Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: juin 1, 2011

BENIN : Remaniement ministériel, les artisans du K. O sacrifiés par Yayi

L’ancien ministre de l’Eau, Sacca Lafia n’est plus dans le gouvernement. Ce qui a surpris plus d’un observateur. En effet, l’homme de l’hélico du 13 mars 2011, l’homme qui a pris les dispositions les plus hardies pour affréter un appareil volant spécial le jour de la présidentielle pour aller desservir Tchaourou, la ville natale du président de la République qui était confrontée à un retard criard dans l’acheminement de la logistique électorale, cet homme de main de Boni Yayi, n’a pas tergiversé pour prendre les mesures qui s’imposent.

La suite on la connait : un oiseau volant a convoyé expressément le matériel électoral au profit des frères du chef de l’Etat. Mais au bout du rouleau, il a été éjecté du gouvernement.

Zakarie Baba Body, l’ancien ministre chargé des relations avec les institutions, très peu connu de l’échiquier politique national, a joué un rôle de premier plan dans la victoire de Boni Yayi. En effet, sa partition dans la réalisation forcée de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) a été remarquable.

En interface entre la Commission politique de supervision de la Lépi et le gouvernement, cet avocat a servi la cause du gouvernement. En dépit des récriminations de l’opposition, les grandes étapes se déclinaient selon les exigences du pouvoir de Changement. Lui qui assurait les intérêts a été renvoyé du gouvernement comme un petit chenapan. Au même moment son interlocuteur dans la déclinaison, en l’occurrence Arifari Bako a été promu à un poste de souveraineté : le ministère des Affaires étrangères. Mieux, lors de la grande bataille de la société civile pour la désignation de leur représentant à la commission électorale nationale autonome, la mission d’orfèvre de Baba Body a permis à la société civile d’obédience mouvance présidentielle de s’imposer. Ce qui a permis à la mouvance d’avoir six membres contre cinq à l’opposition. Mais au finish, cela n’a pas pesé dans la balance lors de la formation du gouvernement.

Le dernier grand perdant suite au remaniement, c’est Candide Azanai. Lors de la dernière présidentielle, c’est le missi dominici de Boni Yayi. Son passé dans la maison Renaissance du Bénin, là où il a appris comment on fait écrouler tous les plans politiques échafaudés, l’ancien porte-parole du gouvernement et ministre de l’Industrie a fait preuve d’une maestria sans égale.

Si en dépit de l’arrimage de la RB à l’Union fait la Nation, Boni Yayi a fait presque jeu égal avec Adrien Houngbédji, dans le Littoral, c’est dû à Candide qui a travaillé comme s’il était en territoire conquis. Après avoir convoyé les unités électorales mobiles au profit du chantre du Changement, il a finalement réédité le même exploit cette fois-ci à son propre profit. La preuve, il a eu deux sièges sur cinq dans la 16ème circonscription contre l’UN en dépit du quadrillage de ce landerneau par la famille Soglo. Après cet effort, Candide Azanai se retrouve sans un maroquin. Voilà ceux qui ont été des artisans non négligeables du K O imaginaire du 13 Mars 2011 et qui ont été mis sous l’entonnoir de la Refondation.

par dp 24h

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Halte à l’intoxication ! Le Président Adrien HOUNGBEDJI sort de son mutisme

Le Président Adrien HOUNGBEDJI

COMMUNIQUE DE PRESSE

Depuis la fin des élections présidentielles et législatives, et comme à l’accoutumée, le Président Adrien HOUNGBEDJI fait l’objet d’une intense campagne d’intoxication dont le but évident est de détruire son image, et par ce biais, de démoraliser les forces politiques et sociales qui lui ont accordé ou renouvelé leur confiance, de mettre à mal la cohésion et la combativité de nos compatriotes qui luttent pour faire du Bénin une terre de liberté et de bonne gouvernance, un pays où le développement et la prospérité se réalisent dans la concorde.

La cabale tient à présenter le Président Adrien HOUNGBEDJI comme l’homme qui voulait provoquer la guerre civile, qui s’est rendu à Paris où il se serait fait rembourser huit milliards FCFA de frais de campagne (excusez du peu!), qui aurait rencontré nuitamment le Président YAYI Boni à son retour, et qui négocierait en cachette et en solitaire, des postes pour ses militants, à l’insu des responsables de l’Union fait la Nation.

Elle est d’autant plus intense que ses auteurs se comptent aussi bien dans les rangs du pouvoir que dans ceux de «l’opposition»: les uns pour en finir avec un adversaire qui demeure debout malgré les coups reçus vingt ans durant; les autres pour camoufler et se dédouaner des pratiques dont ils sont coutumiers, et dans lesquelles ils viennent encore de s’illustrer.

Cette cabale est aussi vaine que les précédentes: elle s’essoufflera et s’éteindra comme tant d’autres.

Le Président Adrien HOUNGBEDJI reste aux yeux de nos compatriotes, un homme de paix, de probité et de loyauté.

Il n’a pas accepté et n’acceptera pas que le Bénin soit ravalé au rang des républiques bananières où les élections et les résultats proclamés ne constituent qu’une mascarade. Il a affirmé que le Bénin aspire à la Paix, mais qu’il n’y a pas de paix sans justice: nul n’ignore ici comme ailleurs, le rôle qu’il a joué dans le passé et récemment pour la préservation du climat de paix. Personne ne pourra rien y changer !

L’allégation selon laquelle, le Président Adrien HOUNGBEDJI se serait fait rembourser des milliards de frais de campagne en France ne peut séduire que des esprits non avertis; elle est aussi ridicule que celle diffusée il y a un an au sujet d’un appartement prétendument acheté en 2010 à Neuilly; aussi stupide que les pseudos virements bancaires opérés à partir de Lomé par un certain Lokossou.

En effet, quiconque connaît la place financière de Paris, sait que des manipulations ou transferts d’un tel montant ne peuvent s’opérer sans laisser des traces. Le Président Adrien HOUNGBEDJI défie quiconque, quel que soit son positionnement dans l’appareil de l’Etat, d’apporter le moindre commencement de preuve de cette allégation. Au demeurant, la question est posée de savoir qui aurait remboursé cette somme, et en contre partie de quoi. Le parcours du Président Adrien HOUNGBEDJI, et les sacrifices auxquels il s’est astreint par conviction depuis tant d’années, pour la démocratie, la liberté et l’état de droit, témoignent pour lui et n’autorisent personne à ramener son combat à la dimension pécuniaire d’un remboursement de frais de campagne.

Quant au grief également mensonger d’avoir négocié avec le Dr YAYI Boni des postes pour ses militants, il traduit en réalité la mauvaise conscience de ses auteurs. En effet, entre la proclamation des résultats des élections présidentielles et la formation du Gouvernement YAYI Boni 2 (soit huit semaines), le Président Adrien HOUNGBEDJI a séjourné à trois reprises hors du Bénin pendant un total de six semaines environ: deux fois en France, une fois dans la sous- région. Une telle mobilité et des absences d’aussi longue durée sont peu compatibles avec une disponibilité à «négocier» des places. Bien au contraire, cette absence du terrain prouve que, loyal comme à son habitude, le Président Adrien HOUNGBEDJI s’en est remis au premier responsable de l’Union fait la Nation pour agir au nom de l’alliance, dans le cadre de la «politique de main tendue» annoncée par le Président YAYI Boni. (Pour la petite histoire, la nuit où selon une certaine presse, il aurait été vu au domicile du Président YAYI Boni «glissant vers la mouvance», le Président Adrien HOUNGBEDJI était à l’étranger !).

Tant qu’elle restera fondée sur la ruse et le débauchage, tant qu’elle n’aura pour objet que de détruire les uns et les autres, la pseudo-politique de «la main tendue» se réduira à un simple manège; elle ne séduira que quelques opportunistes, car elle n’induira ni la confiance ni le sursaut nécessaires au redressement du Bénin.

