Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Départ de Kadhafi est-ce la fin ou non de la Chienlit ?

Muammar Kadhafi

Avant le début de l’insurrection de Bengazi,  malgré le manque de démocratie, de libertés, une relative paix régnait sur le pays du Guide incontesté, Mouammar Kadhafi. Mais depuis le « Printemps arabe »,  rien ne va plus et le pays est en proie à la contestation : les insurgés, très motivés, entendent bien en finir, aidés qu’ils sont par la « communauté internationale », avec le Guide pour instaurer enfin la démocratie. Depuis plusieurs mois, c’est la guerre tous azimuts par l’OTAN; on pensait qu’en quelques jours, Kadhafi allait quitter le pouvoir sans demander son reste mais il tient bon : les bombes ont beau résonner, les membres de sa famille y perdre la vie, les ministres démissionner, le Guide est toujours là, comme pour narguer ceux qui veulent voir sa fin. A l’heure qu’il est, une question revient incessamment : le départ de Kadhafi ramènera-t-il la paix en Libye ? Et cette question fait polémique.. Bon nombre d’observateurs pensent que le départ de Kadhafi et de ses proches suffirait largement car comme on dit, « morte la bête, mort le venin ».  Face à eux, bon  d’autres aussi pensent le contraire. Pour ces derniers, la guerre enclenchée par le Conseil national de transition (CNT) à partir de Bengazi est bel et bien le début d’une chienlit incommensurable surtout que la fin de Kadhafi risque d’être la porte ouverte aux Islamistes purs et durs.  Deux positions que Tomi et Tozi partagent et argumentent avec entrain.

KADHAFI PARTI, PLACE A L’ORDRE, LA LIBERTE ET LA PAIX

Le Conseil national de transition libyen est un exemple fort de démocratie et de dynamique formidable pour la paix. Il a été mis sur les fonds baptismaux dès le début de l’offensive kadhafienne visant à réprimer sévèrement et aveuglement ses adversaires. Il est composé de femmes (chose inhabituelle dans le pays du Guide) et  d’hommes de toutes les obédiences et de toutes les branches sociales. Il sera aussi l’organe qui, après Mouammar Kadhafi, gèrera la transition, le temps de l’organisation d’une élection transparente et équitable. Une première dans la Libye que nous connaissons. Le Conseil national de transition, l’OTAN,  avec à sa tête la France et les USA,  qui interviennent militairement dans le pays par des frappes,  s’est fixé pour objectif, le départ de Kadhafi et le rétablissement l’ordre dans un délai mineur. En toute logique, la présence des forces occidentales sur le sol libyen  entraînera un départ imminent du Guide, instaurera un climat d’assurance qui donnera confiance au CNT dans l’accomplissement de son dessein. Contrairement à l’Afghanistan, la Libye n’est pas un pays où règnent des groupes extrémistes puissants. Le risque de voir des Mollah prendre le pouvoir est donc plus que minime. Et les hommes et femmes à la tête du CNT sont des intellectuels, des personnes intègres qui n’entendent qu’une chose : faire le bonheur du peuple qui a trop souffert des crimes contre l’humanité, perpétré par des forces pro-Kadhafi, des forces mercenaires à la solde de la famille de Mouammar Kadhafi. Ces personnes instaureront un climat de paix. Les finances seront gérées par une assemblée élue librement et les contrôles s’effectueront enfin comme dans un pays démocratique. Kadhafi détestait la démocratie, ses opposants l’adorent. On peut donc dormir sur nos deux oreilles : le Guide parti, le pays retrouvera la paix et deviendra prospère ; les richesses du pétrole seront bien réparties.  Et en dehors des quelques partisans grassement nourris  qui lui sont toujours soumis et des mercenaires qu’il achète ça et là, plus personne ne pleurera après son départ. Le pire, on ne peut en douter une seconde, sera derrière la Lybie une fois Kadhafi dépagnoté, exfiltré ou délibérément parti.   En dehors de ces aspects, reconnaissons que nous sommes désormais entrés dans une ère où les hommes font de plus en plus de différence entre le mal et le bien, entre les manipulations politiques, religieuses et les aspirations réelles des peuples. C’est pour cette raison que le monde sait que Libye cherche à se débarrasser de Kadhafi pour construire la paix et la démocratie, et non pour asseoir le chaos.

TOMI

LE CHAOS S’INSTALLE POUR LONGTEMPS, LE DEPART DE KADHAFI N’Y CHANGERA RIEN

La révolution de 1969 qui a porté au pouvoir le Colonel Kadhafi, a permis de mettre en place une structuration sans commune mesure de la société libyenne. Une organisation qui rompait, avec la représentativité si chère à la démocratie, mais allait bien loin, en ce sens que le pouvoir de décision était directement donné au peuple, tout en tenant compte de l’organisation en tribus des populations. D’ailleurs, bien de pays se disent démocrates et ne le sont que de façade : au moins avec Kadhafi, les choses étaient claires ! La question des tribus avait été bien réglée et tout le monde est quasiment unanime sur le fait que la crise actuelle va bouleverser cette formule, qui a longtemps été le plancher d’une paix sociale durable en Libye. Deuxièmement, il est sans conteste qu’avec Kadhafi, la Libye est passé de l’homme le plus pauvre en 1950 à l’homme le plus riche d’Afrique à nos jours. Il est même un truisme de dire que la qualité et le niveau de vie du Libyen, n’a rien a envier à ceux de certaines populations occidentales. La preuve, le pays comptait avant la crise plus de 800.000 immigrés, dont une majorité d’Africains et d’Asiatiques. Des milliers d’Occidentaux y vivaient et travaillaient sans aucun sentiment de reflux identitaire.  Ces conditions de vie vont sans doute appartenir au passé après le départ de Kadhafi. Place sera sans doute faite à une reconstruction longue (après avoir cherché par tous les moyens à tuer l’homme de Tripoli sous le prétexte de protéger les civils), le remboursement de l’effort de guerre, un bradage des ressources minières et minéralières du pays, une longue phase de restructuration politique, etc., etc. Le chaos ne pourrait dès lors être évité, d’autant plus que dans l’euphorie de la liberté escomptée, des opportunités politiques et économiques, chaque tribu fera cavalier seul économiquement et politiquement avec les risques de sécession qu’on sent déjà en filigrane. Tout le monde reconnaît par ailleurs que la Libye n’a pas une opposition politique organisée, prête à prendre le pouvoir, après la chute du Guide. Sans celle-ci pourtant, des guerres de succession vont farouchement s’engager entre leaders. Ce qui naturellement entraînera une cacophonie et un désordre politique sans précédent dans le pays. En un mot, les insurgés et l’Occident sont engagés dans un  processus qui va poser problème, c’est évident. Il eût mieux valu négocier avec Kadhafi au lieu de le braquer. On disait que la guerre durerait quelques jours et voici qu’elle dure des mois, que la liste des morts au plan civil est lourde.

TOZI

San Finna N°615 du 06 au 15 Juin 2011

Publicités

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :