Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Parole de Lehady : Yayi, l’ennemi de Houngbedji mon ennemi, est mon ami !!

Quelqu’un qui le connaît bien mieux que moi, m’a dit de Maître Houngbédji, qu’à part le fait de ne vouloir faire la politique qu’avec des dentelles et des gants blancs (ce qui, entre parenthèses, ne marche que quand on a affaire à des gens civilisés et convenables), comme manœuvrier tactique, il a du génie. Son défaut majeur, c’est qu’il est absolument nul en manœuvres stratégiques. Et ce proche du Maître, de justifier ses affirmations : en 1996, lorsque contre toute attente, il porta son choix sur Mathieu Kérékou plutôt que sur Soglo, il n’avait sûrement pas réfléchi à fond aux implications stratégiques de cette décision, pourtant hautement historique.

Parce que les données étaient simples, en principe. D’un côté,

– il y avait ses inimitiés persistantes avec Soglo Père, qui l’avait même affublé du sobriquet peu aimable et peu convenable de « Petit Mussolini de Porto Novo » ;

– il y avait tout ce qui se reprochait au clan Soglo qui, maladroitement, s’illustrait comme exerçant un pouvoir clanique et d’exclusion (ce qui était faux !, en réalité) ;

– et il y avait une soi-disant propension à l’autoritarisme, qui imposait coûte que coûte de priver le Père Soglo d’un second mandat.

De l’autre côté,

– il y avait le Bénin brillant de mille feux au plan international, Laboratoire de la démocratie sur le continent, après avoir donné à ce continent un concept de génie : La Conférence Nationale ;

– il y avait qu’en dépit des imperfections et des dérapages, le pays avançait sous la conduite d’Hercule (Aujourd’hui, même ses pires ennemis reconnaissent ses mérites);

– il y avait qu’il fallait nécessairement amorcer, au plan économique, le cercle vertueux après quoi il ne peut plus y avoir de marche arrière possible.

A ce sujet d’ailleurs, le slogan le plus expressif et le plus véridique de Soglo en 96 était : « LE BENIN AVANCE… N’ARRÊTONS PAS LE MOUVEMENT ! ». C’était donc là, les éléments à prendre en compte pour prendre une décision, je l’ai dit, hautement historique.

Mais ça, c’était au plan national. Au plan strictement personnel, il y avait d’un côté, les inimitiés avec Soglo, et de l’autre côté, le choix de Kérékou.

Kérékou, l’animal politique redoutable que Me Houngbédji connaît plus qu’il ne connaît n’importe quel autre Béninois. Le meilleur expert de l’affaire Kovacs (dans laquelle le Général – Commandant à l’époque – était impliqué jusqu’au cou), c’est lui, Houngbédji. Cette affaire pour laquelle il fut jeté en prison, s’en évada de façon rocambolesque, pour prendre la route de l’exil. Et se faire condamner à la peine capitale par contumace par deux fois. C’est d’ailleurs la gestion du même Kérékou pendant 27 ans, qui imposa au pays d’inventer une Conférence Nationale, afin de rattraper une situation sociopolitique qui commençait à échapper à tout contrôle.

Au vu de ces données, tant nationales que personnelles, un politique ayant une vision stratégique, et pas uniquement des préoccupations tactiques, se serait dit :

1 – Le pays avance, quoi qu’on dise à l’intérieur. A l’extérieur, ce ne sont que lauriers partout, pour les Béninois, qui ont su trouver eux-mêmes, disait-on, le chemin de sortie de l’enfer de l’autocratie.

2 – Les considérations personnelles pèsent peu, au regard de l’intérêt supérieur de la Nation. Cherchons et trouvons au plus tôt les moyens de régler nos inimitiés avec Soglo et les siens.

3 – Entre porter mon choix sur Soglo, qui est en train de mettre en terre les fondations d’un pays économiquement solide, qui devrait donc faire son second mandat et partir, m’ouvrant pratiquement un boulevard jusqu’à la tête de l’Etat, ou sur Mathieu Kérékou, gestionnaire médiocre, accroc au pouvoir, dont on sait désormais ce que les 27 ans de présidence ont coûté au pays, il n’y a pas photo !!!