Elle prend au contraire tout son sens lorsqu’elle marque une volonté sincère d’ouverture dans l’intérêt supérieur du Pays; dans ce cas, elle ne peut être refusée, et il ne sera point nécessaire d’entreprendre des démarches nocturnes, secrètes et solitaires, pour la saisir.

Comme par le passé et davantage encore aujourd’hui, le Président Adrien HOUNGBEDJI n’a de préoccupation que les intérêts supérieurs de notre Pays et de notre peuple; il s’y tiendra.

Fait à Cotonou, le 31 mai 2011

La Cellule de Communication du Président Adrien HOUNGBEDJI

Comment les puissances coloniales maintiennent la Somalie dans le chaos

Mr. Mohamed Hassan  Spécialiste de la géopolitique et du monde arabe

La Somalie avait tout pour réussir : une situation géographique avantageuse, du pétrole, des minerais et, fait plutôt rare en Afrique, une seule religion et une seule langue pour tout le territoire. La Somalie aurait pu être une grande puissance de la région. Mais la réalité est toute différente : famine, guerres, pillages, pirates, attentats… Comment ce pays a-t-il sombré? Pourquoi n’y a-t-il pas de gouvernement somalien depuis presque vingt ans? Quels scandales se cachent derrière ces pirates qui détournent nos navires? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan nous explique pourquoi et comment les puissances impérialistes ont appliqué en Somalie une théorie du chaos.

Comment la piraterie s’est-elle développée en Somalie? Qui sont ces pirates?

Depuis 1990, il n’y a plus de gouvernement en Somalie. Le pays est aux mains de seigneurs de guerre. Des navires européens et asiatiques ont profité de cette situation chaotique pour pêcher le long des côtes somaliennes sans aucune licence et sans respecter des règles élémentaires. Ils n’ont pas respecté les quotas en vigueur dans leurs propres pays pour préserver les espèces et ont employé des techniques de pêche – notamment des bombes! – qui ont créé d’énormes dégâts aux richesses des mers somaliennes. Ce n’est pas tout ! Profitant également de cette absence d’autorité politique, des compagnies européennes, avec l’aide de la mafia, ont déversé des déchets nucléaires aux larges des côtes somaliennes. L’Europe était au courant, mais a fermé les yeux car cette solution présentait un avantage pratique et économique pour le traitement des déchets nucléaires. Or, le tsunami de 2005 a déposé une grande partie de ces déchets jusqu’aux terres somaliennes. Et d’étranges maladies sont apparues pour la première fois au sein de la population. Voilà le contexte dans lequel la piraterie s’est principalement développée. Les pêcheurs somaliens, qui disposent de techniques rudimentaires, n’étaient plus en mesure de travailler. Ils ont donc décidé de se protéger ainsi que leurs mers. C’est exactement ce que les Etats-Unis ont fait durant la guerre civile contre les Britanniques (1756 – 1763): ne disposant pas de forces navales, le président Georges Washington passa un accord avec des pirates pour protéger les richesses des mers américaines.

Pas d’Etat somalien depuis presque vingt ans! Comment cela est-il possible?

C’est le résultat d’une stratégie américaine. En 1990, le pays est meurtri par les conflits, la famine et les pillages, et l’Etat s’effondre. Face à une telle situation, les Etats-Unis, qui ont découvert quelques années auparavant des réserves de pétrole en Somalie, lancent l’opération Restore Hope en 1992. Pour la première fois, des Marines US interviennent en Afrique pour essayer de prendre le contrôle d’un pays. Pour la première fois aussi, une invasion militaire est déclenchée au nom de l’ingérence humanitaire.

Le fameux sac de riz exhibé sur une plage somalienne par Bernard Kouchner ?

Oui, tout le monde se souvient de ces images soigneusement mises en scène. Mais les véritables raisons étaient stratégiques. En effet, un document du département d’Etat US préconisait que les Etats-Unis se maintiennent comme seule et unique superpuissance mondiale suite à la chute du bloc soviétique. Pour accomplir cet objectif, il recommandait d’occuper une position hégémonique en Afrique, très riche en matières premières.

Restore Hope sera pourtant un échec. Le film hollywoodien La chute du faucon noir a marqué les esprits, avec ses pauvres G.I.’s « assaillis par de méchants rebelles somaliens »…

En effet, les soldats US seront vaincus par une résistance nationaliste somalienne. Depuis lors, la politique des Etats-Unis a été de maintenir la Somalie sans véritable gouvernement, voire de la balkaniser. La vieille stratégie britannique, d’ailleurs appliquée en de nombreux endroits : mettre en place des Etats faibles et divisés pour mieux tirer les ficelles. Voilà pourquoi il n’y a pas d’Etat somalien depuis presque vingt ans. Les Etats-Unis ont une espèce de théorie du chaos afin d’empêcher toute réconciliation somalienne et maintenir le pays divisé.

Au Soudan, suite à la guerre civile, Exxon a dû quitter le pays après y avoir découvert du pétrole.  Alors, laisser la Somalie plongée dans le chaos n’est-ce pas contraire aux intérêts des Etats-Unis qui ne peuvent y exploiter le pétrole découvert?

L’exploitation du pétrole somalien n’est pas leur objectif prioritaire. Les Etats-Unis savent que les réserves sont là et n’en ont pas besoin dans l’immédiat. Deux éléments sont beaucoup plus importants dans leur stratégie. Tout d’abord, empêcher les compétiteurs de négocier avantageusement avec un Etat somalien riche et puissant. Vous parlez du Soudan, la comparaison est intéressante. Le pétrole que des compagnies pétrolières y ont découvert il y a trente ans, le Soudan le vend aujourd’hui aux Chinois. La même chose pourrait se produire en Somalie. Lorsqu’il était président du gouvernement de transition, Abdullah Yusuf s’était d’ailleurs rendu en Chine, bien qu’il fût soutenu par les Etats-Unis. Les médias US avaient vivement critiqué cette visite. Le fait est que les Etats-Unis n’ont aucune garantie sur ce point : si un gouvernement somalien voit le jour demain, peu importe sa couleur politique, il pourrait très bien adopter une stratégie indépendante des Etats-Unis et commercer avec la Chine. Les impérialistes occidentaux ne veulent donc pas d’un Etat somalien fort et uni. Le deuxième objectif poursuivi par cette théorie du chaos est lié à la situation géographique de la Somalie, qui est stratégique pour les impérialistes des Etats-Unis et de l’Europe réunis.

Stratégique pourquoi?

 Le contrôle de l’Océan Indien, regardez la carte. Comme je l’ai dit, les puissances occidentales portent une lourde part de responsabilité dans le développement de la piraterie en Somalie. Mais plutôt que de dire la vérité et payer des compensations pour ce qu’elles ont fait, ces puissances criminalisent le phénomène afin de justifier leurs positions dans la région. Sous prétexte de combattre la piraterie, l’Otan positionne sa marine militaire dans l’Océan Indien.

Le véritable objectif?

Contrôler le développement économique des puissances émergentes, principalement l’Inde et la Chine. En effet, la moitié de la flotte mondiale des porte-conteneurs et 70% du trafic total des produits pétroliers passent par l’Océan Indien. De ce point de vue stratégique, la Somalie occupe une place importante : le pays a la plus vaste côte d’Afrique (3.300 kilomètres) et fait face au Golfe Arabe et au détroit d’Hormuz, deux centres névralgiques de l’économie de la région. De plus, si une réponse pacifique était apportée au problème somalien, les relations entre l’Afrique d’une part, et l’Inde et la Chine d’autre part, pourraient se développer à travers l’Océan Indien. Ces concurrents des Etats-Unis pourraient alors avoir de l’influence dans cette région de l’Afrique. Le Mozambique, le Kenya, Madagascar, la Tanzanie, Zanzibar, l’Afrique du Sud… Tous ces pays connectés à l’Océan Indien pourraient avoir un accès facile au marché asiatique et développer des relations économiques fructueuses. Nelson Mandela, lorsqu’il était président de l’Afrique du Sud, avait d’ailleurs évoqué la nécessité d’une révolution de l’Océan Indien avec de nouvelles relations économiques. Ce projet, les Etats-Unis et l’Europe n’en veulent pas. C’est pourquoi ils préfèrent maintenir la Somalie dans le chaos.

