Le Blog de Aymard

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Archives Journalières: avril 26, 2011

BENIN : Recours en inconstitutionnalité contre un acte des membres de la haute juridiction, Un citoyen met la cour constitutionnelle en difficulté

Le citoyen Lèhominh GANDAHO qui avait saisi la Cour constitutionnelle pour invalider le serment prêté par le Chef de l’Etat Boni Yayi le 6 avril 2011 pour non-respect à l’intégrité du texte sacramentel, est allé plus loin. A la suite de cette requête, et au regard du temps qui s’est écoulé entre le 6 avril et le 19 avril (date de la saisine), le citoyen soutient dans une nouvelle plainte, la faute des membres de la Cour Constitutionnelle dans cette consommation continue de la violation de l’article 53 de la Constitution.

Pour M. Gandaho, « … la Constitution de notre pays et la formule sacramentelle indivisible font partie du patrimoine immatériel de la Nation », et « … les membres de la Cour ont manqué singulièrement à leur devoir de faire respecter ce bien public en cautionnant la violation continue de l’article 53 de la Constitution. Qu’ils ont violé les articles 33, 34, 35 et 37 de la Constitution ».

Le caractère particulier de cette requête, est qu’elle vise à opposer à la Cour ses propres actes, notamment la validation d’un serment « non valide ». Donc amener la Cour à reconnaître le caractère inconstitutionnel d’un acte ou même d’une décision. L’acte de solliciter l’annulation d’un serment a déjà fait jurisprudence au Bénin. Par contre, la demande d’une autocensure par la Cour Constitutionnelle est inédite. Et seule la Cour pourra en déterminer le sort.

Médard GANDONOU

L’intégralité de sa requête

Lèhominh GANDAHO

Demeurant dans la commune de Zangnanando (village Zomon)

BP 1223 Abomey Calavi

Tél : 97226117

Cotonou, le 19 avril 2011

Requête

A

Monsieur le Président et Membres

de la Cour Constitutionnelle

Cotonou

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de vous exposer les faits suivants :

Le 06 avril 2011, Monsieur Boni YAYI, déclaré élu Président de la République, à l’issue du scrutin présidentiel du 13 mars 2011 par la Cour Constitutionnelle a prêté serment à Porto-Novo, capitale de la République du Bénin, devant le Président et les membres de la Cour Constitutionnelle.

Monsieur Boni YAYI a prêté serment la paume ouverte, ainsi qu’il suit :

« Devant Dieu, les Mânes des Ancêtres, la Nation et devant le Peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté ;

Nous Boni YAYI président de la République, élu conformément aux lois de la République jurons solennellement :

– De respecter et de défendre la Constitution que le Peuple béninois s’est librement donnée ;

– De remplir loyalement les hautes fonctions que la Nation nous a confiées ;

– De ne nous laisser guider que par l’intérêt général et le respect et à la promotion du bien commun, de la paix et de l’unité nationale ;

– De préserver l’intégrité du territoire national ;

– De nous conduire partout en fidèle et loyal serviteur du peuple.

En cas de parjure, que nous subissions les rigueurs de la loi.

Fin de citation. »

En prêtant serment la paume ouverte de la sorte, Monsieur Boni YAYI a ajouté la phrase suivante au texte du serment « Fin de citation ».

Prétentions :

Au regard des faits ci-dessus exposés, je prie la cour de juger que :

i) Le serment prêté le 06 avril 2011 par Monsieur Boni YAYI est non conforme à la Constitution ;

ii) Monsieur Boni YAYI a violé l’article 53 de la Constitution ;

iii) Monsieur Boni YAYI n’est pas encore entré en fonction pour son deuxième mandat ;

iv) Tous les actes accomplis et tous les engagements internationaux souscrits par Monsieur Boni YAYI, après la prestation de serment du 06 avril 2011 en qualité de président de la République du Bénin sont contraires à la Constitution et entachés d’irrégularité;

v) Les membres de la Cour Constitutionnelle à savoir Monsieur Robert Dossou, son président, Madame Marcelline GBEHA AFOUDA sa vice présidente, messieurs Bernard DEGBOE, Théodore HOLO, Zimé yérima KORA-YAROU, Jacob ZINSOUNOU membres, madame Clémence YIMBERE DANSOU membre, ont violé les articles 33, 34, 35 et 37 de la Constitution dans leurs dispositions suivantes :

article 33 : « Tous les citoyens de la République de Bénin ont le devoir (…) de remplir toutes leurs obligations civiques et professionnelles. »

article 34 : « Tout citoyen béninois, civil ou militaire, a le devoir sacré de respecter, en toutes circonstances, la Constitution et l’ordre constitutionnel établi (…). »

article 35 : « les citoyens chargés d’une fonction publique ou élus à une fonction politique ont le devoir de l’accomplir avec conscience, compétence, probité, dévouement et loyauté dans l’intérêt et le respect du bien commun. »

article 37 : « les biens publics sont sacrés et inviolables. Tout citoyen béninois doit les respecter scrupuleusement et les protéger. (…). »

vi) Monsieur Boni YAYI doit reprendre le serment.

Arguments :

i) Le serment prêté le 6 avril 2011 n’est pas conforme à la Constitution.

La Cour Constitutionnelle, saisie de deux requêtes similaires à la mienne le 4 avril 1996 par Messieurs Gangbé Aurélien et Fagninou Gilles R.B ., a eu l’occasion de dire que dans sa décision DCC 96-017 du 05 avril 1996 : « le président de la République n’a effectivement pas prononcé le membre de phrase ‘‘les mânes des Ancêtres ‘‘ » et de considérer que « le texte du serment, tel que fixé par la Constitution est une formule sacramentelle indivisible ; qu’il ne saurait donc subir une quelconque modification et doit être prononcé dans son intégralité ; que dès lors, il y a lieu de déclarer non conforme à la Constitution le serment tel qu’il a été prêté par le président de la République ».

ii) Monsieur Boni Yayi a prêté serment comme le symbolisme l’exige, la paume ouverte. La phrase ‘’fin de citation’’ prononcée par ce dernier alors que son bras droit était encore tendu la paume de la main ouverte, justifie le fait qu’il était encore en plein serment.

Dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas d’une omission d’une portion du serment mais plutôt d’ajout de mots, de signifiants et d’éléments de sens qui n’y sont pas contenus. A l’évidence, cet ajout emporte une altération de la formule du serment qui ne peut s’analyser que comme une modification et une atteinte à son caractère « sacramentelle indivisible ».

En application de cette jurisprudence qui a consolidé l’Etat de droit renforcé le caractère fondamental de la constitution pour notre vie nationale, la Cour doit déclarer que le serment prêté le 6 avril 2011 n’est pas conforme à la Constitution.

Le serment n’ayant pas été prêté conformément aux prescriptions de l’article 53 de la Constitution comme il a été démontré ci-dessus, il en découle naturellement que son auteur, à qui était prescrit un comportement, a commis un manquement. La Cour doit donc déclarer que Monsieur Boni YAYI, en prêtant serment comme il l’a fait le 6 avril 2011 a violé l’article 53 de la Constitution.

Par ailleurs, les membres de la Cour Constitutionnelle ont violé les articles 33, 34, 35, 37 de la Constitution.

Il s’agit ici d’affirmer que compte tenu du précédent historique du 2 avril 1996, de la Décision DCC 96-017 et de la reprise du serment par Monsieur Mathieu KEREKOU la 6 avril 1996, qu’il est établi que la prestation de serment non conforme à la Constitution doit être reprise et qu’il appartient à tout citoyen béninois de relever cette irrégularité et à plus forte raison, il appartient également à la Cour, témoin de cette irrégularité de faire procéder à la reprise du serment, dans les meilleurs délais possibles ; que le membre de la Cour Constitutionnelle n’a pas cessé d’être citoyen et qu’au regard du respect de la Constitution, elle a, eu égard à ses missions, plus de responsabilités que le citoyen le plus ordinaire ; qu’en s’abstenant de faire cesser la violation continue, depuis le 6 avril 2011, de l’article 53 de la Constitution, alors qu’il est évident pour tous, que ce fait porte gravement atteinte à la Constitution et l’ordre Constitutionnel établi ; que ce faisant les membres de la Cour ne se sont pas acquittés de leurs fonctions, leurs obligations professionnelles avec conscience, compétence, probité, dévouement et loyauté ; que la Constitution de notre pays et la formule sacramentelle indivisible font partie du patrimoine immatériel de la Nation que chérissent tous les béninois car ils renforcent le pacte national et le sentiment d’avoir un destin commun ; qu’ils doivent être considérés comme un bien public ; que les membres de la Cour ont manqué singulièrement à leur devoir de faire respecter ce bien public en cautionnant la violation continue de l’article 53 de la Constitution. Qu’ils ont violé les articles 33, 34, 35 et 37 de la Constitution.

PJ : Une (01) copie de la décision DCC 96-017 du 05 avril 1996

Un (01) DVD estampillé ‘’investiture YAYI’’

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TOGO : L’ANC demande le retrait du buste du général Gnassingbé Eyadéma de la Place de l’Indépendance

A l’occasion du cinquante-unième (51è) anniversaire de l’indépendance du Togo, le gouvernement togolais vient de placer à la Place de l’indépendance quatre bustes d’ anciens chefs d’Etat : Sylvanus Olympio, Nicolas Grünitzky, Kléber Dadjo, Gnassingbé Eyadema. Dans un communiqué rendu public ce jour, l’ANC de Jean-Pierre Fabre s’insurge contre cette situation et exige le retrait du buste d’Eyadema de la Place de l’indépendance. L’ANC accuse en outre Gilchrist Olympio d’être complice de cette double forfaiture de la réécriture de l’histoire du Togo, en mettant côte à côte tout d’abord Sylvanus Olympio et son assassin présumé Gnassingbé Eyadema, puis l’indépendantiste que fut le premier président et celui qui « n’a pas pris part à la lutte pour l’indépendance du Togo et n’a apporté aucune contribution à l’émancipation du peuple togolais ».

La polémique de la pertinence de la présence du buste d’Eyadema à la Place de l’indépendance est bien lancée. Tout a commencé en réalité, il y a six ans, quand Faure Gnassingbé a procédé, avec la suggestion du Premier ministre Edem Kodjo, à l’installation de la Commission pour la Restitution et la Réhabilitation de l’Histoire du Togo (CRRT) chargée de faire la revue des grands hommes de l’histoire. Laquelle commission (dont la composition et même l’installation est controversée) a mis en lumière les quatre hommes.

 D E C L A R A T I O N DE L’ANC

Gnassingbé Eyadéma n’a pas sa place au monument de l’indépendance du Togo !

Les populations togolaises constatent avec indignation que le régime RPT a positionné autour du monument de l’indépendance des bustes d’anciens présidents de la République, Sylvanus Olympio et Nicolas Grunitzky et d’anciens chefs d’Etat, Kléber Dadjo et Gnassingbé Eyadéma. Cet acte constitue un affront de plus infligé au peuple togolais par un régime qui, de tout temps, manipule l’histoire avec pour seul objectif de mettre Gnassingbé Eyadéma à une place que rien ne justifie.

Sylvanus Olympio a conduit la lutte pour la libération de notre pays et donné sa vie pour l’indépendance. Il est donc normal que la nation reconnaissante lui érige un mémorial au lieu consacré à la naissance de notre nation togolaise, à côté du monument de l’indépendance. La République devra réserver un autre lieu à la mémoire des autres grands hommes, ceux reconnus comme ayant mérité de la nation.

Les Togolais n’oublient pas que le régime RPT a toujours manifesté la volonté de gommer les attributs de la souveraineté internationale chèrement acquise, le 27 avril 1960, par les pères fondateurs de la nation togolaise. Les Togolais ont encore en mémoire les décisions iniques du parti unique visant à supprimer le 27 avril et à détruire le monument de l’indépendance, le drapeau national, les armoiries, l’hymne national ainsi que la devise de notre pays.

Le régime RPT a vainement essayé, en particulier, de démanteler le monument de l’indépendance, au prétexte fallacieux de sa disharmonie dans le paysage, dès la construction de la ‘’maison du RPT’’, du CASEF et de l’hôtel 2 Février. Aujourd’hui, le régime tente d’assouvir ses desseins jadis rejetés par la résistance du peuple togolais, en érigeant la statue du dictateur Gnassingbé Eyadéma à la Place de l’indépendance.

Cette tentative de réécrire l’histoire de notre pays en faisant entrer Eyadema au panthéon de la lutte pour l’indépendance est une imposture. En effet, pendant que le peuple togolais livrait au prix du sang, le combat pour sa libération, Etienne Eyadéma trucidait les Fellaghas, combattants de l’indépendance, dans les Aurès en Afrique du Nord. Il n’a pas pris part à la lutte pour l’indépendance du Togo et n’a apporté aucune contribution à l’émancipation du peuple togolais, pour figurer sur un quelconque piédestal national.

L’ANC condamne la manipulation de l’histoire de notre pays par le régime RPT. La falsification de l’histoire ne peut, en aucun cas, faciliter la réconciliation nationale.

L’ANC dénonce la complicité active de Gilchrist Olympio qui n’a de cesse de brader la lutte héroïque du peuple togolais contre la dictature et de souiller la mémoire des pères fondateurs de la nation togolaise. La participation de Gilchrist Olympio ne confère aucune légitimité à cette manipulation qui demeure une supercherie grotesque.

L’ANC appelle les populations togolaises à la vigilance et leur demande de se mobiliser massivement pour faire échec à la manipulation de l’histoire de notre pays et à la profanation du monument de l’indépendance par l’attelage RPT/ Gilchrist Olympio.

Fait à Lomé, le 21 avril 2011.

Pour le Bureau National,

Le Président

Signé : Jean-Pierre Fabre

Présidentielle au Tchad : La France et l’Union Européenne soutiennent la dictature Deby sous couvert de démocratie

COMMUNIQUE DE L’ASSOCIATION SURVIE, LE 19 AVRIL 2011

« Le parti d’Idriss Déby, arrivé au pouvoir il y a 21 ans par un coup d’Etat, a remporté les législatives du 13 février dernier au terme d’un scrutin entaché de fraudes manifestes. Les résultats ont pourtant été cautionnés par l’Union Européenne et la France. Dans ce contexte, les principaux candidats de l’opposition ont annoncé qu’ils ne participeront pas à l’élection présidentielle du 25 avril prochain.

La diplomatie française, qui a désavoué les dictateurs tunisien et égyptien, continue au Tchad à soutenir le régime criminel d’Idriss Déby. Pourtant les Tchadiens eux-aussi ont droit à la démocratie.


Idriss Déby

Les élections législatives du 13 février dernier ont été l’objet de nombreuses irrégularités dénoncées par la Coalition des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) : bureaux de vote fictifs, bourrage d’urnes, encre non indélébile fournie par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), ou encore cartes d’électeurs non distribuées, non conformes, manquantes ou surnuméraires, sont autant de fraudes qui ont entaché le scrutin. A cela il faut ajouter la corruption de certains chefs traditionnels, des agressions multiples, et le fait que des moyens considérables de l’État ont été mis à la disposition du parti au pouvoir pour mener sa campagne. Enfin l’opposition a également remis en cause l’indépendance de la CENI mise en place par le régime.

L’ensemble des requêtes sur ces irrégularités, portées devant le Conseil Constitutionnel par les principaux représentants de l’opposition ayant été rejetées, plusieurs d’entre eux, dont Wadal Abdelkader Kamougué et Ngarlejy Yorongar de la Fédération Action pour la République (FAR), et Saleh Kebzabo de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR) porte-parole adjoint de la CDPC, ont annoncé qu’ils ne participeront pas à l’élection présidentielle prochaine et ont appelé au boycott du scrutin. Seuls deux ministres de son propre gouvernement restent en compétition face à Idriss Déby.

Malgré les nombreuses fraudes, le Ministère français des Affaires étrangères a salué, le 17 février dernier, « le bon déroulement des élections législatives ». L’Union Européenne en a fait de même. Catherine Ashton, Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, s’est « [félicitée] du bon déroulement des élections législatives au Tchad et du climat apaisé et serein qui a marqué la campagne électorale et le scrutin. ». Louis Michel, le chef de la Mission d’Observation Electorale (MOE) de l’Union Européenne, a même parlé de « tournant historique », alors que les conclusions préliminaires de sa mission soulignent nombre d’irrégularités.

La MOE permet ainsi, comme ce fut le cas pour la présidentielle au Togo en 2010, à un dictateur de conserver le pouvoir par des élections truquées. Il est en effet désormais aisé pour Idriss Déby de gagner la présidentielle du 25 avril qui s’annonce comme une inévitable mascarade. L’Union Européenne confirme son absence de politique réelle de soutien à la démocratie et le rôle de paravent qu’elle joue en faveur de la France historiquement omniprésente au Tchad.

En place de manière permanente depuis 1986 avec l’opération Épervier (opération à l’origine provisoire), l’armée française entraîne, équipe et conseille l’armée tchadienne. Elle participe ainsi clairement à la perpétuation d’un pouvoir répressif et dictatorial. L’incohérence de la diplomatie française face aux dictatures, révélée en Tunisie, est d’autant plus évidente que le régime tchadien soutient actuellement Mouammar Kadhafi, notamment par l’envoi de mercenaires.

En 2001 déjà, Survie dénonçait un scrutin présidentiel frauduleux, suivi de l’arrestation des principaux candidats de l’opposition et de nombreux militants. En 2006, après avoir révisé la constitution pour pouvoir à nouveau se présenter, Idriss Deby remportait la présidentielle boycottée par l’ensemble de l’opposition. Toutes ces mascarades électorales furent soutenues financièrement et logistiquement par les autorités et l’armée françaises.

En février 2008 encore, c’est grâce au soutien militaire français qu’Idriss Déby fut sauvé in extremis d’un renversement par une coalition de mouvements de l’opposition armée. Il en profita pour réprimer l’opposition démocratique et procéder à l’enlèvement puis à l’élimination de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la Coalition des partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC). Le rapport de la Commission d’enquête internationale chargée d’enquêter sur ces événements a clairement mis en cause la Garde présidentielle du dictateur tchadien dans l’enlèvement de l’opposant et évoque le rôle d’officiers français. Aucune suite judiciaire n’a toutefois été donnée à ce rapport.

L’actuel processus électoral est présenté comme étant dans la droite ligne des accords politiques du 13 août 2007, signés entre le gouvernement et l’opposition tchadienne. Ces accords, contestés alors par diverses organisations de la société civile exclues des négociations, furent signés à l’instigation de la diplomatie française et avec la « facilitation » de l’Union Européenne. Ils devaient déboucher sur la mise en place d’un processus démocratique et d’élections libres et transparentes. Cependant le régime s’est depuis évertué à empêcher leur application, plongeant le Tchad dans un cycle de violence, de rébellions et de répression, dans lequel s’inscrit clairement la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Aujourd’hui, c’est pourtant en référence à ces accords que la France soutient un processus électoral qui est bien loin de donner la moindre garantie démocratique. Ainsi, les Tchadiens, qui aspirent à la démocratie, restent prisonniers d’un régime largement soutenu par les diplomaties française et européenne.

Pour toutes ces raisons, l’association Survie demande :

–       aux autorités françaises et européennes de ne pas cautionner l’élection présidentielle du 25 avril qui n’offre aucune garantie démocratique ;

–       au gouvernement français de cesser de soutenir le régime dictatorial d’Idriss Deby à travers sa coopération diplomatique, militaire et technique et de retirer l’armée française présente depuis 1986 au Tchad ;

–       la déclassification des documents diplomatiques et militaires français relatifs à la disparition de l’opposant Mahamat Saleh ainsi que l’audition des fonctionnaires civils et militaires français présents au Tchad en février 2008, conformément aux demandes répétées du député Gaëtan Gorce et du sénateur Jean-Pierre Sueur ;

– à l’Union Européenne de mettre fin aux Missions d’Observations Electorales quand les garanties démocratiques ne sont pas suffisantes et que celles-ci renforcent les dictatures au lieu de les affaiblir ».

Côte d’Ivoire : Pascal Affi N’guessan transféré à Katiola

Ils étaient, pour la plupart, enfermés à l`hôtel du Golf d`Abidjan, quartier général (QG) du président Ouattara jusqu`à sa prise du pouvoir alors aux mains de son rival Laurent Gbagbo. Depuis ce week-end pascal, les dignitaires de l`ancien régime, faits prisonniers depuis leur chute brutale du 11 avril dernier, ont de nouvelles destinations. C`est ce que nous a révélé une source proche des nouvelles autorités. Selon cette source, le président du Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N`guessan, initialement à l`Hôtel la Pergola de Marcory Zone 4 avant d`être transféré manu militari au Golf, ne se trouverait plus à ce Q.G. du nouveau régime. Le chef de l`ex-parti au pouvoir aurait été transféré loin de la ville d`Abidjan, précisément à Katiola, au centre du pays, à 400 km de la capitale économique ivoirienne. Affi N`guessan ne serait pas la seule personnalité à être relocalisée dans cette ville. Avec lui, il y aurait tous les autres pontes du régime Gbagbo et les membres de l`entourage de l`ex-président de la République déchu, qui séjourneraient encore au Golf. Ces personnalités civiles mises aux arrêts seront conduites également à Katiola comme Affi N`guessan, en attendant de connaître leur sort dans les semaines et mois à venir. Quant aux prisonniers militaires, leur prochaine destination serait la ville de Bouaké, capitale du Centre et fief de l`ex-rébellion, où ils iront attendre les décisions du nouveau régime. Ainsi, après le transfert du président déchu, Laurent
Gbagbo à Korhogo, et celui de son épouse Simone dans l`extrême Nord-Ouest, à Odienné, le Golf hôtel se vide de ses prisonniers, dispersés sur l`ensemble des zones dites CNO (Centre-Nord-Ouest). Pourquoi cette dispersion? Essoufflement dû aux charges du Golf progressivement libéré par ses anciens pensionnaires, ou simple stratégie d`éloignement pour mieux tenir les prisonniers dans une zone qu`ils contrôlent et à distance du siège du pouvoir, objet des violences continues à Abidjan?

F.D Bony

Source : L’Inter

Les suites de la Guerre en Côte d’Ivoire, le plus dur reste à venir !

Comment ne pas encore parler de la Côte d’Ivoire puisque deux semaines après la chute du président légal, les choses sont loin de se tasser et que les armes crépitent toujours ? Pendant que les médias occidentaux mettent le paquet pour parler de la normalisation en voie, le nouveau régime, après avoir incarcéré sans base légale Laurent Gbagbo, son épouse et de nombreux responsables du FPI, se livre  à une véritable chasse aux sorcières indigne d’un régime qui se dit favorable à la réconciliation. Il tente également de casser le FPI pour avoir le soutien de ceux à qui on peut pardonner, tels Mamadou Koulibaly, Alcide Djedje, et de ceux dont on a besoin, en particulier le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré.


A la Résidence de Laurent Gbagbo 11-04-2011
Un carnage qu’on voudrait passer sous silence

C’est de bonne guerre pourrait-on dire et beaucoup de gens du camp Gbagbo, fatigués, apeurés, affamés ou qui ont peur de perdre leur job, ont bien envie de dire « Pouce » ! Evidemment, la base du parti créé par Laurent Gbagbo éructe à la trahison. Et dans tout ce méli-mélo où le camp gagnant détruit à la Bolchévique tous les symboles de l’ancien régime comme la « Sorbonne » (célèbre lieu de dialogue) et où les médias sont mis au pas, voici que le redoutable Sergent Ibrahim Coulibaly dit « IB » semble vouloir avoir sa part du « butin » dans cette sale guerre et attaquerait même des éléments de l’ex-rebelle Soro. Eh oui !, on ne passe pas de rebelles à simples citoyens aussi facilement ! Le chef de l’Etat propulsé par l’étranger et les siens risquent de l’apprendre à leurs dépens. Il y aurait aussi des tensions entre les gens de Guillaume Soro et le PDCI-RDA tant au niveau de la primature que de l’affectation des ministères ! Et au moment de boucler, on apprend que la conférence d’Affi N’Guessan, qui voulait s’adresser à la presse pour donner l’avis du parti du Président Laurent GBAGBO sur des points de l’actualité politique, a tourné court, des soldats de Ouattara s’invitant malencontreusement et arrêtant tout,  confisquant le matériel de travail des médias invités avant de conduire manu militari le président du FPI au Golf Hôtel. Le patron du FPI aurait même été molesté devant des forces onusiennes qui n’ont pas bougé devant cette scène de violence inacceptable, et à qui incombe pourtant la protection des lieux ! Mais bon, ce comportement, on le sait, n’est pas nouveau.

Vous lirez donc, outre les articles ci-après, la Déclaration du FPI, pour mieux vous éclairer sur les suites de ce conflit au moment où Alassane Ouattara promet que les deux mois de salaires dus seront payés dès la semaine prochaine grâce à un prêt de… la France contracté sans l’aval de l’Assemblée nationale.

CE FUT L’HORREUR AU PALAIS PRESIDENTIEL

Les journaux occidentaux ont tous préféré les images de la capture du « vilain » Laurent Gbagbo (président élu de Côte d’Ivoire), hagard et le cocard à l’œil Dieu seul sait par quoi, et celle  de son épouse, jetée à terre, frappée au sang par des miliciens pro-Ouattara. « Ah ces dictateurs, c’est bien fait pour eux, tout de même : on ne gère pas un pays comme son bien propre ; il faut respecter le vote de la majorité ! », etc… Voilà ce qu’on pouvait lire entre les lignes de ces journaux pro-Sarkozy. Et la France a fait son boulot, évidemment, rajoutent-ils ! Pas un mot sur le non-désarmement au Nord et le vol des voix dans une dizaine de départements en zone rebelle qui ont permis qu’Alassane Ouattara obtienne plus de 100 % de voix par endroits, sans même les deux voix du représentant du FPI ; rien sur le fait que le chef de l’Etat parvenu au pouvoir par la guerre soit notoirement connu pour être le patron de la rébellion qui a fait plus de 10.000 morts en Côte d’Ivoire ; «Nada » sur le fait que Laurent Gbagbo est un opposant qui n’a jamais voulu faire couler  le sang dans son pays, qui a fait de la prison pour ses idées, qui est le père de la démocratie et de la liberté de presse ! Motus sur  le fait qu’il ait demandé le recomptage de voix, qu’il ait toujours traité ses opposants avec dignité…Bref, il faut justifier le crime !

