Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Berlusconi, ce dirigeant africain qui s’ignore

Les Italiens en ont ras-le-bol de leurs dirigeants. Ils l’ont exprimé en rejetant lundi dernier, suite à un référendum, plusieurs textes du gouvernement : le retour au nucléaire, la privatisation de la gestion de l’eau et la loi dite « d’empêchement légitime », offrant une immunité pénale aux ministres. Une vraie défaite pour le président du Conseil, Silvio Berlusconi. Celui-ci, sûr de son coup ou devenu entêté au point de vouloir défier inutilement le destin, avait même poussé l’audace jusqu’à inviter les Italiens à aller à la pêche le jour du référendum. Le bilan de Berlusconi à la tête de l’Italie ne convient pas à tout le monde. Et cette fois, le désaveu est cinglant. La déroute est d’autant plus douloureuse que lors des municipales partielles, il y a quinze jours, le parti au pouvoir avait perdu la mairie symbolique de Milan. Un résultat sans appel : à chaque fois, les scores ont été rejetés par plus de 90% des suffrages. Les Italiens seraient-ils en train de changer ? En lui-même, Berlusconi constitue un véritable « cas » d’espèce. Chef d’entreprise de la race des « gagneurs », c’est un conducteur d’hommes et d’affaires bien avisé. Chef d’entreprise comblé, au-delà de ses intérêts personnels, il a toujours su mettre ses atouts au service de son pays et bien entendu de ses propres intérêts. Mais le régime Berlusconi est de ceux qui auront su inquiéter la pègre italienne et troubler le sommeil des patrons des différents groupes mafieux, perpétuellement en conflit. Et c’est, entre autres, ces aspects qui le différencient de nombre de dirigeants africains même si les contextes sont différents.

Il est vrai que depuis l’antiquité, l’Italie constitue avec la Grèce le berceau de la démocratie républicaine. Là-bas, régulièrement, on consulte le peuple. Celui-ci est bien instruit et fait donc ses choix en conséquence. Par contre, dans la plupart des pays africains, l’arbitraire règne en permanence. Bon nombre de dirigeants sont de véritables despotes non éclairés. Peu instruit et généralement pas tenu au courant des enjeux, le peuple est rarement invité à se prononcer sur les questions qui fâchent ou sur les sujets d’intérêt national. Le chef de l’Exécutif n’a habituellement pas le courage de mettre son autorité et celui de ses compagnons à l’épreuve des urnes. L’alternance et la critique sont presque proscrites. Lorsqu’au grand dam des thuriféraires, ils osent s’aventurer sur cette voie, des courtisans zélés et à courte vue sont toujours aux avant-postes pour orchestrer des fraudes « légales » et dresser sans vergogne des bilans hideusement « propres » et pompeux.

Berlusconi a le sens du respect des règles, de sorte qu’il a toujours su profiter des outils et des institutions de la démocratie italienne pour assouvir des desseins inavoués. C’est qu’il est lui-même le fruit des contradictions ayant miné l’histoire politique de l’Italie. Dans ce pays, les nombreuses crises politiques avaient en effet fini par ôter toute crédibilité aux principaux acteurs politiques, ouvrant ainsi la voie à des opérateurs économiques fortunés et assez subtiles pour exploiter la situation. L’homme a donc fait irruption sur la scène politique à la faveur du jeu démocratique. Avec cette particularité qu’en Italie, les consultations électorales sont régulières, claires, transparentes et leurs résultats généralement peu contestés. De telles opportunités sont rares sur le continent noir.

Ainsi, Berlusconi se distingue de ces dirigeants africains sortis de nulle part et que le destin a frauduleusement installés dans l’histoire de ces républiques bananières. Quelques-uns sont peut-être venus par les urnes, mais rares sont ceux qui ont osé partir en se conformant aux règles. Dans la plupart des cas, les cheminements des dirigeants africains sont tortueux : coups d’Etat, révolutions de palais, rébellions, successions à relent dynastique, hold-up électoral, etc. D’où cette tendance à privilégier les usurpations à travers des élections tronquées, des fraudes et tripatouillages constitutionnels pour se maintenir après l’expiration des mandats.

Certains éléments rapprochent toutefois Berlusconi des dirigeants africains. Ce dirigeant italien est en effet un bon « macho » qui entretient avec la femme des rapports inégalitaires. C’est un fait que l’homme est un beau « mâle » qui sait séduire la gent féminine. Or, la soif du pouvoir va bien souvent de pair avec le désir obsessionnel de posséder la femme. Sur ce plan, Berlusconi semble bien partager avec bien de ses pairs africains cette tendance à multiplier les aventures extra-conjugales. Ainsi, ces dernières années, régulièrement, ses escapades et autres frasques scandaleuses ont alimenté le monde des médias.

Par ailleurs, comme tant de dirigeants africains chez eux, Berlusconi a bien profité de la magnanimité du peuple. Mais comme eux, il a fini par en abuser. Tant et si bien que de nos jours, l’Italie semble être devenue le ventre mou de l’Europe. Avec les résultats du scrutin référendaire, on peut avancer que, outre les problèmes écologiques, notamment la question du nucléaire, son penchant pour les filles aura beaucoup contribué à lui nuire dans l’opinion. Même en Italie « sexuellement libérée », il n’est pas exclu que de nombreux électeurs demeurent encore sensibles aux thèses proches des milieux puritains, notamment catholiques. Une vraie leçon de démocratie dont les Africains devraient s’inspirer par ces temps où l’éthique fait cruellement défaut dans le comportement des élites politiques. Quelles leçons tirer de ce scrutin italien ? L’apparent attachement des électeurs à cet homme controversé confirme que si les Italiens sont un peuple tolérant, ils restent malgré tout attachés à des valeurs que d’aucuns semblent avoir renvoyées aux calendes grecques. Mais, que l’on ne s’y trompe point : au-delà des intérêts de l’Italie plusieurs fois en crise, ce qui a toujours prévalu dans la gestion de Berlusconi, c’est d’abord son intérêt d’homme d’affaires et de président du Conseil. La preuve en est que les problèmes qui assaillent l’Italie au plan social et économique n’ont jusque-là pas trouvé de solutions. Tel est aussi le cas en Afrique où malheureusement, le tempérament de « gagneurs » de certains responsables n’aura jamais servi à sortir le continent du marasme dans lequel il patauge depuis les indépendances. D’où l’intérêt de savoir faire preuve de discernement à l’heure des grands choix. Comme quoi, même en Italie, on peut trouver des dirigeants de type africain. Comme Berlusconi.

Lefaso

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