Vous dites que les Etats-Unis ne veulent pas d’une réconciliation en Somalie. Mais quelles sont les origines des divisions somaliennes?

Pour bien comprendre cette situation chaotique, nous devons remonter plus loin dans l’histoire de la Somalie. Ce pays a été divisé par les forces coloniales. En 1959, la Somalie devient indépendante par la fusion des colonies italienne au Sud et britannique au Nord. Mais des Somaliens vivent également dans certaines parties du Kenya, d’Ethiopie et de Djibouti. Le nouvel Etat somalien adopte d’ailleurs comme drapeau une étoile, dont chaque branche représente une des parties de la Somalie historique. Le message derrière ce symbole étant : « Deux Somalies ont été réunies mais il en reste trois colonisées ».

Devant la légitimité de ces revendications, les Britanniques – qui contrôlaient le Kenya – organisèrent un référendum dans la région de ce pays revendiquée par la Somalie. 87 % de la population, provenant essentiellement d’ethnies somaliennes, se prononcèrent pour l’unité de la Somalie. Mais lorsque les résultats furent publiés, Jomo Kenyatta, leader d’un mouvement nationaliste kenyan, menaça les Britanniques d’expulser les colons s’ils cédaient une partie du territoire à la Somalie. La Grande-Bretagne décida donc de ne pas tenir compte du référendum et aujourd’hui encore, une importante communauté de Somalis vit au Kenya. Il faut bien comprendre que ces frontières coloniales ont été une véritable catastrophe pour la Somalie. Cette question avait d’ailleurs fait l’objet d’un débat important sur le continent africain.

Quel était l’enjeu de ce débat ?

Dans les années soixante, alors que de nombreux pays africains étaient devenus indépendants, un débat opposa ceux qu’on appelait les groupes de Monrovia et de Casablanca. Ce dernier, comportant entre autres le Maroc et la Somalie, souhaitait qu’on rediscute les frontières héritées du colonialisme. Elles n’avaient aucune légitimité à leurs yeux. Mais la plupart des pays africains et leurs frontières sont le produit du colonialisme. Finalement, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union Africaine, mit un terme au débat en décrétant que les frontières sont indiscutables : revenir sur ces délimitations provoquerait des guerres civiles partout sur le continent. Plus tard, l’un des architectes de l’OUA, le Tanzanien Julius Nyerere, confessa que cette décision était la meilleure mais qu’il la regrettait pour le cas somalien.

Quel sera l’impact de ces divisions coloniales sur la Somalie ?

Elles vont créer des tensions avec les pays voisins. Durant ces années où la Somalie réclamait la révision des frontières, l’Ethiopie était devenue un bastion de l’impérialisme des Etats-Unis, qui tenaient également des bases militaires au Kenya et en Erythrée. C’est alors que la Somalie, jeune démocratie pastorale, émit le désir de bâtir sa propre armée. Le but était de ne pas être trop faible face aux voisins armés, de soutenir les mouvements somalis en Ethiopie voire même de récupérer par la force certains territoires. Mais les puissances occidentales s’opposèrent à la création d’une armée somalienne.

Donc, la Somalie entretenait des relations tendues avec ses voisins. N’était-il pas raisonnable de s’opposer à ce projet d’armée somalienne ? Cela aurait provoqué des guerres, non ?

Ce qui préoccupait l’Occident, ce n’était pas les conflits entre pays africains mais ses propres intérêts. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne équipaient et formaient des militaires en Ethiopie, au Kenya et en Erythrée. Des pays qui vivaient encore sous le joug de systèmes féodaux très oppressifs. Mais c’était des régimes néocoloniaux dévoués aux intérêts des Occidentaux. En Somalie, par contre, le pouvoir en place était plus démocratique et indépendant. L’Occident n’avait donc pas d’intérêt à armer un pays qui pouvait échapper à son contrôle.

En conséquence, la Somalie décida de se tourner vers l’Union Soviétique. Cela inquiéta hautement les puissances occidentales qui redoutaient que l’influence de l’URSS s’étende en Afrique. Ces craintes vont s’accentuer avec le coup d’Etat de 1969.

C’est-à-dire ?

Des idées socialistes s’étaient répandues dans le pays. En effet, une importante communauté somalienne vivait à Aden dans le Sud du Yémen. Or, c’est dans cette ville que la Grande-Bretagne avait pris pour habitude d’envoyer en exil toutes les personnes qu’elle considérait comme dangereuses en Inde : communistes, nationalistes, etc. Ils étaient tous arrêtés et envoyés à Aden où se développèrent rapidement des idées nationalistes et révolutionnaires qui affecteront plus tard les Yéménites mais aussi les Somaliens. Sous l’impulsion de civils aux idées marxistes, un coup d’Etat fut organisé en 1969 par les militaires et Siad Barré prit le pouvoir en Somalie.

Quelles étaient les raisons de ce coup d’Etat ?

Le gouvernement somalien était corrompu. Il avait pourtant tous les ingrédients en mains pour ériger le pays au rang de grande puissance de la région : une position stratégique, une seule langue, une seule religion et d’autres éléments culturels communs. Ce qui est plutôt rare en Afrique. Mais en ratant le développement économique du pays, ce gouvernement a créé un climat favorable à la division entre clans. Sous prétexte de faire de la politique, les élites somaliennes se sont divisées, chacune créant son parti sans véritable programme et en recrutant son électorat selon les clans existants. Cela accentua les divisions et se révéla totalement inefficace. Une démocratie de type libéral n’était en fait pas adaptée à la Somalie : il y avait à un moment 63 partis politiques pour un pays de trois millions d’habitants ! Et le gouvernement n’était même pas capable d’adopter une écriture officielle ce qui créait de sérieux problèmes dans l’administration. Le niveau d’éducation était faible. On établit malgré tout une bureaucratie, une police et une armée. Qui va d’ailleurs jouer un rôle fondamental dans le coup d’Etat progressiste.

« Progressiste » ! Avec l’armée ?

L’armée était la seule institution organisée en Somalie. En tant qu’appareil de répression, elle était supposée protéger le soi-disant gouvernement civil et l’élite. Mais pour de nombreux Somaliens provenant de familles et de régions différentes, l’armée était aussi un lieu de rencontres et d’échanges où il n’y avait pas frontières, pas de tribalisme, pas de divisions claniques… C’est comme cela que les idées marxistes héritées d’Aden vont circuler au sein de l’armée. Le coup d’Etat sera donc mené par des officiers qui étaient avant tout nationalistes et qui, sans avoir de très bonnes connaissances du socialisme, éprouvaient de la sympathie pour ces idées. De plus, ils étaient au courant de ce qui se passait au Vietnam et nourrissaient des sentiments anti-impérialistes. Les civils qui connaissaient bien Marx et Lénine mais qui n’avaient pas de parti politique de masse, appuyèrent le coup d’Etat et devinrent les conseillers des officiers lorsque ceux-ci prirent le pouvoir.

Quel changement apporta le coup d’Etat en Somalie ? 

Un aspect positif important : le nouveau gouvernement adopta rapidement une écriture officielle. De plus, l’Union Soviétique et la Chine aidaient la Somalie. Les étudiants et la population se mobilisaient. L’éducation ainsi que les conditions sociales s’améliorèrent. Les années qui ont suivi le coup d’Etat furent ainsi les meilleures que la Somalie ait jamais connues. Jusqu’en 1977.

Qu’est-ce qui a changé ?

La Somalie, qui avait été divisée par les puissances coloniales, attaqua l’Ethiopie pour récupérer le territoire de l’Ogaden, majoritairement peuplé de Somalis. A cette époque pourtant, l’Ethiopie était elle-même un Etat socialiste soutenu par les Soviétiques. Ce pays avait été longtemps dirigé par l’empereur Sélassié. Mais durant les années septante, la mobilisation était forte pour le renverser. Les mouvements d’étudiants – auxquels j’ai personnellement participé – posaient quatre revendications majeures. Tout d’abord, résoudre les tensions avec l’Erythrée de manière pacifique et démocratique. Deuxièmement, établir une réforme agraire qui distribuerait des terres aux paysans. Troisièmement, établir le principe d’égalité des nationalités : l’Ethiopie était alors un pays multinational dirigé par une élite non représentative de la diversité. Quatrièmement, abolir le système féodal et établir un Etat démocratique. Tout comme en Somalie, l’armée était la seule institution organisée en Ethiopie et les civils s’associèrent aux officiers pour renverser Sélassié en 1974.

Comment se fait-il que deux Etats socialistes soutenus par l’Union Soviétique se soient fait la guerre ?

Après la révolution éthiopienne, une délégation regroupant l’Union Soviétique, Cuba et le Yémen du Sud organisa une table ronde en présence de l’Ethiopie et de la Somalie en vue de résoudre leur différend. Castro se rendit à Adis Abeba et à Mogadiscio. Selon lui, les revendications somaliennes étaient tout à fait justifiées. Finalement, la délégation éthiopienne accepta d’étudier sérieusement la demande de son voisin somalien et les deux pays signèrent un accord stipulant qu’aucun acte de provocation ne serait commis le temps de prendre une décision. Les choses semblaient donc bien parties, mais la Somalie ne respecta pas cet accord…
Deux jours après que la délégation éthiopienne soit retournée au pays, Henry Kissinger, ancien ministre du président Nixon, débarqua à Mogadiscio. Kissinger représentait une organisation officieuse : le Safari Club qui regroupait notamment l’Iran du Chah, le Congo de Mobutu, l’Arabie Saoudite, le Maroc ainsi que les services secrets français et pakistanais. L’objectif de cette organisation était de combattre la prétendue infiltration soviétique dans le Golfe et en Afrique. Sous les pressions et les promesses d’aides du Safari Club, Siad Barré va commettre un désastre, une grave erreur stratégique: attaquer l’Ethiopie.

Quelles seront les conséquences de cette guerre ?

Les Soviétiques quittèrent la région et la Somalie, toujours présidée par Siad Barré, intégra le réseau néocolonial des puissances impérialistes. Le pays avait été sérieusement endommagé par le conflit et la Banque Mondiale et le FMI furent chargés de le « reconstruire ». Ceci allait aggraver les contradictions au sein de la bourgeoisie somalienne. Chacune des élites régionales voulant posséder son propre marché. Elles ont accentué les divisions entre clans et contribué à la dislocation progressive du pays jusqu’à la chute de Siad Barré en 1990. Depuis, aucun chef d’Etat ne lui a succédé.

Mais, trente ans après la guerre de l’Ogaden, le scénario va s’inverser : l’Ethiopie sera appuyée par les Etats-Unis pour attaquer la Somalie…

Oui, comme je l’ai dit, depuis l’échec de l’Opération Restore Hope, les Etats-Unis préfèrent maintenir la Somalie dans le chaos. Cependant, en 2006, un mouvement spontané se développa sous la bannière des tribunaux islamiques pour combattre les seigneurs de guerre locaux et ramener l’unité dans le pays. C’était une sorte d’intifada. Pour empêcher ce mouvement de reconstruire la Somalie, les Etats-Unis décidèrent brusquement de soutenir le gouvernement de transition somalien qu’ils  n’avaient jamais voulu reconnaître. En fait, ils se rendirent compte que leur projet d’une Somalie sans Etat effectif n’était plus possible et qu’un mouvement était sur le point d’aboutir à une réconciliation du pays, islamique qui plus est ! Dans le but de saboter l’unité somalienne, ils décidèrent donc d’appuyer ce gouvernement de transition. Mais comme celui-ci ne disposait ni d’une base sociale, ni d’une armée, ce furent les troupes éthiopiennes commandées par Washington qui attaquèrent Mogadiscio pour faire tomber les tribunaux islamiques.

Ca a marché ?

Non, l’armée éthiopienne a été défaite et a dû quitter la Somalie. De leurs côtés, les tribunaux islamiques se sont dispersés en divers mouvements qui aujourd’hui encore, contrôlent une bonne partie du pays. Quant au gouvernement de transition d’Abdullah Yussuf, il s’est effondré et les Etats-Unis l’ont remplacé par Sheik Sharrif, l’ancien porte-parole des tribunaux islamiques.

Sheik Sharrif est donc passé dans « l’autre camp » ?

Il occupait la fonction de porte-parole des tribunaux islamiques, car c’est un bon orateur. Mais il n’a pas de connaissances politiques. Il n’a aucune idée de ce qu’est l’impérialisme ou le nationalisme. C’est pour ça que les puissances occidentales l’ont récupéré. C’était le maillon faible des tribunaux islamiques. Il préside aujourd’hui un faux gouvernement, créé à Djibouti. Qui n’a aucune base sociale ni autorité en Somalie. Il existe seulement sur la scène internationale parce que les puissances impérialistes le soutiennent.

En Afghanistan, les Etats-Unis se disent prêts à négocier avec des talibans. Pourquoi ne cherchent-ils pas à dialoguer avec les groupes islamiques en Somalie ?

Parce que ces groupes veulent renverser l’occupant étranger et permettre une réconciliation nationale du peuple somalien. Du coup, les Etats-Unis veulent briser ces groupes, car une réconciliation – que ce soit à travers les mouvements islamiques ou à travers le gouvernement de transition – n’est pas dans l’intérêt des forces impérialistes. Elles veulent juste le chaos. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ce chaos s’étend aussi à l’Ethiopie, très faible depuis l’agression de 2007. Un mouvement de résistance nationale y a vu le jour en lutte contre le gouvernement pro-impérialiste d’Addis Abeba. Avec leur théorie du chaos, les Etats-Unis ont en fait créé des problèmes dans toute la région. Et maintenant, ils s’en prennent à l’Erythrée.

Pourquoi?

Ce petit pays mène une politique nationale indépendante. L’Erythrée a aussi une vision pour toute la région : la corne de l’Afrique (Somalie, Djibouti, Ethiopie, Erythrée) n’a pas besoin de l’ingérence des puissances étrangères, ses richesses doivent lui permettre d’établir de nouvelles relations économiques basées sur un respect mutuel. Pour l’Erythrée, cette région doit se prendre en mains et ses membres doivent pouvoir discuter de leurs problèmes. Bien évidemment, cette politique effraie les Etats-Unis qui craignent que d’autres pays suivent cet exemple. Alors, ils accusent l’Erythrée d’envoyer des armes en Somalie et de fomenter des troubles en Ethiopie.

Selon vous, l’Erythrée n’envoie pas d’armes en Somalie ?

Pas même une cartouche ! C’est de la pure propagande, comme celle qu’on mena contre la Syrie à propos de la résistance irakienne. La vision de l’Erythrée rejoint le projet de révolution de l’Océan Indien que nous évoquions plus haut. Les puissances occidentales n’en veulent pas et souhaitent ramener l’Erythrée dans le cercle des Etats néocoloniaux sous contrôle, tels que le Kenya, l’Ethiopie ou l‘Ouganda.

N’y a-t-il pas de terroristes en Somalie ?

Les puissances impériales présentent toujours comme terroristes les peuples qui luttent pour leurs droits. Les Irlandais étaient des terroristes jusqu’à ce qu’ils signent un accord. Abbas était un terroriste. Maintenant, c’est un ami.

On parle pourtant d’une présence d’Al Qaeda ?

Al Qaeda est partout, de la Belgique à l’Australie ! Cet Al Qaeda invisible est un logo destiné à justifier auprès de l’opinion publique des opérations militaires. Si les Etats-Unis disaient à leurs citoyens et soldats : « Nous allons envoyer nos troupes dans l’Océan Indien pour éventuellement combattre la Chine », les gens auraient peur bien entendu. Mais s’ils disent qu’il s’agit de combattre des pirates et Al Qaeda, cela ne pose pas de problèmes. En réalité, le véritable objectif est tout autre. Il consiste à installer des forces dans la région de l’Océan Indien qui sera le théâtre de conflits majeurs des années à venir. C’est ce que nous analyserons dans le chapitre suivant…

INTERVIEW DE MOHAMED HASSAN

PAR GREGOIRE LALIEU & MICHEL COLLON

Destruction de monuments de la ville d’Abidjan : Quand la superstition prend le pouvoir en Côte d’Ivoire

Tous les monuments édifiés par le régime Gbagbo dans le district d’Abidjan ne sont plus qu’un souvenir.

Adieu le baiser  des éléphants avec des trompes croisées à l’entrée ou à la sortie (c’est selon) de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouet ! Adieu le barrissement de deux autres éléphants entre le Tribunal de première instance et la Cathédrale Saint-Paul du Plateau ! Ces chefs-d’œuvre emblématiques de l’histoire générale de la Côte d’Ivoire parmi tant d’autres à caractère spécifiquement ethnosociologique ou religieux dont la statue Saint-Jean de Cocody, sont  désormais classés au nombre des les énormes pertes causées par la guerre post-présidentielle du 28 novembre 2010. En effet, ces monuments refondateurs qui contribuaient à faire la fierté d’Abidjan, au-delà de leur symbolique, ont eu le malheur d’avoir été construits dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, de 2000 à 2010, sous les 10 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo émaillés  de plus de 8 années de rébellion armée sans précédent.

Superstition oblige ! Les combattants du nouveau président ivoirien Alassane Ouattara pour qui le diable se cache partout, dans la guerre d’Abidjan ayant atteint son point le plus horrible en avril 2011, y ont vu une citadelle dans leur rage d’arracher le pouvoir à Laurent Gbagbo. Comme dans un mythe ou légende  digne d’Afrique, leurs voyants dont ils sollicitèrent les services, leur ont révélé que ces réalisations cacheraient un des piliers mystiques sur lesquels reposeraient le  pouvoir de Laurent Gbagbo. Et qu’il fallait par tous les moyens les annihiler  pour anéantir l’ancien chef de l’Etat. Ainsi, on a parlé des sarcophages ou cadavres d’êtres humains  ensevelis sous ces réalisations, à l’instar de celle élevée au carrefour grouillant de Yopougon-SIPOREX à laquelle ils ont affecté 18 corps. Mais partout où ces nihilistes déchaînés ont creusé sans battre les paupières avec des Caterpillar et autres engins, ils n’ont jamais sorti du sol le moindre margouillat ni ver de terre. Le problème c’est qu’ils n’ont pas eu le courage de commenter leur grande honte aux yeux des médias de leur camp et du monde qu’ils avaient mis en alerte maximum, a tel point qu’ils bandaient déjà à l’idée de décrocher les  scoops les plus insolites du siècle. Et tous étaient déçus d’eux-mêmes. Alors, tous, ils devraient apprendre à se méfier de toutes leurs certitudes et croyances absurdes dans un pays moderne comme  la Côte d’Ivoire à la recherche d’une voie scientifique de développement durable.

Où sont donc passés les fameux corps des monuments de Gbagbo ? C’est une des questions sans réponse qui demeure sur toutes les lèvres et qui atteste que Laurent Gbagbo reste un mythe contemporain. Car ses détracteurs sont loin d’avoir fini de l’accabler de ce qu’il n’a même jamais eu la force d’imaginer en vue de le faire disparaître de l’Histoire de la Côte d’Ivoire. Imaginez-vous, si l’on allait de nihilisme en nihilisme, que resterait-il de ce pays où aucun président n’a été  presque parfait ?  Mais dont Laurent Gbagbo, durant son mandat, a honoré et sauvé, ce qu’il y avait  à faire dans l’intérêt supérieur de la jeune nation. Et ce n’est pas son plus grand adversaire Houphouët, depuis sa tombe, qui se retournera. Que n’a-t-on pas entendu en effet à propos de ses crocodiles des lacs artificiels  de  sa ville natale de Yamoussoukro et les légendes des plus angoissantes aux plus mystiques qui entourent encore leur existence !

Et pourtant, à sa prise de pouvoir, Laurent Gbagbo n’a jamais songé à massacrer ces animaux. Parce qu’il n’ignore pas leur valeur touristique et historique, ainsi que celle de leur père, il s’est gardé de les offrir à manger et de vendre leur peau prisée sous prétexte que, comme cela se raconte, ils aidaient en réalité à consolider le président Houphouët dans son fauteuil à travers un rituel sacrificiel qu’il leur consacrait.

On croyait cette leçon de Gbagbo à ces successeurs pigée et à suivre. Hélas, la passion de certains a pris le dessus sur la raison. De quoi amener les Ivoiriens à se demander encore ce que les nouveaux dirigeants du pays proposeront à la place de ce qu’ils ont détruit  pour remettre à Abidjan ce qui était Abidjan ces dix dernières années pour un bonheur touristique. Ainsi ce que l’on reprochait à Abidjan de ne pas avoir, comme dans les grandes villes du monde parées de monuments aux sens aussi variés que divers, voilà que le « Petit Manhattan » l’a perdu !

 Requiem pour l’honneur perdu de la deuxième ville la plus peuplée de l’Afrique de l’Ouest, après Lagos, au Nigéria. Que les monuments refondateurs d’Abidjan reposent en paix !

 Schadé Adédé, notre voie

Dr Gary K Busch : Ouattara est un esclave moitié-moitié libre

Il était intéressant de voir l’investiture de Ouattara en tant que Président de la Côte d’Ivoire au milieu de ses partisans français, ceux des Nations Unies, les bouchers et assassins de ses forces armées. Cela m’a rappelé le vieux proverbe Igbo « Umunna Ikwikwi Ahuru nyuru si Ya Ya kwere egwu, ha si ya tufia anghi ekwere IHE Ojoo egwu” « Un hibou péta et demanda à être loué par ses parents, ils se moquaient de lui et lui dirent qu’il n’était pas l’ayant droit à la danse de l’abomination”. Le spectacle entier était une abomination.

Ce nouveau président de la Côte d’Ivoire, un ressortissant de nationalité Burkinabé, a été installé dans son siège par une campagne meurtrière de la violence contre une population civile désarmée en grande partie par l’armée française, l’ONU, une bande de policiers Nigérian connu sur le nom de “Kill and Go” et les rebelles, “dozos et des mercenaires” recrutés dans le but de tuer les Ivoiriens fidèles au président Gbagbo. Ils sont descendus dans une orgie de viols, d’assassinat, de pillage et destruction sans motif des bâtiments du gouvernement et des commerces privés. Les «rebelles» ont détruit presque tous les bâtiments du gouvernement, ils ont détruit presque tous les documents publics; ils ont détruit toutes les universités et la plupart des écoles, et ils allèrent dans une frénésie de pillage et ces attaques ont fait près de 2.000 étudiants morts en l’espace d’une semaine. A l’intérieur du pays, ces rebelles arrêtaient les cars et les voitures de personnes fuyant le carnage. Si les gens étaient Guéré, Bété ou tout groupe qui ne pouvaient pas comprendre ou parler le dioula ou le malinké (les principales langues du Nord), ils sont fusillés sur place. Cela atteint son paroxysme à Duékoué où près de 800 personnes avaient été massacrés dans les tout début.

A Abidjan, dans des endroits comme Yopougon le massacre continu contre d’anciens membres des forces restées loyales à Gbagbo et les politiciens qui lui sont fidèles, sont rassemblés par les rebelles, puis tué sur le coup ou détenu pendant un certain temps dans les prisons. Le blâme est placé sur “anonymement” des mercenaires libériens, pour justifier leur crime. Il s’agit là d’une fiction complète car les mercenaires libériens ont pris leur butin volé, pris possession de toutes les voitures gouvernementales et camions, et sont rentrés chez eux au Libéria il y a des semaines de cela.

Ainsi donc, la «communauté internationale» a soutenu la réinstauration de l’état colonial français dans le pays et a offert un soutien et assistance à Ouattara. Ils ont refusé l’entrée des avocats français de Gbagbo et, avec un toupet incroyable, ils ont entamé des procédures judiciaires contre Gbagbo pour “crimes de guerre”. L’utilisation, par les Nations Unies et les Français d’hélicoptères de combat russes dans leur façon de dynamitage de la résidence de Gbagbo a été précédé par des jours de bombardement à travers Abidjan où des milliers de civils innocents ont été tués ou blessés par les balles et les missiles lancés à partir de ces hélicoptères de combat. Ces hélicoptères de combat sont déployés à une distance d’environ 2 km de leur cible. Les Mi24 et Gazelles ont pilonné des zones civiles. Ces hélicoptères de combat ne sont pas précisément des armes à ciblage exacte. Il y a une dispersion d’au moins 15% de toutes les armes de chaque côté. Rien n’est guidé avec ces types d’appareils. Cela signifie que si vous tirez à 2km, vous avez un écart de 300 m au moins (environ 150 mètres de chaque côté de la cible dans une zone urbaine;.. qui couvre une large bande de civils innocents. Les Français et l’ONU le savait, mais cela n’a fait aucune différence pour eux. Ils ont maintenant latitude d’accuser les troupes de Gbagbo de crimes de guerre. Les ONG internationales ne sont pas non plus mieux.

Pour être juste, la bagarre sanglante lancée par les rebelles et les Nations unies après le deuxième tour de l’élection présidentielle contesté en Décembre 2010 et la déclaration précipitée et erronée que Ouattara avait gagné n’était pas l’origine du conflit. Le plan avait déjà été établi en 2002 avec le petit groupe de soldats mutins de Guéi mécontents avec le soutien des Français. Cela a eu pour effet de diviser le pays en deux. Cette partition a survécu jusqu’à l’Accord de Ouagadougou, quand les rebelles de nouveau ont accepté de désarmer et l’ONU a envoyé des casques bleus musulmans du Pakistan, du Maroc, de la Jordanie, du Bangladesh, etc pour promouvoir la neutralité et la paix dans ce qui est devenu conflit à la fois religieux et politique.

Sans entrer dans l’histoire de la Côte d’Ivoire et de ses pourparlers de paix et d’accords, certains éléments clés peuvent être vus. Le point le plus saillant est que depuis le début il y a eu un accord par les parties en compétition en Côte d’Ivoire et aussi que l’ONU devrait désarmer les rebelles. Malgré au moins cinq accords cela n’est jamais arrivé et l’ONU n’a jamais appliqué cela, ni même forcer les rebelles à cela. Les élections de 2005 ont été reportées par l’ONU au motif qu’il ne pouvait y avoir une élection juste sans le désarmement. Pourquoi l’ONU n’a jamais imposé ses propres conventions, jugements et obligations car cela serait une leçon de pointe. La «communauté internationale» appuyé par l’ONU essayait d’éviter de prendre ses responsabilités. Comme l’Etat français étaient en train de planifier son coup de force et d’attaques contre les forces de Gbagbo personne n’avait la moindre des attentes ce côté-là, mais l’inertie de l’ONU a laissé perplexes de nombreux observateurs.

Le second élément en jeu est la trahison du PDCI et du RDR. Les deux parties ont été légalement partie prenante du gouvernement Gbagbo et obligé, en vertu de la Constitution de lutter contre les rebelles. Les deux traîtreusement les ont soutenus à la place. Ils ont pris les sièges du Cabinet avec les rebelles dans les gouvernements de coalition forcé sur la Côte d’Ivoire. Un gouvernement plus confiant et confident aurait mis aux arrêts Ouattara et Bédié et les inculper pour trahison au lieu de les récompenser. Le meilleur précédent pour cela est le fameux discours d’Abraham Lincoln en 1858 qui reflète la situation Côte-d’Ivoire, «Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister. Je crois que ce gouvernement ne peut pas supporter, de façon permanente, esclave moitié-moitié libre. Je ne m’attends pas à ce que l’Union soit dissoute- Je ne m’attends pas à ce que la maison tombe (faillisse) – mais je m’attends à ce qu’il cesse d’être divisé. Le tout deviendra une chose ou l’autre». Les Ivoiriens manquent une telle vision et leurs maîtres coloniaux font en sorte que cela ne puisse arriver.

En tout état de cause, que peut-on attendre d’un gouvernement Ouattara? Il n’y a aucune chance qu’il y ait une réconciliation pour les meurtres et la destruction délibérée par ceux qui l’ont soutenu. Il y aura un ressentiment farouche sur le rôle de la communauté internationale et une durable hostilité ethnique. Il y a beaucoup de soldats de Gbagbo encore dans le pays et nombreux sont ceux qui seront de retour en provenance du Ghana et du Libéria. Leur temps viendra.

Alors que la chouette continue à péter, il ne saura jamais convaincre quiconque qu’il n’est pas toujours une abomination.

Dr. Gary K. Busch

La rebellion d’Alassane finance le terrorisme international

La poursuite de l’exploitation illicite des mines de diamants dans la zone Nord de la Côte d’Ivoire inquiète la communauté internationale, en particulier les Etats-Unis qui soupçonnent la filière de financer le groupe terroriste AQMI (Al-Qaeda au Maghreb islamique) En dépit de l’installation du président Alassane Ouattara (ADO) au pouvoir à Abidjan le mois dernier, le Nord du pays demeure toujours sous contrôle des ex-rebelles. Au cœur des inquiétudes, les quatre sites miniers de Bobi,Diarabala, Séguéla et Tortiya et la présence permanente sur place de personnes liées à des émirs d’AQMI. Pour mieux comprendre les flux du commerce des pierres, le gouvernement américain a récemment dépêché des agents de la CIA sur le terrain. Ceux-ci ont tenté de vérifier la traçabilité des quelque 300 000 carats produits chaque année localement et qui génèrent des recettes de l’ordre de 25 millions de dollars. Le business est essentiellement contrôlé par les seigneurs de guerre Issiaka Ouattara (alias « Wattao ») et Hervé Touré (alias « Vetcho ») et la production transite principalement par le Mali et la Guinée avant de se retrouver sur le marché international à Tel-Aviv.

Cette situation entraîne un manque à gagner important pour l’opérateur minier national, la Société pour le développement minier (Sodemi), toujours « persona non grata » sur les quatre sites miniers du Nord. Surtout, elle met « ADO » dans l’embarras. Si bien que, selon nos sources, ce dernier a donné des instructions fermes à son premier ministre, patron des ex-rebelles,Guillaume Soro, afin de mettre fin à l’exploitation illicite des diamants par ses hommes.

(Africaintelligence)

Interview Gadji Céli, Pca du Burida : ‘’Voici mes conditions pour rentrer au pays’’

Gadji Céli, Pca du Burida

Suite à la crise postélectorale ivoirienne, de nombreux artistes ont quitté la Côte d’Ivoire pour trouver refuge dans les pays limitrophes. Joint au téléphone le lundi 30 mai 2011 depuis son exil forcé qui l’a conduit successivement au Bénin puis au Ghana, Gadji Céli, Président du Conseil d’Administration (PCA) du Burida crache ses vérités et répond aux préoccupations des uns et des autres.

M. le PCA Gadji Céli, le vendredi 20 mai dernier, le personnel du Burida a failli débrayer parce qu’il leur a été communiqué que depuis Accra vous avez exigé à M. Guédé Sauret le directeur des affaires administratives et financières (DAF) de ne pas payer les salaires. Que cache cette décision ?

