaffirmé trois principes  essentiels, malgré les énormes pressions que nous devinons. Premièrement, la relance du développement en s’appuyant sur le secteur public et sur le privé. Les richesses de l’Algérie ne profiteront pas qu’aux seuls importateurs, et avec le secteur public l’Etat se redonnera le moyen de son action économique. Deuxièmement, de nouvelles règles de la vie démocratique associeront la population à la discussion sur les cohérences des différentes politiques nationales. Ce deuxième point a généré la rage des droites. Avec des élections transparentes et sincères, les animateurs de la CNCD et les pompiers du libéralisme qui crient au danger du retour de l’Etat et du socialisme (sic) obtiendront encore moins de voix que pendant les élections législatives de 1991 où ils sont apparus à l’état de trace. L’élargissement des droits et libertés démocratiques pourra en outre profiter aux organisations populaires et de la jeunesse pour développer leurs luttes sociales et disputer encore plus l’Etat aux influences souterraines des lobbys de l’import et import et conditionneurs déguisés en producteurs. Troisièmement, le principe de la souveraineté nationale, la non-ingérence et leur corollaire la validité des Etats nationaux. Tous les Algériens qui n’ont d’autre patrie que l’Algérie et leur travail honnête ont compris que le Président a exprimé là un consensus fort : pas question, quelles que soient par ailleurs les «navigations» diplomatiques, de revenir sur le principe d’indépendance nationale. C’est la réponse à la coalition et à tous ceux qui nous ont menacés après la conférence de Londres. C’était aussi une réponse à la première campagne de pressions sur  l’Algérie montée à partir de la fabrication d’infos sur la présence de mercenaires algériens.

Une autre voie, une autre alternative

Il est remarquable, enfin, que dans le même discours le principe d’indépendance nationale soit associé au choix du développement national. C’est une percée considérable de la pensée politique du pouvoir : aucun peuple ne soutient l’indépendance pour le seul folklore et aucune indépendance ne peut être défendue si elle ne profite à tous. Aux travailleurs, aux jeunes, aux mères de famille, aux paysans de donner à cette ouverture et à cette avancée la force de leurs luttes pour plus de justice et plus de développement.

Il s’agit bien d’une avancée théorique car, enfin, on comprend concrètement que la première arme et l’arme la plus redoutable contre les menaces extérieures reste la force des liens entre le peuple et sa patrie. Bien sûr, le pouvoir devra très vite corriger ses inconséquences et offrir des perspectives, des discours et des pratiques conformes aux annonces du Président. Mais alors c’est toute la force du peuple algérien qui se lèvera pour la défense du pays  et la défense des dirigeants qui auront su lutter à ses côtés et pour les intérêts de chacune de ses parties et de l’ensemble de ses composantes. Les cheminots, les paramédicaux, les résidents, les enseignants, les communaux, les fonctionnaires,  mais, surtout, les étudiants se sont levés pour réclamer leur part du pays et leur part du pétrole. Il s’agit effectivement de luttes sociales mais elles frappent au cœur des orientations du FMI et de la Banque mondiale que le pouvoir a continué à appliquer sans nécessité aucune, créant ainsi les conditions du désespoir et celles de l’expulsion des cerveaux dont on reconnaît, une fois de plus, le coût terrifiant pour le pays sans corriger la bêtise fondamentale du suivisme qui a mené à leur donner des salaires infamants. C’est à cette jonction entre indépendance, rôle de l’Etat national, et restitution des richesses de l’Algérie à l’ensemble de son peuple que peut se fonder la pérennité d’un pays appelé Algérie.Alain Juppé vient nous le rappeler encore une fois. Il a plastronné en rendant publique une conversation téléphonique avec notre ministre des A E. Il a joué le coq dominant qui s’est vanté des justifications et des démentis de notre ministre. Derrière le «nous avons une conversation cordiale», ses interlocuteurs ont parfaitement compris que notre ministre a accepté le principe d’être interpellé sur la base d’une rumeur et a accepté d’y répondre. C’est à la France de s’expliquer sa présence en Libye en dehors du mandat de l’ONU, sur la destruction de l’armée libyenne qui n’est pas prévue par la résolution et surtout de s’expliquer sur l’instabilité et les menaces qu’elle crée à nos frontières. Alain Juppé organise, avec cette histoire de mercenaires algériens, des frappes préventives contre une éventuelle protestation de l’Algérie pour les futures étapes de son aventure coloniales en Libye : sa nécessaire présence au sol avec ses conseillers militaires pour  la partition de la Libye.