4 – D’ailleurs, que peuvent peser mes inimitiés avec Soglo, en face de la décision qui fut prise naguère de me condamner deux fois à mort ? Comme si une seule fois ne suffisait pas…

Or, le monde entier interloqué, sait le choix que fit Maître Houngbédji à l’époque. L’Afrique consternée – consternée parce qu’elle croyait être débarrassée à jamais des vieux dinosaures comme Kérékou – apprit le choix de Maître Houngbédji. Un choix purement tactique : Kérékou, vieux roublard, lui avait garanti un poste de Premier ministre, et cerise sur le gâteau si on peut dire, lui avait assuré qu’il ne voulait faire qu’un mandat, pratiquement à contrecœur (mon œil !), son seul souci étant de gommer quelque peu son insupportable réputation de dictateur militaro-marxiste.

Et le monde, et l’Afrique, et le Bénin ont vu la suite du film : en le nommant Premier ministre (Poste non prévu par la Constitution béninoise, faut-il le préciser ?), le vieux Général n’avait pas cru devoir lui préciser qu’il lui mettrait le vieux trublion Albert Tévoédjrè dans les pattes, pour le neutraliser, lui pourrir la vie et l’écœurer. La tactique du vieux Général marcha à la perfection (preuve que lui était à la fois tacticien et stratège) : après deux ans à peine de Primature notoirement « kpayo », le Maître dut démissionner de façon spectaculaire, écœuré et l’estomac alourdi par les grosses couleuvres que le vieux roublard n’avait cessé de lui faire avaler. Et bien évidemment, Kérékou « oublia » sa promesse de ne faire qu’un mandat et rempila, de façon assez acrobatique, il faut le dire.

Si l’histoire s’arrêtait là, elle n’aurait qu’un intérêt mitigé : par la suite en effet, le vieux fit encore avaler au Maître, une grosse salade à base d’un hypothétique Ministère d’Etat Chargé des Affaires Etrangères et du NEPAD, salade qui fut – dirent les initiés à l’époque – le deal pour que le Maître, de façon tout aussi spectaculaire, retournât dans le camp présidentiel ; en 2002, si je ne m’abuse. Beaucoup de militants PRD (le parti du Maître) furent tétanisés ; beaucoup de Béninois médusés. Mais ce fut Kamarou Fassassi, cet expert avéré en retournements de veste en tout temps et en tout lieu, qui révéla le pourquoi du comment du show de girouette auquel se livrait le Maître. Pléthorique physique et tonitruant verbal comme à son habitude, l’oncle Kafass, lors d’un meeting, déclara que nul ne pourrait être président au Bénin, s’il n’avait l’onction de Kérékou ; que nul ne pourrait aspirer à s’asseoir un jour dans le fauteuil présidentiel si le Général lui était hostile. Et tout s’éclaira.

Et tout s’éclaire aujourd’hui quand on regarde sous cet angle les derniers développements de l’actualité nationale : Léhady Soglo, qui semble désormais le seul à la manœuvre au sein de la galaxie Soglo, s’est dit qu’il ne pourrait accomplir son destin de devenir président du Bénin en 2016, s’il n’a pas, dès à présent, l’onction de Boni Yayi ; qu’il ne pourrait aspirer à s’asseoir en 2016 – comme aurait dit l’oncle Kafass – dans le fauteuil actuellement occupé par Boni Yayi, si ce dernier lui est hostile. La politique au Bénin, il n’y a pas à dire, c’est simple à suivre… comme les mouvements d’une girouette.

Mais que les ricaneurs arrêtent de ricaner ! Parce que la suite de mon histoire va montrer à quel point nous-aussi au Bénin, nous savons faire de la haute politique. De la haute politique, comme celle que faisait François Mitterrand, par exemple. François Mitterrand qui était, de l’avis des spécialistes, un orfèvre en la matière.

Et c’est là que je suis obligé de me brutaliser la sternum – comme dirait l’autre – en faisant un vigoureux mea culpa. J’avais laissé entendre, il n’y a pas très longtemps, que l’admission du renaissant Yêhouétomè dans le Bureau vert foncé de l’Assemblée Nationale, qui parachevait la mainmise magistrale de Boni Yayi sur TOUTES les Institutions du pays, et consacrait la mise en terre de la démocratie, venant après d’autres « trahisons » des renaissants, NE POUVAIT PAS faire partie d’un plan d’ensemble concerté et méthodique ; parce que, avais-je dit, « So dan wê yé non flin nou kpo », à savoir que ce n’est pas parce que la Renaissance du Bénin multiplie les dérapages aujourd’hui qu’on peut s’autoriser à oublier qu’elle avait mené de rudes batailles dans le passé pour la sauvegarde des acquis démocratiques.

« Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa » donc, puisqu’à l’annonce de l’entrée probable des renaissants dans le gouvernement du Docteur-Fraudeur, le doute n’est plus permis :

l’entrée de Yêhouétomè dans le Bureau de l’Assemblée n’était donc pas un accident. Il y avait bel et bien un plan !… Et c’est là que Léhady prend la dimension manœuvrière de Mitterrand :

– L’union Fait la Nation, dont il est l’un des géniteurs les plus actifs, est créée en fanfare,

– Maître Houngbédji est imposé comme candidat unique de cette union,

– Il exige d’être le Directeur de Campagne du candidat unique,

– Sa relative tiédeur lors de la campagne a été notée, son mutisme après la forfaiture du 13 juillet également,

– Toutes choses auxquelles il faut ajouter le maintien de son frère au gouvernement du Docteur, en dépit de quelques épisodes tragi-comiques,

Tout cela faisait donc partie d’un plan d’ensemble. Un plan d’ensemble machiavélique – disons les choses comme elles se présentent – dont le but unique était de se venger du coup mortel porté au clan en 96 par Maître Houngbédji.

Si c’est effectivement cela, eh ! bien, chapeau fiston !

« Chapeau, fiston ! », c’est bien ce qu’Hercule a pu dire à son rejeton, après que son « Petit Mussolini de Porto Novo » a été méchamment et frauduleusement smashé à la présidentielle. Parce qu’alors, non seulement Léhady acquiert désormais ses galons de super tacticien et stratège (A la manière d’un François Mitterrand, excusez du peu !) et renvoie Maître Houngbédji à ses petits talents de simple tacticien, mais en plus, il mérite désormais son prénom africain « Vinagnon » (Traduction libre : « C’est un gamin qui promet »).

Du coup, nous nous retrouvons avec un héros cornélien : le coup de 96 est en effet une gifle qu’Hercule Don Diègue Nicéphore n’a jamais pardonnée. A-t-il dit un jour à son fils : « Le Petit Mussolini de Porto Novo, alias Le Comte a offensé ton père qui n’a plus la force de se venger… Venge-moi !, venge-moi, montre-toi digne fils d’un père tel que moi !… Accablé des malheurs où le destin me range, je vais les déplorer… Va, cours, vole, et nous venge !… » ? Hercule Don Diègue Nicéphore a-t-il ordonné cela à son fils préféré ?… Nul ne le saura jamais, je présume. Ce qui est certain par contre, c’est qu’avec l’échec retentissant de Houngbédji, qui semble maintenant avoir été préparé et mis en œuvre de façon magistrale, Nicéphore Hercule Don Diègue l’a eue, sa vengeance. Préparée et mise en œuvre par son fils Vinagnon Rodrigue Léhady Soglo.

Si tout cela s’avérait, qui pourra encore venir dire qu’au Bénin, nous ne faisons pas de la haute politique, mais uniquement de la petite politicaillerie vile et puérile, qui désespère tant les Béninois ?…

Mais mais mais, en s’élevant à la hauteur de Mitterrand qui aurait affirmé un jour, m’a-t-on dit, que « C’est en politique que tous les moyens sont bons, MÊME LES BONS ! », le fiston Vinagnon Rodrigue Léhady mérite respect. Mais il ne le sait que trop, « En toute chose, il faut considérer la fin ». Et peut-être ne le sait-il pas, auquel cas, de façon fraternelle – « fraternelle » parce que son père avait un regard bienveillant pour mon journal satirique et pour moi-même à une certaine époque – de façon fraternelle, dis-je, je l’informe : « Quand on dîne avec le diable, il faut se munir d’une très longue cuillère ».

Qu’il me permette de douter, le fiston, qu’avec le Docteur-Fraudeur, la sienne soit suffisamment longue.

C’est ce que je crois.

par Tlf Cequejecrois

Publicités

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :