Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

BENIN : Telles présidentielles, telles législatives…

Un 30 avril 2011 aussi chaotique que le 13 mars. Encore une fois, une entrée en campagne électorale sans le fichier des électeurs. L’exception électorale 2011 étale toute son absurdité aussi bien lors de la présidentielle qu’à l’occasion des législatives. Stoïques, résignés, fatalistes parfois, les candidats avaient repris le combat sans aucune garantie d’une correction de toutes les hérésies à l’origine de la descente aux enfers annoncée du label démocratique. Tous tétanisés par la mémorable sentence prononcée par le super juge électoral au lendemain du chaos du 13 mars. Constats d’huissier assermentés, témoignages de représentants de candidats, supports vidéo, réclamations de candidats et même témoignage de membres de la Cena, aucun de ses moyens n’avaient réussi à ébranler l’« incorruptible » conviction du juge courageusement accroché aux seuls rapports de ses propres observateurs formés en quelques minutes et expédiés sur le territoire national. Toujours le mystère autour de la définition légale et universelle de ce qui fait office de liste électorale en République du Bénin, berceau de la démocratie en Afrique. A l’occasion de la présidentielle, les mages ont dû recourir au témoignage pathétique du président de la Cena.

Malheureusement, aucune progression entre les deux scrutins. Plus d’un mois de cachotterie, de dilatoire, de surenchère dans les primes et de trafic d’urnes et de bulletins pré-estampillés. Le mauvais film que les Béninois pensaient avoir conjuré après la proclamation du K.O. est demeuré intact.

Que dire alors de l’impérialisme affiché du juge électoral ? Une Cour constitutionnelle désormais détentrice de tous les pouvoirs, quitte à en redistribuer à qui elle veut selon sa convenance comme on le ferait dans un régime spécial. Ainsi chaque institution ou organe pourrait se voir décerner des pouvoirs exceptionnels, avec inscription au bloc de constitutionnalité, c’est-à-dire ad vitam aeternam. Grâce donc à une jurisprudence établie par Dossou et les siens, plus besoin de se casser trop les méninges pour régler les conflits entre la Cena et ses démembrements. Le président de l’institution est désormais fondé à pourvoir aux remplacements de tout frondeur. Il ne pouvait en être autrement puisqu’au moment où la Cour accordait ces « pouvoirs exceptionnels » au président de la Cena, le Bénin ne disposait plus de parlement depuis plusieurs jours déjà. Ceci à la suite de décisions, toutes aussi ubuesques les unes que les autres, rendues par ces juges. Impossible de recourir aux députés en cas de défaillance avérée des démembrements. Une sorte d’intérim parlementaire. Du même modèle que l’autorisation expresse accordée au président de l’Assemblée nationale de désigner un secrétaire parlementaire à chaque fois qu’il le juge nécessaire. Dans un cas comme dans l’autre, le transfert de pouvoir se fait directement vers le bénéficiaire sans aucune consultation préalable.

L’ordre établi par plusieurs centaines de délégués à la conférence nationale et passé à l’appréciation du peuple béninois à l’issue d’un référendum en décembre 1990, se retrouve totalement chamboulé par la volonté de 7 anciens courtisans nommés ou désignés.

Personne ne crierait au scandale si ces détournements de pouvoir s’étaient opérés dans le but de réintégrer les centaines de milliers de citoyens exclus du processus électoral ; ou de régler les dérives du vote dérogatoire abusivement utilisé le 13 mars ; ou encore de régulariser les quelques milliers de repêchés d’avant-présidentielle. Au contraire, le temps a été consacré à l’affirmation du virage dangereux imposé aux acquis de la conférence nationale. Le pays s’est installé dans le coup d’Etat permanent « constitutionnalisé ». Il suffit d’un document intitulé « Décision de la Cour constitutionnelle (Dcc) » affublé d’un numéro de série pour faire établir une règle quasi divine. On n’agit plus selon la loi mais plutôt selon les juges de la Cour constitutionnelle.

Aucun scrutin n’y échappe désormais…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

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