Il est temps pour nous de réfléchir aux causes proches et lointaines qui permettent aujourd’hui tant d’impudence à la France néocoloniale et tant d’impudence aux Algériens qui nous menacent de son intervention. Il est temps car cette guerre de reconquête coloniale ne résoudra aucun des problèmes qui l’ont rendu nécessaire : le progrès des BRICS sur l’ensemble des marchés mondiaux, et d’abord en Afrique, avec d’autres méthodes et d’autres logiques que celles du pillage éhonté.

Les BRICS nous montrent d’ores et déjà que, sur le plan mondial, existe une force alternative à celle du vieil impérialisme en déclin.

© latribune-online.com/ : Par Mohamed Bouhamidi

Cote d’Ivoire : Paul Yao N’Dré reçu par Allassane Ouattara, investiture en Mai

Alassane Ouattara, Président installé par la communauté internationale, a reçu jeudi soir à Abidjan le président du Conseil constitutionnel, qui avait proclamé Laurent Gbagbo réélu après le scrutin de novembre 2010,selon des informations provenant du Golf hôtel.

Alassane Ouattara a reçu durant environ trois quarts d’heure le président du conseil constitutionnel à son QG du Golf hôtel d`Abidjan.

« Nous sommes tous responsables de ce qui est arrivé: le président actuel, le président parti, (Laurent Gbagbo), les citoyens, les médias, tout le monde est responsable », aurait-il dit.

Le chef de l’Etat installé par la communnaté internationale dirige la Côte d’Ivoire depuis que le président ivoirien Laurent Gbagbo a été enlevé par la force Licorne le 11 avril et remis aux combattants pro-Ouattara.

Le 3 décembre 2010, le Conseil constitutionnel, plus haute juridiction du pays avait proclamé Laurent Gbagbo réélu avec 51,45% des suffrages au scrutin du 28 novembre.
« Il faut reconstruire la Côte d`ivoire, tout le monde, dans un élan de solidarité, d`amour et de fraternité », aurait ajouté Paul Yao N`Dré.

M. Ouattara a prévu d`être investi prochainement lors d`une cérémonie, mais a souhaité être proclamé officiellement chef de l`Etat par le Conseil constitutionnel, la plus haute juridiction du pays.

Le contentieux électoral né du scrutin du 28 novembre s’est transformé en un conflit armé suite à l’intervention armée de la France et de l’ONU (Organisation des Nations Unies) aux côtés de la rébellion soutenant Alassane Ouattara.

Le Conseil Constitutionnel ivoirien, plus haute juridiction chargée de proclamer les résultats définitifs des présidentielles, avait constaté la victoire du Président Gbagbo. Young Jin Choi, représentant de l’ONU avait lui proclamé Ouattara vainqueur, justifiant l’enlèvement du Président légitime par la coalition armée pro-Ouattara.

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Côte d’Ivoire : Le torchon brûle entre Soro et Ouattara

Rien ne va plus entre Guillaume Soro et Alassane Ouattara.

La pomme de discorde : la Primature. La France a donné instruction à son poulain Ouattara de ne pas confier le poste de Premier ministre au petit gros. Parce que tout simplement ce dernier est non seulement impliqué dans les massacres de l’Ouest. Mais aussi que son image ne passe plus dans les grandes chancelleries occidentales. Chose pour laquelle Alassane Ouattara est d’accord.

Le petit gros, quant à lui, tient à ce poste. Il estime que c’est grâce à lui qu’Alassane a pu arriver à ses fins. Par conséquent, dans le partage de l’éléphant, il mérite la Primature. Et de menacer de se retirer à Bouaké avec ses hommes si on lui refuse ce poste.

