Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

BENIN: Boni Yayi fâchéééééééé

par richard

La grève annoncée  par la coalition des syndicats indépendants  a été effective. Les fonctionnaires béninois dans leur  majorité ont suivi le mot d’ordre des centrales. La veille, le Président de la République a été menaçant. A travers un discours musclé, il a mis en garde les fonctionnaires : ». . Les revendications agitées sont inadéquates, contraires à la démarche légale prescrite en la matière et il est quasiment impossible d’y donner suite. Pour toutes ces raisons, j’ai décidé sans remettre en cause la liberté syndicale, de mettre un terme au désordre. C’est pourquoi, tous les ministres ont été instruits de relever dès le mardi à 8 heures les noms de tous ceux qui ne seront pas à leur poste de travail. Ces derniers auront pris leur responsabilité et je prendrai les miennes «.Le Président de la République a exhorté les agents de l’Etat à répondre présents à leur poste respectif de travail le mardi 14 juin 2011 à 08 heures. L’appel a été manqué.  Plusieurs milliers de  fonctionnaires en exercice dans les communes du pays sont restés chez eux.

Le Président de la République a fait une descente dans plusieurs ministères pour constater si son appel a été suivi. Le constat a été amer. Dans plusieurs ministères, seuls ( !) étaient en poste, les cadres nommés par décrets et dans une certaine mesure, ceux appelés à servir par arrêté ministériel.  Un directeur de l’administration de la fonction publique a déclaré à la presse que le Président est fâché. Visiblement oui !, la main dans la poche, le regard mélancolique, Boni Yayi est fâché. C’est peu dit. Il est en colère. On peut lire dans son esprit avec un cristal :  » Ils se prennent pour qui , ces fonctionnaires-là ? « . Un proverbe peulh dit, -nous l’avions vérifié –  » C’est le serpent que tu as élevé qui te mordra un jour « . Les fonctionnaires ont  tout acquis  sous le régime de Boni Yayi, le père Noël.  Son discours, s’il était prononcé calmement sans les mots de  » désordre « , il aurait été cité comme référentiel de toute  nouvelle négociation ; disons dialogue social.

Le bras de fer engagé avec les syndicats de base pose un problème à plusieurs dimensions. Le gouvernement a raison de s’interroger. Qui sera l’interlocuteur du gouvernement pour les négociations. Boni Yayi parle d’éthique. Il y a pire. C’est de la morale dont il est question. Cette situation est heureuse. Les centrales syndicales se murent en silence de marbre. Et pour cause, la base  est en ébullition. Par réalisme, elles refusent de se prononcer. Le gouvernement est à la recherche d’interlocuteurs. Parce que la grève est suivie, le débat sur la légitimité des centrales est lancé. C’est une ombre inquiétante qui s’étend sur la représentation syndicale. Les centrales syndicales  sont désormais  assoupies. Les syndicats de bases deviennent les  flonflons de la révolution  du  point indiciaire pour tous. Les ténors sont des jeunes, pleins d’énergie, le verbe haut, l’éloquence au rendez-vous, l’agora sous-tendue par le régime juridique des cessations de travail, bref, ces jeunes retiennent l’attention par leurs gestes vigoureux, leur détermination…On dirait des lecteurs de Marx, résolus à instaurer la dictature du prolétariat. Pour l’instant, ils pataugent avec joie et espérance dans les marais démocratiques de la lutte syndicale.

Pourtant, les jeunes syndicalistes savent que les réformes sont nécessaires. On ne peut  pas les ajourner. Le gouvernement Yayi doit s’en prendre à lui-même. Ce sont les revers de la politique  » Papa Noël « . C’est désormais un vertige pour le gouvernement. Dans ce jeu douloureux,   c’est notre avenir qui sera mis en danger.   Voilà pourquoi, les centrales syndicales doivent s’ouvrir aux syndicats de base. Parle-t-on de cela?  Ce mouvement de grève ressemble bien à une crise de représentation.

Herbert Houngnibo

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