Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Madagascar : Andry Rajoelina et la transition élastique

Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, avec le médiateur Joachim Chissano, Maputo, 9 août 2009. REUTERS/STR New

Les grands hommes savent se retirer le moment venu. Aux autres – de moindre stature –, il faut leur montrer la sortie. Au pouvoir, ils y tiennent. Certains y sont nés. D’autres l’ont conquis par la force et projettent d’y rester jusqu’à la fin.

Le récent sommet qui a réuni les dirigeants d’Afrique australe autour de la crise malgache en Afrique du Sud aura accouché d’une souris puisque, l’homme fort (autoproclamé) de Malgache, le président de la Haute autorité de transition, Andry Rajoelina, a rejeté en bloc toutes les propositions de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Il estime que l’instance sous-régionale s’est fourvoyée dans une démarche visant à lui ôter toute crédibilité et refuse carrément le retour au pays sans condition de l’ancien Président Marc Ravalomana qu’il a renversé par un coup d’état en mars 2009.

Drôle de rapport que celui de Andry Rajoelina avec le pouvoir. Il peut être un véritable sphinx quand cela l’arrange. Puis se transformer en conteur volubile l’instant d’après. Le sentiment pourrait presque se résumer en une phrase : « Je suis Président et c’est tout ». Le pouvoir quand il n’est pas légitime et légal, devient invariablement obscène… ou même sale.

« Je sais que je serai élu, maintenant ou dans cinq ans » : a-t-il déclaré le 09 mai 2011 à « Jeune Afrique ». On pourrait lui répondre, « alors organise les élections ». Par trois (03) fois les élections ont été reportées dans ce pays et il semble bien que le Président autoproclamé joue les prolongations pour se préparer convenablement à remporter les élections qu’il compte organiser quand, il aura jugé le moment propice.

Renverser un Président démocratiquement élu et installer depuis deux ans sur l’île une dictature n’est pas concevable. Tout pouvoir politique qui ne peut garantir l’égalité des citoyens devant les institutions de même que, la liberté d’expression et de manifestation comme c’est le cas actuellement sur l’île, doit être combattu. La transition malgache court vers un mandat électif puisque bientôt trois années se seraient écoulées depuis le putsch puis quatre années et cinq sans que des élections ne soient organisées ni qu’un climat de paix et une stabilité véritable ne soient installés. Tous les maillons de la société malgache sont disloqués. L’armée se mêle à la politique et oublie son rôle républicain qui exclut son hypothétique neutralité. Il y a anachronisme.

Toute chose qui peut faire école dans une Afrique où poussent comme des champignons les fossoyeurs de la démocratie.

La faute pour une fois encore se retrouve au niveau de nos institutions régionales. Comme l’UEMOA et la CEDEAO qui manquent de vision, de leadership et de responsabilité, la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), a commis l’erreur stratégique et monumentale à Maputo, au Mozambique de refuser de reconnaître Andry Rajoelina après son coup d’Etat puis, l’instant d’après de ravaler ses critiques à son encontre pour légitimer son pouvoir et même valider la proposition de ce dernier d’écarter du processus de transition l’ancien président Marc Ravalomanana pour qui, Rajoelina voue une haine viscérale. Comme quoi, en Afrique les querelles de personnes et le manque de vision peuvent influer dangereusement la vie des Nations.

Les inconsistances de la SADC ont fini par renforcer TGV, Andry Rajoelina l’homme fort de Tana qui s’est d’ailleurs taillé depuis novembre 2010 une constitution sur mesure, en s’arrogeant les pleins pouvoirs et en baissant l’âge d’éligibilité des candidats à la présidence.

Pour une fois, la SADC, a le devoir de sauver la face de nos institutions sous régionales qui ont toujours été incapables de régler les crises sur le continent. La SADC doit mettre fin à cette transition qui n’a que duré en s’employant par tous les moyens à faire respecter ses propositions et en évitant d’alerter les sapeurs-pompiers étrangers.

aymard

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3 réponses à “Madagascar : Andry Rajoelina et la transition élastique

  1. joetkeJoetke juin 17, 2011 à 6:29

    « Renverser un Président démocratiquement élu et installer depuis deux ans sur l’île une dictature n’est pas concevable.  » Oh que si! Non seulement c’est concevable étymologiquement, mais on l’a réalisé! Les contradictions de la SADC ou de l’ECOWAS durant les troubles de Côte d’Ivoire, ne sont que le reflet de nombreuses divisions au sein de ce genre d’organisation régionale.
    On ne peut adopter une attitude cohérente que si tout le monde vibre au diapason. Quand certains dirigeants sont PRÉALABLEMENT à toute discussion sur un cas comme Madagascar, ACQUIS — d’aucuns diraient ACHETÉS (politiquement ou simplement corrompus) — aux intérêts communs avec l’UE ou les USA, toute réunion ultérieure a quelque chose d’une MALSAINE MASCARADE. On ne peut rien attendre alors de la SADC, rien de constructif.
    Enfin il est superficiel de réduire les oppositions entre rajoelina et Ravalomanana à une « haine », dîtes-vous, « tenace » du DJ envers le président. Pour les Malgaches, cela tient plus à une JALOUSIE, ENVIEUSE des honneurs et de la fortune supposée de Ravalomanana, de la part d’un MINABLE parvenu à la compréhension limitée, mais à de grandes envies D’HONNEURS. Mais de quels honneurs? De ceux qui permettent de vous afficher au côté des « grands » de ce monde. La VRAIE MISÈRE de Madagascar RÉSULTE principalement de cette obsession d’apparences de pouvoir, plutôt que de son mauvais exercice.

    • aymard juin 18, 2011 à 9:09

      Bien d’accord avec vous.

  2. Larry juin 18, 2011 à 4:14

    C’est l’Afrique. On sera là à tourner, à se détester, à ne pas former l’unité et 50 autres années vont passer. Tous nos pays risquent de descendre en enfer et comme tu l’as dit une fois : L’Afrique aurait programmé sa propre disparition.

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