Le Blog de Aymard

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Le Bénin et le message de Deauville

Les grands de ce monde se sont réunis les 26 et 27 Mai 2011 à Deauville en France dans le cadre du Sommet du G8 pour aborder les questions stratégiques pour la vie de la communauté internationale à laquelle nous appartenons tous.

Pour la première fois, trois pays non émergents de l’Afrique de l’Ouest  ont été conviés à ce cercle fermé.  Il s’agit de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry et du Niger. Pour l’observateur averti de la politique internationale, ce geste des dirigeants des grandes puissances n’est pas innocent, ni anodin.  Il constitue un message clair adressé aux pays et dirigeants Africains dans leur ensemble.

De façon plus précise, ce message s’adresse aux dirigeants des pays Africains qui semblent avoir trouvé leur salut dans le passage en force au premier tour des élections présidentielles comme une stratégie de conservation du pouvoir politique. La logique derrière le geste du G8 est à décoder. En dehors de ces trois pays conviés à Deauville, les élections présidentielles qui se sont déroulées dans les autres pays (fin 2010 et début 2011) se sont soldées par un K.O au premier tour.  Qu’il s’agisse du Burkina Faso (Novembre 2010), de la Centrafrique (Février 2011), du Bénin (Mars 2011), du Nigéria (Avril 2011) et du Tchad (Avril 2011), tous les Présidents sortants l’ont emporté au premier tour du scrutin.

Si au Tchad, en Centrafrique et au Burkina Faso, on est coutumier du fait, le cas du Bénin continue de susciter émois et interrogations.  Comment comprendre un tel dénouement dans un pays à sociologie politique aussi composite au point d’avoir pratiquement établi une tradition solide de quatre scrutins âprement discutés  et gagnés au deuxième tour.  Ce qui s’est passé dans notre pays avant et après le 13 Mars 2011 fera date dans les annales de l’histoire du Bénin et de l’Afrique et il serait illusoire de penser que d’un coup de baguette magique, on pourra faire l’impasse là-dessus.

Quand on intègre dans l’analyse de ce processus électoral, le bilan et la performance 2006-2011 du régime qui a été supposément reconduit par les Béninois, on a presqu’envie de se demander si cela vaut encore la peine d’organiser des élections au Bénin. Opposition et mouvance en portent une lourde responsabilité.  La première, par son manque de professionnalisme politique et de vision stratégique.  La seconde pour son refus du dialogue démocratique et de consensus, consciente qu’elle était qu’une élection conduit de façon transparente et dans les règles de l’art allait aboutir à son échec cuisant.

Et c’est à juste titre que la presse internationale s’est engouffrée dans cette brèche pour clouer le Bénin aux pilories.  Ainsi, de nombreux journaux et chaînes de télévision ont marqué sans ambages, leur surprise du dénouement de ce processus électoral bancal,  conduit au forceps en piétinant toutes les règles de l’art y compris les dispositions constitutionnelles en la matière.  Dans une des émissions hebdomadaires intitulées “Afrique Presse” les journalistes conviés sur TV5  ont clairement indiqué que Monsieur Boni Yayi ne pouvait pas être élu au premier tour au Bénin.  Ils avaient apparemment une bonne connaissance de la sociologie et de l’histoire politique de notre pays.  Ils ont surtout fustigé le pardon du Président au peuple le jour du vote.  Est-il normal qu’un Président œuvre inlassablement pour l’exclusion de ses concitoyens du processus du vote et vienne leur présenter des excuses ?  Cela dépasse l’entendement. Il s’agit bien ici du piétinement des droits civiques.

D’autres organes de presse ont également fustigé le hold-up électoral béninois et les résultats qui en sont issus, comme un recul fondamental des acquis de notre démocratie.  En titrant dans sa dernière parution de Mai 2011, « Afrique : A quoi servent les élections ? », le magazine mensuel  Afrique Asie a bien voulu consacrer un article de deux longues pages bien illustrées au Bénin. L’article porte le titre évocateur de Bénin : “ Le phare de la démocratie s’est mis en veilleuse ”.  Le titre n’est pas une interrogation, mais bien une affirmation.

De même, dans sa dernière parution hors-série de Mai 2011, l’hebdomadaire International Indépendant Jeune Afrique a consacré au Bénin, un article au titre significatif :  “Bénin, une présidentielle contestée”.  Ce dernier article décrit abondamment le miracle électoral béninois et le contexte dans lequel il lest intervenu, un contexte marqué par une contre-performance au triple plan politique, économique et social.

Comment donc s’étonner que le Bénin, jadis pays phare de la démocratie en Afrique et admiré comme tel par la France et les Etats-Unis, pour ne citer que ces deux Puissances, ne soit passé sous silence au profit de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Conakry et du Niger.  On me rétorquera que ces trois pays viennent de sortir de situation difficile (crise pré et post-électorale en Côte d’Ivoire, crise politique en Guinée Conakry et Coup d’Etat au Niger).  Mais le symbole de leur invitation à Deauville dépasse ces considérations et penche beaucoup plus vers la qualité du processus électoral qui a, dans chaque pays abouti, après deux tours de scrutin, à l’élection de leaders de qualité pour conduire la destinée de leur peuple.

On a beau gloser sur les intérêts économiques prétendus des puissances occidentales, notamment en Côte d’Ivoire et peut-être au Niger avec l’uranium et en Guinée avec la bauxite.  Mais l’on se doit de reconnaître, honnêteté intellectuelle oblige, que la France et ses alliés de l’Union Européenne et les Etats Unis ont tenu bon sur l’essentiel, à savoir la sauvegarde des principes démocratiques.  Dans le cas de la Côte d’Ivoire qui s’inscrit désormais dans les pages glorieuses de la démocratie en Afrique, les puissances ont voulu délivrer un message clair : On ne peut perdre les élections et s’accrocher impunément au pouvoir.  La malchance du Bénin, c’est qu’en Février-Mars 2011, les pays comme la Côte d’Ivoire et la Lybie étaient une priorité au rang des préoccupations de la communauté internationale par l’ampleur des crises qui s’y déroulaient.  Le cri des béninois, violés dans leurs droits par un pouvoir en perte de vitesse n’a pu porter loin, ni pesé lourd dans ce concert trouble des nations. Hélas !

Qu’il s’agisse du Bénin, de la Centrafrique ou encore du Tchad, le résultat a été le même : le passage en force de dirigeants pour s’accrocher au pouvoir au mépris de la volonté populaire. Ici au Bénin, tous les scenarios ont été soigneusement étudiés et mis en œuvre y compris la cooptation de candidats simulés pour servir de faire valoir au cas où l’opposition prendrait l’option du boycott.  Là-bas en Centrafrique et au Tchad, on a tout fait pour pousser les opposants au boycott et les Princes sont passés au premier tour avec des scores fleuves.

Ce que les dirigeants Africains qui s’adonnent à ce jeu doivent savoir, c’est qu’il y a non seulement l’œil de Caen de leur propre peuple qui les suit et les poursuit.  Mais il y a aussi et surtout l’œil de Caen de la communauté internationale qui les surveille.  Sans aucun doute, des mécanismes sont en place aujourd’hui et partout pour une surveillance des processus démocratiques, comme il en est pour les maladies prioritaires (VIH/SIDA, Paludisme et Tuberculose).

On me rétorquera à nouveau que ce n’est pas la communauté internationale, ni Deauville qui dirige les pays et gouverne les peuples.  Mais dans le village planétaire où nous vivons désormais, rien n’est caché, tout se sait et se voit !

Comme l’a indiqué le dernier numéro d’Afrique Asie, “ce n’est pas parce que l’Union Européenne a tendance à minimiser les fraudes au nom de la stabilisation des régimes “(page 28), qu’on doit fermer les yeux sur ces hold-ups électoraux qui ternissent l’image de l’Afrique et ralentissent l’élan des peuples vers une démocratie de qualité. Petit pays aux ressources limitées, le Bénin qui a amorcé, il y a une vingtaine d’années, sa longue marche vers la démocratie avec assurance, méthode et esprit de sacrifice et d’abnégation, vient malheureusement de tomber dans le panier à crabes des démocraties de façade, par la faute de ceux qui ont le pouvoir en passion, au détriment du respect pour leur peuple et pour leurs institutions.

Que ne fait-on pas faire et dire aux institutions aujourd’hui au Bénin ? Le dernier article du Juriste Serge PRINCE AGBODJAN en dit long sur les manipulations et le degré d’asservissement que les hommes chargés d’animer nos institutions ont atteints.  Et voilà la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry et le Niger à la table et dans la cour des grands.  Pas pour les beaux yeux de leur dirigeant respectif, mais pour ce qu’ils ont accompli de beau et de bien sur le chemin de la quête démocratique. Si ce n’est pas une bénédiction pour leur peuple, cela y ressemble fort bien.

Si seulement ceux qui ont planifié et exécuté le coup d’Etat électoral du 13 Mars pouvaient prendre conscience de leur forfaiture et se repentir, le pays et son peuple y gagneraient beaucoup.

En attendant le tribunal de l’histoire et celui de Dieu, le grand JUSTICIER !!

Armand KPINGLA (Collaboration extérieure)

Porte de Clignancourt

France

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