De grands médias comme Paris Match n’ont pas hésité à mettre les photos les plus choquantes où l’on voit des jeunes rebelles arracher les nattes de la présidente plus ou moins dévêtue et jetée au sol, hébétée ! Avec de telles images, sûr que le canard va bien se vendre ! D’aucuns se sont permis de  critiquer l’air hagard du couple présidentiel, estimant qu’il eût fallu un peu de dignité mais quand on sait  ce qui s’est passé à l’intérieur du Palais, on comprend. Voyez plutôt  la photo ci-dessous qui résume une partie de l’horreur qui s’est déroulée dans la résidence du quatrième président de Côte d’Ivoire. Et quand on sait qu’en plus des bombes, des coups de feu, il y a  eu également des gens torturés et tués, des femmes violées, le tout dans des actions de pillage  frénétique de tous les biens (argent, effets personnels…) et d’énormes beuveries  comme à l’époque des pirates, on frémit à la pensée de ce qu’ont dû endurer ceux des responsables de l’ancien régime !   Pourtant, dès lors que le président Gbagbo avait été capturé par les forces étrangères et remis aux forces d’Alassane Ouattara, plus rien ne justifiait cette barbarie à la résidence présidentielle. Pourquoi avoir laissé faire ? Et ce qui est révoltant, c’est  que quinze jours  après la chute de Laurent Gbagbo,  les tueries de ses partisans et  de nombre de ceux de son ethnie, à ce qu’on dit, continuent.

Voilà ce qu’ont permis les forces onusiennes dans ce beau pays d’Houphouët pour régler un conflit postélectoral monté de toutes pièces et sous le fallacieux prétexte de sauver des…. civils ! A méditer.

 CY

San Finna N°613 du 25 Avril au 01 Mai 2011

Alassane Ouattara face à ses créanciers : Voici ceux à qui Alassane doit

Les premiers à se présenter seront sans nul doute tous ses partisans qui l’ont suivi depuis si longtemps, qui ont bravé brimades, vexations, harcèlements, exclusions, emprisonnements, tortures, et même la mort, mais qui n’ont jamais douté de lui. Il s’agit de ses compagnons de toujours, de ses fidèles parmi les fidèles, et de la grande majorité de la population du Nord de la Côte d’Ivoire. Il est indéniable que Ouattara ne serait jamais parvenu au pouvoir sans le soutien indéfectible de tous ceux-là, dont plusieurs ont réellement souffert le martyre sous les régimes de Bédié, Guéï et Gbagbo. C’est à bon droit qu’ils viendront exiger du nouveau chef de l’Etat leur récompense ou leur part du gâteau. Et l’on ne saurait reprocher à Ouattara de leur confier des postes importants dans l’appareil d’Etat.

Mais, ce faisant, il devra avoir à l’esprit qu’il courra alors le risque de se voir accusé de mettre en place un pouvoir ethnocentriste. Ce qui avait été fortement reproché à ses prédécesseurs Gbagbo et Bédié. Déjà, de nombreux murmures s’étaient fait entendre à Abidjan lorsqu’il avait commencé à nommer ses premiers ambassadeurs dans le monde. Les quatre premiers qu’il avait envoyés en janvier 2011 à Paris, Washington, Londres et aux Nations unies étaient tous originaires du Nord. Interrogé sur cette question, un de ses proches répondit que le chef de l’Etat n’avait pas le choix, car ceux-là, en dehors d’Ally Coulibaly, l’ambassadeur nommé à Paris et qui est un ancien journaliste, étaient les premiers ambassadeurs professionnels qui avaient basculé de son côté, et qu’il était évident qu’il rééquilibrerait les choses dès que la situation serait redevenue normale.

Henri Konan Bédié, rallié avec sa base électorale

Le second créancier de Ouattara qui viendra réclamer son dû sera Henri Konan Bédié, l’ancien chef de l’Etat. Si le successeur de Félix Houphouët-Boigny fut l’inventeur du concept de l’ivoirité, dont l’objectif était à ses débuts d’empêcher Alassane Ouattara d’accéder un jour à la présidence de la Côte d’Ivoire, il s’est, sous le règne de Laurent Gbagbo, réconcilié avec son ennemi d’hier et celui-ci lui doit incontestablement son élection. Le 15 novembre 2010, en la résidence d’Houphouët-Boigny à Yamoussoukro, Bédié avait solennellement appelé son électorat, essentiellement constitué des membres de l’ethnie Baoulé, la plus importante numériquement, à voter pour Ouattara. Celui-ci avait promis en retour de nommer un Premier ministre issu du parti de Bédié, le PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d’Ivoire et Rassemblement démocratique ivoirien).

Tous les observateurs notèrent que Bédié se mobilisa beaucoup plus pour la campagne de Ouattara que pour la sienne lors du premier tour. L’on vit les deux hommes posant sur les affiches de campagne de Ouattara, Bédié, debout, la main sur l’épaule de Ouattara assis. Le message fut compris par l’électorat de Bédié: voter Ouattara, c’était aussi voter Bédié. Et
il vota effectivement en masse pour Ouattara, au grand dam de Laurent Gbagbo. Nul ne peut contester que sans ce vote des Baoulé, Ouattara n’aurait pas été élu.

Guillaume Soro et ses forces

Mais les choses se compliquèrent dès l’annonce des résultats, Laurent Gbagbo refusant de reconnaître la victoire de son adversaire. Pire, il fit le siège de l’hôtel du Golf où résidait Ouattara et prit les médias d’Etat en otage. Il fallut opposer à Gbagbo une autre force. C’était Guillaume Soro, le chef de l’ex-rébellion, qui en disposait. Celui qui fut le dernier Premier ministre de Laurent Gbagbo et ne tarissait pas d’éloges à son égard avait pris le parti de Ouattara dès l’annonce des résultats. Ce dernier le nomma donc Premier ministre et ministre de la Défense.

Des voix se mirent à murmurer dans les rangs du PDCI-RDA sur la promesse trahie de Ouattara. Mais les proches de Bédié se dépêchèrent d’expliquer que Guillaume Soro avait été nommé par Ouattara avec l’accord, voire sur l’insistance de Bédié lui-même, compte tenu de la situation. Et il est évident que sans la guerre menée par les hommes de Guillaume Soro, Ouattara n’aurait pas pu avoir la réalité du pouvoir que les urnes lui avaient donné. Bédié a fait élire Ouattara, Soro l’a conduit au palais. Guillaume Soro devient donc lui aussi son créancier.

Exigera-t-il de demeurer Premier ministre ? Le faire serait mettre en difficulté Ouattara qui a sa promesse envers Bédié à tenir.