Chacun a envie de parler sinon ce n’est pas ce que j’ai dit. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Le Directeur Général du Burida (Ndlr ; Michel Baroan) était malade. On m’a fait savoir que nous venions de recevoir un chèque de l’Onuci. J’ai mis à Abidjan deux intérimaires que sont Coulibaly Adama et Ahmed Souaney par rapport à la situation qui a prévalu. Comme ce sont les deux administrateurs, j’ai préféré me faire représenter par eux. En attendant la situation de mon retour. On m’a dit qu’ils ont reçu l’argent. Le DAF a montré le chèque aux employés. Donc, n’arrivant pas à joindre le Directeur Général qui était hospitalisé, j’ai donc appelé le DAF pour lui demander de dire au directeur général de s’arranger s’il va mieux, de tenir une réunion avec les représentants actuels, quelques membres du conseil d’administration et le bureau de la direction pour que tout le monde sache la décision à prendre sur les entrées que le Burida a pu avoir pendant la période de crise. Vous savez au Burida, il y a tellement de bruits. Tout le monde pense qu’il a le droit de parler. Chacun dit ce qu’il a envie de dire. Et comme la presse est à la recherche du scoop, elle fait parler presque tout le monde. Ça devient une cacophonie. Dès que quelqu’un vient vous soumettre un dossier sur le Burida, même s’il n’est pas habileté à parler, vous le faites parler. J’ai demandé qu’avant le paiement des chèques, tout ce corps que j’ai cité un peu plus haut se retrouve et qu’il décide ensemble de la répartition de ce qui a été collecté dans cette situation de crise postélectorale. Parce qu’au Burida, il n’y a pas que les employés à payer. Il y a aussi les droits d’auteurs des artistes à payer. Quand on touche de l’argent comme, c’est le cas, il y a des droits d’auteurs des artistes à payer. En dehors des droits d’auteurs des artistes, il y a aussi les fournitures, les charges fixes, etc. Donc beaucoup de choses à faire. Pour que les percepteurs aillent sur le terrain pour collecter les fonds, il faut payer le carburant pour leurs véhicules, pour qu’ils aillent travailler. Ce sont là des charges fixes. Quand l’argent arrive, pour ne pas que demain ça soit comme l’argent de l’Onuci qu’on avait touché il y a très longtemps et qui a fait du bruit – on ne sait pas trop pourquoi – j’ai alors demandé qu’il y ait cette réunion avant de libérer les chèques. De cette façon, tout le monde saura ce à quoi l’argent va servir. Est-ce mauvais ? Voici tout ce que j’ai dit.

Est-ce que vous êtes en droit après que vous ayez commis des intérimaires de commanditer une telle consigne?

La situation est spéciale. J’entends par-ci et par-là qu’on veut faire la grève. Alors qu’on sait bien que pendant quatre ou cinq mois, on n’a pas travaillé en Côte d’Ivoire. C’est la mauvaise foi qui entraîne les gens à vouloir faire la grève. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ! C’est parce que la situation n’était pas normale, depuis le début de ce mois (Ndlr ; mai) que j’ai demandé que tout le monde soit présent pour savoir de quoi il s’agit. C’est tout ! Quand vous me demandez si cette décision devrait venir de moi, c’est-à-dire que vous préférez que le directeur fasse ce qu’il a à faire. C’est normal ! Mais quand le directeur général fait ce qu’il a à faire, il y a du bruit dans les couloirs. On dit : «On a volé l’argent. On a fait ceci ou on a fait cela ». C’est pourquoi, je lui ai dit : « Appelez tout le monde avant de faire la répartition». Cela revient au même, ce n’est pas une décision pour bloquer les salaires. C’est une décision pour que tout le monde soit éclairé sur l’affaire.

En procédant ainsi, n’est-ce pas faire le travail du DG à sa place?

Pourquoi voulez-vous que je fasse le travail du DG à sa place ? Il fait son travail. Le DG voulait signer les chèques sans qu’il n’ait eu une réunion avec les administrateurs. Je lui ai dit : «Faites la réunion avant de signer les chèques». Je suis tout de même le président, je peux parler avec le DG ! Je peux aussi réunir des collaborateurs pour discuter sur certains points qui lient les employés et le conseil d’administration ! Le travail du DG est de signer les chèques pour payer les salaires des gens. Je peux dire : «réunissez-vous, entendez-vous sur comment vous allez faire pour payer les salaires des gens». Puisque c’est une situation exceptionnelle et on doit plusieurs mois de salaires aux employés et aux artistes. Mais à partir du moment où il y a des grognes dans cette structure, je suis interpellé. Donc, à partir de cet instant, je peux donc intervenir sur certains faits.

Quand est-ce que les agents du Burida pourront percevoir leurs salaires ?

Les agents ont commencé déjà à être payés. Il était question qu’on réunisse les gens et qu’on s’entende sur le mode de paiement. Qui doit être payé dans cette période ? Qui doit attendre ? Est-ce les fournisseurs ? A partir du moment où le DG est malade, on peut essayer de le suppléer. Ne pensez pas qu’on veut prendre sa place. Il fait très bien son travail et je voulais tout simplement que les gens s’asseyent autour d’une table pour discuter pour ne pas qu’il y ait des dissensions.

Vous en parlez tantôt, il y a un an, l’Onuci avait octroyé de l’argent au Burida qui a fait du bruit. Que devient cet argent ?

Mais pourquoi voulez-vous que je vous parle d’une somme d’argent qui nous a été donnée il y a un an ? Ce sont des choses qu’on gère au quotidien. Le DG gère les affaires au quotidien. Ce n’est même pas normal que le DG montre au personnel l’argent qui est rentré. La structure vit et nous ne sommes pas une structure comme les autres. Le Burida n’est pas une structure comme la RTI. Le Burida est une structure spéciale. Parce que dans les structures quand il y a une entrée d’argent, on paye et les employés et les charges fixes. Mais, au Burida quand l’argent rentre, quand on a payé les employés, quand on a résolu la question des charges fixes, il faut maintenant payer les artistes. Vous comprenez que ce n’est pas la même chose. Le Burida est une structure pas comme les autres. Si vous parlez de l’argent de l’Onuci, il faut aussi parler de l’argent des maquis et autres. C’est aussi de l’argent qui rentre.

Qu’en est-il des droits d’auteurs aujourd’hui ?

Seul le directeur général peut vous répondre. La liste de tous les artistes qui ont été payés se trouve au Burida. Tous ceux qui touchent de l’argent émargent. Je suis surpris de savoir que les gens parlent de grève ! Avant l’élection présidentielle, il y a eu deux mois de délestage, pendant lesquels on n’a pas fait les recettes qu’il fallait. Nous ne faisons pas de bénéfices. On encaisse le jour le jour. Avant les élections, on a eu un retard. On voulait le rattraper en décembre (Ndlr ; 2010) parce que ce mois a toujours été notre mois phare. C’est en décembre qu’on fait nos plus grands chiffres. Le Directeur Général s’apprêtait donc à mettre en place une stratégie pour faire le maximum en novembre et décembre. Alors on avait un seul mois de retard qu’on allait rattraper en décembre. Le mois de décembre dernier, on a fait pratiquement cent quarante-deux millions (142.000.000 Fcfa) de recettes. Malheureusement, il y a eu des problèmes d’élections en Côte d’Ivoire. Et tout était bloqué. C’est pour cette raison que le mois de retard que nous avons accusé est resté. Cela fait quatre mois de retard. Pour ça j’entends dire : «on doit beaucoup d’argent. Il a volé l’argent». Il faut arrêter tout ça. Depuis qu’on a commencé au Burida, on a payé les salaires jusqu’à ce que le délestage vienne nous faire un décalage. Non seulement on a payé les salaires mais aussi les droits d’auteurs des artistes. Tout cela est dans les fichiers des ordinateurs au Burida. Celui qui a envie de savoir se rende là-bas. On lui fera le point.

En demandant qu’il y ait une réunion, ne pensez-vous pas que vous jetez votre collaborateur en pâture parce que des agents réclameraient sa tête ?

Pourquoi les gens demandent la démission du Directeur Général (Ndlr ; Michel Baroan) ? Ce dernier, dès qu’il est arrivé, a déjà perçu de l’argent de la part de l’Onuci. Quand il n’était pas là, il n’y avait pas d’argent. On a demandé aux employés d’aller travailler sur le terrain pour ramener de l’argent et être payés. On n’a pas vu l’argent. Ceux qui viennent vous parler, il faut leur demander s’ils travaillent à faire entrer de l’argent au Burida. Parce que leur mission est de travailler pour faire entrer de l’argent. Pour qu’on paye les artistes et verser leurs salaires. S’ils font entrer de l’argent, on va les payer ! Même dans le mois de décembre (Ndlr ; 2010), janvier et février, le DG a dit : « Tout l’argent que vous allez faire entrer, c’est à vous qu’on va le reverser. On a suspendu pour le moment le paiement des droits d’auteurs des artistes. Parce que la plupart des artistes étaient sortis du pays. Pendant cette période où tout était fermé, personne d’autre ne pouvait venir se plaindre.
Pourquoi forcent-ils le DG à partir ? Le DG n’a pas dit qu’il ne les paie pas. Même quand le DG finit de les payer, ils vont dehors dire qu’on leur doit de l’argent. Donc, j’ai demandé qu’ils s’asseyent pour parler de la répartition de cet argent (Ndlr ; droit d’auteur versé par l’Onuci le 23 mai 2011) pour que tout le monde soit au même niveau d’information. Pourquoi sont-ils fâchés contre lui ?

Aujourd’hui, dans la destruction des symboles de l’ancien régime, la ‘’Sorbonne au Plateau’’, l’un des bastions de la commercialisation des Cd piratés a été détruite. Quel est votre regard sur cet état de fait ?

Je suis au firmament du combat de la lutte contre la piraterie. Dire qu’un acte de cette portée vient éradiquer ce fléau, ça ne peut que me faire plaisir ! Maintenant, il faut que la piraterie disparaisse en Côte d’Ivoire.

Quelle lecture faites-vous de l’actualité sociopolitique en Côte d’Ivoire depuis le Ghana ?

Je ne suis pas en Côte d’Ivoire ! Je ne sais pas comment ça se passe. Mais, je crois savoir qu’on parle plus de réconciliation et j’ai déjà pris contact avec Tiken Jah. Qui déborde de sagesse et qui a un discours réconciliateur. Je pense que les autres artistes feraient mieux de suivre la voie que Tiken Jah a choisie. Pour qu’on se retrouve tous pour ramener la paix dans notre pays.

Tiken Jah a pris le taureau par les cornes en se lançant à fond dans la réconciliation nationale. Qu’en pensez-vous exactement ?

Je pense que c’est une bonne chose. Je l’encourage. De toutes les façons, Tiken Jah n’a jamais trahi ce que nous avons pensé de lui. J’ai donné mon accord à mon frère (Ndlr ; Tiken). Parce que nous les artistes, notre rôle premier c’est d’amener les gens à s’entendre. C’est d’amener notre pays à éclore et non de diviser les gens. C’est en cela que je le félicite et je salue aussi Fadal Dey (Ndlr ; à Bamako et administrateur au Burida) qui m’appelle souvent pour qu’on en discute.

Est-ce à dire que vous reconnaissez la responsabilité des artistes ivoiriens dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire ?

Oui ! Sans les artistes beaucoup des choses ne se feraient pas. En Côte d’Ivoire, les artistes ont joué un très grand rôle pour ramener un tant soit peu la paix. Je pense qu’il faut s’appuyer sur le monde artistique pour gagner les cœurs meurtris des Ivoiriens.

Vous dites avoir donné votre position sur le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire à l’artiste Tiken Jah. Quelle est la quintessence de ce message ?

Le discours de Tiken Jah est rassembleur et réconciliateur. Il faut faire attention à ceux qui sont dans une autre logique. Parce que la Côte d’Ivoire doit renaître. Tiken Jah de par ce discours-là a compris et je l’en ai félicité. Il a essayé de joindre pratiquement tous les artistes un peu partout pour leur expliquer sa vision. Je pense que lui et moi sommes en phase.

Si tant est que vous vous inscrivez dans le processus de réconciliation nationale, à quand votre retour sur les bords de la lagune Ebrié ?

Vous savez qu’actuellement je n’ai aucun endroit où déposer mes valises à Abidjan. Je suis en train de voir comment relooker cette maison qui a été totalement mise à sac (Ndlr ; aux II Plateaux). Si je suis dans mon pays et que je dors à l’hôtel, ce n’est pas la peine !

Qu’est-ce qui vous a amené à quitter votre pays ?

Il y a que des gens sont venus s’installer dans ma maison. Ils sont restés longtemps. Les habitants de mon quartier sont là, ils peuvent en témoigner. Depuis, je n’y avais pas accès. J’ai erré un peu partout à Abidjan avant de sortir.

Pourquoi selon vous est-ce votre habitation qui a été ‘’prise en otage’’ ?

Je ne sais pas. Vous n’allez pas demander à toutes les victimes à quoi ces occupations illicites répondent ? J’ai fait le constat que j’étais menacé. Je me suis mis à l’abri pour le moment en attendant que les choses s’arrangent. C’était une décision sage de ma part.

Votre retour est donc conditionné par la réhabilitation de votre domicile. N’est-ce pas ?

Dès que les choses se seront arrangées, je reviendrai au pays.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux nouvelles autorités ivoiriennes ?

Je pense que ces artistes-là sont allés travailler. Parce que la musique ivoirienne s’exporte. Les œuvres ivoiriennes sont regardées à la Télé partout. Et donc, voyant que la situation était un peu difficile en Côte d’Ivoire. Tous les espaces culturels étaient fermés. Il n’y avait plus de ‘’gombo’’. C’est tout à fait normal que les artistes aillent travailler ailleurs. Les artistes qui sont sortis, sont au travail. J’ai entendu dire que les artistes ont fui. Non ! N’utilisez pas ce mot, les artistes sont allés travailler ailleurs.

Quelle adresse pouvez-vous donner à l’attention des employés du Burida ?

Je demande aux agents de comprendre la situation du pays et de savoir qu’ils sont notre priorité. Et quand il y aura une possibilité, c’est à eux qu’on fera signe. Aujourd’hui, il y a une entrée d’argent, on ne parle même pas des droits d’auteurs des artistes. Alors que les employés ont été mis en mission par les artistes. Ce sont les artistes qui ont employé des gens pour collecter leur argent sur le terrain. Maintenant, ce sont les employés qui se plaignent. Je leur demande de mettre balle à terre.

Que répondez-vous aux langues qui soutiennent que vous refusez de payer les salaires pour vous assurer un séjour bohémien à Accra ?

(Rires). Les employés qui disent cela ne connaissent pas l’histoire de la Côte d’Ivoire. Je suis Gadji Céli ! Je ne suis pas un parvenu. Il y a un an que je suis au Burida. J’ai 50 ans d’âge aujourd’hui. Ça fait 49 ans que je vis. Je n’étais pas au Burida pendant 49 ans. Je ne sais pas si les gens du Burida m’ont pris dans les rues en train de mendier.

Quel est alors le quotidien de Gadji Céli en ce moment à Accra ?

Je reçois des Western Union de la part des fans depuis Paris (Ndlr ; France) et ailleurs. Le jour où je reviendrai au pays, je viendrai avec toutes les pièces justificatives. Autant les employés n’ont pas touché leurs salaires, autant moi aussi je n’ai pas touché mon salaire. On est tous dans le même cas. Chacun essaie de vivre comme il peut.

Réalisée par Patrick Krou depuis Accra – Ghana par téléphone pour l’Intelligent