Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Le lourd tribut au bon sens

L’appel de Yayi est tombé dans des oreilles de sourds. En dépit de quelques peureux qui ont vite fait d’aller au service hier par crainte des représailles annoncées par le Chef de l’Etat, la plupart des agents permanents de l’Etat ont résisté aux injonctions du Chef de l’Etat. Clairement, les syndicats à la base ont remporté une première victoire, en attendant que les mesures de rétorsion que le gouvernement s’apprête à prendre ne les renforcent davantage.

Car, la fermeté d’emprunt affichée dans le message présidentiel de lundi, trahit ses intentions faussement belliqueuses face à une situation qui lui a déjà échappé. Ni Yayi ni personne d’autre n’a les moyens de mener une guerre véritable pour arracher aux syndicats une partie de la puissance de coercition dont ils disposent face aux autorités publiques.

 L’affaire Dangnivo et sa conclusion tragique ont montré clairement que le gouvernement a choisi l’option de l’aplatissement face aux caprices des syndicats et plus rien ne devrait logiquement les arrêter désormais. C’est lui le gouvernement qui a accepté de cautionner le brutal changement des revendications des agents du ministère des finances sur cette affaire, dès lors qu’ils se sont aperçus être dans une erreur monumentale.

 Le gouvernement aurait mieux fait de les laisser assumer les failles de leurs revendications inadmissibles de départ au lieu d’accepter qu’au terme de leurs propres errements, les syndicats décident d’un volte-face surprenant en prenant les membres de l’exécutif pour des godillots. En admettant même la possibilité de cette augmentation salariale saugrenue et inexplicable au moment où les vaches sont si maigres, Pascal Irénée Koupaki avait cru que le Bénin pourrait engranger bientôt des recettes fiscales additionnelles grâce à l’embellie au port et à une meilleure tenue des agents du ministère des finances.

Et qu’en même temps, ces ressources additionnelles, même virtuelles, devraient directement aller dans les poches des fonctionnaires des finances. C’est comme construire un beau château en Espagne, c’est précisément dépenser l’argent avant même de l’avoir gagné. Et dans le même temps, on exclut de ce partage (virtuel) tous les autres ministères et institutions du même Etat !

Ce fut une pièce surréaliste, un échafaudage grossier qui conduit tout le monde dans l’impasse. Aujourd’hui, les centrales syndicales sur lesquelles le gouvernement croyait pouvoir compter dans son bras de fer contre les syndicats « récalcitrants » se sont liguées aux côtés des leurs. Il ne faut pas chercher loin : leur main est bien derrière les coups de semonce des syndicats frondeurs. Elles s’apprêtent à enfoncer le clou pour contraindre le gouvernement à respecter les fameuses libertés syndicales. Et rien que çà !

Les descentes musclées du Chef de l’Etat dans les administrations ne sont donc qu’à leur début. Il aura l’occasion d’en faire mille autres, sans résultat. Comme Justin Tométin Ahomadégbé du temps où il était Vice-président de la République et harcelait les travailleurs grévistes, il court droit vers un télescopage avec les syndicats.

Avec un rapport des forces particulièrement déséquilibré. Aucun ministre (nouveau) ne pourrait supporter le poids d’une fronde syndicale massive au moment même où la plupart d’entre eux ne savent pas grand-chose de leurs administrations respectives. A moins de mettre la force publique aux trousses des grévistes et de courir le risque d’un délitement total, l’option de l’affrontement est simplement intenable.

Comme je l’ai dit dès le 22 avril, au lendemain de la conclusion de ces négociations gouvernement-centrales syndicales ayant accouché de l’augmentation des 25%, l’Etat lui-même a choisi de se pendre et devrait en tirer toutes les conséquences. Face au chaos en préparation, la seule option valable est de dénoncer cet accord bancal en faveur des seuls travailleurs des finances, quitte à envisager plus tard des mesures plus adaptées aux réelles potentialités des finances publiques béninoises. La bourrasque viendrait cette fois des travailleurs des finances qui ont déjà commencé à bénéficier de leur augmentation…

En creux de cette atmosphère surchauffée se trouve un gouvernement pris au piège de ses propres errements. Un peu d’incompétence, beaucoup de complaisance mais surtout trop de politique à un moment indû…

Olivier ALLOCHEME

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