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Interview / Mamadou Koulibaly: ‘‘ L’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union’’ ‘‘Les vainqueurs doivent assumer leur programme’’

( Le Mandat ) Mamadou Koulibaly est l’un des rares dignitaires du FPI de Laurent Gbagbo, à être encore libre de ses mouvements en Côte d’Ivoire, (beaucoup d’autres sont arrêtés ou réfugiés à l’étranger) et s’exprime très rarement. Revenant sur l’avenir du FPI, le président de l’Assemblée Nationale estime que le parti est décapité, et que l’équipe dirigeante devrait se réunir bientôt. Et à la participation de son parti à un gouvernement d’union, Mamadou Koulibaly préfèrerait un vrai rôle dans l’opposition. Entretien !

Pourquoi êtes vous allé à la cérémonie d’investiture du président Alassane Ouattara samedi dernier ?

Par devoir républicain, la Côte d’Ivoire s’est donné un Président de la République et en tant Président de l’Assemblé Nationale, je devais y être.

Est-ce que cela veut dire que vous reconnaissez personnellement Alassane comme Président de la République de Côte D’Ivoire?

Oui, ça ne date pas d’aujourd’hui. J’ai déjà signé une déclaration pour le compte du FPI qui le disait.

A quel moment avez-vous compris que Laurent Gbagbo avait perdu l’élection ?

Après la décision du Panel, le Panel ayant concluant que le vainqueur de l’élection présidentielle était Ouattara. Il fallait que tous les partisans de Gbagbo se rendent compte de l’évidence que Ouattara était le Président de Côte d’ Ivoire depuis cette date.

C’était le Sommet du 10 mars à Addis-Abeba. En ce moment-là vous avez dit que c’était fini ?

Je n’ai pas la date exacte

Au premier tour, Laurent Gbagbo est arrivé premier avec 6 points d’avance sur Alassane Ouattara. En ce moment-là est ce qu’il pouvait gagner ou pas ?

Oui ! En ce moment, tout était possible, si nous avions eu un discours rassembleur, si nous nous n’étions pas focalisés sur des discours qui divisent et qui affaiblissent. C’était un moment clé.

Et c’était un moment clé où le FPI n’a pas su obtenir le ralliement du PDCI-RDA de Henri Konan Bédié ?

Pas du PDCI, mais plutôt de l’électorat du PDCI. Nous avons péché par mauvaise stratégie.

On a souvent dit que Laurent Gbagbo était un boulanger qui roulait ses adversaires dans la farine, mais ne s’est-il pas laissé rouler dans la farine par Guillaume Soro ?

Nous sommes obligés de le constater. Je me suis battu pour que Gbagbo gagne. Mais, malheureusement, nous avons perdu. On ne va pas pleurer éternellement.

Mamadou Koulibaly est-ce que l’échec du FPI n’est pas l’échec d’une expérience socialiste en Afrique de l’Ouest?

Est-ce qu’elle était vraiment socialiste ? Est-ce que nous avons vraiment appliqué notre programme de gouvernement ? Ou est ce que avons- nous fait autre chose ? Je me pose la question.

Est-ce qu’en ces dix dernières années, votre parti n’a pas fonctionné en double commande ? C’est-à-dire une direction officielle et disons un cabinet plus secret ?

Nous sommes tombés dans le piège des partis politiques qui accèdent aux pouvoirs et qui se laissent entraîner par l’ivresse du pouvoir. C’est vrai la personnalité de Laurent Gbagbo était telle, que bien qu’ayant cédé le fauteuil de Président du FPI a Pascal Affi N’Guessan, il ne décidait pas directement des choses, mais chaque fois que nous avons des décisions importantes à prendre pour le partie nous lui posions la question de savoir d’abord si ses décisions ne gênaient pas sa politique générale.

Le rôle de l’armée française dans la chute de Laurent Gbagbo, ça vous choque ?

Non c’était dans la logique des choses. A partir du moment où nous avions signé l’Accord Politique de Ouagadougou, il était évident que les choses allaient se terminer de cette façon là.

Donc vous ne dites pas comme certains partisans de Laurent Gbagbo qui disaient qu’on assiste à une recolonisation de la Côte d’Ivoire ?

Non, on assiste a une remise en ordre de la Côte d’Ivoire, là où nous FPI, nous avions été incapables. On n’aurait eu notre gouvernement à nous. On aurait peut-être mieux gérer la situation. Qu’il n’y aurait pas eu une rébellion et on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais le gouvernement mélangé, on a pensé que tout baignait dans l’huile, or l’adversaire nous attendaient au tournant ou l’ennemi nous attendait au tournant. On a été victime de notre grande naïveté.

Le maintient d’une base militaire à Port-Bouët comme le disait Nicolas Sarkozy et comme l’a confirmé Alassane Ouattara. Qu’est-ce vous en pensez ?

