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Archives Mensuelles: juin 2011

Ahmet Khalifa Niasse : « Après son voyage à Benghazi, Wade a reçu un message de Kadhafi »

A cheval entre la Libye et le Sénégal, le président du Front des Alliances Patriotiques (FAP) est à la fois l’ami de Wade et du guide libyen Mouammar Kadhafi, aujourd’hui en guerre contre l’OTAN. Alors, pour parler utile avec Ahmet Khalifa Niasse, il faut d’abord évoquer cette brûlante actualité Africaine. Dans un horizon le plus large possible. Niasse, « originaire » de ce pays, s’est donc prêté à nos questions dans un long entretien dont nous vous livrons ici la première partie. Il convoque l’histoire et fait état d’une autre conférence de Yalta pour tenter d’expliquer les fondements de la guerre en Libye. Entretien.

L’Office : M. Niasse, l’actualité africaine est marquée par la tension en libyenne. Pour qui vous connaît, vous ne manquez pas de connections avec cet Etat. Comment appréciez-vous la situation qui y prévaut ?

Ahmet Khalifa Niasse : Vous ne pourrez pas comprendre la situation qui prévaut en Libye si vous ne connaissez pas l’histoire de la conférence de Yalta au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, il y a eu un partage du monde énergétique et minier avec l’avènement des chinois, grands consommateurs, sur le marché.

Qui a initié cette conférence ?

Je ne saurais le dire ; je parle d’un postulat. Il y a eu une sorte de conférence de Yalta au cours de laquelle, le pétrole du Moyen-Orient est réservé aux Américains, avec une part laissée aux chinois et aux Japonais. Dans ce cadre toujours, le pétrole africain doit revenir aux Européens. Cela s’explique par des raisons géographiques, l’Afrique étant plus proche de l’Europe. Aussi, le pétrole africain est d’une meilleure qualité. Le pétrole libyen, nigérian, angolais ou encore congolais est meilleur sur le plan qualitatif. Il est quasiment possible de l’utiliser sans le raffiner. Donc les Européens doivent s’approprier « leur » pétrole. Les Américains leurs ont fait comprendre qu’ils ont fait la guerre en Irak pour récupérer le pétrole qu’ils ont rajouté sur ce qu’ils avaient déjà en Arabie Saoudite et au Koweït. Maintenant, parce qu’ils ont perdu celui de l’Iran qu’ils ne contrôlent plus et parce que la Chine a jeté son dévolu sur le pétrole soudanais tout en étant trop proche du pétrole libyen, il ne fallait pas la laisser arriver. Il fallait lui barrer la route et permettre aux Européens de récupérer le pétrole libyen. C’est ce qui est en train de se passer en Libye. Donc, cette guerre est menée pour la garde du pétrole et non pour l’humanité comme ils le prétendent. Si c’était une guerre pour l’humanité, pourquoi n’ont-ils pas attaqué la Syrie. Ils ne meurent pas moins de civils en Syrie qu’en Libye. L’aviation et les hélicoptères tirent sur les populations en Syrie.

Comparé à d’autres dirigeants arabes, pensez-vous que Kadhafi résistera à ces assauts ?

Dans une guerre, celui qui ne perd pas, gagne. Jusqu’à présent, Kadhafi n’a pas perdu la guerre. Il n’a pas abdiqué. Quand les gens avaient attaqué l’Irak, il y a eu des accords de cessez-le-feu à Safouane avec le général américain en son temps. Mais, jusqu’à présent, Kadhafi et ses généraux n’ont pas signé leur défaite ; ils continuent d’être là. Or, les attaques été planifiées pour durer entre deux et trois semaines. Aujourd’hui, on a bouclé les trois mois. Ils ont encore rallongé pour trois autres mois mais, c’est dans le vide. Car, l’argent ne suit pas. La guerre a un coût et l’économie de l’Europe est malade. Regardez ce qui se passe en Grèce, au Portugal, en Espagne et ce sera la même chose en Italie.

Kadhafi également ne serait pas loin de cette situation de ruine. Il aurait déjà épuisé ses fonds…

Soit ! Mais quand on vit sous les bombes, on a un alibi. Les bombardements permettent beaucoup de choses, contrairement à ce que vous croyez.

Beaucoup de choses comme quoi ?

A partir du moment où Kadhafi n’a pas perdu, il gagne. Les gens ne peuvent plus continuer la guerre. Car, ils n’en ont pas les moyens. Les Américains se sont retirés. Pour la première fois dans l’histoire, le Congrès a tancé le président, chef de l’Exécutif en lui disant : « Vous n’y allez pas ! Ce n’est pas l’affaire de l’Amérique ». Et, si le Congrès américain ne connaît pas les intérêts de l’Amérique, personne ne les connaît. Cela signifie également que cette guerre ne couvre que l’intérêt de quelques pays européens. C’est la France, l’Angleterre et plus tard, l’Italie et l’Allemagne. Et je crois que ce regroupement hétéroclite va se disloquer. Parce que les Britanniques ont ouvertement dit qu’ils n’ont plus d’argent pour continuer. Les gens de Benghazi ont également déclaré qu’ils n’ont plus d’argent.

Et l’Union Africaine dans tout cela. Elle semble traîner les pieds, non ?

L’Union Africaine est bien impliquée parce qu’elle est la plus grande perdante. Kadhafi a travaillé sur des dossiers qui font mal. N’oubliez pas que c’est grâce à lui que l’Afrique étrenne aujourd’hui son satellite. Cela signifie que les coûts des télécommunications ont été divisés par dix. Si aujourd’hui, la facture de téléphone qui devait coûter cent mille francs par mois revient à dix mille francs, c’est grâce à Kadhafi. Cela signifie également que l’utilisation de l’Internet et de son coût deviennent plus accessibles. Cela a des répercutions positives sur le développement de l’Afrique. Dans la même lancée, on allait vers une monnaie africaine. Kadhafi a poussé pendant des années pour qu’il y ait cette unité africaine, pour qu’il y ait un Etat africain, même si c’est embryonnaire. C’est la seule force pour éviter ce qui s’est passé en Libye ou ailleurs. Et, si la Libye leur réussi, l’Algérie sera le suivant et les autres Etats suivront un à un. Cette guerre n’est pas seulement destinée à la Libye.

Suivant votre logique, vous êtes visiblement pour Tripoli et non pour Benghazi…

Je suis pour la Libye, pour deux raisons. Je suis Niasse, et nous sommes originaires de la zone de Benghazi. Nos ancêtres viennent de la ville d’El Beïda qui est la deuxième ville de l’Est après Benghazi. Nous avons nos racines là-bas et nous les respectons. D’autre part, entre 1979 et 1982, nous étions réfugiés en Libye, ma famille et moi. Et, nous devons moralement quelque chose à cette Libye. C’est la raison de mon acharnement. C’est une raison morale, mais, il y a l’amitié aussi.

Vous vous acharnez pour … ?

(Il coupe) Oui je m’acharne pour la Libye, et ce n’est pas pour de l’argent. Je puis vous dire que Kadhafi et la Libye ne contribuent pas pour 1% dans ma fortune. Je l’ai bâtie pendant vingt ans, durant lesquels je n’ai pas mis les pays en Libye. Donc, je n’ai pas fait fortune dans ce pays. Je voudrais le préciser ; car, au Sénégal, quand vous parlez de pareilles choses, les gens pensent à l’argent.

S’il n’a pas contribué à votre fortune, il l’a quand même fait pour vos proches, non ?

Un de mes fils a travaillé avec la Libye. Mais l’argent de mon fils n’est pas le mien. Mes enfants sont des hommes comme moi qui ont leurs biens et ils réussissent ailleurs. Ils ne traitent pas seulement avec la Libye. Parmi eux, il y en a qui sont ministres ou conseillers spéciaux de tel ou tel autre chef d’Etat. Quelquefois même, je passe par l’un d’eux pour m’introduire auprès d’un chef d’Etat.

Pouvez-vous affirmer solennellement que jamais la Libye n’a bâti fortune pour un de vos proches ?

Non ! L’un d’eux avait reçu près de 4 milliards pour un investissement qui a été retracé. Aussi, il y a une banque libyenne au Sénégal qui finance bien des sociétés sénégalaises. Alors, mon fils a été financé par le propriétaire de cette même banque. C’est vous dire qu’il n’y a rien de particulier dans cette affaire.

Alors, c’est peu dire que vous soutenez Kadhafi…

Oui je soutiens Kadhafi !

Quand l’avez-vous rencontré pour la dernière fois ?

C’était en février dernier. Mais, on se parle souvent au téléphone, même si c’est moins fréquent. Aujourd’hui, visé par l’OTAN, il évite le téléphone pour ne pas être localisé. Néanmoins, je vais vous faire une révélation. Après son voyage à Benghazi, Wade a reçu un message de Kadhafi. C’est un message amical dans lequel il lui a parlé en tant ces termes : « Frère que j’aime bien ». C’est ce qui est bien écrit sur une partie du message.

Et sur l’autre partie ?

Cela concerne le destinataire.

Alors, pourquoi avez-vous révélé le contenu de l’autre partie ?

Quelqu’un qui fait de la diplomatie ne dit pas tout ce qu’il sait.

Quand a-t-il reçu ce message ?

Il y a trois jours de cela. Néanmoins, je n’en ai pas été le porteur. D’ailleurs, Wade n’a pas voulu le publier.

Quand comptez-vous vous rendre en Libye ?

Je peux le faire à tout moment. Je peux m’y rendre ce soir même, avant que vous ne publiiez cet entretien. Ne soyez pas surpris de me voir devant les caméras partageant le café ou le thé avec Kadhafi.

S’il ne tombe pas avant… Il est encore là, et il ne tombera pas du jour au lendemain.

Selon vous, il continuera à résister pour combien de temps encore ?

Je ne le sais pas, toute personne n’est là que pour un temps bien déterminé. Ce peut-être une seconde, une minute ou encore plus. Personne ne sait ! Sarkozy est là pour combien de temps ? Et David Cameron ?

Etes-vous du même avis que ceux qui soutiennent que la seule volonté de l’OTAN est de le liquider physiquement ?

C’est évident, et ils l’ont d’ailleurs dit.

Propos recueillis par Mansour NDIAYE pour loffice

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Mandat d’arrêt contre Kadhafi : Un remède pire que le mal ?

Le grand boss de la CPI, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo, peut enfin être satisfait : il aura réussi à donner la chasse à un gibier d’une espèce rare : le colonel Kadhafi.

Au moment où le procureur demandait aux juges de la CPI, le 16 mai 2011, un mandat d’arrêt contre le Guide libyen, son fils Séif et Abdallah Al-Senoussi, il était lui-même convaincu que trois possibilités se présentaient à ladite requête : les juges de la CPI pouvaient tout simplement la rejeter ; ils pouvaient l’accepter, en demandant cependant des informations supplémentaires ; ou alors, lesdits hommes de loi pouvaient la juger recevable et accéder à la requête de leur chef.

C’est désormais fait, c’est la dernière possibilité qui a été adoptée, et depuis hier, 27 juin 2011, la CPI, au cours d’une audience publique à la Haye, a annoncé la délivrance d’un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité qui vise Mouammar Kadhafi, son fils Séif ainsi que le chef des renseignements libyens, Abdallah Al-Sénoussi.

Cette décision du Tribunal pénal international tombe bien mal à propos pour un Kadhafi qui en avait déjà assez de se démener sur deux fronts :

primo, celui politico-diplomatique, où il est au plus mal. L’Union Africaine ne lui a pas apporté le soutien qu’il attendait. Plus, s’y trouvent des chefs d’Etat qui ont ouvertement demandé son départ de la Libye ; des présidents qui, de longues années durant, ont bénéficié de ses largesses, s’ils ne l’ont pas tous lâché, peinent à trouver les mots pour traduire en public leur sympathie pour lui. Les dirigeants du monde arabe, du moins ceux qui restent encore intacts, ne semblent pas faire du sort du dirigeant libyen leur préoccupation principale. Les autres, malmenés par la tempête du jasmin, ont simplement d’autres chats à fouetter. Les Occidentaux, eux, même sans l’avouer, veulent tout simplement sa peau. Les forces de l’Otan, qui pilonnent inlassablement les forces du Guide, depuis de longues semaines, en réalité, n’ont pas d’autres objectifs à elles assignés ;

secundo : le front militaire. Kadhafi est épuisé ; lui-même l’a reconnu, il y a quelques jours, lorsqu’il affirmait qu’il avait le « dos au mur ». On dit des troupes ennemies du Guide qu’elles seraient, ces jours-ci, à quelques dizaines de kms de Tripoli. Assurément s’il ne s’était agi que d’affronter les rebelles libyens pompeusement gratifiés du qualificatif d’insurgés, on peut le parier, le Guide en aurait fait une bouchée. Mais il y eut cette fameuse résolution 1973 de l’Onu qui contraignit Kadhafi à subir très légalement les foudres d’une coalition bien décidée à lui faire rendre gorge.

Et voilà que la Cpi, elle aussi, s’invite dans la danse et ouvre le front judiciaire, que tous les chefs d’Etat redoutent. Le Guide libyen, d’homme acculé qu’il était devient désormais un homme traqué.

Mais alors, un constat s’impose, que l’on se doit de faire en toute lucidité : l’émission des mandats d’arrêt de la CPI intervient à un moment où Kadhafi semble lâcher du lest : le Guide aurait volontairement renoncé à prendre part aux négociations du comité des chefs d’Etat médiateurs, négociations qui se tiendront dans les prochains jours à Pretoria. A supposer que Kadhafi l’ait décidé ainsi, visiblement l’homme recherche quelque chose : il peut avoir décidé de mettre balle à terre.

Et alors, le mandat de la Cpi tombe bien mal. Un fauve blessé, traqué et auquel on ne laisse aucune issue se révèle hautement plus dangereux que ce qu’il serait en temps normal. Un Kadhafi cerné de toutes parts, comme il l’est, désormais, peut décider de faire tout le mal dont il est capable avant de succomber. S’il cède à la logique du « je suis déjà mort, puisque je dois mourir », il peut faire sienne la philosophie du « cabri mort n’a pas peur de couteau ». Et alors il se peut qu’il se réfugie dans quelque bastion difficilement prenable (du déjà vu ailleurs) et, avant de se faire coincer, ait tout le loisir de faire tout le mal dont il est capable, histoire d’assouvir jusqu’à son désir d’une revanche posthume.

C’est à cela aussi qu’expose une traque acharnée de ce Guide qui ne dédaigne pas de mourir en martyr. Malheureusement, le vin est tiré, il faut le boire. Et au goût, il se peut qu’il s’apparente plus au vinaigre qu’au millésime d’un excellent cru.

Jean Claude Kongo

L’Observateur Paalga

Afrique du Sud : Le président Jacob Zuma refuse de recevoir Michelle Obama

Jacob Zuma, a traité Michelle Obama avec mépris  lors de sa visite en Afrique du Sud,  en envoyant son ministre des prisons pour l’accueillir à l’aéroport et a refusé même de la recevoir pendant son séjour de trois jours dans le pays.

M. Zuma était hors du pays pour la première journée du voyage de Mme Obama en  solo à l’étranger à son retour le lundi soir.

 Le mardi ses aides  de camp ont déclaré qu’il n’était « pas disponible » pour la rencontrer.
A la place, il a envoyé son ministre des prisons  Nosiviwe Mapisa-Nqakula pour l’accueillir  à son arrivée à Pretoria, le lundi soir, et un de ses trois épouses, Nompumelelo Ntuli-Zuma, pour la rencontrer brièvement le mardi.

Mme Obama, ses filles Sasha et Malia et sa mère Marian Robinson, ont également été reçus  par le vétéran de 92-ans, ex-président Nelson Mandela à son domicile de Johannesburg.
C’était la première rencontre de Mme Obama avec l’icône mondiale, bien que son mari Barack Obama l’ai déjà  rencontré lorsqu’il était encore sénateur, lors de sa tournée africaine en 2006. Les Aides de Mme Obama ont révélé qu’une photographie prise par  téléphone mobile de cette réunion est maintenant exposée dans le bureau de M. Mandela.