D’ailleurs, les informations font état de ce qu’il serait en ce moment à Bouaké. Il veut se proclamer Président de la République. Attendons de voir. Le film n’est pas encore terminé.

Enise Kamagaté

Un pays à la merci des mercenaires : La Côte d’Ivoire comme la Somalie

Ce qui se passe en ce moment à Abidjan, ressemble étrangement au cas de la Somalie. Aujourd’hui, c’est l’insécurité totale dans la capitale économique ivoirienne. Il y a plusieurs factions qui tiennent encore les armes. Des analphabètes et des étrangers occupent les postes de Commissariat.  Les coxers, petits mécaniciens et les prisonniers libérés, font la pluie et le beau temps. Les mercenaires sont devenus les maîtres. Ils ont le droit de vie et de mort sur chaque habitant. Les Ivoiriens ont la peur au ventre. Personne n’ose mettre le nez dehors de peur de se faire buter par un quidam. Chaque jour, on entend des bruits de fusils.

Le travail n’a pas repris. Toute l’administration a été pillée par les hommes d’Alassane Ouattara. Les pseudos disciples de Félix Houphouët Boigny ont mis le pays dans un état indescriptible. Ils ont tout foutu en l’air. Ils ont détruit ce qu’ils n’ont pas construit. La Côte d’Ivoire est vraiment tombée si bas ! On se demande si ce pays pourrait se relever un jour.

B.S

Source : Le Temps

ADO : mi –ange, ni démon

Le monde entier salue sa prise du pouvoir…par les armes. Le chemin qu’il aura emprunté est parsemé de morts et… de maux. L’ex-premier ministre de feu Houphouët Boigny est-il l’homme de la situation ?

On le présente, comme un économiste hors pair. Un compliment qu’il doit, à ses longues années passées au FMI et à la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Rien ne prédisposait, pourtant, cet homme à une carrière politique. C’est en 1989 que le Président Félix Houphouët Boigny lui fait appel pour sortir la Côte-d’Ivoire de la crise économique.  Pour redresser l’économie, ADO a imposé la carte de séjour, aux ressortissants étrangers (ceux-ci représentaient, à l’époque plus de 30% de la population ivoirienne), réduit le salaire de certains enseignants…

Toute grogne sociale était réprimée. Et les partis politiques, mis sur coupe réglée. L’économiste s’est révélé comme un efficace homme d’Etat. Au grand plaisir du Président Félix Houphouët Boigny, qui le nomme Premier ministre.

Au fil des ans, Alassane Ouattara prend goût au pouvoir (d’Etat), au point de contester la légalité constitutionnelle, qui fait du Président de l’Assemblée nationale, le président de la République en cas de vacance de pouvoir. En 1993, après le décès du président Félix Houphouët Boigny, il a, en effet, refusé de dissoudre le Gouvernement dont il était le Premier ministre. Et conteste la légitimité d’Henri Konan Bédié, devenu président de la République sous l’effet de l’article 11 de la constitution ivoirienne.

Henri Konan Bédié réussit à se maintenir à la présidence de la République. Mais il devrait compter avec Alassane Dramane Ouattara, plus que jamais, déterminé à succéder au président Félix Houphouët Boigny. D’abord, il devient le parrain d’un parti politique RDR (Rassemblement Des Républicains), sorti des entrailles du PDCI, qui devrait, plus tard, le servir de rempart pour le palais présidentiel, après le décès de son président, Djeni Kobenan.

Le coup d’Etat de 1999

La guerre entre Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara, bien que feutrée, laisse apparaître des failles dans la cohésion sociale qui, jadis, faisait la fierté, mais surtout, la force de la Côte-d’Ivoire. Le concept d’ivoirité, lancé par Henri Konan Bédié, pour empêcher son rival d’accéder au pouvoir, a divisé les Ivoiriens. Mais qui est responsable de cet effritement de la cohésion sociale ? On ne saurait le dire. Le coup d’Etat de 1999, qui a précipité le régime d’Henri Konan Bédié (contraint à l’exil) a fini par convaincre que la Côte-d’Ivoire, s’était engagée sur le chemin de la violence. Ce coup d’Etat, bien qu’ayant porté au pouvoir le Général Robert Guei, porte la marque d’Alassane Dramane Ouattara. Parmi ces putschistes on retrouve trois de ses proches. Il s’agit des généraux Lassana Palenfo, Abdoulaye Coulibaly et le sergent -chef Ibrahim Coulibaly dit « IB », le chef du « commando invisible » qui vient de combattre aux côtés des forces d’Alassane Ouattara.

Mais les difficultés de Robert Guei surviennent quand ce dernier a annoncé ses intentions de se présenter aux élections présidentielles, à l’issue de la transition qu’il était censé mener à terme. Les trois «  lieutenants » d’Alassane Dramane Ouattara l’accuseront de rouler pour lui-même. Après une tentative manquée de renverser le Général Guei (dans la nuit du 17 au 18 septembre 2000), ceux qu’on considère comme les « hommes de main » d’Alassane, quitteront le pays.

Entre -temps, des élections sont organisées à l’issue desquelles, un certain Laurent Gbagbo se proclame vainqueur. Avant de semparer du pouvoir.

Tentative de coup d’Etat en 2002

Comme si la Côte-d’Ivoire était maudite, condamnée qu’elle était à ne plus retrouver sa légendaire stabilité, une rébellion part du nord et se dirige vers Abidjan. C’était en septembre 2002. Objectif : renverser le pouvoir en place. Le nom d’Alassane Ouattara n’est pas cité parmi les « insurgés ». Mais on retrouve parmi les leaders de la rébellion, certaines personnes qu’on dit être proches d’ADO. Ou de son parti politique : Tuo Fozié, Watao, Koné Zakaria, Guillaume Sorro, Ibrahim Coulibaly…

Un regard rétrospectif, permet, de croire que ce qui vient de se passer (chute de Gbagbo), n’est que l’aboutissement d’un long processus, entamé en 1993, après la mort du « Vieux ».

Cette implication, si elle est avérée, risque d’être préjudiciable au retour de la paix en Côte-d’Ivoire. Même si, la « communauté internationale » tente de faire croire qu’avec la chute de Laurent Gbagbo, le pays  va se réunifier. Les cœurs ivoiriens sont trop meurtris pour espérer un retour immédiat à la paix. Le défi, est de taille, pour le nouvel homme fort de la Côte-d’Ivoire.

Aimé

 Canard Dechainé

SENEGAL : Me Ousmane NGOM explique pourquoi le Sénégal a refusé les trois milliards des Américains

Les trois milliards proposés par les Américains à l’Etat du Sénégal pour inscrire les jeunes sur les listes électorales reviennent.

En visite à la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf) pour s’enquérir de la situation de la production et de la délivrance des cartes nationales d’identité et de celles d’électeur, Me Ousmane Ngom a donné les raisons ayant poussé les autorités sénégalaises à refuser cette offre.

Le ministre de l’Intérieur réalimente le débat sur les trois milliards que le gouvernement américain avait proposés à l’Etat du Sénégal pour l’appuyer à inscrire un million trois cent mille jeunes que les autorités sénégalaises avaient refusés. Me Ousmane Ngom, en visite hier à la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf), a exposé les raisons de leur refus.