De mon point de vue, il n’est pas admissible qu’aujourd’hui encore, les choses entre Paris et Abidjan se passent comme les choses qui se passaient en 1946 ou en 1960. L’assistance permanente de la France en matière monétaire, financière, politique est de nature à infantiliser les Etats, mais pour moi, ce n’est que période passagère. Le moment viendra où les mêmes Etats s’asseyeront autour d’une table pour renégocier et signer d’autres accords.

Quelle est la dernière fois que vous avez parlez avec Laurent Gbagbo ?

Le lendemain du jour, où Affi N’Guessan est rentré d’Addis-Abeba avec les conclusions du Panel, nous nous sommes rencontrés. On a parlé des conclusions du Panel.

Et là vous avez peut-être dit à Laurent Gbagbo que c’est foutu pour vous non ?

Il le pensait lui aussi et nous nous sommes dit qu’il fallait réfléchir pour savoir quelle attitude adoptée, mais depuis je n’ai plus eu de ses nouvelles.

Mais vous lui avez conseillé de renoncer et de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara ?

Je garde ça pour moi.

Et depui, plus aucun contact ?

Par la suite, je suis allé à accra jusqu’au 11 avril 2011.

Quand vous lui avez dit ça, il n’a pas du tout apprécié ?

Rire, je lui ai dit quoi ? J’ai eu une démarche au près de certains hommes politiques, mais je n’ai pas eu d’issue. Je me faisais taper dessus de part que d’autre et j’ai préféré m’installer à Accra et attendre la fin pour revenir lorsqu’il y aurait l’accalmie.

Est-ce que vous aviez été menacé par les durs du régime Gbagbo ?

De part et d’autre, les durs des deux camps et ce n’est pas facile de se tenir au milieu avec des tirs groupés venant d’eux.

Vous avez tenté une médiation dans le courant du mois de mars.

Même avant le mois de mars, en tout début décembre, où nous étions encore à 10 ou 15 morts, justement après l’investiture du Président Gbagbo, j’ai suggéré l’idée que les deux camps se rencontrent pour discuter et que c’est comme ça que, ça se passe en Afrique en général. Lorsqu’il y a une crise post-électorale. Et puis lorsqu’on est a 500 ou 600 morts, on utilise ces morts comme moyen de pression pour rapprocher les camps et puis aller a un gouvernement d’union. Et puis des amis et moi, on contacté des cadres autour de Ouattara et il nous a reçus au Golf, nous sommes aller nuitamment.

Secrètement ?

Secrètement et je lui ai demandé si serait bien que Gbagbo et lui se rencontrent secrètement, afin de se parler pour éviter à la Côte d’Ivoire le Chaos. On était dans un bras de fer et on n’était pas du tout écoutés.

Que pensez-vous des camarades FPI qui sont exilés au Ghana voisin et qui rêvent de revanche ?

Nous avons rencontré très peu qui rêvent de revanche. Je les ai vus arriver presque tous.

Nous n’avons pas beaucoup de contact physique, mais nous communiquons au téléphone.

Tous ne rêvent d’une seule chose que de revenir rapidement en Côte d’Ivoire. Ils ont peur de se faire arrêter ou tuer. Ils sont détenus, désargentés avec leurs familles, leurs enfants qui ne vont plus à l’école. Ils n’ont pas l’intension de revanche d’un coup d’ Etat.

Avez-vous les nouvelles de Charles Blé Goudé ?

Non, je n’ai aucune nouvelle de lui.

Demain si Alassane Ouattara vous demande de rentrer au gouvernement d’union nationale, qu’est-ce vous répondrez ?

Si j’arrive à organiser avec l’appui du Secrétaire général du FPI, une réunion du comité central et si ce comité central décide que nous devons répondre positivement à l’invitation du Président de la République Alassane Ouattara, j’aviserais. Mais pour ma propre philosophie, l’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union. Lorsque l’on va aux élections et qu’il y a un qui gagne, ma philosophie, c’est qu’il prenne l’entièreté du pouvoir, il l’assume complètement pendant la durée de son mandat.

Exceptionnellement, vu la crise qui s’est produite, il ne fallait pas faire un geste qui va dans le sens de la réconciliation avec les principaux partis du pays ?

C’est le raisonnement que nous avons tenu en 2000 quand Laurent Gbagbo a gagné les élections. Ça s’est terminé par une guerre. Aujourd’hui, si l’on veut aller à la réconciliation, le gouvernement d’union n’est pas forcément la solution. Il faut déjà renoncer à la vengeance justicière et permettre à ce que l’opposition s’organise et quelle ait le droit d’exister. En étant dans l’opposition, nous pouvions contribuer à la réconciliation nationale.

Il faut renoncer à la vengeance justicière, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est dire qu’il faut libérer Laurent Gbagbo ?

