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Libye : Mais dans quel camp joue la Russie ?

Un mois après la déclaration choc de Vladimir Poutine qui, le 21 mars 2011, comparait l’intervention militaire en Libye aux « appels médiévaux à la croisade », c’est désormais au tour du chef de la diplomatie russe d’enchaîner les remarques sévères à propos du conflit libyen.

Vendredi 15 avril, à la suite de la réunion OTAN-Russie à Berlin, Sergeï Lavrov demandait à ce que les décisions, en Libye et dans le monde arabe, ne soient pas provoquées de force. « Il est d’une importance absolue de ne pas pousser par la force les pays de cette région à prendre des décisions. Ils doivent y parvenir d’eux-mêmes et il ne faut surtout pas faire de victimes parmi les populations civiles », avait-il déclaré, avant d’indiquer que certaines frappes en Libye étaient allées, selon lui, au-delà du mandat de la résolution 1973. Adoptée le 17 mars 2011 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la résolution autorise les frappes pour protéger les populations civiles d’une utilisation excessive de la force par le régime libyen.

Hier, jeudi 22 avril, le ministre des Affaires étrangères a poussé plus loin encore la critique en expliquant, au terme d’une rencontre avec son homologue slovène, que la Russie est « préoccupée » par l’évolution de la situation en Libye. « Il s’agit d’une aspiration évidente à un conflit terrestre : ceci est lourd de conséquences imprévisibles », a-t-il affirmé.

Lecourrierderussie.com a demandé à Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossiïa v globalnoï politike (La Russie dans les affaires mondiales), de lui faire part de son analyse de la position russe : une position de plus en plus difficile à suivre et à saisir.

« La position de la Russie évolue parce que la situation en Libye évolue. Sa position initiale était la suivante : Nous ne sommes pas pour, mais si vous voulez intervenir, alors allez-y ! Ce n’est pas notre problème.

Le non veto russe à la résolution 1973 correspondait au point de vue de Medvedev pour qui la Russie n’est pas une puissance mondiale. Pour le président, la Russie ne doit pas prendre part à des décisions qui dépassent ses frontières ou ses intérêts directs.

Si la Russie s’était opposée à la résolution, alors que même la Ligue arabe la soutenait, cela aurait semblé absurde. Et surtout, pourquoi aurait-elle risqué de compromettre ses relations avec l’Ouest pour Khadafi ?

Si Poutine était toujours président, la Russie aurait certainement usé de son droit de veto contre la résolution de l’ONU

Poutine a réagi car il considère, lui, que la Russie doit occuper une position centrale sur la scène internationale. Il est remonté, depuis l’intervention en Irak, contre l’Ouest qui veut s’immiscer partout et tenter de tout gérer. Si Poutine était toujours président, la Russie aurait certainement usé de son droit de veto contre la résolution de l’ONU.

L’intervention en Libye ne se déroule pas comme prévu et risque de durer. Et la Russie, bien qu’elle ne se soit pas opposée initialement à l’intervention, essaye à présent de s’en distancier le plus possible en se montrant très critique.

Le contexte autour du conflit libyen est caractérisé par une hypocrisie généralisée : l’hypocrisie des pays qui ont soutenu l’intervention et qui, aujourd’hui, prétendent que la situation actuelle ne correspond pas au scénario qu’ils avaient en tête lorsqu’ils ont adopté la résolution ; mais également l’hypocrisie de la Russie qui, en s’abstenant, a, sans aucune ambiguïté, soutenu cette intervention.

Concernant les dernières déclarations de Lavrov, il a eu raison de s’exprimer ainsi. Son évaluation de la situation et des risques est juste. La Russie n’a pas pris part à l’intervention et n’y participera à aucun moment. Aujourd’hui, elle cherche simplement à profiter de sa position extérieure au conflit et savoure la possibilité de pouvoir critiquer ouvertement l’intervention. »

Propos recueillis par GUILLAUME CLÉMENT MARCHAL

lecourrierderussie.com

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