L’on a parlé d’un poste de vice-président qui n’existe pas dans la Constitution pour Soro. Soro l’a-t-il demandé? Ouattara le lui a-t-il promis? Nous n’en savons rien. Mais ce serait probablement une erreur de la part de Ouattara que de donner un tel pouvoir à celui qui l’a fait roi. Car l’appétit venant en mangeant, Soro pourrait être tenté en cours de route d’effacer le préfixe «vice» de son titre.

Comment alors payer sa dette envers Guillaume Soro? Sans doute en le convainquant de s’effacer pour le moment et de se contenter d’un rôle de grand conseiller, et en plaçant certains de ses proches à des postes importants. Soro, qui est né en mai 1972, a encore pour lui la jeunesse. Il a tout le temps de se préparer à succéder un jour à Ouattara à la présidence. Ouattara pourrait lui promettre de le préparer à cela.

Les chefs de guerre

Et ses chefs de guerre? Ce sont eux qui ont combattu sur le terrain. Ils méritent aussi une juste récompense. Mais certains d’entre eux ont des passés très chargés, c’est le moins que l’on puisse dire. Puissants chefs de guerre et commandants des zones contrôlées par les Forces nouvelles pendant huit ans, plusieurs d’entre eux ont commis de graves exactions sur les populations et pillé toutes les ressources existantes. Martin Kouakou Fofié par exemple, le tout-puissant commandant de Korhogo, est sous le coup de sanctions de l’ONU pour avoir enfermé une soixantaine de personnes dans des containers exposés au soleil jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Il a aussi été question de massacres perpétrés par les combattants de Soro à Duékoué, lors de leur récente avancée sur Abidjan, sans que l’on sache pour le moment toute la vérité sur l’affaire. S’il s’avère qu’ils se sont effectivement rendu coupables de tel crimes, il serait difficile pour Ouattara de les garder à côté de lui ou de les intégrer dans l’armée régulière. Il serait sans doute préférable pour le chef de l’Etat qu’il les laisse s’éclipser dans la nature, quitte à ce qu’ils aillent se faire pendre ailleurs.

IB, l’homme du commando invisible

Un autre créancier inattendu est l’ancien sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB, autobombardé général, qui a revendiqué la direction du «commando invisible» qui a mis fin aux massacres perpétrés par les milices de Gbagbo dans le quartier d’Abobo à Abidjan. IB, qui voue une haine tenace contre Guillaume Soro, celui qui l’a évincé de la direction des Forces nouvelles, aurait, selon des rumeurs, réclamé de diriger les opérations de libération d’Abidjan afin d’en retirer toute la gloire. Et c’est ce qui aurait retardé l’opération, manquant presque la faire capoter.

L’homme aux ambitions démesurées ne manquera pas de venir présenter lui aussi sa facture au nouveau chef de l’Etat. Il faudra sans doute à ce dernier apprécier la part réelle d’IB dans la victoire et le récompenser en conséquence, tout en le surveillant comme du lait sur le feu afin
qu’il ne tente pas un jour de vouloir être calife à la place du calife.

La France et les Nations unies

La France et les Nations unies pourraient être considérées comme d’autres créanciers, puisqu’il aura fallu que leurs forces bombardent les camps militaires de Laurent Gbagbo pour que ses hommes arrêtent le combat. Alassane Ouattara, qui a de solides relations d’amitié avec le sommet de l’Etat français, n’a jamais caché sa volonté de tisser à nouveau les liens privilégiés que son pays avait avec la France. Et certainement que les entreprises françaises pourraient bénéficier de sérieux coups de pouce dans les marchés de la reconstruction de la Côte d’Ivoire.

Source : slateafrique.com

Côte d’Ivoire : Dans les Médias, la terreur a changé de camp

« Plusieurs journalistes ivoiriens proches de l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, sont traqués par des partisans d’Alassane Ouattara et ont dû entrer en clandestinité par crainte d’être victimes de règlements de comptes, a appris Reporters sans frontières auprès des intéressés et de plusieurs sources concordantes.

‘Nous sommes très inquiets et mettons en garde les nouvelles autorités contre une situation qui pourrait leur échapper mais dont elles seraient tenues responsables. La volonté de certains partisans du nouveau Président de faire la chasse aux journalistes du camp adverse pour se venger est simplement inacceptable et indigne. Nous appelons le président Ouattara à demander publiquement à ses partisans de renoncer à cette volonté de vengeance et de respecter la pluralité des opinions’, a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de l’organisation.

Victimes d’une chasse à l’homme

Pendant les quatre mois de crise traversés par la Côte d’Ivoire, les journalistes ivoiriens, toutes tendances confondues, ont subi menaces, intimidations, et entraves à l’exercice de leur métier. Mais depuis une semaine, des partisans d’Alassane Ouattara ont lancé une véritable chasse à l’homme visant spécifiquement les journalistes pro-Gbagbo.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, une liste de huit journalistes « à abattre » circulerait actuellement dans Abidjan. Sont touchés des employés du quotidien d’Etat Fraternité Matin, plusieurs journalistes de la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI), et plusieurs de la presse dite « bleue », notoirement pro-Gbagbo. Ces journalistes traqués ont préféré entrer dans la clandestinité. Certains membres du Conseil national de la presse (CNP), dont la dernière équipe était très proche de Laurent Gbagbo, les ont imités.

Le gouvernement d’Alassane Ouattara entend poursuivre des journalistes

Le gouvernement d’Alassane Ouattara a annoncé son intention de poursuivre certains journalistes en justice pour leur rôle dans la propagande en faveur de l’ancien pouvoir. Si l’intention de sanctionner ceux qui se sont rendus coupables de dérives graves est louable, Reporters sans frontières s’interroge sur les critères qui permettront de déterminer qui doit être poursuivi.

Le monitoring des médias effectué par l’organisation pendant la campagne électorale d’octobre et novembre 2010, ainsi que l’observation minutieuse de la presse ivoirienne tout au long des quatre mois suivants, révèlent que presque tous les médias ont commis des dérapages. Le Conseil national de la presse encore présidé par Eugène Dié Kacou les avait d’ailleurs, à l’époque, tous sanctionnés, qu’ils soient proches de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara. Pendant la campagne électorale, Reporters sans frontières avait stigmatisé les dérives de Notre Voie (pro-Gbagbo) autant que celles que du Nouveau Réveil (pro-Bédié) ou du Patriote (pro-Ouattara). Nous ne tolérerons pas que tous les médias proches des nouvelles autorités échappent aux remises en cause et aux poursuites judiciaires.