Je pense qu’on peut lui reprocher tous ce qu’on veut, mais il faut reconnaître qu’il n’est pas le seul à voir commis toute les fautes commises. Je ne dis pas au Président Ouattara de ne pas appliquer la justice. Mais, je dis qu’un bon geste de réconciliation montrerait qu’il est capable de pardonner à Gbagbo et à tous les militants de son parti qui sont en ce moment incarcérés à la Pergola à Odienné et à Korhogo. Je dis que se venger n’est forcément pas bon signe.

Est-ce que c’est votre priorité la libération de Laurent Gbagbo et de tous vos camarades qui sont en résidence surveillée?

Le FPI n’est pas à mesure aujourd’hui de poser des préalables. Ce n’est pas la priorité, mais si vous ne pouvez pas juger tous les criminels alors pourquoi ne pas renoncer a cette vengeance et établir un processus qui rétablirait tout le monde. Ou bien vous prenez tout le monde ou bien vous ne faites rien. Si vous faites les choses à moitié, ce serait créer des injustices et ça sa peut-être source de haine et de nouvelles frustrations qui sont des moteurs très puissants d’instabilité politique surtout en Afrique.

Est-ce que vous ne dites pas ça aussi, parce qu’actuellement le FPI est décapité et peut-être que vous n’êtes pas a mesure de réunir un comité central ou parce qu’il y a trop de monde en prison ?

Oui, c’est possible ! Le parti est décapité et surtout apeuré. Les cadres et les militants qui sont à l’étranger ne se sont pas chauds pour revenir maintenant. Ils ont peur. Ceux qui sont Abidjan n’osent pas sortir et puis les cadres ne comprennent toujours pourquoi certaines personnes sont harcelées et d’autres pas. Quels sont les critères qui permettent d’arrêter un tel plutôt que tel autre et lorsque des réunions sont prévues de très nombreux cadres et militants promettent de venir. Mais quand il est l’heure de la réunion on ne les voit pas. Ils me disent tous, mais Mamadou est-ce que tu nous garantis la sécurité ? Je leur dis que je suis incapable et que le ministre de l’Intérieur lui-même me dit que pour le moment, il doit avouer qu’il ne maîtrise pas tout ceux qui sont en ville.

Est-ce que vous pouvez affirmer que le FPI est mort ou est-ce que le FPI doit revenir au pouvoir un jour ?

Le FPI n’est pas mort, le FPI est très affaibli.

Vous vous donnez combien de temps dans l’opposition 5 ans 10 ans ou peut-être plus ?

A court terme 5 ans. Nous sommes sûrs que les législatives à venir vont-être catastrophiques pour nous, mais je pense que dans 5 ans, le président Ouattara trouvera en face de lui un candidat FPI de taille.

Vous êtes le Président du FPI par intérim, êtes-vous près à devenir le Président du nouveau FPI ?

Le président du FPI est pour le moment incarcéré, je me bats pour qu’il puisse retrouver la liberté et c’est le congrès qui décidera. Ça ne fait pas partie de mes plans a moyen et long terme pour le moment.

Si le prochain congrès du FPI vous demande de prendre la présidence du parti est-ce que vous irez ?

Oui, j’irais si le congrès me le demande et si je suis candidat. Mais ce n’est pas encore dans mes priorités. Ma priorité c’est d’abord de reconstituer cette opposition face à Ouattara. Il n’est plus question que l’on retombe dans une question de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j’échouais sur ce terrain et que le FPI disparaissait, alors Monsieur Ouattara aurait en face de lui des factions dispersés sur l’ensemble du territoire et organisées n’importe comment qui lui rendraient la vie très difficile.

Ce qui n’est pas souhaitable.

Il y a des velléités au sein du RHDP de pérenniser la structure RHDP donc que le RDR rejoigne la ‘‘maison mère’’ le PDCI. Donc, est-ce que vous ne craignez pas que votre pays la Côte d’Ivoire se retrouve en fait avec un RHDP qui règne en maître ?

Le risque existe, on se retrouverait dans les partis uniques et les partis uniques vivent dans la peur d’un coup d’Etat, d’un assassinat. Par contre, s’ils arrivent à s’organiser pour reconstituer l’ancienne famille d’Houphouët sans nous en bastiller, sans bloquer nos comptes, sans nous tuer et qu’ils nous permettaient d’organiser nous aussi le CNRD en face, en grand mouvement d’opposition, on n’irait vers un bipartisme en Côte d’Ivoire. Un grand parti au pouvoir et un grand parti d’opposition. C’est possible et c’est jouable. Et C’est dans se sens que j’aimerais bien avec quelques amis, le Secrétaire général afin de pouvoir travailler et créer en face du RHDP, un grand mouvement d’opposition.
Monsieur le Président merci
Merci à vous

Retranscrite sur le site de RFI
par JB KOUAKOU
(jbkouakou@hotmail.fr)

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