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BENIN : L’inévitable Boomerang

Olivier ALLOCHEME, Editorialiste- Secrétaire de Rédaction

Les bâilleurs de fonds sont inquiets pour l’économie béninoise. Les mouvements sociaux de ces derniers jours leur donnent raison, avec un retentissement qui ira de mal en pis. L’augmentation de 25% accordée aux agents du ministère des finances sans incidence explicite sur les autres catégories d’agents de la fonction publique,aura réveillé les suspicions et entrainé (comme de juste) le débrayage de mardi et de mercredi dans tous les ministères lésés. Ce type de mouvement va s’amplifier clairement dans les semaines à venir.

Parce que les disparités ainsi créées sont du pain béni pour les syndicalistes. Ils vont en profiter pour mettre en place une agitation sociale que le ministre du développement (devenu premier ministre) croyait pouvoir prévenir en octroyant à la pelle 25% (oui 25%) d’augmentation, d’abord aux agents des finances puis plus tard aux autres fonctionnaires.

Ce fut un compromis brutal et inexplicable, surtout dans un contexte de crise financière à peine résorbée à l’échelle internationale. S’il est possible de jouer tous les jeux sur la scène béninoise, il faut se demander si les bâilleurs de fonds qui supportent chaque année une bonne partie de nos dépenses budgétaires, ne vont pas y trouver une incroyable gabegie.

Parce que précisément la crise financière qui sévit aujourd’hui en Europe contraint ces métropoles à mesurer leurs engagements extérieurs. Et dans ce contexte qui leur est difficile, le Bénin se comporte comme s’il avait une croissance à deux chiffres, alors qu’en la matière notre pays a obtenu des résultats qui restent parmi les plus faibles de la sous-région en 2010.

Il est même curieux que les travailleurs du ministère des finances qui viennent de boucler neuf mois de grève, bénéficient d’une si soudaine embellie sur leur fiche de paie, alors que la grève est une source majeure de baisse du taux d’employabilité. La rationalité économique perd pied dans les hauts calculs de ceux qui ont donné ces cadeaux empoisonnés.

De tous les économistes que j’ai pu consulter sur ce sujet brûlant, aucun n’a semblé imaginer l’application de cette mesure suicidaire. Tous (je dis bien tous) se sont employés à montrer les énormes risques liés à cette mesure sociale, avec une puissance de conviction qui aurait désarçonné Koupaki lui-même.

Certains sont allés loin en indiquant clairement que l’application et surtout la généralisation de cette mesure à toute la fonction publique ne pourrait que provoquer un effondrement de l’Etat, sa faillite finale comme en Grèce ou ailleurs en Europe. Mais à la différence de la Grèce qui reçoit une pluie de milliards sur fond d’austérité sauvage imposée aux fonctionnaires, le petit Bénin risque à terme d’être déclaré Etat failli et placé sous ajustement structurel tout aussi sauvage.

Actuellement, le Bénin a largement dépassé les critères de convergence de l’UEMOA en utilisant déjà 48% de ses recettes fiscales pour les besoins de la fonction publique. Avec les 25% d’augmentation, le pays passera à environ 53%. Au niveau micro, ce sont les entreprises privées qui seront secouées par des mouvements sociaux du fait de leurs personnels qui pourraient exiger les mêmes augmentations, sans prise réelle sur la productivité ni la rentabilité de leurs structures.

Le FMI et la Banque Mondiale de même que l’Union Européenne, en une troublante harmonie, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences inéluctables de cette générosité empoisonnée de l’Etat. Ils l’ont expliqué de vive voix au Chef de l’Etat en personne qui aura noté que ces institutions ne seront pas prêtes à accorder leur aide budgétaire pour l’année prochaine si les mesures incriminées ne sont pas levées.

 Mais dans la réalité, il convient de se demander de quels résultats économiques l’on tirera les ressources devant permettre de payer ces salaires en nette augmentation. Parce qu’en crevant le fonds de la caisse pour satisfaire les menaces des syndicats, l’Etat diminue d’autant l’investissement public (hôpitaux, écoles, infrastructures routières…) et s’empêche de recruter dans la fonction publique, en aggravant du coup le chômage des jeunes. La dette intérieure va s’accroitre, du fait de l’incapacité de l’Etat à rembourser ses dettes au privé, entraînant la faillite des PME et une aggravation du chômage.

L’irresponsabilité croissante du leadership politique induit des décisions à contre-courant des normes. Mais dans ce cas précis, nous le paierons très cher.

Olivier ALLOCHEME, L’évenement précis

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