Lorsque Mme Obama a fait son premier voyage en solo, au Mexique, elle a été l’invité d’honneur à un dîner d’État offert par le président Calderón et son épouse.
Sa visite en Afrique du Sud vise à faire progresser son agenda international,  l’engagement des jeunes ainsi que le soutien de M. Obama pour « la démocratie, le développement et les possibilités économiques en Afrique ». [Mon œil]

Mais elle coïncide avec un refroidissement dans les relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. La semaine dernière, le président Jacob Zuma a émis une forte riposte à un appel lancé par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, a appelé les  dirigeants africains pour l’aider à éliminer la Libye de Mouammar Kadhafi.

«Nous croyons fermement que la résolution (du Conseil de sécurité de l’ONU) est maltraité par un changement de régime, les assassinats politiques et de l’occupation militaire étrangère », a déclaré au parlement Mr Zuma,  le jour après le discours de Mme Clinton.

En ce qui concerne madame Obama, les autorités sud-africaines ont insisté tout simplement aur l’agenda chargé de Mr Zuma très  occupé – Une offre a été faite a Mme Obama d’une réunion à 9 heures le mercredi, offre qu’elle a rejetée, car elle faisait un discours à Soweto selon ses aides.

Zizi Kodwa, porte-parole de M. Zuma, a refusé de discuter des nominations du président dans les prochains jours, mais a déclaré que son journal était plein et ne pouvait pas facilement être changé.
« Même quand le président est en Afrique du Sud, il n’est pas en vacances et ne peut rencontrer qui il veut, à tout moment », a-t-il déclaré.. « Clayson Monyela, porte-parole du Foreign Office en Afrique du Sud, a déclaré que puisque Mme Obama n’est pas un chef d’État ou ministre, il n’y avait aucune obligation pour M. Zuma pour la rencontrer.

« C’est totalement faux de suggérer cela comme  un camouflet », a-t-il dit. «Si M. Zuma ou le Ministre des relations extérieurs étaient  dans le pays ils l’auraient rencontré. Nous reconnaissons qu’il s’agit d’une visite historique et c’est la raison pour laquelle elle a été bien accueillie par les principaux ministres.

« Professeur Chris Landsberg, directeur de l’Université de Johannesburg département politique et conférencier invité à l’Académie diplomatique du ministère des affaires étrangères d’Afrique du Sud, a déclaré que même si ce n’est  pas un camouflet, une «occasion  a été manquée».
« Il n’ya aucun doute, il ya eu une certaine irritation des deux côtés sur la Libye et je me serais attendu  qu’il rencontre MmE Obama, s’il était dans le pays », a-t-il dit. «Cela aurait peut-être été une chance pour Mme Obama de  passer certains messages directs de son mari, de clarifier sa position et facilité des tensions. »

By Aislinn Laing, Johannesburg -Telegraph sur Afrohistorama

Maroc : des opposants créent une coalition pour une monarchie parlementaire

Des opposants marocains, proches des jeunes contestataires qui manifestent régulièrement au Maroc, ont annoncé mardi à Rabat la création d’une coalition militant pour la « monarchie parlementaire maintenant ».

Cette coalition non représentés au parlement est formée notamment de cinq petits partis politiques dont trois de la mouvance d’extrême gauche, et deux partis islamistes dissous. Parmi eux figurent le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti pour l’action démocratique et social (PADS) et le Congrès national ittihadi (CNI).

« Le projet soumis à référendum (le 1er juillet) consolide le despotisme et n’encourage aucune forme d’interaction positive », estime cette coalition avant d’exprimer dans un communiqué son soutien au mouvement des jeunes contestataires du Mouvement du 20 février.
« La coalition demeure engagée à agir, à travers l’ensemble de ses composantes pour l’aboutissement d’un régime démocratique fondé sur une véritable séparation des pouvoirs », selon la même source.

Dans le projet de réforme constitutionnelle « il y a des avancées dans la forme mais pas d’avancées effectives », a déclaré à l’AFP Fouad Abdelmoumni le coordinateur de la coalition.
« Nous voulons que le Maroc passe à une véritable démocratie dans les faits », a-t-il dit.

La plupart des partis politiques du parlement ont réagi favorablement au projet, qui prévoit un renforcement des pouvoirs du Premier ministre tout en préservant un rôle politique et religieux important du roi.

L’Union socialiste des forces populaires (USFP), partisan du « oui » a répondu indirectement à la coalition, à travers son organe Al Ittihad Al IKchtiraki qui titre lundi en une: « la monarchie parlementaire se construit (progressivement) elle ne s’octroie par toute faite ».

FMI : Christine Lagarde remplace DSK

Christine Lagarde, choisie hier mardi pour diriger le FMI, a déclaré que son objectif premier serait que l’institution continue dans la même voie et a appelé à une entente nationale en Grèce.

La ministre française de l’Economie et des Finances entamera son mandat à la tête du Fonds monétaire international le 5 juillet dans un contexte de crise des dettes publiques en Europe et plus particulièrement en Grèce, où les marchés redoutent un défaut de paiement.

Christine Lagarde, première femme à diriger le FMI après dix hommes, a été soutenue par l’Europe, les Etats-Unis et des pays dits émergents comme la Chine, la Russie et le Brésil.

Elle succède à Dominique Strauss-Kahn, qui a démissionné en mai après avoir été inculpé pour tentative de viol à New York et qui clame son innocence.

« L’action du FMI doit être pertinente, proactive, efficace et légitime, pour assurer une croissance plus forte et durable, la stabilité macroéconomique et un avenir meilleur pour tous », a dit Christine Lagarde dans un communiqué.

« Le FMI a été au service de ses 187 pays membres pendant la crise économique et financière mondiale, ce qui l’a amené à évoluer profondément. Mon objectif premier à la tête de notre institution sera de faire en sorte qu’elle continue dans cette voie avec la même détermination et le même engagement », poursuit-elle.

APPEL À L’UNITÉ EN GRÈCE

Sur TF1, la ministre française a appelé l’opposition grecque à une entente nationale avec le parti au pouvoir pour sortir le pays de la crise.

« Si j’ai un message à faire passer ce soir concernant la Grèce, c’est un appel à l’opposition politique grecque pour qu’elle rejoigne dans une entente nationale le parti qui est actuellement au pouvoir. Il y va vraiment du destin d’un pays, de sa sécurité », a dit la ministre.

Interrogée sur une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, elle a répondu : « C’est le scénario du pire qu’il faut impérativement et par tous les moyens éviter ».

Quant à la situation de l’économie française à l’heure de son départ à Washington, Christine Lagarde a déclaré : « Nous avons tenu le pays face à la crise dans des conditions qui sont probablement les meilleures en Europe actuellement ».

Agustin Carstens, le gouverneur de la banque centrale du Mexique qui était en concurrence avec Christine Lagarde, lui a adressé tous ses voeux de réussite.

« Je salue le choix de Christine Lagarde comme directrice générale du FMI; je lui souhaite le meilleur et elle a tout mon soutien », a-t-il dit dans un communiqué.

La présidence française a salué sa désignation. « C’est une victoire pour la France », souligne l’Elysée dans une déclaration. « La présidence française se réjouit qu’une femme accède à cette importante responsabilité internationale. »

Le gouverneur de la banque centrale d’Afghanistan fuit aux Etats-Unis

Abdul Qadir Fitrat

Le gouverneur de la Banque centrale afghane s’est réfugié aux Etats-Unis en se disant menacé à la suite du scandale de détournements massifs dans une banque détenue en partie par des proches du pouvoir, lequel l’accuse d’avoir voulu fuir d’éventuelles poursuites.

Cette affaire jette une nouvelle ombre sur la probité du gouvernement du président Hamid Karzaï et souligne la fragilité de l’Etat afghan au moment où les Occidentaux, emmenés par les Etats-Unis, s’apprêtent à entamer leur retrait du pays, dix ans après avoir chassé les talibans du pouvoir.

Le gouverneur de la banque centrale afghane Abdul Qadir Fitrat a annoncé à la presse sa démission « immédiate » lundi à Washington.

M. Fitrat, qui disposerait d’un permis de résidence permanent aux Etats-Unis selon certains sources, a dénoncé des « interférences répétées de la part de hautes autorités politiques » dans les affaires de la banque centrale.

« Ma vie était vraiment en danger, notamment depuis que j’ai parlé au Parlement et donné le nom de certaines personnes qui sont responsables de la crise de la Kabul Bank », a-t-il également déclaré, cité par la BBC.

La Kabul Bank, première banque privée du pays, a été placée sous le contrôle de la Banque centrale fin 2010 alors qu’elle se trouvait au bord de la faillite, ses dirigeants étant soupçonnés de détournements de fonds massifs, de l’ordre de 900 millions de dollars selon des sources proches du dossier.

Parmi ses propriétaires figurent un frère du président Karzaï, Mahmoud Karzaï, et un frère du vice-président Mohammad Qasim Fahim.

La présidence afghane a de son côté accusé le gouverneur d’avoir fui.

« Il s’agit d’une fuite, non d’une démission », a déclaré mardi à l’AFP le porte-parole de M. Karzaï, Waheed Omer. « Il n’est plus un gouverneur, mais un gouverneur en fuite », a sèchement ajouté M. Omer, en jugeant « infondées » ses déclarations mentionnant des menaces. « Il n’a jamais dit à personne au gouvernement que sa vie était en danger », a ajouté le porte-parole.

Un autre porte-parole de la présidence, Siamak Herawi, a assuré que M. Fitrat était lui-même mis en cause dans l’affaire de la Kabul Bank, et qu’il a ainsi voulu échapper à d’éventuelles poursuites. « Nous pensons que cela a peut-être été la raison de sa fuite », a-t-il ajouté.

L’affaire de la Kabul Bank a jeté une lumière crue sur le chaos et la corruption du système financier national, alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter progressivement ce pays, dix ans après l’éviction des talibans, dont l’insurrection s’intensifie ces dernières années.

Le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu que l’attribution d’un programme d’assistance financière à l’Afghanistan était conditionnée à un accord avec Kaboul pour résoudre cette crise.

M. Omer a minimisé le départ de M. Fitrat en estimant qu’il n’aurait « pas un impact majeur » sur la capacité du pays à résoudre la crise de la Kabul Bank.

Le FMI comme les Etats-Unis, premiers bailleurs de fonds de l’Afghanistan, ont eux aussi pris acte de ce départ et indiqué qu’ils continueraient à appeler Kaboul à réformer son système financier, quelle que soit l’identité du gouverneur de la banque centrale.

« Cela va miner encore davantage la réputation du gouvernement aux yeux des donateurs internationaux », a de son côté souligné Gran Hewad, de l’Afghanistan Analysts Network (AAN), un centre de recherche international basé à Kaboul.

Selon certains responsables occidentaux à Kaboul, l’Afghanistan pourrait se trouver à court de liquidités dès le début du mois prochain en raison de ce scandale. Mais au final, note Sayed Massoud, professeur d’économie à l’université de Kaboul, « c’est le peuple afghan qui en souffrira le plus ».

BENIN : Les lettres de démission de Moukaram BADAROU du PRD et de L’Union fait la Nation

Monsieur le Président, C’est avec tristesse que du bout de ma plume, je vous écris les lignes qui suivent. Mes charges au secrétariat général du parti et dans la coordination de l’Union fait la nation m’obligent, au moment où je dois prendre les responsabilités qui sont les miennes, à avoir une pensée pour ces nombreux militants du PRD et de l’Union fait la nation dont la fidélité, le dévouement et l’esprit de sacrifice m’ont marqué.

Porto-Novo, le 23 juin 2011

LE SECRETAIRE GENERAL A

MONSIEUR LE PRESIDENT DU PARTI DU RENOUVEAU DEMOCRATIQUE

Objet : Démission

Monsieur le Président, C’est avec tristesse que du bout de ma plume, je vous écris les lignes qui suivent. Mes charges au secrétariat général du parti et dans la coordination de l’Union fait la nation m’obligent, au moment où je dois prendre les responsabilités qui sont les miennes, à avoir une pensée pour ces nombreux militants du PRD et de l’Union fait la nation dont la fidélité, le dévouement et l’esprit de sacrifice m’ont marqué.

D’entrée, je voudrais féliciter les militants du PRD, le parti dans lequel je milite depuis 1991, pour l’endurance au combat et leur esprit de sacrifice. Pour ce que nous avons partagé et appris l’un de l’autre durant toutes ces années, j’exprime mes réels regrets. J’ai découvert, à l’épreuve que les militants du PRD sont de véritables militants et de grands militants. Je voudrais rendre hommage à ceux et celles d’entre eux, qui de jours comme de nuits, jours ouvrables ou non, sont prêts à tout braver pour porter très haut les idéaux du parti et soutenir systématiquement sans conditions, son président dans ses différents challenges. Mais malheureusement, tous ces vaillants et valeureux militants consentent de si lourds sacrifices dans la méconnaissance des dysfonctionnements au sommet du parti.

Monsieur le président, je voudrais également dire à tous les militantes et militants de l’Union mes vives félicitations pour le chemin parcouru en si peu de temps et malgré les handicaps subjectifs et objectifs, structurels et conjoncturels dont l’Union a souffert. Mes regrets pour le rêve non réalisé et l’expérience inédite restée inachevée et qui est aujourd’hui mise à mal par l’échec d’une candidature, d’un candidat pour qui nous nous sommes tous mobilisés et pour lequel chacun a donné le meilleur de lui-même.

A tous ces compagnons dévoués à la cause du PRD et de l’Union fait la nation, je dis félicitations, j’exprime mes regrets et je rends hommage, parce que par la présente, je viens donner ma démission du poste de secrétaire général du parti. Les raisons de ma démission sont multiples et vous les connaissez toutes, mais j’en retiens deux. D’abord, il s’agit du dysfonctionnement récurent des organes du parti. Je l’évoque parce que, selon toute vraisemblance et de l’avis de vos principaux collaborateurs, anciens comme actuels, ce dysfonctionnement est la cause de vos échecs successifs, des mésaventures du parti, mais également de tous les revers qu’essuient les militants depuis plusieurs années déjà. Ensuite, c’est la profonde divergence que j’ai avec vous sur la morale en politique et plus spécifiquement du sens de la parole donnée.

En ce qui concerne le disfonctionnement du parti, mon expérience à vos cotés me permet de soutenir qu’il est dû pour l’essentiel à la vision que vous avez d’un parti politique. Au PRD, elle s’est traduite dans la pratique par un fonctionnement défectueux des organes du parti. Figurez vous que pendant cinq ans, le bureau politique ne s’est réuni que deux fois et ce, après insistance du secrétaire général du parti et de votre directeur de cabinet. Quant à la direction nationale, elle ne s’est réunie qu’une seule fois. Alors qu’au terme de l’article 20 du règlement intérieur du parti, le bureau politique doit se réunir en session ordinaire au moins une fois par mois sous la présidence du président du parti et qu’au terme de l’article 38 des statuts le bureau politique ne peut être convoqué que sur les instructions du président du parti qui d’ailleurs en fixe l’ordre du jour. Et pourtant, des situations graves et déterminantes comme par exemple l’entrée du PRD dans l’Union fait la nation, votre désignation comme le candidat unique de l’Union, l’organisation pratique des élections présidentielles et législatives commandaient que le PRD se réunisse, se rassemble et se mobilise.

J’ai souvent pris sur moi la responsabilité d’assumer les critiques des camarades sans jamais leur indiquer que ces dysfonctionnements résultaient de votre aversion pour le travail en équipe, votre conception personnelle et patrimoniale du parti. Pour vous sortir de l’isolement et davantage vous renforcer, je vous ai proposé à maintes reprises de réunir autour de vous au tant que de besoin, un comité restreint composé du secrétaire général, de votre directeur de cabinet, du président du groupe parlementaire et au moins de trois vice présidents parmi les plus anciens que sont M. Saliou AKADIRI, Maire de Pobè, M. Ismaël TIDJANI SERPOS, ancien garde des sceaux et député expérimenté et Mme Collette HOUETO, ancienne ministre et 1e adjointe au maire de Porto-Novo.

Cette formule apparaissait, du moins de mon point de vue, comme une solution de rechange, plus légère que le bureau politique et la direction nationale dont vous ne vouliez pas. Elle vous permettrait de ne pas gérer seul, car seul on ne sait pas tout et on est plus faillible ; elle vous permettrait aussi de travailler en équipe, de peser et de soupeser par une équipe les décisions importantes dont vous ne pouvez pas seul envisager tous les contours. Hélas, cette proposition n’a pas reçu votre assentiment. Le seul moyen de contournement que j’ai trouvé et développé durant ces cinq (5) dernières années, c’est de réunir souvent les secrétaires nationaux et ceci en évitant soigneusement de heurter votre susceptibilité dont j’ai une parfaite idée.