«On nous fait un mauvais procès en disant que l’Etat du Sénégal a refusé 3 milliards des Américains pour inscrire les jeunes parce que nous ne pouvons obliger personne à s’inscrire ou à voter. Nous ne pouvons que sensibiliser et nous le faisons tous les jours», a d’emblée soutenu Me Ousmane Ngom pour parler des 3 milliards de FCfa des Usa, pour inscrire 1 million 300 mille jeunes sénégalais, qu’il aurait refusés. Avant de s’interroger : «Pourquoi ceux qui nous offraient ces trois milliards ne l’ont-ils pas fait au moment où nous faisions la refonte totale du processus électoral ?» Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur soutient, en effet, que personne n’a proposé d’appuyer le Sénégal dans son effort important de refonte du processus électoral qui lui a coûté 30 milliards de FCfa. «L’Etat du Sénégal a entièrement supporté cette somme sur le budget national pour donner à notre pays l’image d’une démocratie en avance sur les pays développés», renseigne le ministre Ousmane Ngom. Et, d’ajouter : «Aujourd’hui que nous avons tout fait, on vient nous dire qu’on nous offre 3 milliards pour nous mettre après des œillères pour nous indiquer là où on doit regarder.» «Nous refusons cela», dixit M. Ngom estimant que le Sénégal est un pays indépendant et souverain qui peut conduire tout seul son processus électoral. D’ailleurs, rappelle le ministre d’Etat, «le Sénégal vote depuis 1842. Donc, ce n’est pas aujourd’hui qu’on va apprendre aux Sénégalais comment voter».

Par ailleurs, le ministre d’Etat est revenu sur la production des cartes d’identité et d’électeurs qui aurait un problème. Me Ousmane Ngom souligne qu’il n’y a pas un problème d’instance dans la production des cartes. «Nous avons deux machines qui peuvent produire chacune 30 000 cartes par jour, c’est-à-dire 60 000 cartes par jour. On n’a même pas besoin de ce nombre de cartes», renseigne le ministre d’Etat. Avant de révéler que 80 000 cartes dorment désespérément dans les commissariats et les centres de productions. Pour Ousmane Ngom, c’est un problème d’instance de retrait des cartes qui se pose. Et pour cela, il invite l’ensemble des acteurs, notamment les partis politiques, à sensibiliser les populations. Selon lui, autant que l’Etat, les partis politiques doivent sensibiliser les populations à retirer leurs cartes. «Les partis politiques participent à l’expression du suffrage qui va de l’inscription à la proclamation des résultats», ajoute-t-il.

SOPHIE BARRO

seneweb.com

Quatre mois après la prise de pouvoir de Alpha Condé : Entre illusions et réalités

Excès de zèle, inflation, corruption, tracasseries administratives, climat de peur, ethnicisation des secteurs économiques,  mesures hasardeuses, désordre… Le nouveau Président guinéen, Alpha Condé, a du pain sur la planche pour assainir une Administration moribonde et mettre son pays sur les rails du développement. Mais aussi pour inculquer une nouvelle mentalité chez ses concitoyens et changer leurs habitudes. En partance de Kolda vers la Guinée, à traver les montagnes du Fouta-Djallon, on se rend compte de l’énormité du chantier du Président Condé.

«Ta carte de visite !» Sur un ton autoritaire et d’une voix rauque, la jeune femme en treillis demande un document justifiant notre état de santé. Se sentant incomprise, elle ap­­pelle un collègue à la rescousse. «Bangoura, fabéba ! (Bangoura, viens)», lance-t-elle alors en langue soussou, l’air un peu désemparée. Et ce dernier de se précipiter en bom­bant le torse. «Expliques-lui», dit-elle. «Elle vous demande de présenter votre carnet de santé parce que vous lui avez montré une Carte d’identité sénégalaise», précise l’agent. On comprend alors que la policière demande le carnet de santé. Et faute de ce document, elle demande 5 000 francs guinéens (Fg) (entre 400 et 500 francs Cfa). N’ayant pas cette devise, un emprunt chez un pas­sager permet de régler le problème.

Cinquante mètres plus tard, tous les passagers se présentent cette fois au poste de Gendarmerie. Re­belote : 5 000 Fg à payer cash ! Nous sommes à Bhoundou Four­dou, premier poste frontalier dans le territoire guinéen, et déjà les signes annonciateurs d’un pays qui se cherche encore, d’un Etat déstructuré, sont là. D’ailleurs, à mesure qu’on s’approchait de ce premier barrage en Guinée, l’inquiétude gagnait les voyageurs. Chacun se demandait quel sort allait être le sien.

En effet, depuis que le nouveau Président, Alpha Condé, a fini de prendre ses marques, la peur et la méfiance sont de retour chez certaines populations. Comme du temps de Sékou Touré. Les centaines de migrants, à majorité peulh, ne sont guère épargnés par les contrôles draconiens à toutes les frontières du pays. Policiers et gendarmes se sont lancés dans une véritable chasse au trésor. La raison ? Il se susurre dans les loumas, gares routières et autres lieux publics que les commerçants peulh ont entamé une fuite de leurs capitaux vers les pays voisins. Une façon pour eux de ne pas voir leur fortune «confisquée» par Alpha Condé qui, pendant la campagne électorale, avait déclaré la guerre à la «mafia peulh».

HALTE POLICE

Alors pour empêcher cette migration des capitaux, la sévérité des contrôles est monté d’un cran. Déjà à la gare routière de Kolda, l’on apprend que plusieurs voyageurs ont été dépouillés de leur argent à Mis­sira, l’autre point de passage entre les deux pays, et plus proche pour les usagers venant de la Mo­yenne-Casamance. On raconte qu’ici les passagers sont souvent fouillés, les bagages détachés et passés au peigne fin, et de façon arrogante. On prévient de bien garder son argent et, si possible, de ne pas en emporter beaucoup. Mais on ne passera pas par Missira, parce que le con­ducteur, comme la plupart de ses collègues, préfère désormais faire le grand tour pour entrer en Guinée, c’est-à-dire en passant par Bhoun­dou Fourdou, un itinéraire plus pratique pour les voyageurs en provenance de Dakar. Là-bas, les passagers ont eu plus de peur que de mal : ils n’ont pas été fouillés. Tout comme à Sambailo, 2e poste frontalier, situé à une cinquantaine de kilomètres.

Toutefois, les voyageurs sénégalais ne sont pas au bout de leur pei­ne. Une vingtaine de mètres plus loin, ils vont casquer à nouveau 5 000 Fg. Au premier poste de la Police, on balance directement un billet de banque à l’agent en faction. Ce qui déclenche son ire : «Hey, ce n’est pas comme ça qu’on fait, ici on est dehors.» Il conduit tout le groupe à l’intérieur. Discrétion oblige, même si ici, pour y mettre un peu de forme, les noms des passagers sénégalais sont con­signés dans un registre de fortune.

Dehors, des agents en civil veillent au grain. Un passager d’expliquer que cette histoire d’argent contre carte d’identité étrangère n’est pas l’apanage de la Guinée. La réciprocité est appliquée côté sénégalais. Sauf que là un Guinéen ne paye qu’une seule fois (500 Cfa) et non quatre fois. Et qu’en est-il de l’intégration africaine ? Un rêve ! Ce qui est une réalité, en revanche, c’est cette part importante de Soussous et de Malinkés dans les corps militaire et paramilitaire en Guinée. A l’aller comme au retour, tous les agents rencontrés sont de ces ethnies. Alors que le secteur marchand, lui, est dominé par les peulh. Dans ce pays, l’ethnicisation de l’économie n’est pas seulement en marche, c’est une valeur.

Les voyageurs ne sont pas les seuls à remuer les cordons de leur bourse. Le conducteur aussi, à cha­que poste, est obligé de glisser quelques billets aux agents. C’est tellement ancré dans les mœurs qu’avant même de stationner il avait déjà fait l’appoint. Pour ne pas perdre du temps ! Et à aucun moment, ni les policiers ni les gendarmes ne sont venus s’assurer de l’état du véhicule et de la sécurité des passagers. Pourtant, il y avait de quoi ! Puisque dans notre véhicule de sept places, il y avait neuf personnes. Et personne ne conteste. De toute façon, on s’en accommode, ou on ne voyage pas. «On est obligés de faire de la surcharge, sinon il ne va rien nous rester avec tout ce que nous prennent les policiers et les gendarmes, sans compter les frais de carburant et d’éventuels pannes», souligne le conducteur. Les agents ferment les yeux, et cela a toujours été ainsi. «Ils ont intérêt à ne rien dire parce que sinon ils n’auront plus rien à bouffer. C’est grâce à cet argent qu’ils survivent parce qu’ils ont un salaire insignifiant», poursuit notre interlocuteur.

LA GUERRE AUX CAMBISTES

Entre les deux postes, on entre dans une gargote à la recherche de devise guinéenne. A peine le besoin exprimé, la restauratrice, un brin paniquée, pria à voix basse de ne pas «parler de ça ici». C’est devenu un tabou,  alors qu’il y a seulement deux mois, les voyageurs, aussitôt leur véhicule stationné, étaient envahis par des cambistes proposant du franc guinéen. Le change se faisait à l’œil nu, et tout le monde y trouvait son compte. Aujourd’hui, le nouveau gouvernement a interdit cette activité qui se pratiquait dans les coins de rue, dans les loumas et les gares routières. Ces bureaux de change fictifs et ambulants sont accusés d’avoir fait chuter la devise guinéenne. Dr El-hadj Bah, professeur assistant en Economie à l’Université d’Au­ckland (Nouvelle- Zélande) n’en est pas convaincu. Dans la presse guinéenne, il explique : «Le Président (Condé, Ndlr) pense que c’est la faute aux bureaux de change fictifs. Cette accusation facile ignore les principes économiques. Dans un système où la monnaie est libre de fluctuer, le taux de change dépend de l’offre et de la demande. Si la masse monétaire augmente par une émission de la Banque centrale, l’inflation augmente et entraîne une chute proportionnelle du franc guinéen. D’un autre côté, si la rentrée de devises (à travers les exportations ou les envois des expatriés) diminue, la monnaie nationale chu­te. Si le taux de change est fixe, la banque centrale doit avoir suffisamment de réserves en devises pour soutenir la devise. Car la banque doit être en mesure de satisfaire la demande en devises. Ce qui est loin d’être le cas de la Banque centrale.» Toujours est-il que cette mesure très décriée par les cambistes et les consommateurs a renforcé la clandestinité. Méfiants, les cambistes ne font plus le troc avec des inconnus.

Il est 8 heures ce matin lorsqu’on est arrivé à Labé après 24 heures de trajet. Et toujours pas moyen d’acheter du Fg. A chaque fois, c’est la même réponse : «On ne connaît pas de cambistes» dans le secteur. On passe alors par un familier des marchands de devise. Ce jour-là, 5 000 Cfa valait 75 000 Fg, signe de la fluctualité du change, le même montant valait 7 000 Fg de plus une semaine plus tôt. Le dimanche suivant, jour de Louma à Timbi Madina, à une trentaine de kilomètres de là, permet d’en savoir davantage sur les conditions de travail des cambistes. Sur les lieux, des éléments de la Gen­darmerie sont en train d’embarquer des cambistes prix en flagrant délit. On apprendra plus tard, qu’ils ont été relâchés et que leur argent n’a pas été confisqué (?). Amadou Sirifou n’en faisait pas partie, il continue le troc en regardant à gauche et à droite. Si un client «sûr» (c’est-à-dire pas un policier en civil) arrive, il s’éclipse avec lui dans un endroit sûr. «On ne sait plus quoi faire, car c’est de cela que nous vivons. Il (Alpha Condé, Ndlr) a détruit le pays alors qu’il vient de s’installer», se lamente le cambiste.

UN SAC DE RIZ A 350 MILLE Fg

En Guinée, avec la chute vertigineuse de la devise, le panier de la ménagère, est de plus en plus vide, avec cette inflation galopante. Par endroits, le prix du sac de riz de 50 kg a grimpé jusqu’à 350 000 Fg (environ 25 000 Cfa). Avant l’élection de Alpha Condé à la Présidence, en octobre dernier, il s’échangeait autour de 250 000 Fg. Le litre de miel qui oscillait entre 10 000 et 12 000 Fg se paye aujourd’hui à 20 000 (environ 2 000 Cfa). En gros, toutes les denrées de première nécessité ont connu une hausse de parfois 90%. Parmi les multiples raisons évoquées, les caisses de l’Etat qui sont vides. Dans les médias comme dans la rue, on entend que «les caisses de l’Etat ont été dilapidées pendant le règne du Cnd (Conseil national pour la démocratie et le développement)», que le nouveau gouvernement n’aurait trouvé que «400 Us dollars» dans les coffres de la Banque centrale de Guinée, que «beaucoup d’opérateurs économiques ont retiré leurs avoirs de la banque», parce que «les banquiers avaient prévenu leurs clients que s’ils ne retiraient pas leur argent, ils risquaient de tout perdre parce que les autorités de la transition étaient en train de vider les banques».
Une autre explication est qu’au niveau du Port de Conakry, le prix ac­tuel du dédouanement d’un con­teneur est de 100 millions Fg, alors qu’il était de moitié il y a moins de quatre mois. Une hausse qui a obligé certains opérateurs à livrer leurs conteneurs au Port d’Abidjan ou de Dakar, avant de les acheminer à Conakry par voie terrestre.  En répercutant ainsi tous ces frais dans le prix de vente, c’est le consommateur qui trinque. Hormis les interminables décrets de Alpha Condé qui donnent lieu à des moqueries, l’inflation est l’actualité dominante.

«JOUR DE PAGAILLE»

En Guinée, on dit que malgré «l’absence d’un Etat fiable, les populations ont toujours de l’imagination pour s’en sortir toutes seules». De l’imagination certes, mais parfois dans le désordre et l’excès, comme à la gare routière de Dakar-Labé. Ce lundi, jour de notre retour, comme tous les autres, est «jour de pa­gail­le», tel que baptisé par les transporteurs : cacophonie, insécurité, dé­sordre y règnent. Les lundis où pres­que 90% des voyageurs à destination du Sénégal prennent congé de leurs proches, il n’y a pas de tour de rôle chez les transporteurs comme les autres jours de la semaine. A chacun de se démerder pour remplir son véhicule. Chacun pour soi, les coxeurs pour tous ! Et le spectacle est insoutenable pour les voyageurs, «agressés» dés l’entrée de la gare routière, par une dizaine d’individus cherchant à vous embarquer dans tel ou tel autre véhicule.

Ouf de soulagement de se voir tirer de force vers un véhicule pres­que rempli. Plus qu’un passager pour partir. Ce dernier ne tardera pas à venir, mais il nous retardera : le jeune homme n’ayant  pas de carte d’identité obtient du très jeune conducteur la permission d’aller en confectionner une à la mairie, le temps qu’il finisse d’attacher les bagages. Il suffit de s’y rendre -pas même besoin d’un acte de naissance-  et de patienter quelques minutes, pour ressortir avec votre pièce, moyennant 40 000 Fg (environ 4 000 Cfa). Le comble ! Pis encore, les gens semblaient surpris de notre surprise. Qu’à cela ne tienne, l’intéressé ne reviendra pas au bout d’une heure, et le conducteur descend ses bagages, sur la pression des passagers et des rabatteurs.
A 14 heures, le «sept places» quitte le garage avec 11 passagers à bord, dont deux qui ont pris place… dans le coffre. Une cinquantaine de kilomètres après, un barrage improvisé. Le conducteur feint de s’arrêter, avant de prendre la poudre d’escampette. Les gendarmes qui ne l’ont pas poursuivi, ont dû relever l’immatriculation. Le voyage se poursuivra sans encombre. Une à une, le jeunot au volant «avalera» les montagnes du Fouta Djallon, jalonnées de pistes déjà boueuses par endroits et des 20 000 Fg (environ 2 000 Cfa) à payer, du fait d’être Sénégalais et de ne pas détenir un carnet de santé.

Là-bas, en Guinée,  tels les ravins en contre-bas des immenses montagnes de Sita et de Kouncitel, le fossé qui sépare la réalité des promesses d’un lendemain meilleur est plus qu’abyssal. Et pourtant, depuis des décennies, on répète que ce pays regorge de ressources naturelles insoupçonnables qui pourraient en faire le poumon économique de la sous-région…

Thierno DIALLO

Envoyé spécial de Le Quotidien à Labé thdiallo@lequotidien.sn