L’intention du gouvernement doit être uniquement guidée par une volonté de justice et ne doit pas aboutir à des règlements de comptes. S’il est effectivement nécessaire de sanctionner des personnes qui ont pu, à la RTI notamment, être coupables d’appels à la haine, il serait dangereux de procéder à une purge ayant toutes les apparences de la vengeance. Les nouvelles autorités doivent éviter de reproduire les travers observés dans le passé consistant à opprimer la presse d’opposition et à tolérer les écarts de la presse qui leur est favorable’, a affirmé Reporters sans frontières.

Pas encore de retour en kiosques pour la presse « bleue »

Le Patriote a été le premier quotidien ivoirien à faire sa réapparition, en étant largement distribué dès le vendredi 15 avril 2011. Lundi 18 avril, plusieurs quotidiens avaient également fait leur retour dans les kiosques : le journal d’Etat Fraternité Matin, plusieurs journaux pro-Ouattara (Nord-Sud, Le Mandat), et enfin des titres indépendants, (L’Intelligent d’Abidjan, L’Inter).

En revanche, les sièges des quotidiens Notre Voie et Le Temps, fleurons de la presse « bleue », pro-Gbagbo, ont été attaqués et saccagés. Le matériel de production a été détruit. Les domiciles de certains journalistes de ces deux titres ont été visités. Conséquence : toujours pas de retour en kiosques possible pour ces deux quotidiens.

Ambroise PIERRE

Bureau Afrique / Africa Desk

Reporters sans frontières

Recolonisation: La France dans le bourbier ivoirien

La crise ivoirienne ressemble à celle de l’Irak. La seule différence c’est que les acteurs ne sont pas les mêmes. En Irak, ce sont les Américains. Ils ont pensé qu’en enlevant Saddam Hussein, tout allait se passer comme sur des roulettes. La vie allait reprendre comme si de rien n’était. Malheureusement, c’est le contraire qui s’est produit. Plus de dix ans que le pays est dans une situation d’instabilité. Aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon. C’est l’incertitude. L’avenir est en pointillé. Jusqu’à ce jour, les Américains n’ont pu ramener la paix. Il ne se passe pas de jour sans qu’il n’y ait des attentats. Le pays est devenu un far-west. Il n’y a aucune loi.

On ne peut pas dénombrer jusqu’à ce jour, les soldats américains tués. Les Français ont le même comportement en Côte d’Ivoire. Après leur coup d’Etat, l’Hexagone a du mal à faire asseoir le pouvoir de son poulain, Alassane Ouattara. Au fur et à mesure que les jours passent, la situation s’enlise. Pas de lisibilité. L’armée française ne maîtrise rien sur le terrain. Elle ne fait que perdre des soldats. Les informations font état de ce que cette armée a perdu plus de 400 hommes dans les affrontements. Sarkozy et ses amis de l’Elysée pensaient que tout allait être facile pour eux. Ils sont confrontés à la réalité du terrain. Ils mordent la poussière face aux jeunes qui font la résistance.

Il se raconte que l’armée de Sarkozy a dû abandonner trois chars dans les combats à Yopougon. En tout cas, la France a tout calculé sauf la côte de popularité du Président Laurent Gbagbo à Abidjan. Il pèse plus de 64% de voix à Abidjan. C’est une donnée non négligeable qui fausse les calculs de la France. On se rappelle qu’en septembre 2002, lors de la tentative de coup d’Etat qui s’est muée en rébellion, Tuo Fozié avait dit qu’il n’avait pas compté avec la mobilisation populaire des Ivoiriens.

Enise Kamagaté

Source : Le Temps

La Licorne contre Gbagbo: impensable en Afrique australe

Une intervention militaire étrangère est un scénario inconcevable en Afrique australe. Même le régime de Robert Mugabe est jugé digne de mansuétude.

Ce qui s’est déroulé en Côte d’Ivoire –à savoir l’installation par la force d’un Président par l’ancienne puissance coloniale– aurait été inimaginable en Afrique australe. Même si leur mansuétude à l’égard des dérives du président zimbabwéen Robert Mugabe leur a valu des critiques, les Etats de cette région ont payé trop cher leur émancipation pour accepter une intervention militaire occidentale.

En Afrique de l’Ouest, aucun gouvernement n’a protesté contre l’intervention militaire française en Côte d’Ivoire, dont l’unique but était de débarquer Laurent Gbagbo pour installer Alassane Ouattara, Président reconnu par la communauté internationale et la Commission électorale indépendante. Les rares qui se sont exprimés, comme le Sénégalais Abdoulaye Wade, ont salué cette opération. Il faut dire que, dès la proclamation de la victoire de Gbagbo par le Conseil constitutionnel le 2 décembre 2010, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait joint sa voix à la France, à l’Union européenne et aux Etats-Unis pour demander au chef de l’Etat ivoirien sortant de quitter le pouvoir. La Cédéao avait même envisagé une intervention militaire régionale qui n’a jamais eu lieu, faute de consensus. L’organisation ouest-africaine a donc laissé à la France, ancienne puissance colonisatrice, le soin de faire le travail à sa place, sous couvert d’une résolution onusienne très largement interprétée.

Certes, plusieurs pays, dont le Burkina Faso et le Nigeria, ont, à en croire Laurent Gbagbo, fourni de l’aide aux forces pro-Ouattara, mais sans l’appui logistique et opérationnel de Paris, le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) n’aurait probablement pas la satisfaction d’être aujourd’hui le seul président de Côte d’Ivoire.

Vu d’Afrique australe, en tous cas, ce qui vient de se dérouler en Côte d’Ivoire est quasiment inconcevable. Certes, le président sud-africain Jacob Zuma, un des derniers soutiens de Laurent Gbagbo, l’a finalement lâché, le 17 mars 2011, en s’alignant clairement sur la décision de l’Union africaine de reconnaître Alassane Ouattara comme seul chef de l’Etat ivoirien. En outre, l’Afrique du Sud, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a voté, le 30 mars, la résolution apportant son «entier soutien» à la Mission de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci) pour utiliser «toutes les mesures nécessaires» destinées à protéger les civils et empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre eux. Mais la ministre des Affaires étrangères sud-africaine a ensuite émis des réserves sur les bombardements des sites stratégiques d’Abidjan par les hélicoptères de l’Onuci et de la force française Licorne.

«Je ne me rappelle pas avoir donné un mandat à quiconque pour un bombardement aérien sur la Côte d’Ivoire, avait déclaré Maite Nkoana-Mashabane. Nous ne soutenons pas nécessairement ce que nous n’avons pas voté.»

Pas de sanctions sévères contre Mugabe

Si Jacob Zuma a fait le dos rond sur le dossier ivoirien, au grand dam des partisans de Laurent Gbagbo, il n’aurait sans doute jamais accepté l’intervention armée d’une puissance non-africaine dans son voisinage direct. Il suffit pour s’en convaincre d’observer comment les récentes crises régionales ont été gérées. A commencer par celle du Zimbabwe. Malgré les graves dérives du président Robert Mugabe à partir de 2000, en matière de droits de l’homme et de violations des règles démocratiques, ni l’Afrique du Sud, ni la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) n’ont accepté de suivre l’Union européenne et les Etats-Unis dans leur décision de sanctionner sévèrement le chef de l’Etat zimbabwéen et son régime. Ce dernier n’a, d’ailleurs, pas non plus été mis à l’index par l’Union africaine.

Thabo Mbeki, Président sud-africain de l’époque, avait privilégié la voie du dialogue, en grande partie parce que Robert Mugabe restait à ses yeux celui qui avait libéré le Zimbabwe du joug du régime raciste blanc de l’ex-Rhodésie du Sud, fin 1979. Au bout du compte, un accord de partage du pouvoir avait été conclu entre Mugabe et Tsvangirai, sous l’égide de Mbeki, en septembre 2008. Ce compromis est aujourd’hui encore difficile à mettre en œuvre, mais les pays de la région ont préféré trouver eux-mêmes une solution, d’autant que les très fortes pressions britanniques et américaines –qu’elle fussent ou non justifiées– n’avaient fait qu’envenimer la situation, en offrant à Robert Mugabe l’occasion de crier au complot néo-colonialiste.

Etait-ce la bonne solution? Aurait-il fallu envoyer les troupes britanniques ou américaines pour forcer Robert Mugabe à quitter le pouvoir? Certains le soutiennent, en faisant remarquer que la crise politique est loin d’être réglée dans son pays. Mais dans une région où la lutte pour l’émancipation a été longue et meurtrière –que ce soit au Mozambique, en Angola, en Namibie, au Zimbabwe et bien sûr en Afrique du Sud– aucun chef d’Etat ne se serait risqué à soutenir une telle solution.

Pour autant, Jacob Zuma tient actuellement un discours plus ferme que son prédécesseur à l’égard de Robert Mugabe. Le 18 avril, alors que le blocage politique et les arrestations se poursuivent au Zimbabwe, Zuma a averti que son voisin s’expose à une révolte comparable à celle intervenue en Afrique du Nord si des réformes ne sont pas mises en place. Mais il n’y a quasiment aucune chance que la SADC prône une solution à l’ivoirienne pour sortir du blocage. Le chaos et les nombreuses victimes qui ont accompagné la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara par les armes encouragera sans doute les pays d’Afrique australe à maintenir leur ligne de prudence.

Jérémie Ncubé

Slate-25/4/2011

La Banqueroute ou la guerre ?

C’est connu depuis la nuit des temps : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie. De là à se demander si notre amour soudain pour les Libyens est vraiment désintéressé, il n’y a que l’amble d’un Cheval de Troie…

L’année avait plutôt bien commencé puis, très vite, les choses ont tourné à l’aigre. D’abord le cataclysme au Japon, dont les fragrances radioactives ne tarderont plus à nous rattraper, puis maintenant la Libye, pour laquelle l’Occident feint de découvrir que le “Guide suprême” n’est pas seulement un priapique cocaïnomane, mais aussi un dictateur sanguinaire. Depuis la Suisse, cela donne envie de rire, quoique la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, doive plutôt grimacer en se souvenant combien son pays était isolé, il y a encore une année, alors qu’il avait affaire aux menaces de Kadhafi suite à l’arrestation de son ivrogne de fils à Genève quelques mois auparavant. Un Kadhafi qu’il était alors de bon ton de soutenir dans la communauté internationale, et peut-être même, pour le président Sarkozy, d’en obtenir le soutien financier pour sa campagne électorale.

Mais l’amiral Mullen, chef d’état-major US, a déjà prévenu, à moins qu’il s’agisse de préparer le terrain : « On ne sait pas où l’on met les pieds, et le conflit pourrait bien s’enliser », tout en essayant de nous rassurer : « Notre objectif n’est pas de chasser Kadhafi du pouvoir. » On imagine bien en effet qu’une opération baptisée Aube de l’Odyssée cache des objectifs un peu plus considérables que de mettre à la retraite l’instigateur des soirées Bunga-bunga [Silvio Berlusconi et ses partouzes NDLR].

Thierry Meyssan voit assurément juste quand il écrit que « les frappes françaises sur la Libye ne sont pas une opération française, mais une sous-traitance placée sous l’autorité de l’US AfriCom. Elles n’ont pas pour objet de secourir les populations civiles libyennes, mais elles prétextent de la situation pour ouvrir la voie au débarquement des forces étatsuniennes sur le continent africain. »

Dans une récente analyse, Pierre Hillard nous rappelle que « les grands événements sont toujours le fruit des actions d’une élite » et que « les masses ont toujours été utilisées comme instrument en faveur d’une politique bien définie. » L’auteur de La marche irrésistible du Nouvel ordre mondial explique comment la trame de fond à « l’origine de tous ces événements » réside dans le développement du Nouvel ordre mondial qui n’est plus seulement une idéologie, mais une mystique.

Banqueroute des États-Unis

Bill Gross, gestionnaire du plus important fonds d’investissement au monde, Pimco, a annoncé le 10 mars dernier qu’il s’était débarrassé de tous ses Bons du Trésor. Il faut se souvenir que les Bons du Trésor sont la plus grande bulle de ces cent dernières années. Ils sont considérés par les spéculateurs comme une assurance-vie gratuite et qui rapporte tout de suite et très gros.

Depuis novembre 2010, la Fed a racheté auprès des banques d’affaires plus de 70 % des Bons du Trésor aux Etats-Unis. Elle continue d’en racheter mensuellement 100milliards et devrait, d’ici juin 2011, en détenir pour 800milliards de dollars.

Si Pimco fait savoir aujourd’hui qu’il y a tout à perdre à collaborer avec l’État américain et qu’il convient de se débarrasser avec urgence des Bons du Trésor US, c’est qu’elle prévoit que les cours des obligations d’État US vont s’effondrer avant l’été prochain. Que cela entraînera une contraction de l’économie qui peut mener le pays à l’éclatement monétaire par l’hyperinflation, à la récession et au chômage de masse. En clair, la banqueroute des États-Unis.

Barack Obama, Tim Geithner, son Secrétaire d’État aux Finances, et Ben Shalom Bernanke, le Directeur de la Fed, ont engraissé les banques et leur ont permis de fusionner, de s’agrandir afin de devenir “too big to fail ” (trop grande pour faire faillite). Les banques peut-être, les Etats-Unis c’est moins sûr. A moins que la guerre…

Clovis Casadue, pour FLASH

Publié  sur Mecanopolis