Par ailleurs, l’article 73 des statuts du parti indique clairement que « l’investiture et les positionnements des candidats aux élections législatives relève du bureau politique ». Mais jamais ça n’a été le cas. Conséquence, les positionnements sont conduits par vous seul et en tenant compte exclusivement de ce que chacun et beaucoup ont fini par savoir, réduisant ainsi le militantisme, les sacrifices, la loyauté et le dévouement, bref, le mérite de vos compagnons d’aventure et ceux des militants au second rang, que dis-je, au dernier rang. Oui au dernier rang, comme l’illustrent d’ailleurs fort tristement les derniers positionnements aux élections législatives. Pire, en plus d’avoir méconnu les règles élémentaires de la méritocratie, les lois de la nature, les positionnements que vous avez faits ont cette fois-ci, comme jamais auparavant remis en cause les équilibres fondamentaux des deux grandes communautés qui constituent la plus grande base électorale du parti à savoir les goun et les yorouba.

Ainsi à Porto-Novo, dans la 19ème circonscription électorale, vous n’avez identifié, pour vous remplacer sur la liste, aucun de tous les cadres et notables goun qui vous ont servi et accompagné depuis si longtemps. Même pas ceux d’entre eux qui ont payé leur fidélité et leur dévouement à votre cause, de leur carrière, de leurs affaires y compris au prix de la prison. Ainsi, il n’y a aucun goun sur la liste, le seul député goun de Porto-Novo qui siège aujourd’hui, à l’Assemblée nationale nous est paradoxalement offert par la Renaissance du Bénin (RB). Il s’agit de l’Honorable Francis LOKO. De même, à Akpakpa, dans la 15ème circonscription, le PRD n’a positionné aucun yorouba, ni comme titulaire, ni comme suppléant. Le seul député yorouba de cette circonscription nous est aussi offert par nos amis de la RB. Il s’agit de l’honorable Kamarou ALI.

Vous le savez vous-même désormais, puisque vous avez le retour des réactions suscitées par vos choix. Ces positionnements, ont surpris plus d’un dans le parti, dans l’Union et même dans l’opinion. Dans cette surprise, certaines absences de la liste PRD parvenue à l’Union ont plus que surpris encore. Beaucoup sont ceux qui s’interrogent de l’absence sur votre liste de vos jeunes collaborateurs que les Béninois ont vus au front au lendemain de votre échec en 2006. Chacun voulait savoir ce qui s’est passé exactement.

Me concernant, il m’est revenu beaucoup de commentaires dont le plus choquant est que vous auriez dit que : « Mouka, je ne l’ai pas positionné parce que je ne l’aime pas ». Rien de plus pour choquer un homme qui a tout laissé et sacrifié pour se battre nuit et jour à vos cotés pour votre élection à la présidence de la République. Quoi de plus choquant ! Mais vraiment quoi de plus choquant ! Ne pas tenir constamment parole à mon égard est choquant, dire par-dessus le marché ne pas m’aimer est encore plus choquant. En quoi le positionnement sur la liste électorale peut-il relever du domaine de l’affection ? Je m’interroge.

Militant de section du parti à l’extérieur, responsable de structures verticales et horizontales depuis mon retour au pays et même après avoir été promu secrétaire général du parti au cours du congrès de décembre 2006, j’étais loin de penser que vous pouvez donner la moindre parole sans la tenir. Et pourtant au contact de la réalité, que de paroles données et non tenues à mon endroit et à l’endroit de beaucoup d’autres dont j’ai connaissance. Pour illustrer, je citerai un seul cas :

2006, « Mouka, je vais te faire député parce qu’à voir ce que tu as fait et comment tu t’es battu, ce n’est pas en une journée, ce n’est pas en une semaine encore moins en un mois, tu as tellement travaillé que, quand je m’écoute, je me dis qu’est ce que je peux te faire pour te récompenser ? Je vais te faire député ». Ainsi me parliez-vous quelques jours après les résultats des élections présidentielles de mars 2006.

2007, Quelques mois plus tard, après plusieurs autres confirmations de cette promesse, vous me disiez un jour à votre résidence à Porto-Novo : « Tu es le secrétaire général du parti, il n’y’ a pas de raison que tu ne sois pas à l’Assemblée nationale. C’est vrai, c’est une question d’argent mais laisse-moi faire ». De tels propos, vous les avez multipliés jusqu’au jour où vous me disiez de préparer deux dossiers de ma candidature aux élections législatives de 2007, un pour Cotonou et un pour Porto-Novo. Ce que j’ai fait et déposé à votre niveau. Trois (3) jours avant le dépôt des dossiers à la Commission Nationale Electorale Autonome (CENA), dans une conversation téléphonique, vous me disiez exactement ceci : « Mouka, le positionnement se fera à Porto-Novo et non à Cotonou », c’est en allant déposer les dossiers des candidats PRD à la CENA avec Frédéric Joël AÏVO, votre directeur de cabinet, que j’ai su que je n’étais que suppléant. Il y a-t-il une confusion possible entre être député et suppléant, la question est posée. Une semaine après le dépôt des dossiers, dans une rencontre d’explication, je vous disais exactement ceci : « le problème pour moi n’est pas forcement le fait d’être positionné ou pas mais beaucoup plus un problème de repères parce que de mon point de vue, quand on ne peut pas retrouver un ainé dans la parole donnée, il y a véritablement problème pour la suite ». Les arabes disent que l’homme vaut la parole, la parole vaut l’homme et Nicolas Sarkozy enseigne à raison que : « la question de la parole donnée n’est pas une question politique mais relève de la moralité ».

Pour montrer que le combat qui est le mien n’est pas personnel, j’ai accepté d’être le directeur national de campagne de ces élections législatives de 2007. Cette campagne a permis au PRD de s’en sortir avec dix députés. Ce n’était pas évident à l’époque. Mieux, comme si de rien n’était, avec d’autres, j’ai continué le travail du repositionnement du parti sur l’échiquier politique national. Nous avons réussi à rendre le parti plus fréquentable, ce qui d’ailleurs à favoriser son rapprochement avec les autres formations politiques pour créer l’Union fait la nation et pour enfin débouchez sur votre désignation comme candidat unique aux élections présidentielles de mars 2011.

Ce cas de parole non tenue est le premier d’une série que j’aurai avec vous au cours des années suivantes au point qu’au jour d’aujourd’hui, je suis en mesure de certifier sans aucune hésitation que vous êtes un homme qui ne tient pas à sa parole ou alors celui dont la parole donnée n’a aucun sens. Ma conviction sur cette question est davantage confortée par la mésaventure de beaucoup d’entre vos soutiens y compris, et c’est le plus attristant, de la majorité de ces jeunes cadres qui vous ont défendu, sans doute avec candeur, naïveté, mais avec un dévouement et un esprit de sacrifice étonnant. Mais vous n’y avez pas été sensible, au contraire nombre d’entre nous ont payé leur loyauté et leur fidélité par des engagements pris mais non tenus.

Tout ceci m’a posé et me pose encore aujourd’hui un problème profond de convenance et de ligne, mais il fallait faire avec. L’essentiel du combat étant ailleurs à savoir réussir avec l’ensemble de nos militants et sympathisants à vous porter à la magistrature suprême. Nous avons joué notre partition mais hélas !

Fort étrangement, depuis qu’on a fini les élections présidentielles à ce jour, aucune réunion formelle ni informelle pour apprécier et analyser la situation afin de tirer les conséquences idoines et savoir qu’est ce qu’il faut faire pour faire face à l’avenir. Je comprends votre gène par le non positionnement de vos deux plus proches collaborateurs et probablement deux de vos ardents défenseurs : le secrétaire général et votre directeur de cabinet. Vous n’avez pas cru devoir tenir la moindre séance avec eux jusqu’à ce jour. Cela voudrait-il dire que nous repartirions pour les mêmes pratiques et sans doute pour les mêmes résultats ?

Or, nous savons tous quelles sont les causes profondes de nos échecs successifs aux différentes élections présidentielles, notamment à ce dernier scrutin. Nos maux ont pour noms : impréparation, inorganisation, absence de travail en équipe et manque de coordination. Combien de fois n’ai-je pas attiré votre attention sur l’improbabilité de l’addition automatique des scores des partis membres de l’Union fait la nation à votre profit ? Et qu’en conséquence, seul un travail minutieux de terrain couvrant l’ensemble du territoire national pourrait nous permettre de rallier l’électorat de nos partenaires. Combien de fois, monsieur le président, n’ai-je pas tiré la sonnette d’alarme sur l’approximation de notre stratégie sur la gestion du dossier de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI) ? Combien de fois, n’ai-je pas, avec le concours d’autres, souligné la nécessité d’une organisation rationnelle autour de vous et qui tienne compte de la réalité du terrain et surtout des forces et faiblesses de nos adversaires. Les nombreuses fiches que je vous ai adressées dans la période attestent de ces signaux d’alerte et surtout de l’urgence de votre décision et de votre action sur certains dossiers. Vous conviendrez ainsi avec moi que dans la dernière fiche que je vous ai faite, concernant la stratégie électorale et sur un certains nombre d’urgences, j’écrivais mot pour mot qu’ « attendre encore serait trop tard ».

Monsieur le président, vous me permettrez de revenir ici sur les réserves que je vous ai exprimées sur notre attitude à l’égard des institutions de la République et notamment à l’égard de la Cour constitutionnelle. Ma vision de la politique et ma compréhension du jeu démocratique est que dès lors que la haute juridiction a décidé de ce qui relève de sa compétence, en l’occurrence la proclamation des résultats définitifs, nous devrions, en bons républicains, nous y conformés scrupuleusement. C’est le prix à payer pour préserver les acquis de la conférence nationale et maintenir notre pays et son peuple dans la démocratie et dans la paix. C’est d’ailleurs cette divergence qui explique mon absence à vos cotés le jeudi 31 mars 2011 lors d’une ultime déclaration contestant les résultats définitifs de la Cour. Sur tout un autre plan, alors que vous étiez réticent à engager le parti à prendre part aux dernières législatives, ma vision de la politique et ma compréhension du jeu démocratique m’a amené avec d’autres à vous convaincre de la nécessité d’y aller pour continuer de compter parmi les forces politiques de notre pays et de préserver son image à l’extérieur.

C’est pour ces raisons et pour d’autres que le sens de la responsabilité m’oblige à taire, que je suis obligé de vous rendre mon tablier de secrétaire général du parti. Jacques Chirac a dit dans ses mémoires, tome 1, que « chaque pas doit être un but ». Mais notre politique au PRD ces cinq (5) dernières années, mais en réalité, depuis 1996, me conduit à penser que nos pas furent isolés et non coordonnés vers un but.

Aux présidents de cellules, de sous sections, de sections ainsi que leurs différents membres et l’ensemble des militants du parti, je confesse toute ma désolation et que faute d’éclairage nécessaire au sommet du parti, leurs multiples efforts ont eu du mal à aboutir. Ce qui est regrettable. Comment peuvent-ils comprendre que notre candidat aux élections présidentielles de mars 2011 a abordé le scrutin avec comme représentant à la CENA et comme équipe restreinte de travail, des prestataires de service, des mercenaires ? Ceux-ci sont, depuis la proclamation des résultats, repartis à leurs affaires et occupations habituelles, mais laissant les militants et le parti à leur peine et triste sort.

A mes collègues de la coordination nationale de l’Union fait la nation ainsi qu’à l’ensemble des militants de ce regroupement politique, j’exprime également tous mes regrets. L’abnégation et la foi à l’œuvre de Bruno AMOUSSOU, président de l’Union et de Kolawolé IDJI, coordonnateur général ainsi que la détermination des militants de l’Union n’ont pourtant pas fait défaut. Il semblait difficile et très difficile que les efforts des uns et des autres aboutissent parce que quoi qu’en soit la qualité et le nombre des wagons, l’état de la locomotive comptera pour aller à terme. Je voudrais réitérer mes regrets et dire que je suis dans l’obligation conséquente de rendre instamment au président Bruno AMOUSSOU, le tablier de directeur exécutif de l’image et de la communication que j’occupe au titre du PRD.

Avec ceux et celles du PRD et d’autres compatriotes avec qui je partage la même vision du développement et du destin de notre pays, je poursuivrai le même combat politique sous un autre format surement avec la même détermination, la même foi en l’avenir pour apporter ma modeste contribution à la construction d’un Bénin qui renoue avec les repères et qui gagne. Monsieur le président, Je pars du secrétariat général du parti en vous suggérant modestement de continuer avec les autres en faisant l’effort de distinguer désormais l’argent du travail militant tout en sachant concilier les deux pour de meilleurs résultats.

Avec ma cordiale considération. A bientôt président.

Moukaram BADAROU

LE DIRECTEUR EXECUTIF A L’IMAGE ET A LA COMMUNICATION

A MONSIEUR LE PRESIDENT DE L’UNION FAIT LA NATION

Objet : Démission

Monsieur le Président, Suite à ma démission du secrétariat général du Parti du Renouveau Démocratique, j’ai l’honneur de vous donner ma démission du poste de Directeur exécutif à l’image et à la communication de l’Union Fait la Nation que j’occupe au titre de ce parti. Je salue votre leadership éclairé et espère vivement que nos chemins se croisent à nouveau. Aux collègues de la coordination nationale de l’Union Fait la Nation ainsi qu’à ses nombreux militants, je dis toute ma désolation mais face au disfonctionnement interne au PRD, je suis dans l’obligation politique de prendre cette ultime décision. Veuillez croire, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations militantes

Moukaram BADAROU

Côte d’Ivoire, Libye : Sarkozy et la déraison des bombardements

Nous vivons un temps bizarre, un temps féroce, un temps en concubinage avec la cruauté la plus sauvage; un temps qui tue, qui assassine, qui massacre au nom de la raison démocratique, au nom de la raison humaniste. Raison démocratique ethnocentrée, égocentrique, auto-décrétée humaniste ; raison débordante de mépris, délirante d’arrogance, exaltée, érigée en absolu du vrai et du bien ; raison fanatique, fanatisée et donc fatalement meurtrière ; raison qui nomme sans ambages tout pouvoir en dehors de la domination de Paris, de Washington et de Bruxelles, pouvoir despotique, pouvoir dictatorial, cancer radical à extirper.

Et malheur au pouvoir ainsi désigné: l’odeur de la mort mise en scène, théâtralisée, organisée, n’est pas loin. Le rituel ? La désinformation d’abord : le dit pouvoir est satanisé, injurié, sali, abaissé, rabaissé, bestialisé, maudit, désigné comme la figure absolue du Mal, la figure menaçante, la figure de ce qui nous menace, la figure qui menace « nos valeurs ». Accusé ; il est accusé de tous les maux du monde ; il est criminalisé, criminalisé à partir des faits traficotés ou tout simplement inventés, fabriqués ; il est criminalisé et condamné sans pourvoi ni appel, condamné à coups de fatwa démocratiques diffusées sur tous les écrans du monde, condamné à la peine capitale, condamné aux flammes de l’enfer.

Ensuite le rite sanglant. Un pied déjà dans le crime, on forge, on manufacture, on construit de toutes pièces le prétexte ; le crime dans le ventre, on allègue, on divulgue, on annonce la plaisanterie désormais coutumière : « Il faut protéger les populations civiles.» L’énonciation officielle de ces mots annonce le moment de la mise à mort, symbolique ou physique: le nommé dictateur peut désormais être traqué, frappé, pilonné, pilé, écrasé, broyé par les bombes de l’apocalypse. Nettoyé. Nettoyés, lui et les siens ; nettoyés, lui et ses partisans ; détruits, détruits, lui et son pays. Et cela sans aucun égard au droit normal, au droit international, aux lois qui fondent l’ordre humain. Et il n’y aura pas crime : puisque la qualification de dictateur met de facto, sans aucun palabre possible, hors humanité ; puisque l’abattage d’une proie sauvage, l’écrasement du Mal ne relève pas du crime ; puisqu’il est autorisé d’être cruel par amour de la démocratie. Voilà la raison, la rationalité, la terrible rationalité triomphante validée chaque jour par la vulgate médiatique et le discours politique dominants.

Une rationalité froide, glacée, porteuse de toutes les liquidations possibles; une rationalité qui affirme que la sauvagerie n’existe pas dès lors qu’elle est articulée au désir de faire le Bien démocratique ; une rationalité qui, tout en proclamant qu’un homme est un homme et un mort, un mort, justifie paradoxalement, légitime d’avance le meurtre, la mise à mort de l’homme par l’homme ; une rationalité qui légalise, toute scrupule écartée, la pratique du sang versé, le crime. Et le crime a été commis en Côte d’Ivoire ; et le crime est en train d’être commis en Lybie ; et le crime sera commis demain ailleurs.

Le crime, c’est-à-dire, non pas cette épopée magnanime de preux chevaliers en mission de démocratie crayonnée chaque jour sur l’écran de nos téléviseurs et dans les colonnes de nos journaux; non pas ce rite démocratique annoncé dans notre cyberespace comme un jeu innocent, anodin, non sanglant ; mais le crime dans sa vraie réalité, la réalité du sang versé, la réalité de la chair humaine estropiée, mutilée ; la réalité des corps agressés, détruits ; la réalité de la guerre, de la guerre avec ses atrocités, de la guerre avec ses milliers de vies, de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards suppliciés, martyrisés, effacés ; effacés de la surface de la terre. Le crime : Abidjan bombardée, Adjamé bombardé, Cocody bombardé, Le Plateau bombardé, Yopougon bombardé, Port-Bouët bombardé, Dabou bombardé, Attoban bombardée… Des centaines, des milliers d’Ivoiriens massacrés. Massacrés froidement. Bombardés. Bombardés comme ceux de Guernica. Bombardés à mort comme les 1684 morts de Guernica. Carbonisés. Combien de Guernica à Abidjan ? Combien ? Combien de morts dévorés par le feu de l’armée de France ? Combien de drames personnels derrière chaque mort ? Et les enfants devenus orphelins ? Et les femmes devenues veuves ? Et les parents qui ont perdu leurs fils ? Et la mère ? Et la sœur ? Et le frère ?

Même barbarie en Libye. Tripoli, Brega, des civils libyens pulvérisés aussi. Monseigneur Giovanni Innocenzo Martinelli, vicaire apostolique de Tripoli : « Les bombes sont en train de devenir notre calvaire. Pour détruire Kadhafi, l’Otan tue des dizaines d’innocents… Je ne veux certes pas interférer avec l’action politique de quiconque mais il est de mon devoir d’affirmer que les bombardements sont immoraux. Je voudrais souligner que bombarder ne constitue pas un acte dicté par la conscience civile et morale de l’Occident ou plus généralement de l’humanité. Bombarder constitue un acte immoral…. S’il existe des violations des droits de l’homme quelque part, je ne peux pas utiliser la même méthode pour les faire cesser.»

Paradoxe, étrange paradoxe en effet : on se dit « protecteurs unifiés » et on se ligue, on se comporte en destructeurs associés, en destructeurs tous azimuts. On se dit champions de la protection des populations civiles et on bombarde, on écrase : on bombarde Abidjan, on bombarde Tripoli ; on bombarde comme Mussolini bombardant l’Ethiopie en l’an 35. Oui, bien avant Guernica, la Loi de la de la pureté du sang, la Loi de la purification du sang, le fascisme, bombarde l’Ethiopie. 350 tonnes de bombes chimiques balancées sur la terre d’Abyssinie. Dessié, quartier général du Négus Hailé Sélassié, est brulé. Maisons, foyers, familles carbonisés. Souffrances indescriptibles, peaux en lambeaux. Dans le sillage des bombes jetées sur l’Ethiopie, Mussolini, hurlant et gesticulant, peut du haut du balcon de Palazzio Venezzia, proclamer, devant la foule, la renaissance de l’empire romain : « L’Italie possède enfin son empire fasciste car il porte l’empreinte ineffaçable de la volonté et de la puissance du Littorio romain. » Et le général Nemours, délégué de Haïti à l’Assemblée de la Société des Nations, à Genève, d’avertir : « Il n’y a pas deux vérités, l’une pour l’Afrique, l’autre pour l’Europe… Si nous laissons se commettre l’injustice une nouvelle fois et étouffer la voix de la victime, craignons un jour d’être l’Ethiopie de quelqu’un. »

On se dit donc en mission humanitaire, en devoir démocratique et on bombarde sans état d’âme. L’enfer. Dans le ciel d’Abidjan, dans le ciel de Tripoli, l’enfer. Vague après vague, des avions au hurlement annonçant l’enfer ; des avions, le sifflement, le bec, le vacarme admonestant l’enfer ; des avions, germination de cauchemars ; des avions, la gueule ouverte, monstres inspirant la frayeur. Et dans les avions des pilotes sans visages, des pilotes professionnels, des pilotes efficaces, des pilotes détachés, employés modèles en « opérations », en « missions spéciales », le regard rivé sur l’écran, rivé sur le viseur. Dans le ciel des bombes, une pluie de bombes. Ordre de Paris ; ordre de Washington ; ordre de Londres ; ordre de Rome. Le ciel rouge de flammes. On bombarde. « Bombardements stratégiques ». « Frappes ciblées ». Détonations, explosions, buchers et flammes ; le gouffre du ciel assenant l’enfer à la terre.

Et en bas ? Tout en bas les vies tombent. Et qui tombe en bas? Qui ? N’importe qui, civil ou militaire ; civils et militaires. En bas, des morts. Lambeaux de bras, lambeaux de viscères, bouts de jambes. Le sang éparpillé, le sang trainé par terre ; en bas, le sang à ramasser. En bas, la douleur des survivants ; la douleur des vies disloquées, éclopées de douleur; la douleur des vies qui ne seront plus comme avant ; des vies qui porteront à jamais dans le ventre, dans la tête, dans les poumons, dans la mémoire, les blessures sans remède de l’horreur vécue. Car l’esprit qui a subi la violence du bombardement, des bombardements, même épargné de blessures visibles, ne sera plus jamais le même ; le bombardement est une blessure inguérissable ; le bombardement est un acte irrévocablement gravé dans les têtes des survivants ; le bombardement est un acte qui se prolonge dans le temps ; le bombardé est un bombardé à vie. Avec ou sans cadavres, le bombardement est un meurtre.

Et en haut ? Oui, en haut, à l’Elysée, par exemple? On ne parle pas de la violence infligée ; on parle de succès, de missions réussies ! On roule les mécaniques. Sarkozy : « Nous sommes déterminés. » Et les morts? Les morts d’Abidjan ; les morts de Tripoli ? Sans noms et sans visages. Invisibles, inexistants. Aucune toile de Picasso pour immortaliser leur calvaire.  Mais les morts, quand même les morts; oui, les morts… Dégât collatéral. Dégradation banale. Et d’ailleurs, ces morts-là,  ne sont pas de notre monde. Ainsi-soit-il : il est des morts de première et de dernière catégorie. Il est des morts qu’on compte, un par un ; des morts pour lesquels on demande à juste titre justice ; des morts françaises, des morts européennes, des morts américaines ; et puis, il y a les autres : les morts qui ne comptent pas. Et puis voyons, le bombardement démocratique est une valeur d’émancipation, une valeur qui libère ; le sang démocratique est un sang bénéfique. Mais le climat de mort ? Oui, ce climat d’anéantissement ? Et les souffrances indicibles des victimes ? Fait insignifiant. Fait insignifiant du destin au regard de Paris, de Washington, de Bruxelles, de Rome, de Londres! Fait insignifiant, nécessité démocratique, exigence démocratique !  On compte un par un les éventuels morts français d’Abidjan ou de Benghazi. Mais les autres morts… Les Ivoiriens et les Libyens morts en pagaille?

La destructivité humaine avance donc tranquillement avec son cynisme terrifiant et sa rationalité toute autant effroyable; elle est là devant nous, dressée, en route, en marche, le sillon sanglant ; persuadée qu’elle est principe et fin de l’histoire. Alors chaque matin qui passe, chaque soir qui tombe, le brasier fumant, elle s’élève en puissance, organisée en bandes, alignée en coalitions haletant de faire la guerre, vibrant à l’idée de tester leurs nouveaux joujoux meurtriers. Et voilà, les pays-dits-démocratiques transfigurés en pays-tueurs pratiquant la tuerie, pratiquant la destruction, pratiquant le bombardement, d’un pays à l’autre, comme un amusement technologique, comme une simple routine sérialisée, comme un boulot ordinaire, structuré, un boulot taylorisé. Inhumanité méthodique, organisée ; saignée froidement perpétrée.

Tapis de bombes d’abord : frappes froides, frappes stratégiques, frappes ciblées, assenées de haute altitude, avec distance et détachement. Frappes destinées à semer la terreur maximale, à répandre l’épouvante, à faire trembler ; coups administrés pour faire céder. On massacre. On massacre non pas, la machette à la main ; non pas, dans un corps-à-corps intime et sanglant comme les répugnants génocidaires rwandais ou les horribles coupeurs de bras libériens et sierra-léonais ; non : on massacre proprement, avec civilité, avec élévation, avec rafales et mirages ; on massacre loin de tout hurlement, loin du calvaire des peaux déchiquetées. Massacres à distance ; massacres propres de toute éclaboussure ; opérations chirurgicales ; rite de purification démocratique ; actes de bienveillance démocratique !

Ensuite ? Sortie des Tigres, Gazelles, Apaches et autres hélicoptères lâchés et équipés des biens nommés missiles asphyxiants Predator et Raper. Il faut étouffer, étrangler maintenant. Pilonnages. Pilonnages millimétrés. Le temps de l’étranglement avant le passage à l’acte ultime : la pénétration au sol, l’occupation, le déploiement sur le champ de batailles des troupes d’élites accompagnées de hordes locales baptisées forces républicaines ou forces révolutionnaires selon le cas ; forces de bas statut chargées d’achever la basse besogne et ayant toute latitude pour massacrer, piller, violer. Car il ne s’agit pas seulement de réduire, d’écraser, mais également de profaner jusqu’à l’intimité du pays sélectionné ; il s’agit d’humilier, d’inscrire, d’enraciner la peur, le tremblement, la domination dans la chair de la société agressée. Le message global est clair : tout pays sans défense dissuasive, est désormais disponibilité ; disponibilité destinée à l’usage des maîtres de ce monde ; disponibilité utilisable à volonté; chose ajustable aux désirs des puissants du jour ; terre qu’on peut prendre de force, déshonorer, violer en toute impunité. Triomphe de la saloperie humaine.

Oui, c’est ainsi, hélas : le pire est encore, toujours possible ; et, une fois de plus, c’est au cœur du monde dit « avancé», du monde dit « civilisé », du monde dit « développé » qu’est en train d’émerger, de nouveau, encore une fois, la barbarie dans sa forme la plus brutale, la plus totale, la plus totalitaire, la plus déchainée : la barbarie impériale. Guerres de prédation! Guerres de possession ! Guerres de domination. De nouveau ; encore une fois !

Et nos conquérants, les crocs encore gorgés de sang, les mains tripotant déjà les sols et sous-sols conquis, le regard dressé vers les nouvelles terres à avaler, de protester à l’accusation de barbarie, de menées coloniales, et nos sacrificateurs en chef, de protester, la suffisance sadique et la pourriture du mensonge dans la bouche: « Guerres coloniales ? Mais voyons ! Que dites-vous ? Le cacao, le café, le coton, le pétrole de la Côte d’Ivoire ? Les réserves pétrolières de la Libye ? Les 60 milliards de barils de pétrole enfouis dans le sol libyen ? Les 150 milliards de dollars que comptent les fonds libyens ? Et quoi encore ? Mais vous rigolez ? Soyons sérieux ! Nous sommes des gens honnêtes, des idéalistes, en mission humanitaire, en mission démocratique ! Notre ressort est la démocratie ; rien que la démocratie. Franchement, à part des esprits guidés par la mauvaise foi, qui peut douter de notre généreux penchant humaniste ? Notre action est guidée par un seul et unique objectif : créer partout un homme nouveau, global, démocratisé. De gré ou de force. Les hommes sont là pour la démocratie ; et la démocratie, notre bonne démocratie, n’est pas un choix mais un ordre. Et tout réfractaire à cet ordre, tout déviant, tout apostat, sera éliminé, détruit, écrasé, gommé comme on efface une impureté. Nous sommes la démocratie. Toute démocratie doit passer par notre tamis. Que voulez-vous : il y a des peuples nés démocrates, détenteurs du monopole de la démocratie et puis d’autres destinés à être démocratisés. Démocratie d’abord ! Démocratie avant tout ! Nettoyage ! Purification ! Une seule démocratie ! Quoi ? Mais non ! Non et non : il ne s’agit pas de guerres coloniales mais de guerres justes ! De guerres justes menées dans la lumière de la démocratie, de la démocratie qui libère ! Voilà : il s’agit de débarrasser les peuples de leurs persécuteurs ! Et nous ne prendrons repos que lorsque la tâche sera définitivement accomplie avec les moyens de notre puissance ! La France a une obligation morale… Les Etats-Unis ont une obligation morale… L’Otan a une obligation morale… En avant pour l’odyssée démocratique!»

Obligation morale ? Balivernes. Insanités. Obligation morale : signe des temps ; même argument invoqué pour justifier les guerres coloniales du siècle XIX. C’est ainsi : aucune guerre de domination ne dit jamais son nom ; c’est ainsi : chaque guerre de domination se dit toujours guerre juste, guerre juste en riposte contre une barbarie supposée initiale ; c’est ainsi : toute guerre de domination est une guerre de mensonge. Mensonge, mensonges, mystifications destinés à déguiser, à maquiller la prédation boulimique, la prédation sans frontières, en démarche éthique de diffusion désintéressée du Bien, du Bien démocratique; mensonges colportés, relayés, inculqués aujourd’hui, imprimés à l’encre invisible dans la conscience collective par les médias dominants.

Les médias dominants. Les fameux médias dominants. Selon une croyance répandue, ces mainstream médias ne seraient qu’un miroir réfléchissant objectivement l’état de notre monde, et œuvrant, non sans un certain courage, à lier et relier – avec honnêteté et professionnalisme – les habitants de notre planète. Naïveté analytique. Mystification. En réalité, tout écrit, toute parole, toute image, tout discours, tout silence médiatique participe à une relation de pouvoir. C’est ainsi les uns parlent, une minorité parle, les propriétaires des medias et leurs salariés parlent, et les autres écoutent ; le reste du monde doit écouter ; l’Afrique doit écouter. Parole unique, parole monocolore, parole et images unilatérales. Les Africains condamnés à être montrés au monde non pas à travers leur propre regard mais bien à travers les yeux des autres ; les yeux de ces médias-là, les médias dominants. Et on sait que dès qu’il s’agit de l’Afrique, il est, hélas, dans le reflexe de la plupart de ces médias, de propager, de reproduire des stéréotypes, des habitudes de pensée héritées de l’époque coloniale ; on sait qu’il est dans leur coutume d’accompagner, de conforter, de ratifier, de mettre en scène le discours dominant sur l’Afrique ; un discours présentant la domination de l’Afrique comme une œuvre de bienfaisance, œuvre humanitaire ; un discours exhibant l’Afrique comme un continent heureux et joyeux quand il est commandé.

Alors, la barbarie humaine peut monter chaque jour – à Abidjan, à Tripoli – d’un cran, d’un raid encore plus meurtrier que celui de la veille ; elle peut monter en rage, en folie furieuse ; ces médias dominants ne diront rien de cette révulsante cruauté. Aucun mot, aucune ligne de protestation. Mieux encore: c’est souvent, comme grisés par l’ivresse des bombardements que – le chant chauvin et glorieux, flûtes, tambours et cymbales exaltés- que certains médias commentent « ces feux de joie humanitaires destinées à hâter l’avènement partout sur la planète de la transcendance démocratique», « ces opérations d’extension du temps et des lieux démocratiques». Baves abondantes et jouissance devant Abidjan bombardée ; extase et allégresse devant Tripoli secouée par le plomb déversé. Jouissance comme si les massacrés d’Abidjan, comme si les suppliciés de Tripoli n’étaient pas nos frères en humanité mais des simples bestiaux écrasés. Jouissance devant ces nouvelles guerres d’expansion impériale ; guerres célébrées, présentées à longueur de colonnes et de papier couchés comme le juste jugement de la démocratie sur terre.

Et chaque jour, le même mensonge ; le même mensonge sans portes ni fenêtres, tambouriné, martelé; le même mensonge imposé en prime-time comme un logo publicitaire sonore; le même mensonge inculqué comme un postulat allant de soi ; le même ramassis de mensonges faussant sans aucune retenue, sans aucune limite, la réalité des choses: « Réjouissons-nous ! Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des dictateurs débusqués, acculés, pourchassés et traités avec une férocité proportionnelle à leur barbarie. Réjouissons-nous : la démocratie – la vraie démocratie évidement, la démocratie civilisée, américaine, européenne- est tout ; elle doit donc être partout. Démocratie totale ! Réjouissons-nous : il est dans le devoir des puissances démocratiques de modifier l’ordre du monde dans un sens plus démocratique. Réjouissons-nous : renverser les dictateurs est un devoir humanitaire.»

Vociférations cyniques. Délire du sang. Propagande ultra-chauvine. Et le fracas des bombes ? Et la férocité des bombes ? Et les déflagrations, les champs de ruines ? Et l’épouvante ? Réponse convenue : « Ah ! Les bombardements ? N’exagérons rien ! Cette histoire de bombardements n’est pas si grave que cela. Il n’y a rien de grave. Et sachez-le, si vous ne le saviez pas : les bombes démocratiques ne tuent pas. Elles sont d’une grande intelligence et d’une innocence flagrante ; et lorsqu’elles tombent, lorsqu’elles éclatent, elles éclatent comme une affection, comme une effusion d’affection, d’affection démocratique et humanitaire. Et puis, de toutes les façons, comme disait l’autre,  « Quand nous aurons gagné qui nous demandera des comptes sur nos méthodes ? ». Mais en attendant, n’exagérons rien ; et, surtout, ne perdons pas de vue l’essentiel : la démocratisation du monde. La cause est juste et le crime au service de la démocratie, ne saurait constituer en aucune façon, un crime. Et Juppé, l’a d’ailleurs si bien  fait remarquer: neutraliser, physiquement ou symboliquement, un dictateur c’est en terroriser dix autres. Alors ? Serrer un dictateur, faire trembler les dictateurs ? Une question de prestige national. Alors ? Tout est parfait. »

Voilà : on bombarde et on se vante d’avoir bombardé ! On va jusqu’à vanter la brutalité et la hargne des bombardements ! Le général Bouchard, commandant des opérations de l’OTAN en Libye, dans Le Figaro, daté du 17 juin : « Les hélicoptères britanniques et surtout français font un travail superbe. Non seulement à l’attaque mais aussi dans les têtes. Les hélicoptères opèrent la nuit, subrepticement, et la seule chose que voit l’adversaire, c’est le missile qui lui tombe dessus sans prévenir. L’effet est unique, la peur casse ce qui reste de la volonté de combattre chez les partisans de Kadhafi. C’est tellement efficace qu’on utilise aujourd’hui l’image des hélicoptères dans les tracts de propagande largués au-dessus de la Libye. Regardez ce qui vous pend au nez… »

Sadisme, lâcheté morale et mobilisation de tous les arguments possibles et imaginables pour justifier l’injustifiable, pour justifier la destruction d’autres hommes, d’autres pays. Tout ! Tout justifié ! Il s’agirait de combattre là-bas (comme autrefois en Algérie et au Vietnam, notamment) la barbarie. Et le recours systématique aux bombardements ? Un acte de virilité démocratique; un acte d’une redoutable efficacité. Voyez la Côte d’Ivoire ! Ouattara est au pouvoir, n’est-ce pas ? Grâce à quoi ? Grâce à nos bombes, grâce à nos bombardements. Sortez les bombes et vous êtes tout-puissants ! Les bombardements, c’est la toute-puissance de la bienveillance démocratique ! Et la brutalisation, et la mutilation des corps ? Un simple jeu virtuel ; les bombardiers, des simples avions furtifs, des bijoux technologiques ; les bombes, des engins flamboyants, spectaculaires, lumineux ! Admirez ! Admirez, Messieurs et dames, la prouesse technologique ! Et puis, vous savez, il y a des gens qui ne comprennent pas, qui ne comprennent que cela. Il y a des Présidents qui ne veulent pas partir quand on leur demande de quitter le pouvoir gentiment ; des Présidents irrespectueux. Osez remettre en cause notre autorité et vous serez bombarder. Notre Loi doit être respectée ! Nous sommes dans notre droit. Et puis c’est ainsi, quand la guerre est commencée, il faut bien la mener, à tout prix, à terme, à bonne fin. « Il faut finir le job », dit Sarkozy à Deauville.

Discours sourd à toute humanité ; discours mutilé d’humanité ; discours accoucheur de tous les cauchemars tordus ; discours de la domination enfoui, hier, sous le vocable de mission civilisatrice et, aujourd’hui, dissimulé sous celui du messianisme démocratique. Hypocrisie civilisatrice, hypocrisie démocratique ; fourberie toute aussi fascisante ; fourberie plus terrifiante car disposant de moyens de contrôle, de manipulation, de propagande plus subtils, plus efficaces. Permis de bombarder donc, permis de tuer, permis de nouveau de soumettre, d’asservir, à feu et à sang. Répétition de l’histoire ; bégaiement de l’histoire. Voilà où nous en sommes en cette onzième année du siècle XXI!

Un jour viendra sans doute, et on réalisera la sauvagerie de ce temps, ce temps glorifiant l’abjection humaine comme une entreprise humanitaire; on se rendra compte de l’ampleur des crimes commis au nom de la démocratie, crimes commis en Côte d’Ivoire, crimes commis en Lybie, crimes commis demain ailleurs. On réalisera l’effroyable horreur de cette nouvelle barbarie et l’envergure du mensonge ; on réalisera qu’on nous a bernés, mystifiés et que tout compte fait le mystère n’était pas si insondable que ça, qu’il ne s’agissait ni en Côte d’Ivoire ni en Lybie, ni demain ailleurs de restauration d’une quelconque démocratie mais de guerre de bourse et de cabinet, de guerre économique, de cannibalisme économique, de concessions pétrolières et minières, de plantations de cacao et de café, de spéculations marchandes, de banques, de zones et de fonds monétaires… L’argent. Voilà le fond de l’affaire. La loi de la reproduction de l’argent.

Et cette loi-là, tel un monstre à la gueule insatiable, est d’une férocité, d’une voracité enragée, déshumanisée, deshumanisante ; elle est d’une gloutonnerie frénétique, jamais rassasiée, toujours requérante, toujours exigeant, avec becs et bombes s’il le faut, de nouvelles têtes, de nouvelles mains, de nouveaux sacrifices humains, de nouveaux pays à déchiqueter, à dévorer: encore du pétrole, encore des galeries d’or, encore des mines de diamants, encore du cuivre, de l’uranium, encore et encore du cacao, des terres, des forets…

Le smoking démocratique impeccable, les élégances magnanimes, habillée du visage de la liberté qu’elle emprisonne ; cette loi-là lie ensemble la rapacité sans scrupules, la négation de la pluralité de la planète et la force libérée de toute légalité, dans un sinistre mensonge nommé selon les temps, mission civilisatrice ou odyssée démocratique. Odyssée démocratique, cette nouvelle illusion totalitaire, cette chimère fanatique, qui salue, d’une main, les hommes, tous les hommes comme des frères et qui tue, avec l’autre main, dans un même élan universalisant, qui tue de mille façons, qui massacre de mille bombardements les Ivoiriens, les Libyens et demain d’autres hommes ailleurs. Sans aucun état d’âme.

C’est ainsi chaque temps génère son fascisme. Et l’odyssée démocratique a tout d’un fascisme, du fascisme: c’est-à-dire cette culture de la destruction, cette volonté de fonder le monde sur le socle d’une idée absolutisée qui se veut histoire finie, histoire terminée ; c’est-à-dire ce culte du mensonge, du mensonge institutionnalisé consacrant la corruption des mots, consacrant la perversion du sens des mots ; c’est-à-dire cette vision du monde hiérarchisant les hommes, divisant les hommes en deux catégories : les élus, les éclairés, les détenteurs exclusifs de l’être homme et les autres ; les autres, ce troupeau des autres ; ces autres condamnés au servage, désignés pour l’esclavage.

L’odyssée démocratique actuelle est un nouveau fascisme ; un nouveau fascisme qui affirme sans ambages, qu’il y aurait des démocraties pures, intrinsèquement supérieures et ayant une vocation naturelle, presque biologique, à diriger le monde, à généraliser partout la démocratie du semblable; elle est ce fascisme qui manipule et reconstruit la figure du dictateur au gré de ses intérêts, selon un discours à géométrie variable. Et voilà un jour Kadhafi accueilli – le tapis rouge déroulé – comme un respectable chef d’Etat à Paris et, voilà le même Kadhafi, quelques mois plus tard, accusé de tous les maux du monde. Accusé de bombardement de son propre peuple. Fait jamais prouvé, fait démenti par de nombreux témoins, dont Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, le contre-espionnage français et actuel Président du CIRET, Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme : « Nous avons un certain nombre d’éléments précis, donc de contre-vérités, pour ne pas dire des mensonges, qui ont été énoncées en particulier par Al-Jazzera. Par exemple l’assertion selon laquelle Kadhafi bombardait sa propre population. Nous avons constaté nous-mêmes à Tripoli que c’était totalement faux. Alors, accuser un dirigeant politique de bombarder sa propre population c’est une accusation extrêmement grave, surtout quand la justification de l’intervention internationale c’est la protection des populations civiles. »

L’odyssée démocratique actuelle est fascisme parce qu’elle accuse pour légitimer l’agression. Elle fait commerce, elle fait négoce de pétrole, de cacao, d’avions de combat avec tel ou tel pouvoir ; puis un matin, elle se réveille, le lâche sec et dit, solennellement, toute honte bue : « Je te déclare, je te condamne, sans pourvoi ni recours, dictature et objet de haine ; et puisqu’il en est ainsi je te bombarde quand je veux. Pour le bien de ton peuple et pour le bien de l’humanité évidement. »

L’odyssée démocratique, cette geste politique qui glorifie l’anéantissement, la destruction, la culture de la destruction, la culture des bombardements comme lieu commun devant régir les relations internationales, est un fascisme qui porte dans ses entrailles la nostalgie des fureurs anciennes, le cauchemar et le chemin des fureurs d’hier. Les chemins notamment d’un Mussolini sur les routes d’Ethiopie. Qu’on se souvienne : en l’an 1936, le Duce Mussolini bombarde, bombarde, bombarde l’Ethiopie. Et le 5 mai, le visage enivré par la victoire, Mussolini célèbre la renaissance de l’Empire romain, persuadé que l’occupation de l’Ethiopie est fin ultime de l’histoire. Mais voilà : l’Ethiopie mise à genoux par les bombes italiennes, ne cède pas. On ne cède pas devant l’oppression ; on ne plie pas devant l’occupation. On résiste. L’Ethiopie refuse donc d’abdiquer.

Et le 30 juin 1936, le Négus, Hailé Sélassié, ayant échappé aux bombardements de Mussolini, fait le voyage de Genève pour plaider la cause de son peuple. « J’ai décidé, dit-il, de venir en personne, témoin du crime commis à l’encontre de mon peuple, afin de donner à l’Europe un avertissement face au destin qui l’attend, si elle s’incline aujourd’hui devant les actes accomplis. C’est la sécurité collective ; c’est l’existence même de la Société des Nations ; c’est la confiance que chaque Etat place dans les traités internationaux ; c’est la valeur des promesses faires aux petits Etats que leur intégrité et leur indépendance seront préservées ; c’est le choix entre d’un côté le principe de l’égalité entre nations, et de l’autre celui de l’acceptation de leur vassalité ; en un mot c’est la moralité internationale qui est en jeu. Je déclare à la face du monde entier que l’Empereur, le gouvernement, et le peuple d’Ethiopie ne s’inclineront pas devant la force ; qu’ils maintiennent leur revendication d’utiliser tous les moyens en leur pouvoir afin d’assurer le triomphe de leurs droits. »

Cinq ans plus tard ; cinq ans, jour après jour, après les bombardements mussoliniens, Hailé Sélassié retrouve sa terre, de nouveau libre. Sur le balcon du Palazzo Venezzia, Mussolini, le regard toujours tourné vers l’Ethiopie, est inconsolable ; il gesticule, éructe, parle encore avec ses muscles: « Je sais que des millions et des millions d’Italiens souffrent d’un mal indéfinissable et qui s’appelle le mal de l’Afrique. Pour le guérir, il n’y a qu’un moyen, retourner là-bas. Et nous y retournerons ». On connait la suite. Mussolini a commencé sa carrière de tyran en bombardant l’Ethiopie, avant de poursuivre son parcours de massacreur en tyrannisant et en broyant ses compatriotes. Car il en est ainsi de cette outrecuidante conviction de la supériorité d’un pouvoir sur un autre, d’une nation sur une autre : elle est toujours porteuse en soi des germes de la barbarie totale. Tout pouvoir qui s’amuse à détruire d’autres pouvoirs, au gré de ses intérêts, s’ensauvage fatalement ; toute société humaine qui brutalise, qui s’emploie à déshumaniser d’autres sociétés, se déshumanise, se bestialise inévitablement, indubitablement.

Légitimer donc l’agression commise contre la Côte d’Ivoire, excuser les bombardements de Tripoli, c’est tout simplement légitimer les crimes à la chaîne ; c’est admettre l’enfer, non seulement là-bas mais aussi ici et ailleurs, demain. C’est absoudre, accepter la réduction de certains pays au statut de chose, de viande, de chair à abattre, à dépecer, à dépiauter, à sectionner, à déchiqueter, à maltraiter, à dévorer, à partager entre puissances du jour. C’est revenir à la loi de la jungle qui ne reconnait que le droit du plus fort, qui ne sanctifie que la férocité; c’est cautionner, acquitter la restauration coloniale, la récidive coloniale; c’est consacrer le retour aux mauvais penchants, aux passions meurtrières des anciennes puissances coloniales ; c’est admettre la violence impériale comme une pratique somme toute banale, ordinaire; c’est renoncer à notre propre humanité à tous. Car le fascisme, tout fascisme, même quand il s’autoproclame odyssée démocratique, constitue un attentat contre l’humanité de tous les hommes. Un attentat qui doit être combattu, que chacun est tenu, devant sa propre conscience d’homme, de combattre.

L’attentisme, l’indifférence muette ne saurait plus être de mise : devoir d’engagement humain. Il s’agit au nom du respect de l’égale dignité de tous les hommes de desserrer le carcan de ce nouveau fascisme, le carcan de cette ombre menaçante, cette ombre de fureurs et de crimes ; cette ombre de prédation sans frontières. Qu’il ne soit plus permis à ces anciens-nouveaux prédateurs de se retrouver seuls à seul, dans un huis-clos mortel, avec leur proie à déchiqueter ; que la solitude ne soit plus le destin des pays sélectionnés, ajustés pour subir le fer, le feu et le tonnerre ; et que l’essentiel soit rappelé de nouveau: la sauvagerie des bombes ne saurait fonder une quelconque démocratie ; que l’essentiel soit de nouveau proclamé, affirmé : la démocratie n’est ni cette célébration, cette glorification imbibée de mémoire coloniale de la violence sadique des plus forts sur les plus faibles, ni cette license de domination des pays puissants sur les plus faibles ni cet écrasement du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à coups de bombes; la démocratie est droit à la parole pour tous, droit à l’invention de soi pour tous, droit à être soi pour tous, droit à décider pour soi pour tous. En toutes libertés.

Source: Africa Time for Peace  Auteur : David GAKUNZI

Lettre ouverte de Jean-Paul Pougala à Obama

L’Occident en Afrique c’est l’amour forcé, c’est le viol… » Jean-Paul Pougala

Monsieur le Président,

C’est le cœur saignant de douleur que je vous écris cette lettre pour vous prier de bien vouloir écouter le message que la Chambre des Représentants Américaine vous a envoyé hier 24/06/2011 en rejetant le texte autorisant l’intervention militaire des Etats-Unis en Libye, et de mettre fin à l’agression en cours contre le peuple Libyen avec les prétextes des plus extravagants comme celui de dire que c’est pour les  protéger.

Il y a 3 ans que vous avez enflammé tout un continent, le continent africain durant les primaires des élections présidentielles du parti démocrate.  Et lorsque vous avez été élu président, nous avons cru voir en vous, ce fils d’Afrique qui avait réussi et qui pouvait désormais servir de référence pour 1 milliard d’Africains, vous sembliez ce héros que nous n’avons jamais connu, parce que nos héros ne sont devenus des légendes que pour l’émotion suscitée par leur brève vie (tous tués par les Européens).

Avec votre élection à la Présidence des Etats-unis d’Amérique, nous avons cru un instant voir ce demi-dieu Noir que l’Afrique se cherche encore après tant d’années de honte au contact de l’Europe. Oui Monsieur le Président, nous savions bien que vous aviez été voté par les Américains pour faire les intérêts de votre pays, mais que voulez-vous? Penser  que vous étiez aussi notre Président, que vous aviez nos gènes, que vous étiez aussi notre frère Noir est un rêve que nous avons tous fait les yeux bien ouverts.  Nous vous avons tous vu comme quelqu’un des nôtres, comme quelqu’un qui était capable de comprendre mieux que tous les autres puissants de la terre, les plaies et les souffrances des Africains.  Nous avons porté vos t-shirts, nous avons entonné votre refrain YES WE CAN, mais dans nos têtes en Afrique, nous lui avions donné une autre signification, c’était l’explication que ce destin qui semblait figé d’une race maudite avait tout d’un coup pris le train, le même train de l’évolution des autres races. CHANGE ! en effet.

Dans le plus profond village reculé d’Afrique, nous avons chanté votre nom, parce que vous nous avez donné l’espoir, l’espoir d’un véritable changement. Vous avez donné à la jeunesse africaine l’enthousiasme qu’aucune campagne de sensibilisation n’aurait permis d’atteindre. Lorsque vos adversaires politiques vous attaquaient sur vos actions, nous étions dans l’incapacité même de comprendre leurs raisons, les classant tous et de façon expéditive comme des racistes, tellement nous étions fous de vous.

Et puis, ont commencé vos premières maladresses sur l’Afrique que nous avons toujours regardées avec beaucoup de tolérance et d’indulgence. Puis les maladresses se sont progressivement transformées en fautes politiques et puis en humiliation et pour finir en agression pure et simple. La dernière et la plus grave est l’agression contre la Libye.
Lorsque le 20 Janvier  2009 vous avez prêté serment sur la bible de votre illustre prédécesseur : Abraham Lincoln, devenant ainsi le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique, ce geste hautement évocateur a symbolisé à nos yeux, l’espoir de la rencontre et de la réconciliation qui n’a jamais eu lieu entre Européens et Africains, entre Blancs et Noirs.  Ce jour a marqué pour le peuple américain et pour le peuple africain, liés par un passé douloureux, l’espoir d’un début de fraternité basée sur une relation de respect mutuel, une relation plus juste et apaisée. Tout au moins, c’est ce que nous pensions et espérions.

Mais après plus de  2 ans de votre présidence, la chaleur que vous aviez suscitée dans nos cœurs en Afrique s’est vite transformée en douche froide et  le feu  de l’espoir que vous aviez su allumer  en nous s’est vite éteint par la marée destructive de l’océan de vos bombes contre le peuple africain (120 missiles Cruise en une nuit sur une capitale: Tripoli). Plus nous avons appris à vous connaitre à travers vos actes réels en Côte d’Ivoire et en Libye et plus nous avons peur de vous.  Votre politique africaine qui pèche par son arrogance et l’orientation de vous ranger derrière les puissants pour écraser les faibles vous classera dans l’histoire à l’opposé de la voie suivie par le président Abraham Lincoln.
Nous n’attendions pas grand-chose de vous habitués comme nous sommes à porter notre croix sans hurler, sans gémir, sans nous plaindre, mais nous espérions pour le moins, que vous seriez neutre dans la relation Oppresseurs-Opprimés qui sévit encore aujourd’hui entre l’Europe et l’Afrique.  A notre surprise, vous avez choisi votre camp, celui de nos oppresseurs. Et vous avez mis en jeu des moyens conséquents pour freiner notre désir d’émancipation, pour étouffer notre élan de liberté.

Mais détrompez-vous Monsieur le Président Obama, parce qu’il y a longtemps que la jeunesse africaine est débout et a compris grâce au monde globalisé, combien votre système avait asservi leurs parents, mais aussi que notre misère, notre souffrance, nos humiliations ne sont pas irrémédiables, ne sont pas inscrites dans le marbre. Car comme l’a dit le président  Abraham Lincoln à un visiteur à la Maison Blanche, « Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps ; vous pouvez même tromper quelques personnes tout le temps ; mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». 5 siècles de tromperie de vos alliés sont mis à l’épreuve par l’avènement d’une nouvelle époque de fin de règne de l’oppresseur. Nous nous sommes rendus à l’heure du bilan, à l’épilogue de l’histoire, de  Notre histoire commune.
Celle-ci démarre le 16 juin 1452, lorsque le 208ème pape Nicolas V  à travers la bulle papale dénommée : Dum diversa, autorise le roi du Portugal Alfonse V à déporter et réduire en esclavage les populations de Guinée (Afrique), c’est le début d’une longue période sombre pour l’Afrique. La découverte de l’Amérique en 1492 va empirer le sort de nos ancêtres avec la multiplication de leurs déportations vers le nouveau monde pendant 4 longs siècles, et ce calvaire durera jusqu’à un homme : ABRAHAM  LINCOLN.
Le 1er Janvier 1863, Abraham Lincoln proclame l’émancipation des esclaves pendant la guerre la plus meurtrière des Etats-Unis : Guerre de sécession, avec  620.000 morts suivi de son assassinat en avril 1865. A l’époque, les agriculteurs esclavagistes du Sud sont plus riches que les industriels du nord. Mais en 1880, 15 ans après Lincoln,  le taylorisme (travail à la chaine) va changer la donne faisant augmenter de façon exponentielle les profits des usines rendant depuis lors les industriels du Nord plus riches que les agriculteurs du sud, ex-esclavagistes. Ce qui donne des idées à l’Europe jusque là privée de la manne que lui apportait le très lucratif trafic des esclaves. L’Europe doit répondre à une question : comment profiter des avantages des industriels du Nord des Etats-Unis, tout en conservant ceux des esclavagistes du Sud ? La réponse est tout trouvée et s’appellera la COLONISATION DE L’AFRIQUE.

C’est donc pour cela qu’en 1884, le Chancelier Allemand Bismarck, organise pendant 3 mois à Berlin  la fameuse conférence de Berlin où 14 pays vont décider comment remettre les chaines de l’esclavage aux Africains,  des chaines invisibles qui vont s’appeler : COLONISATION. Et qui signifiait dans les plans de leurs concepteurs, ce même destin de subordination des Africains combattu auparavant par Lincoln. On n’a plus besoin de les déporter, il faut les tenir en esclavage sur place en Afrique pour subvenir aux besoins de la naissante industrie européenne, et  relancer l’économie de tout le vieux continent. Et c’est ce long calvaire que nous vivons encore aujourd’hui sous des formes les plus subtiles et imprévisibles.

Avec votre élection, nous avons rêvé un instant que notre frère Barack Hussein Obama allait mettre un point final à cette oppression que subit tout un continent depuis trop longtemps. Mais votre décision à vous joindre au requiem que l’Europe joue pour nous depuis février 1885, c’est-à-dire depuis la fin de la Conférence de Berlin a sonné pour nous le glas de l’espoir d’Obama.  Et subitement, le CHANGE de votre campagne présidentielle s’est vite transformé pour nous Africains en CHAINS, en MORE CHAINS. Vos nouvelles chaines prennent des formes tout aussi imprévisibles que la colonisation elle-même :
1-    En Côte d’Ivoire, elles sont arrivées sous forme de cassette vidéo que vous avez envoyée pour indiquer et expliquer à ce peuple qui était leur président au mépris de l’ordre constitutionnel qu’ils se sont difficilement donné.

2-    Vos chaines y sont arrivées par les bottes des militaires avec sa forme de démocratie atypique que vous voulez instaurer selon laquelle désormais pour participer et être sûr de gagner les élections présidentielles en Afrique chaque parti politique devrait d’abord se doter d’une armée, d’une bonne armée financée de préférence par les Etats-Unis d’Amérique

3-    La punition des contrevenants.  Vous vous êtes rendus complice d’un massacre de 1200 Ivoiriens à Douékoué, tout un village composé de pauvres paysans d’enfants, de bébés et de femmes dont le seul  tort a été celui d’avoir cru à la démocratie et d’avoir tout simplement soutenu le mauvais candidat, celui qui vous semblait le moins docile.
4-    En Afrique on croyait que le chancelier Allemand Bismarck et ses 13 compères avaient réussi le plus grand hold-up de l’histoire de l’humanité avec leur partage de type mafieux de tout un continent, mais vous venez de confirmer qu’il pouvait y avoir pire : en Libye, vous vous êtes tout simplement substitué au peuple Libyen, et avez décidé à sa place qui est son « unique et légitime représentant ».  Cette fois-ci, le crime est parfait. Plus besoin de se faire prendre la main dans le sac en partageant les morceaux de terres, il suffit désormais de choisir les terres plus riches et d’indiquer qui les représente et les jeux sont faits. C’est plus facile comme bonjour et ça peut rapporter gros. Mais vous semblez oublier Monsieur le Président que cette formule a déjà démontré ses limites devant l’histoire notamment en Afrique du Sud où une poignée de racistes Blancs étaient reconnus par vous comme uniques représentants du peuple Sud-africain, la suite on la connait; mais aussi en Chine où Taiwan en 1949 était votre Bengazi de 2011. Taiwan avait été choisi par vous comme unique représentant du peuple Chinois, aussi là, l’histoire vous a donné tort.

5-    Vos nouvelles chaines arrivent en Afrique sous forme de résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unis. Qui aurait imaginé qu’une résolution dite de protection des populations de Bengazi se transformerait  en opération de punition des populations de Tripoli pour avoir commis l’irréparable en soutenant l’Homme qui a pris leur pays en 1969 lorsqu’il était le plus pauvre d’Afrique avec 60  dollars par habitant et par an, en le transformant en 2011 en pays le plus développé du continent classé par les Nations-Unis 53ème au monde dans l’indice de développement humain, devant plusieurs pays même Européens.  La Libye est le seul pays au monde non communiste où tous les services de bases sont absolument gratuits du logement à la santé en passant par l’instruction, avec un revenu minimum garanti pour préserver la dignité humaine de tout citoyen Libyen.

6-    Lorsque des civils se sont emparés des stocks d’armes les plus sophistiqués de Bengazi, la réaction d’un Lincoln, allié de la Libye aurait été de tout mobiliser pour récupérer toutes les armes, car il en serait allé aussi de la sécurité des Etats-Unis d’Amérique. Mais vos nouvelles chaines c’est aussi de contribuer à rendre instables les pays en paix, car dans le désordre, dans la mer trouble,  les requins ont plus à manger devant les désarrois des petits poissons.

7-    Lorsque le 15 avril 2011 vous signez une tribune avec Cameron et Sarkozy avec le titre « Kadhafi doit partir« , pouvez-vous Monsieur le Président me dire qui vous donne ce droit de décider quel président africain doit rester et lequel doit partir ?  J’ai beau chercher et je ne comprends toujours pas dans quel registre démocratique s’inscrit votre initiative, si ce n’est dans le principe du Far-West du plus fort qui doit signifier au plus faible d’abandonner sa terre et tout son troupeau pour aller se débrouiller ailleurs. Comment dès lors ne pas être entièrement d’accord avec le parlementaire de votre parti démocrate Jerrold Nadler qui, après le camouflet que le Congrès vous a infligé hier vendredi 24/06/2011 en rejetant le texte autorisant votre intervention militaire en Libye, a déclaré: « Le président Obama se comporte comme un monarque absolu et nous devons y mettre un terme immédiatement si nous ne voulons pas devenir un empire plutôt qu’une république« .
Avec ces quelques éléments, il n’y a pas de doute que, pour nous Africains la différence entre vous et Lincoln c’est comme entre le jour et la nuit. Vous avez une étrange conception de la démocratie dès lors qu’il s’agit d’Afrique, en vous comportant en vrai monarque, en décidant à la place des peuples que vous regardez avec tant de condescendance, ce qui prouve que vous êtes très loin des idéaux de Lincoln qui a écrit : « De même que je ne voudrais pas être un esclave, je ne voudrais pas être un maître. Telle est ma conception de la démocratie. Tout ce qui en diffère (…), n’est point de la démocratie ».

Monsieur le Président, dans votre politique africaine, vous vous comportez en Maître, en donneur de leçon lorsque ce n’est pas en oppresseur, tout le contraire de A. Lincoln.

Vous savez mieux que quiconque que lorsque l’Union Européenne à l’unanimité s’active pour un Africain, c’est qu’il est celui qui a démontré d’être le plus capable de maintenir les chaines invisibles de l’esclavage que portent ses propres frères et sœurs. . Tous nos leaders qui ont osé dénoncer cet asservissement ont tous été foudroyés sur la route de Damas, Steve Biko en Afrique du Sud, Sankara au Burkina, Moumié au Cameroun,  N’krumah au Ghana, Lumumba (photo) au Congo-Zaire etc…  d’autres plus chanceux  ont passé l’essentiel de leur vie en prison, c’est le cas de Mandela en Afrique du Sud avec 27 ans passés derrière les barreaux.

Gamal Abdel Nasser en Egypte incarcéré en 1934 à l’âge de 16 ans par les colons Britanniques, devenu président en 1953, il est rebaptisé par le Royaume-Uni le « Mussolini du Nil », pour avoir remplacé la royauté par la République, nationalisé une série de services, d’industries et le Canal de Suez et pire, il a détruit les champs de coton de l’ère coloniale pour passer à l’industrialisation de son pays; pour tous ces péchés, il subira une dizaine de tentatives d’assassinats commandités par Londres et Paris. Mais Nasser fut plus chanceux que Kadhafi parce que le Président Américain Eisenhower a eu le courage politique de stopper ces pays qui ont déclenché en 1956 une guerre pour disaient-ils « protéger le peuple égyptien d’un dictateur ». Le Président Eisenhower a eu le courage que vous n’avez pas su avoir de les stopper et a exigé qu’ils se retirent immédiatement de l’Egypte. Même si l’URSS a brandi pour les plier la menace nucléaire.

Le Président Lincoln a payé un lourd tribut pour abolir l’esclavage aux Etats-Unis. Il a payé de sa  vie pour nous rendre notre liberté, mais ses ennemis eux ne sont pas morts, ils sont là encore plus forts que jamais avec les mêmes idées détestables  de toujours : l’asservissement des Africains avec tous leurs descendants, exactement comme récitait la bulle papale. Abraham Lincoln, contrairement à vous avait un idéal et même s’il n’était pas de la même race que nous, il a su se mettre à notre place pour comprendre nos supplices et nos hontes, il a su aller au-delà des considérations partisanes pour faire triompher la justice et la morale, il a su se mettre du coté des faibles juste pour être du coté de la dignité humaine. Il a généré la guerre la plus meurtrière sur le sol des Etats-Unis,  pour faire triompher une certaine idée de l’humanisme. Monsieur le Président Obama, avec vos bombes sur le peuple africain et votre choix de seconder les forts, les puissants contre les faibles,  peut-on dire de même de vous ?  Quels sont vos véritables idéaux ? Je suis confus pour comprendre votre sens de l’humanisme.

Voyez-vous Monsieur le Président Obama, dans l’histoire moderne, nous autres Africains sommes un peuple de perdants.    Depuis 500 ans, nous n’avons pas remporté la moindre bataille contre l’Europe. Aussi parce que nous n’avons jamais déclenché une quelconque hostilité contre le peuple Européen. Nous les avons toujours subis. Nos ancêtres n’ont rien pu faire pour les contrer pendant les siècles de déportation et aujourd’hui, nous sommes impuissants devant leur folie dévastatrice.

Nous sommes conscients de notre faiblesse et de celle de nos ancêtres.  Oui, nous sommes une race qui a perdu, nous avons perdu toutes les batailles contre l’Occident et peut-être me diriez-vous, que nous sommes des perdants pour toujours. Mais Monsieur le Président, au-delà de la coupe et de la médaille du gagnant, le perdant a une chose que les autres ne savent pas, et ne voient pas et qui au final le rend plus fort, c’est la souffrance de la défaite, c’est  le déshonneur et la honte de la défaite. Ces deux éléments nous ont conféré au cours des siècles un trésor, une puissance que le gagnant ne connait pas et cela s’appelle l’humilité,  l’effacement.  Dans notre modestie, l’Africain peut être  plus heureux que l’Européen ou l’Américain qui revendique l’univers, si et seulement si vous cessez de nous détruire avec vos bombes.  Car notre plus grande force est cette simplicité qui nous a conféré le courage pour résister aux intempéries de l’histoire. Le fait de ne rien prétendre, le fait de ne pas vouloir le monde, tout pour nous et tout de suite, nous  laisse la sérénité d’avancer tout doucement, tout lentement, mais sur la bonne voie vers notre paradis de la normalité humaine c’est-à-dire sans asservissement. Et ce ne seront pas vos bombes qui nous l’empêcheront.

Comme Lincoln, nous sommes en train de bâtir les Etats-Unis d’Afrique du Cape en Afrique du Sud au Caire en Egypte et nous sommes conscients que cela pose problème à l’Occident qui sait que cela nous rendra encore moins naïfs, donc capables de stopper sa spoliation du continent qui n’a que trop duré.  Ils ont  les mêmes motivations que les ennemis hier de Abraham Lincoln : ils veulent des avantages non dus, tirés de la sueur de notre travail gratuit, tirés des entrailles de nos mines d’uranium, de diamant, d’or, de pétrole etc. Mais ce que vous ne comprenez pas en vous rangeant avec les forts qui nous oppriment, c’est que le vent a changé de direction et que leur bateau est  déjà en train de chavirer sur les rochers de la myopie politique et intellectuelle.

Car l’Afrique est déjà débout, avec ou sans vous, avec ou sans votre agression. Nous avons prévu la première émission de la monnaie africaine en 2016. Votre forfait contre la Libye pourra retarder cette échéance,  mais pas l’annuler, car notre cheminement vers le progrès humain est irréversible, votre guerre fera durer l’agonie économique de l’Europe mais pas assurer sa survie, la situation financière grecque est là pour nous le rappeler car leur descente aux enfers est autant irréversible.  Et la corde pour escalader les montagnes de l’injustice de votre système, érigé en Lois universelle, que vous venez de lier à eux en Cote d’Ivoire et en Libye, risque de précipiter votre pays dans l’abyme de la désolation à cause de vos choix belliqueux tout aussi hasardeux que détestables.

Vous avez réussi à nous humilier en Cote d’Ivoire. Vous êtes en train de nous abaisser en Libye, mais vous n’aurez pas nos larmes, puisqu’elles se sont cristallisées par trop de siècles du sadisme européen.  Vous n’obtiendrez pas notre désespoir, car restés trop longtemps couchés par terre toujours aux ordres des puissants, par contre, nous ne pouvons plus tomber, nous ne pouvons que nous relever.

Lors de votre  visite à Accra au Ghana le 11 Juillet 2009 vous avez déclaré dans votre discours que : « de même qu’il est important de se soustraire au contrôle d’une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation ». En prenant en otage le président démocratiquement élu par le peuple ivoirien, vous n’aidez pas ce pays à forger sa propre nation. Au contraire, vous contribuez à empêcher qu’il puisse se soustraire au contrôle d’une autre nation.  Votre secrétaire d’Etat Hillary Clinton lors de son voyage à Lusaka, en Zambie le 11 Juin 2011 a renchéri vos propos en nous mettant en garde contre un risque de colonisation chinoise avec ces termes : « C’est facile, et nous avons vu cela à l’époque coloniale, de venir, sortir les ressources naturelles, payer les dirigeants et partir ». Par ces lignes, je vous remercie sincèrement de vos conseils en tant que africain, mais sur la Chine particulièrement, je voudrais vous faire quelques observations :

1-    Contrairement à l’Occident qui s’est imposée à l’Afrique sans jamais lui demander son avis, la Chine a été invitée. Ceci est une sacrée différence au vu des relations qui ont existé entre l’Occident et l’Afrique et qui continuent d’exister de nos jours.  Entendre l’Occident se préoccuper  d’une quelconque colonisation de l’Afrique par la Chine est une nouveauté dans la diplomatie internationale. Cette préoccupation soudaine est la preuve, Monsieur le Président que nous vivons dans deux mondes opposés : Historiquement, Culturellement, socialement, Economiquement, Politiquement et Psychologiquement. Le rapport qui a toujours existé entre nous depuis des siècles a été celui de « Dominant – Dominé ».
La colonisation c’est le fait de venir sur nos terres vous en approprier les meilleures et nous obliger à travailler dessus, et lorsque nous ne pouvons pas produire une certaine quantité de banane, de cacao, de café ou de coton, le colon choisit un de nous au hasard et l’ampute d’un bras, d’une jambe afin de donner l’exemple à tous du rythme qu’il attend de nous. La colonisation c’est le fait de voler et de détruire nos destins en décidant à notre place.
Pour nous la colonisation, c’est l’esprit permanent de guerre pour des intérêts qui nous dépassent, tous situés en Occident.

Pour nous la colonisation est un système perverti qui nous condamne depuis des siècles. Utiliser ce mot comme l’a fait votre secrétaire d’état réveille en nous des souvenirs tout aussi tristes et qui poussent au rejet complet de l’Occident en Afrique.

L’Occident en Afrique c’est l’amour forcé, c’est le viol. La Chine en Afrique, c’est un amour entre adultes consentants. Et comme dans toute relation amoureuse, il y a des hauts et des bas, il y a toujours un qui cherche à prendre le dessus sur l’autre, mais c’est toujours plus acceptable que le viol.

De grâce, Monsieur le président, ne nous enseignez pas la haine des Chinois, surtout en cette période très tendue au niveau international . L’Afrique a besoin d’investissements, de gros investissements, vous ne nous en voudrez pas de diversifier nos partenaires en fonction de nos intérêts pour une fois. Concédez-nous, Monsieur le président le droit de choisir nos amis. Le mur de Berlin est tombé depuis 1989 et nous ne voulons pas vivre dans un contexte de guerre froide permanente où il faut toujours un ennemi. Monsieur le Président, qu’attendez-vous pour dissoudre cette boite datée qu’est l’Otan? Avec la force, on peut tout détruire comme en Irak, mais ce qui est difficile, c’est trouver la Solution. L’OTAN est une organisation anachronique en ce 21ème siècle.

2-    La Chine est aujourd’hui le seul pays qui possède une véritable réserve monétaire conséquente. Au niveau des dettes publiques, Les Chinois aident les USA à hauteur de 1.440 milliards de dollars en achetant vos bons de trésor et l’ Afrique seulement de 90 milliards. Si quelqu’un était colonisé, c’est bien vous et non nous. Cette différence s’explique par le fait que pendant longtemps, les Africains ont choisi le mauvais partenaire. Ils ont basé leur développement sur l’aide européenne et américaine. parce qu’ils ont cru que vous en aviez les moyens. Avant de se rendre compte au final que vous clamiez le jour d’être « pays riches » capables d’aider l’univers et la nuit vous alliez demander l’aide à la Chine pour payer vos fonctionnaires, pour financer vos guerres.

Encore aujourd’hui, vous-même vous comportez comme si vous aviez le moindre dollar pour aider qui que 10625 Lettre Ouverte à Monsieur Barack Obamace soit en Afrique. Ce qui n’est pas vrai. Selon les informations fournies par la FED le 13/6/2011, sur la dette privée américaine, aux dettes publiques de 14.000 milliards de dollars, il faut ajouter les 14.000 milliards de dollars de dettes des ménages américains, mais aussi les 11.000 milliards de dollars de dettes des entreprises non financières et les 14.000 milliards de dollars de dettes des instituts financiers de votre pays. Son total de 53 trillions de dollars de dettes américaines donne la sueur dans le dos, parce que c’est l’autopsie d’un pays qui va droit dans le mur et même pas la Chine ne pourra vous sauver et le pire est que vous semblez ne pas vous en rendre compte, au point de déclencher les guerres avec tant de légèreté. Nous sommes dans un système dit de « développement à somme zéro » c’est-à-dire quand l’économie de vos pays allait bien, les autres devaient crever de faim. Et maintenant que nous nous sommes réveillés et que nos économies vont bien, les vôtres ne peuvent que s’effondre. Et ce ne seront pas vos guerres à changer la donne.

3-    Plutôt, discutons du débat que la Chine nous offre : le développement de l’Afrique sera une  conséquence de la démocratisation de la société, comme l’a toujours prôné l’Occident ou bien c’est le développement qui doit précéder la démocratisation de la société comme nous le suggère la Chine avec un certain succès qui nous flatte ? Votre système ne marche plus même chez vous ou tout au moins pas chez nous, après les maigres résultats de 50 ans de pseudo-indépendance, parce que votre idée de démocratie africaine est celle d’une Afrique où le vote serait valable uniquement s’il vous plait et lorsqu’il ne vous plait pas, on connait la suite, vos bombes arrivent pour rectifier le vote populaire, notamment en Côte d’Ivoire. 500 ans de votre démocratie en Afrique, cela nous suffit. Nous avons envie d’essayer autre chose. Et avec seulement 10 ans de relation avec un pays que vous décrivez comme dictatorial, la Chine, l’Afrique ne s’est jamais si bien portée.

4-     Depuis 7 mois, la Chine est en train de se débarrasser de vos bons de trésor qu’elle considère désormais, comme des produits financiers toxiques parce qu’elle est convaincue qu’elle n’aura pas la totalité de ses investissements un jour, et ce à hauteur de 9,2 milliards de Dollars par mois. Ces chiffres sont fournis par votre Département aux Finances. Bien évidemment, Monsieur le Président, quand il s’agit de vous et de l’occident, on parle de business, une fois qu’on quitte l’hémisphère Nord pour se rendre dans l’hémisphère sud, on crie au loup, attention le méchant Chinois arrive, il va vous avaler d’un coup. NON ! Monsieur le Président, les Africains ont ouvert les yeux et    commencent à regarder autour d’eux, surement pas totalement, sinon vous n’aurez jamais eu les trois votes africains qui vous ont autorisé à aller agresser un des leurs, mais une chose est sure, ils ont entrouvert les yeux et commencent à distinguer les formes, ils peuvent aujourd’hui décrire la différence entre un Chinois et un Occidental. Et pour cause, l’Afrique pour vous n’a jamais été qu’une terre de domination, de possession, et de soumission. Nous ne connaitrons jamais pire.

5-    Dans tous les discours dans les capitales occidentales, on ne cesse de rappeler explicitement et implicitement aux Africains, la méfiance qu’ils doivent montrer face aux Chinois, c’est devenu presqu’une obsession pour vous ; entendre cela aujourd’hui de la part des Occidentaux est suspect, pour une simple raison : nos ancêtres vous ont fait confiance et ils se sont retrouvés déportés. Nos grands-parents vous ont fait confiance et ils se sont retrouvés sous le coup de la colonisation. Nos parents vous ont fait confiance et vous nous avez installé la famine. Plus récemment, 3 pays africains le Nigéria, le Gabon et l’Afrique du Sud vous ont encore fait confiance pour voter avec vous la résolution 1973, que vous alliez protéger Bengazi et vous êtes allés bombarder Tripoli. Et aujourd’hui vous nous indiquez un ennemi ?

Dans votre discours d’Accra, vous vous demandez s’il faut imputer aux Blancs la situation du Zimbabwe. Ce faisant, vous faites semblant d’ignorer qu’en 1980 à l’indépendance le Zimbabwe pour sa reforme agraire a demandé votre soutien pour corriger la grande injustice coloniale qui fait que les Blancs qui sont 2% de la population sont propriétaires de 90% des terres arables. Accord contresigné par la Grande Bretagne qui prévoyait que cette dernière se chargerait de l’indemnisation des fermiers Blancs qui étaient tous ses ressortissants. 20 ans après, rien. Pire, les victimes de vos promesses non tenues deviennent vite les diables du moment. Et c’est parti avec vos chantages: embargo, visas, comptes saisis etc. Et pour faire diversion, comme d’habitude, vous avez entonné le refrain du méchant loup Mugabe et comme un seul homme, tout l’occident a chanté, faisant croire que sa longévité au pouvoir était plus grave que l’injustice que vous y avez créée.

En Cote d’Ivoire, le Président Gbagbo vous a écouté et a pris ses distances des Chinois en reprenant des contrats auparavant gagnés par les entreprises chinoises pour les redonner aux entreprises françaises sans appel d’offre, la suite on la connait.

Que vaut la parole d’un haut dirigeant Américain aujourd’hui ? RIEN. Rien du tout
Le 6 septembre 2008 l’ancienne Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice lors de sa visite qu’elle même a défini d’historique après 55 ans de son prédécesseur et après 51 ans d’une haute autorité américaine en Libye (Nixon en 1957 alors vice-président) déclare à la presse : « Je pense que cette visite démontre que les États-Unis n’ont pas d’ennemis permanents et que lorsque des pays sont prêts à faire des changements stratégiques d’orientation, les États-Unis sont prêts à répondre », Et le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack d’ajouter à l’attention de l’Iran et de la Corée du Nord : « La Libye est un exemple qui montre que, si certains pays font un choix différent de celui qu’ils font actuellement, ils peuvent avoir des relations différentes avec les Etats-Unis et le reste du monde, et que nous tiendrons nos promesses ».

Votre prédécesseur Georges BUSH et Mme C.RICE ont-ils à votre avis commis une erreur de jugement en convainquant pendant 6 ans (de 2001 à 2006) la Libye à se défaire de toute une série d’armes dangereuses en échange de la promesse que ce pays ne serait jamais attaqué ? Ou alors c’est vous qui êtes peu regardant sur le respect des engagements de vos prédécesseurs ?

Non Monsieur le Président ! ils ont juste appliqué le principe républicain tant cher à Abraham Lincoln : « Ce que je veux savoir avant tout, ce n’est pas si vous avez échoué, mais si vous avez su accepter votre échec». Le Président Bush avait tout simplement accepté l’échec de la politique américaine d’isolement de la Libye depuis 1981 et avait décidé de changer de cap, avec beaucoup de difficultés, mais le succès de l’initiative est toute à son honneur avec le rétablissement des relations diplomatiques dès 2004. Ainsi, même si la culpabilité de la Libye n’a jamais été établie, votre prédécesseur a réussi à la faire accepter d’indemniser toutes les familles les victimes de Lockerbie et du café de Berlin; mais aussi, elle a accepté de se défaire de ses armes de destruction massive, elle a ouvert les dossiers de ses services secrets pour aider les USA dans la lutte contre le terrorisme mettant à risque son propre territoire et son propre peuple contre les possibles représailles.

Dans tout pays, Monsieur le Président, même le plus primitif qui soit, quand vous avez payé votre dette envers la société, ce chapitre est clos. C’est ce que le Président Bush a voulu démontrer en fermant ce chapitre sombre avec la Lybie avec cette visite officielle. Puis-je savoir de quoi de nouveau est exactement accusée la Lybie depuis ce nouveau départ du 6 septembre 2008 ? Après plus de 3 mois d’agression inutile contre le peuple Libyen, je vous prie Monsieur le Président Obama de SAVOIR ACCEPTER VOTRE DEFAITE. Vos compagnons de route ne peuvent que vous enfoncer: par exemple, la France en un mois a fait atterrir urgemment 6 chasseurs bombardiers Mirage sur l’Ile de Malte pour panne sèche, pour manque de carburant les 20/04, 23/04 et 02/05(source AFP).

Car Monsieur le Président comme vous l’a dit la Chine à travers son quotidien China Daily, vous êtes des pays encore convalescents sortant d’une crise financière qui n’est pas terminée et n’avez aucun moyen financier pour supporter une guerre longue. En témoignent les nombreuses défections de vos alliés : la Norvège vous a informé depuis le 9 Mai qu’elle n’aurait pas d’argent pour continuer une guerre au delà du 24 Juin, l’Italie vient de demander la fin des bombardements parce qu’elle ne sait pas où trouver 40 milliards d’Euros dans l’immédiat pour ne pas sombrer dans la crise de type grecque etc… Savoir accepter cette défaite sera à votre honneur plutôt que de continuer cette fuite en avant pour vous venger sur des civiles inoffensifs en larguant vos bombes à l’aveuglette tous les jours, sans qu’on sache bien où vous croyez arriver ainsi.

Monsieur le Président Obama,  Est-ce trop vous demander que de vous prier d’écouter au moins la voix des élus Américains qui hier 24/6/2011 avec les voix de 70 de vos propres élus Démocrates, vous ont demandé d’arrêter  votre guerre en Libye ? Est-ce trop vous demander que de vous prier de vous occuper des Américains qui vous ont voté pour leur trouver du boulot et de nous laisser en paix en Afrique choisir nous-mêmes notre destin, même en nous trompant et d’apprendre de nos erreurs ? Est-ce trop vous demander que de vous prier de libérer le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire qui n’a commis qu’une seule faute, son manque de docilité au système qui nous opprime depuis 500 ans ?

Monsieur le Président, le monde a changé. On est passé au tout numérique mais vous semblez regarder l’Afrique encore sur une pellicule en Noir et Blanc. En dépit de tous les freins que votre système de règles du jeu truquées, lui a imposés, L’Afrique, a un taux de croissance moyen de 6% par an. Nous ne sommes qu’au début de notre propre révolution industrielle et les matières premières qui vous attirent tant sont destinées à satisfaire nos propres besoins de consommation, car contrairement à nos parents et nous-mêmes, nos enfants ne veulent plus vivre de privation et qu’ils soient à Niamey ou a Pretoria, ils veulent aussi vivre dans le même confort qu’à Los-Angeles ou à Paris, ils veulent aussi s’éclater et pour satisfaire toute cette consommation qui est en train d’exploser en devenant exponentielle, nous avons besoin de nos propres matières premières.

Nous nous posons déjà le problème de comment faire pour repérer les ressources, les matières premières  pour satisfaire les besoins toujours raffinés de cette nouvelle population africaine. Je vous conseille donc, de changer de politique afin d’amener vos concitoyens à réduire leurs consommations et les adapter à la disponibilité des ressources en votre possession et pour lesquelles vous n’aurez plus besoin de vivre dans une guerre permanente avec l’humanité.
Il me plait de conclure avec ces mots que je fais miens : « La pauvreté n’est pas une honte, mais c’est l’exploitation des peuples qui l’est. Nous reprendrons tous nos droits, car toutes ces ressources sont les nôtres » Président Egyptien Nasser dans son discours radiodiffusé à Alexandrie le 26 juillet 1956, marquant la nationalisation du canal de Suez et le début de la guerre d’agression de la France et du Royaume Uni pour annuler sa décision.
Dans l’espoir de lire votre réponse bientôt, je vous adresse Monsieur le Président des Etats-Unis d’Amérique, l’expression de ma très haute considération et je profite de cette occasion pour vous souhaiter une bonne chance pour votre prochaine re-élection en 2012.

Jean-Paul Pougala

Genève le 25 Juin 2011

pougala@gmail.com  ( www.pougala.org )

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

Interview de Laurent Gbagbo du 07 octobre 1979

Il ya 32 ans, voici ce que Laurent Gbagbo disait de la France: « Comment la France s’est piégée en Afrique »

Gbagbo Laurent, chercheur à l’institut d’histoire fait partie de la galerie de jeunes intellectuels ivoiriens qui ont entrepris d’interroger l’avenir à partir des vestiges du passé. Ses réflexions sur la conférence de Brazzaville éclairent, d’un jour nouveau la politique coloniale française. (Ivoire Dimanche)

Ivoire Dimanche :. Vous avez écrit un livre intitulé « Réflexions sur la Conférence de Brazzaville ». Quelle est pour le chercheur ivoirien que vous êtes, l`importance de ce thème historique et en dernier ressort, que voulez-vous faire comprendre à vos lecteurs ?

Laurent Gbagbo : La Conférence de Brazzaville a eu lieu au début de l`année 1944.1944, c`est un an avant la fin de la deuxième guerre mondiale et c`est deux ans après le début de la contre -offensive générale des alliés. Donc, à partir de cette époque, les alliés entrevoyaient clairement l`issue victorieuse de la guerre en leur faveur. Quel était le problème qui se posait au niveau de la France ? Car, c`est de la France qu`il s`agit. La France avait été battue par l`Allemagne en 1940. Son gouvernement avait été obligé de démissionner et le reste des hommes politiques français avait déménagé à Vichy. Sur ce, il s`était créé un groupe de résistants à l`intérieur du pays et un groupe de résistants à l`extérieur. La résistance extérieure était animée par le Général de Gaulle qui, par la suite, a eu à former un gouvernement provisoire en exil basé d`abord à Londres, puis à Alger. Le principal problème pour la France était le contrôle de ses colonies. Il fallait que la France continue à être ravitaillée non seulement en matières premières, mais aussi en soldats pour que le gouvernement provisoire soit présent au rendez-vous de la victoire. Or, aussi bien les matières premières que les hommes qui allaient au front, venaient des colonies. Il fallait donc absolument contrôler ces colonies. Que se passait-il là-bas ? Premièrement, la plupart des lettrés des pays colonisés étaient très sensibles à la propagande soviétique qui était une propagande anti-colonialiste. Ceux-là, surtout en Asie?c`est le cas du Vietnam -, au Maghreb – c`est le cas de l`Algérie, avec-Ferrat Abbas, de la Tunisie avec Habib Bourguiba et même du Maroc avec le Roi Mohemed V – étaient très sensibles à une propagande anti-impérialiste. Deuxièmement, les Américains voulaient mettre pied en Afrique. Depuis la première guerre mondiale déjà, ils avaient réussi à populariser l`idée du « self goverment », à savoir que dans chaque colonie, il faut des gouvernements autochtones. Cette idée sous-entendait la possibilité pour les Américains de traiter directement avec l`Afrique qui ne serait plus la chasse gardée des puissances colonisatrices. C`est dans ce contexte que le gouvernement en exil du Général de Gaulle a pris l`initiative de convoquer la Conférence de Brazzaville. Le Commissaire aux Colonies était M. Pleven qui a organisé matériellement cette Conférence. Pourquoi Brazzaville ? Simplement parce que pendant la guerre, les colonies africaines se sont divisées en deux. L`A.O.F s`est alignée sur les positions vichystes de Pétain avec le gouverneur général Boisson qui était à Dakar et qui a même repoussé une attaque dirigée par le Général de Gaulle.

Les chants de sirène de Moscou

Il n`y avait que l`AE.F ; avec notamment, le gouverneur général Félix Eboué qui ait pris fait et cause pour les gaullistes. Donc l`AE.F. était une région plus propice pour recevoir les gaullistes. C`est pourquoi ils ont choisi de se rendre à Brazzaville. Quels étaient les objectifs de cette conférence? Il fallait – 1) que la France affirme devant le monde qu`elle reste maîtresse de ses colonies et que les prétendants éventuels comprennent cela. C`est pourquoi, à cette conférence, aussi bien Pleven que De Gaulle, dans leurs discours, feront appel à l`histoire pour montrer comment la France s`est évertuée à créer dans ces colonies des « zones de civilisation » et de bien-être pour les Africains. 2) Il fallait convaincre les Africains eux-mêmes qu`ils avaient tout intérêt à rester alliés à la France, puissance coloniale, bien sûr, mais qui leur avait apporté le bien-être et la démocratie. Il fallait les convaincre de ne pas écouter les chants de sirène venant de Moscou ou d`Amérique.

I.D.: Vous n`avez pas parlé de l`importance du thème pour un historien ivoirien. `

G. L. : L`importance est évidente. Pour comprendre toutes les politiques de développement qui se dessinent çà et là par les gouvernements africains, il est très impérieux de se pencher sérieusement sur la politique coloniale elle-même. Celle-ci est très nette dans le cadre de la Conférence de Brazzaville. L`histoire de la colonisation française a évolué par stades successifs. Avant la 2ème guerre mondiale, les Africains n`étaient pas directement associés au pouvoir. En Afrique, il n`y avait que les quatre communes du Sénégal (Dakar, Rufisque, Gorée, Saint-Louis) qui avaient le droit d`envoyer un député à l`Assemblée Nationale Française. Dans le reste de l`Afrique, était appliqué le code de l`indigénat. Or, à partir de la Conférence de Brazzaville, beaucoup de choses vont changer, mais dans le sens des réformes. En effet, face aux nombreuses convoitises, la France se devait de trouver un nouveau système de domination qui permette aux Africains d`avoir l`impression de participer eux-mêmes à la gestion de leurs propres pays. C`est ainsi qu`il faut faire attention à deux choses qui ont été fondamentales au moment de la Conférence de Brazzaville. 1) La Conférence de Brazzaville affirme sans ambiguïté que jamais la France n`envisagera d`accorder l`indépendance ni même l`autonomie aux colonies. Tout en maintenant le statut colonial pur, il fallait faire en sorte que les Africains qui avaient maintenant beaucoup de lettrés, participent plus ou moins à l`exploitation coloniale de leurs pays. C`est ainsi que la Conférence prend la résolution de faire en sorte que les élus des Territoires d`Outre-Mer soient représentés au Parlement français et de faire élire dans chaque colonie, des Assemblées territoriales chargées de voter le budget à soumettre au gouvernement. Voilà deux innovations capitales qui ont permis la naissance de la vie politique de type moderne. C`est ainsi que partout en 1945, des élections ont été organisées pour la création de l`Assemblée constituante française où siégeaient beaucoup de députés africains. Ces derniers, quinze à vingt ans plus tard, se retrouvèrent à la tête de leur pays. Donc, étudier la Conférence de Brazzaville n`est pas un phénomène gratuit. C`est le cadre qui a permis à nos hommes politiques actuels de sortir de l`anonymat, de se faire connaître sur le plan international et de s`imposer progressivement par leurs prises de position. C`est pourquoi je pense qu`il est important d`étudier cette conférence. Toute la formation des hommes politiques africain a été faite à partir de là.

I.D: Au regard des résolutions de la Conférence Brazzaville, peut-on dire que la France s`est piégée elle même dans la mesure où elle a dû se résoudre à accorder les indépendances?

G.L.: Oui. Dans tout phénomène, il faut toujours voir l`aspect dialectique. Quand la France convoquait la Conférence de Brazzaville, elle ne pensait pas du tout aux indépendances. Elle pensait même à ne jamais les permettre. Sa tactique consistait à ne pas laisser les Africains se révolter et lever les armes contre elle un jour. La France méditait sur plusieurs exemples. En effet, au moment où se tenait 1a Conférence de Brazzaville, le Vietnam avait déjà créé le vietminh et se battait les armes à la main pour rejeter et la tutelle des Japonais et la tutelle des Français. Au Maghreb, Habib Bourguiba, le chef du Destour tunisien, avait envoyé un télégramme à la France par lequel il rejetait la tutelle française. Les Algériens ont fait de même. Donc, en Asie et en Afrique du Nord, la politique française était battue en brèche. Il fallait en conséquence prendre des mesures pour calmer les colonies d`Afrique Noire. Or, il y a eu toute une dynamique. Les élites africaines étaient bien obligées, aux yeux de leurs compatriotes, de demander la suppression de certaines peines. Je pense notamment à la loi Houphouët-Boigny sur la suppression du travail forcé et à la loi Lamine Guèye sur la citoyenneté. Au fur et à mesure des revendications, les dispositions de la Conférence de Brazzaville se sont révélées dépassées. La France devait encore réajuster son tir, toujours dans le but de se réserver le soutien des élites africaines. D`où l`avènement de la loi-cadre qui donnait en 1956, l`autonomie aux territoires africains, avec la naissance des premières assemblées territoriales et des premiers embryons de gouvernements.
Avec la conférence de Brazzaville, la France s`est piégée elle-même. D`après cette dynamique, on peut dire que la France s`est piégée elle-même. Mais pouvait-elle faire autrement? Je pense que non. Ou bien elle ouvrait les vannes, auquel cas, les gens prenaient de l`élan, ou elle ne les ouvrait pas du tout et dans ce cas, elle allait avoir affaire à une guerre de libération nationale révolutionnaire. Il ne faut pas oublier les massacres de Madagascar en 1947. Il ne faut pas oublier non plus les mouvements en Côte d`Ivoire dans les années 49-50 où le gouvernement français a dû envoyer des troupes pour mater les militants du R.D.A, etc. Ce qui, du reste, a donné naissance au rapport Damas. Donc, la situation était explosive. La France croyait endiguer ces mouvements en amadouant les élites.

I.D : A partir de ce qui vient d`être dit, que pensez-vous du général de Gaulle ? Un génie politique ou un habile tacticien ?

G.L : Je crois qu`il faut situer le Général de Gaule dans le contexte qui est le sien et le juger à deux niveaux. D’abord, le général de Gaulle, homme d`Etat français. En 1940, le Général de Gaulle était membre du gouvernement dirigé par Reynaud. Quand les armées françaises furent battues par l`Allemagne, deux solutions s`offraient à la France. 1) Appeler le peuple à se mobiliser pour lutter à outrance
contre l`envahisseur et libérer le pays. 2) Capituler et reconnaître la défaite. Croiser les bras en attendant des jours meilleurs. Le groupe Pétain a choisi cette deuxième solution: armistice. Le Général de Gaulle a opté pour la résistance. C`est ainsi qu`il a quitté la France pour s`exiler en Angleterre. Pour cette raison, le Général de Gaulle est un très grand patriote français pour qui je n`ai qu`admiration.
Ensuite, le deuxième niveau qui se déduit d`ailleurs du premier, c`est que le Général de Gaulle, résistant français, a compris que la France devait s`appuyer sur ses colonies pour sa propre survie. Elle ne pouvait, seule, sortir de la catastrophe économique et politique, car même ses institutions étaient tombées. Le Général de Gaulle a tout fait pour convoquer la Conférence de Brazzaville afin de poser les bases d`une collaboration, non pas avec les peuples, mais avec les élites africaines. Je vous signale qu`aucun Africain n`a pris part à cette Conférence. Pour l`homme d`Etat français, affirmer l`appartenance des Africains à l`Union Française était très important. Cela a été la deuxième dimension du Général. Si sa position était juste pour la France, en revanche, elle desservait les Africains dans la mesure où elle feutrait les contradictions. Les cadres africains n`ont pas toujours compris que c`était pour mieux subjuguer l`Afrique. Voilà le jugement que l`historien africain peut porter sur le Général de Gaulle. Par ailleurs, en jugeant de Gaulle, les Africains oublient souvent un facteur important, à savoir que tout acte politique est la conséquence des événements du moment. Si en 1944, le gouvernement central français a pensé qu`il était utile d`associer les élites africaines au pouvoir, c`est précisément parce que la révolte qui grondait dans toutes les colonies montrait à la France la seule voie compatible avec ses intérêts. La perte de l`Asie était cruelle pour elle. Elle n`était pas sûre de garder le Maghreb. Donc, pour juger de la Conférence de Brazzaville, il faut prendre en compte la révolte des Africains. Même sans de Gaulle, la France a pris des mesures susceptibles de sauvegarder ses intérêts de puissance colonisatrice. C`est Gaston Defferre qui, en 1956, a créé la Loi-Cadre, au moment où l`Algérie et le Cameroun se battaient.

I.D: Les Africains doivent donc intégrer la Conférence de Brazzaville dans leur propre histoire ?

G.L: La Conférence de Brazzaville – comme toute la politique coloniale, qu`elle soit française, anglaise, portugaise-fait partie intégrante de l`histoire africaine. C`est amputer l`histoire africaine d`une grande partie d`elle-même que de fermer les yeux sur cette histoire. Aujourd`hui, je me considère comme le produit de « histoire traditionnelle africaine et de l`histoire coloniale. Je pense que c`est un grave danger que les Africains veuillent mettre très souvent entre parenthèses l`histoire coloniale sous prétexte que cela blesse telle ou telle partie en cause. L`histoire coloniale fait partie de l`histoire des pays colonisateurs et de notre propre histoire. Même les institutions que nous avons, dans tous les pays d`Afrique, sans exception (forme de gouvernement, d`assemblées), sont héritées directement du système colonial. Donc, il nous faut réfléchir sur l`histoire coloniale pour que nous sachions exactement ce que nous devons en faire. Les Africains en général et surtout l`historien africain doivent se pencher sur l`histoire coloniale sans fausse honte.

Propos recueillis par Kader (Cf Ivoire-Dimanche N° 452 du 07 octobre 1979)

Retranscrit par Soir Info