Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: juillet 1, 2011

BENIN : Déclaration du PCB sur le ralliement de la RB à la mouvance présidentielle

PARTI COMMUNISTE DU BENIN (P.C.B)

01 B.P. 2582 Recette Principale Cotonou (Rép. du Bénin)

Tél. :21 30 03 22/97 98 35 65 – Site : http://www.la-flamme.org

Début juin 2011, a débuté une série d’actes politiques signifiant le ralliement de la Renaissance du Bénin (RB) au pouvoir de Boni YAYI: Participation au Bureau de l’Assemblée Nationale contre l’avis des partis membres de l’Union fait la Nation, participation au gouvernement, pour finir par l’audience du président de ce parti, Léhady SOGLO avec le Chef de l’Etat.

Les dirigeants de la RB notamment Léhady SOGLO, à l’occasion de  cette audience à Boni YAYI le 18 juin 2011, a déclaré « Nous sommes venus pour le remercier très sincèrement pour avoir fait preuve de clairvoyance en initiant cette politique d’ouverture ; la politique de la main tendue en direction d’autres forces et personnalités politiques que celles qui se trouvaient regroupées autour de lui » (Cf le Matinal du 20 juin 2011). Aucun texte d’accord n’est publié ; aucun autre objectif précis de ce revirement n’est annoncé. L’opacité est totale. Ainsi, la seule justification du ralliement de la direction de la RB à Boni YAYI, c’est « la prise en compte de la politique de la main tendue » prônée par ce dernier. Mais, doit-on se poser comme question : la RB attendait-elle déjà cette main tendue ?  Et lorsqu’on entend dire de la bouche de Boniface YEHOUETOME, parlant de l’Union fait la Nation, « qu’en fait, il n’y avait pas d’opposition », ne peut-on pas être abasourdi de découvrir que ces dirigeants trompaient le peuple et leurs militants depuis longtemps ? Ainsi, la RB ne faisait opposition que de façade ?

Ce revirement du parti des SOGLO, après que l’on ait vu le père Nicéphore et la mère Rosine monter aux premiers rangs contre le hold-up électoral opéré par YAYI, a suscité et suscite émoi, amertume et interrogation de la part de larges couches du peuple tout entier. Notre parti, le PCB, et ses militants sont quotidiennement interpellés par les éléments du peuple qui veulent  comprendre et, surtout, mieux se situer. Devant ces interpellations pressantes et angoissées, le PCB rend publiques les observations ci-après :

1.- L’alliance entre deux partis se noue pour atteindre des objectifs précis profitables pour les deux alliés. Et si les partis ont quelque respect pour le peuple et les électeurs auprès de qui ils sollicitent la représentation, ils rendent publics le contenu ainsi que les objectifs de leur accord. Cette exigence démocratique et éthique est encore plus impérative lorsqu’il s’agit de partis déjà au pouvoir, soit exécutif, législatif ou municipal, comme c’est le cas actuellement de la RB et des FCBE. Ainsi les travailleurs et le peuple électeurs peuvent juger si leurs intérêts sont sauvegardés ou trahis.

2- En ce qui concerne les objectifs  et  le contenu de l’accord, pour servir le peuple, ils doivent viser le combat contre l’obstacle du moment à l’émancipation, à la démocratie et à l’avancée économique et sociale du peuple et du pays.

3- Ainsi, l’alliance du PCB avec la RB en 1995 a visé le danger de retour de l’autocratie au pouvoir avec Kérékou et le contenu a été publié à l’attention du monde entier. De même, l’accord du PCB en octobre 2010 avec les partis de l’Union fait la Nation, les centrales syndicales et les organisations des droits de l’Homme au sein du FDD (Front de Défense de la Démocratie) visait des objectifs clairs publiés dans l’Appel au peuple, à savoir la lutte quotidienne contre l’arbitraire, le pillage et la braderie des ressources publiques organisés par le pouvoir de Boni YAYI.

4- Il est indéniable que l’obstacle actuel à l’émancipation des travailleurs et du peuple, à la démocratie et au progrès économique et social de notre pays est toujours représenté par le pouvoir tyrannique de Boni YAYI. Ce dernier qui est au centre des scandales les plus scabreux lors de son premier mandat et qui, pour son second mandat, a usurpé le suffrage populaire par un hold-up électoral flagrant et ignoble ne fait pas mystère de sa volonté, avec son projet de Refondation, de mettre les libertés dans les fers, de renforcer la main mise extérieure sur le pays. Il le démontre encore avec les répressions organisées contre les populations de Natitingou et maintenant contre les acquis des fonctionnaires en lutte. « La main tendue » de Boni YAYI ne va point vers les travailleurs et les peuples dans leurs luttes contre l’arbitraire, le pillage et le bradage des ressources publiques. La main tendue de Boni YAYI recherche plutôt ceux qui pourraient l’aider à réaliser sa Refondation, à ensevelir la démocratie pour le règne plus triomphant de l’arbitraire, du pillage, de l’impunité et de l’apatridie.

5- En répondant positivement à la main tendue de Boni YAYI, la direction de la RB, s’inscrit peu ou prou dans le projet de Refondation autocratique, dans le renforcement du pouvoir tyrannique, apatride et corrompu de Boni YAYI. Les dirigeants de la RB rejoignent ainsi ouvertement le camp des défenseurs du pillage, de la tyrannie et de l’apatridie.

6.- Ce qui vient de se passer à la RB est par conséquent une manifestation du détournement complet de la RB des préoccupations des travailleurs et des populations pour une entente ouverte et verte avec Boni YAYI. L’encre des protestations contre le hold-up électoral n’a pas encore séché, les blessures des femmes molestées devant le CEG Ste Rita de Cotonou ou dans les rues de Porto-Novo pour crime de protestation contre la fraude électorale ne sont pas encore cicatrisées, le peuple se remet à peine du coup de marteau du fraudeur électoral, la terre de la tombe du jeune martyr Fawaz de Natitingou est encore fraîche, le combat contre l’attaque du droit de grève fait rage et voilà que la RB veut faire accroire que Boni YAYI serait un homme de paix, un homme de la main tendue. Le ralliement de la RB à l’homme de ICC-Service, de la CEN-SAD, des machines agricoles, à l’homme qui envoie des chars contre les travailleurs et les populations de Porto-Novo, la troupe contre les populations de Natitingou, etc., pour amer que cela peut être, ne peut sauver le pouvoir autocratique de Boni YAYI de la faillite. Les travailleurs et les populations laborieuses apprendront mieux et plus vite qu’ils sont leurs propres sauveurs, qu’il faut toujours surveiller et contrôler les nouveaux venus et les fils à papa que l’on monte au devant de la scène politique.

7.- En laissant croire, comme l’a prétendu Boniface YEHOUETOME, député RB monté 1er Vice-président au Bureau de l’Assemblée nationale en disant qu’il n’existe pas de parti d’opposition au Bénin, la RB veut jeter sur tout le monde la boue de la fange dans laquelle elle s’enfonce. Or, il est aisé à tout homme honnête de voir qu’il existe dans ce pays au moins un parti d’opposition conséquent, le Parti Communiste du Bénin. Le Parti Communiste du Bénin, fort de ses expériences de plus de trente ans contre les pouvoirs autocratiques et néocoloniaux et pour le développement économique accéléré de notre pays, reste debout contre le pouvoir apatride et despotique de Boni YAYI. Sans sectarisme, il a noué, lorsque c’est nécessaire, des alliances pour la sauvegarde des libertés et de la démocratie, en a publié le contenu à l’attention des travailleurs et du peuple. Ainsi ont été ces alliances avec la RB en 1995 et au sein du FDD avec d’autres partis en 2010. La défection de partis ou d’hommes au cours de ce combat ne l’a pas empêché de poursuivre inlassablement, aux côtés des travailleurs et des patriotes, son objectif: aider à l’avènement dans ce pays d’un pouvoir véritablement démocratique et patriotique, formé d’hommes probes et dévoués à la cause du peuple, un pouvoir des travailleurs et des peuples pour le développement économique et social accéléré et harmonieux du pays.

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, le PCB appelle les travailleurs, la jeunesse, tous les démocrates et les patriotes à renforcer leurs organisations contre le pouvoir tyrannique de Boni YAYI et pour leur propre pouvoir. Les peuples autour de nous indiquent la voie de l’honneur et de la gloire: la Révolution.

Cotonou, le 30 juin 2011

Le Parti Communiste du Bénin

Malgré les turbulences artificiellement créées : L’Union fait la Nation toujours debout (Elle n’a pas de pile, mais elle fonctionne)

par richard

L’Union fait la Nation n’est pas en crise. Elle continue de fonctionner comme si de rien n’était. Hier, ses membres se sont donné rendez-vous à Ouidah pour voir comment ils vont enrichir le débat parlementaire au cours de la 6è législature.

La mort de l’Union fait la Nation telle que proclamée par certains n’est pas pour demain. Hier, des membres de ce regroupement politique élus députés à l’Assemblée Nationale ont apporté la preuve que, même sans pile, l’Union fait la Nation fonctionne. Loin des bruits perturbateurs de Cotonou et des ragots colportés depuis quelques jours par des ennemis de la démocratie, les responsables de l’Union fait la Nation se sont en effet donné rendez-vous à Ouidah pour réfléchir à comment œuvrer à la réhabilitation du débat parlementaire afin que l’Assemblée Nationale joue vraiment le rôle qui est le sien. Très inédit dans le contexte actuel où l’opposition est minoritaire à l’Assemblée Nationale, ce conclave de l’Union fait la Nation tient son originalité du fait qu’il a rassemblé autour du Président Bruno Amoussou, outre les députés de l’UN, d’anciens parlementaires, surtout de la première législature qui ont laissé dans l’opinion nationale une bonne impression par la qualité du travail qu’ils ont abattu. Ce qu’il est important de souligner, c’est que ce séminaire a été marqué par la présence de ceux dont le départ avait été déjà proclamé par presses interposées. Timothé Gbèdiga dont on a annoncé le départ du Prd parce qu’il n’a pas été positionné lors des législatives du 30 avril 2011 était à Djègbadji hier. Il en est de même des honorables Augustin Ahouanvoébla et de Mohamed Atao Hinnouho qui ont proclamé haut et fort hier, leur fidélité, non seulement au Prd, mais aussi et surtout à l’Union fait Nation. Les présidents Edmond Agoua et Cyriaque Domingo ont eux aussi pris une part active hier à l’activité de réinvention de la qualité des débats parlementaires initiée par le Président Bruno Amoussou. Ces présences ont d’ailleurs réjoui l’honorable Léon Basile Ahossi qui a fait observer que «la ruse et le recours systématique à la corruption au moyen des ressources de l’Etat insidieusement amassées ne pourront jamais paralyser l’Union fait la Nation». Comme le roseau, l’Union fait la Nation ne rompra pas, a-t-il conclu, un peu comme pour dire que, même si l’Union n’a pas de pile, parce que minoritaire, elle fonctionne et fonctionnera toujours. C’est en tout cas un pavé jeté dans le jardin des déserteurs.

Affissou Anonrin

17e sommet de l’Union Africaine : un de plus… sans grandes illusions

La grande comédie! Comme à leur habitude, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine se réunissent pour jouer leur part de la tragicomédie du continent. Cette fois, on ne rencontrera pas dans les couloirs le «roi des rois traditionnels d’Afrique» et sa cohorte de roitelets et d’amazones. On ne verra pas non plus luire le cuir chevelu du Président sénégalais. Tandis que la Côte d’Ivoire fait son grand retour avec un chef de délégation qui en aura rêvé durant plus de 20 ans. Depuis le dernier sommet en effet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Les dirigeants africains ont comme de coutume du pain sur la planche. Qu’ils malaxeront et laisseront encore d’autres venir cuire à leur place. Ici, seuls les temps qui changent, pas les mœurs.

Il n’y a décidément qu’à l’occasion de ces genres de grand-messes que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine donnent l’impression de la cohésion et l’illusion de la solidarité à toute épreuve. A entendre le président de la Commission de l’Union africaine à quelques heures de l’ouverture du sommet, les Chefs d’Etats et de gouvernement réunis à Malabo auraient en leur possession la clé de résolution de la plus importante crise de l’heure, la révolution libyenne. Comme s’il avait fallu attendre trois mois et plus de pilonnages intensifs du territoire de la Libye par l’OTAN, des déchirements au sein de la grande famille africaine et les retrouvailles de Malabo pour que germe de quelques esprits illuminés la panacée qu’attend le peuple libyen pour retrouver la paix et accéder à la démocratie. Et ce, justement à Malabo. Dans l’antre de l’un des plus méthodiques pourfendeurs des libertés publiques et des droits de l’homme sur le continent africain. Le président Théodoro Obiang Nguema, président en exercice de l’Union africaine, que certains ont tôt fait d’avoir absout simplement parce que grâce à la manne pétrolière, il est en train de faire de la Guinée équatoriale un véritable eldorado africain. Absolution qui fait litière du fait que quand le président Ahmed Sékou Touré, alors encore héros d’un continent, proclamait : « nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », il ne s’adressait pas seulement au président français Charles de Gaulle. Mais là n’est pas notre propos.

Il parait donc que le 17e sommet de l’Union africaine va accoucher d’une solution sur mesure pour la Libye ?! Pure illusion. Ce n’est pas la première fois que les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’institution panafricaine se retrouvent ainsi pour examiner les problèmes du continent. Mais s’il est vrai qu’ils trouvent cette fois-ci le moyen qui permettrait de mettre fin à la crise en Libye en donnant satisfaction d’abord et avant tout au peuple assoiffé de liberté tout en préservant le pays d’une dérive islamiste, là par contre oui, ce serait la première fois que l’UA réunie en sommet, arriverait à de si nobles fins. L’histoire de l’Afrique ne regorge en effet pas de ces exemplarités. A preuve, combien de fois les dirigeants africains ne se sont-ils pas réunis en sommets ordinaires et extraordinaires sur la longue crise de Côte d’Ivoire entre décembre 1999 et avril 2010? Et pour quel résultat? La solution à la crise ivoirienne, celle en cours d’application, est venue de l’intérieur de la Côte d’Ivoire et de l’extérieur du continent, pour l’essentiel.

Aussi, face à la complexité des situations auxquelles doivent réfléchir les dirigeants africains réunis à Malabo, il y a de quoi être sceptique. En effet, outre la meurtrière révolution libyenne, les débats porteront entre autres sur la situation au Soudan à quelques jours de l’officialisation de la partition entre le Nord et le Sud et sur la menace terroriste grandissante au Sahel. Dans chacune de ces situations, les puissances occidentales ont déjà commencé à déplacer leurs pions. Aidées en cela par certains de ces chefs d’Etat et de gouvernement consciemment venus faire acte de présence, sans plus. Et quand on sait que c’est encore largement par la grâce de ces puissances étrangères que l’Union africaine peut dans certains cas se targuer d’avoir contribué à la résorption de telle ou telle crise sur le continent, il n’est plus autre chose à faire que de conclure à une faillite sans détour de l’Union.

Malabo, pas plus qu’Addis-Abeba et moins encore que d’autres grands shows internationaux de la sorte, ne résoudra les problèmes d’une Afrique sclérosée par la pratique de ses dirigeants. Sans doute proposera-t-on des solutions. Mais, encore faudrait-il qu’elles soient convenables pour tous et qu’il existe les moyens de leur mise en application. Un attelage bien difficile.

par James-William GBAGUIDI, LNT

Débats sur le fichier électoral en Guinée, jusqu’où ira Alpha Condé ?

Les vieux démons semblent être de retour en Guinée Conakry à la faveur des préparatifs des élections législatives prévues pour la fin de l’année. L’inimitié mal contenue que se vouent mutuellement le chef de l’Etat Alpha Condé et son challenger de la présidentielle de novembre 2010, Cellou Dalein Diallo, devenu son principal opposant, refait surface. En effet, les deux hommes s’étripent par rapport au fichier électoral. Le candidat malheureux de la dernière présidentielle s’oppose à la volonté de l’opposant historique devenu chef de l’Etat, de faire un nouveau recensement en vue de disposer d’un nouveau fichier électoral. Il est aussi farouchement contre la volonté du président de la république de donner l’organisation des législatives à venir au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD). Les esprits s’échauffent à l’orée des législatives comme ce fut le cas pendant l’entre-deux tours. A l’époque, les débats avaient fait rage avec la proposition du Premier ministre de la transition, Jean-Marie Doré, de réviser la Constitution pour faire jouer un rôle de premier plan au ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (MATAP) d’alors dans l’organisation du second tour au détriment de la CENI qui n’avait pas bien organisé la première manche du scrutin. On croyait la question définitivement tranchée mais elle resurgit avec l’intention prêtée au professeur Alpha Condé de mettre sur la touche la CENI dans le pilotage des prochaines législatives. Par contre, concernant la révision du fichier électoral, le chef de l’Etat ne fait pas mystère de ses intentions. Chaque fois qu’il en a l’occasion, il ne cesse de marteler que le fichier en question comporte des anomalies dont la correction passe par un nouveau recensement du corps électoral. A ce niveau, on a du mal à suivre le professeur de droit. Le fichier en question n’a pas encore une année d’existence et n’a donc pas pris des rides au point qu’il faille le substituer à un autre. Tout ce qu’il demande, c’est juste une réactualisation consistant d’une part à y faire entrer les jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour voter (18 ans) au moment de sa confection et d’autre part, à l’expurger des morts et éventuellement de tous ceux qui ont perdu leurs droits civiques. Pour cela, on n’a pas besoin de tout chambouler, de tout reprendre à zéro. La révision partielle qu’il faut faire ici permet de gagner en temps et en ressources financières. En effet, ce serait un pari difficile à relever que de vouloir effectuer un nouveau recensement pour disposer à temps d’un fichier pour les législatives en fin d’année. En outre, le nouveau recensement nécessitera un financement pour lequel la Guinée pourrait être amenée à se tourner vers des bailleurs de fonds extérieurs. Il est permis de douter que les bailleurs délient les cordons de la bourse au regard de la tournée effectuée par Cellou Dalein Diallo dont l’objectif est de convaincre les pays occidentaux de ne pas favoriser le projet de son challenger. Alpha Condé s’acharne contre un fichier sur la base duquel il a été élu, il y a à peine une année, sans l’avoir jamais ouvertement remis en cause. Aujourd’hui, avec son attitude, on se demande s’il n’est pas lui-même intimement convaincu qu’il n’a pas été bien élu, auquel cas il veut changer le fichier après coup pour se donner bonne conscience. A vrai dire, Condé doit souvent savoir mettre de l’eau dans son vin et voir les intérêts du pays plutôt que ceux de son seul camp. Il a intérêt à signer un pacte de non-agression avec Dalein Diallo qui peut bien nuire à son mandat s’il estime être payé en monnaie de singe après avoir renoncé, au nom de la paix sociale, à contester les résultats de la présidentielle dont il continue à se considérer comme le véritable vainqueur.

Séni DABO, le pays

Chronique de Bernard Desgagné sur la situation ivoirienne

«L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit.» – Gandhi. Le calvaire que le grand capital assoiffé de pétrole et de profits fait vivre au peuple ivoirien est une immense injustice qui est d’autant plus intolérable qu’elle se produit dans l’indifférence d’une grande partie de mes compatriotes québécois. Depuis bientôt cinq mois, malgré toute ma bonne volonté et mes efforts personnels pour sensibiliser en particulier la classe politique et les médias, j’observe impuissant les Ivoiriens, admirables résistants, se battre seuls contre l’argent des maîtres du monde et les fusils de leurs valets. Je pleure et je me réveille la nuit en les entendant gémir, appeler à l’aide.

Une multitude de blogs, de pages Facebook, de canaux Twitter et de sites Web ivoiriens et africains sont parcourus de cris d’indignation et de hurlements de douleur qu’efface sans peine le vacarme assourdissant de la machine de guerre occidentale. A peine audibles, les lamentations des victimes de Duékoué, de Gagnoa, de San Pedro, d’Abidjan et du reste de la Côte d’Ivoire se perdent dans les abysses cybernétiques, tandis que les vampires qui boivent goulûment le sang des Africains perpètrent tranquillement leurs crimes sous un déluge de média-mensonges. Avez-vous remarqué le silence de Radio-Canada depuis que l’affaire est prétendument réglée ? Avez-vous remarqué comme cette bande de journalistes à gages se tient coite depuis l’enlèvement de Laurent Gbagbo par les Français, qui l’ont remis à de sombres brutes pour qu’il soit humilié et séquestré avec sa femme, Simone ? Pourtant, les rebelles poursuivent leurs massacres, jouissent de l’impunité et se tuent même entre eux, ce qui est très embarrassant pour Radio-Canada, qui nous présentait Alassane Ouattara comme le grand démocrate désigné comme vainqueur par la «communauté internationale». Les élections fédérales tombant à point nommé, Radio-Canada a donc changé de sujet. Elle se désintéresse du conflit au moment où il vient de faire des milliers de morts. Quel contraste avec ce qui s’est passé entre décembre et mars ! Radio-Canada nous avait alors habitués aux quelques centaines de morts des statistiques plus ou moins fictives de l’Onu pour accabler Laurent Gbagbo de tous les maux. Le chaos et la terreur engendrés par l’Onu et la France, qui disaient vouloir protéger les civils, règnent partout sur le territoire ivoirien. Il y aurait deux millions de déplacés. Les gens se terrent dans les plantations ou dans leur maison, en ville. Ils manquent de nourriture. Les voyous drogués et sans âme recrutés par Ouattara tuent, pillent, violent et saccagent. Les cadavres jonchent les rues. L’Onuci, force des Nations Unies en Côte d’Ivoire, tire avec ses canons sur les civils de la vaste commune de Yopougon, en plein coeur d’Abidjan. Les jeunes hommes sans armes sont systématiquement «arrêtés», sous prétexte que ce sont des miliciens. S’ils résistent, ils sont tués. Les casques bleus restent sagement dans leur caserne, à Duékoué, pendant qu’à trois kilomètres de leur camp, des dozo sanguinaires massacrent plus de huit cents civils innocents en deux jours, dans les cris d’horreur. Mais, soudainement, Radio-Canada a des choses plus importantes à nous dire que de nous parler de la tragédie provoquée par la soi-disant «communauté internationale», tout comme Radio-Canada occulte constamment le rôle machiavélique de la soi-disant «communauté internationale» dans le drame haïtien.

Je veux aujourd’hui que mes compatriotes québécois prennent conscience d’un scandale abominable et de la nature diabolique de ceux qui en sont la cause. Pétrole de l’île d’Anticosti ou pétrole du golfe de Guinée, gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent ou cacao ivoirien : même avidité et même mépris pour l’humanité. Je n’aurai de repos que lorsque les Québécois descendront dans la rue avec l’Afrique et les autres peuples meurtris pour réclamer la justice. Je n’aurai de repos que lorsque chaque peuple s’apercevra qu’il n’est pas seul et cessera de croire ce que les menteurs au service de la ploutocratie racontent à propos des autres peuples. Ivoiriens, Haïtiens, Serbes, Congolais, Afghans, Irakiens, Palestiniens, Cubains, Français, Étasuniens et Québécois doivent cesser de se voir les uns les autres à travers le filtre des grands médias et doivent se parler directement. Quand la maison du voisin brûle, on peut bien faire semblant que le problème ne nous concerne pas, mais un jour viendra peut-être où ce sera la nôtre qui sera en feu. Il n’y a d’avenir pour l’humanité que dans la solidarité. De la naïveté à la complicité. Si la désinformation est responsable de l’apathie du citoyen lambda, comment se fait-il tout de même que les plus politisés d’entre nous se laissent endormir de la sorte ? Les fabrications mensongères qu’on essaie de nous implanter dans le cerveau sont d’une grossièreté qui saute aux yeux. Et nous nous sommes fait faire le coup des dizaines de fois avant, à chaque guerre ou opération impériale de supposé «maintien de la paix». Comment pouvons-nous être dupes des mêmes mensonges ? Comment pouvons-nous croire que la propagande se conjugue uniquement au passé, dans les manuels d’histoire ? Comment nous, les Québécois, pouvons-nous nous imaginer qu’il n’y a de désinformation que lorsque nous en sommes les victimes ? Nous dénonçons le Québec bashing ou la dissimulation des reculs du français, mais en même temps, nous croyons sans discernement ce que les médias nous racontent au sujet des guerres impériales. A entendre parler beaucoup de gens supposément intelligents, Obama, Sarkozy, Harper et leurs pions menteurs onusiens, qui tiennent la «communauté internationale» en laisse, éprouveraient soudainement une grande passion pour la démocratie en Afrique. Du Gabon à la Tunisie en passant par le Rwanda, ils entretiennent depuis belle lurette des relations tout à fait cordiales avec des dictateurs qui tantôt «s’accrochent au pouvoir» depuis des décennies, tantôt commettent des massacres à grande échelle. On sait bien pourquoi de telles amitiés sont cultivées : les ressources naturelles et les profits. Pour quelle autre raison a-t-on déjà fait la guerre ? Nommez-moi un seul cas où des troupes occidentales ont défendu des principes moraux par grandeur d’âme. Un seul cas où nos soldats se sont battus pour la justice et la paix. Un seul cas où l’on n’a pas menti systématiquement au peuple qui fournit la chair à canon pour justifier la guerre. Il n’y en a aucun. Qu’à cela ne tienne, partout autour de moi, des Québécois sont disposés à croire qu’en Côte d’Ivoire, la machine à larguer des bombes s’est muée en douce fée venue apporter la démocratie d’un coup de canon à étoiles.

Incommensurable est la souffrance humaine causée par les faux justiciers qui ont toujours un vilain à mater quelque part et qui réussissent à garder leur image de bons grâce à leur emprise totale sur les médias. Les vilains sont souvent en Afrique, mais pas seulement là. Songez aux centaines de milliers de morts et de blessés et au million de réfugiés de l’Irak : fallait casser la gueule au vilain Saddam. Songez à l’Afghanistan martyrisé depuis 2001, où la corruption et le trafic de drogue règnent. Quel progrès ! Quelle belle œuvre humanitaire !

Fallait casser la gueule à Ben Laden. Il y a toujours des gueules à casser quelque part. Surtout là où se trouvent de mauvais clients. Et ce cassage de gueules laisse dans son sillage des drames qui perdurent.

En 1999, l’Otan largue des milliers de tonnes de bombes sur la Yougoslavie pendant 78 jours. Alors qu’on nous vante la guerre propre, avec des frappes chirurgicales, des hôpitaux et des écoles sont touchés, comme ce sera le cas en Irak, quatre ans plus tard. Mais ces drames sont occultés à Radio-Canada et ailleurs, comme toujours. Le complexe pétrochimique de la ville de Pancevo est détruit par les frappes, causant fuites toxiques et contamination. Aujourd’hui, les hôpitaux de Pancevo sont remplis de cancéreux. Les invalides sont légion. Les enfants souffrent d’asthme. Les cimetières se remplissent de gens morts à quarante ou cinquante ans. L’Otan disait que les bombardements avaient pour but d’éviter une catastrophe humanitaire au Kosovo. Fallait une fois de plus casser la gueule d’un vilain : Milosevic. Or, les habitants de Pancevo se demandent encore aujourd’hui quel rapport il y avait entre cet objectif et les usines de leur ville. En fait, comme toujours, la démocratie et la protection des faibles n’étaient pour rien dans l’œuvre destructrice des maîtres du monde. Il s’agissait de porter au pouvoir un faux mouvement indépendantiste constitué par la pègre kosovare d’Hashim Thaçi, qui faisait dans le trafic d’organes et qui règne aujourd’hui sur la traite des blanches en Europe. Il s’agissait aussi d’établir une base de l’Otan au Kosovo, berceau de la Serbie. Voilà pourquoi on a agressé les Serbes, on les a tués en invoquant de faux charniers et on a dépecé leur pays.

Combien de fois encore avalerons-nous toutes les couleuvres que les médias aux ordres nous apprêtent chaque jour ? Combien de tragédies provoquées par les gardiens autoproclamés de la paix devront avoir lieu pour que l’on cesse de faire comme si les Radio-Canada de ce monde n’avaient pas pour fonction de relayer des mensonges et de nous mettre des idées dans la tête ? Il y a un moment où la naïveté, la paresse intellectuelle et le je-m’en-foutisme deviennent de la complicité. La réalité masquée par les médias occidentaux en Côte d’Ivoire.

Les raisonnements tenus par les médias occidentaux, au sujet de la crise actuelle en Côte d’Ivoire, tiennent purement et simplement du délire mythomane. Les journalistes aux ordres font gober des balivernes à leur public en répétant de fallacieux mantras, en accréditant les propos des terroristes et des assassins, en véhiculant les mensonges des humanitaires à gages et en reléguant au second plan certaines vérités fondamentales. Dès le début de la crise postélectorale, Laurent Gbagbo a demandé simplement qu’un comité international recompte les voix pour régler le contentieux, qui s’apparente à beaucoup de situations rencontrées dans d’autres pays, y compris aux Etats-Unis à l’élection présidentielle de 2000. Alassane Ouattara a rétorqué qu’il ne fallait pas recompter les voix, que Laurent Gbagbo devait partir et que, s’il refusait de s’en aller, il fallait l’extirper militairement de son fauteuil. Donc, celui que Sarkozy appelle un dictateur a demandé une médiation impartiale, tandis que celui qui serait le vrai démocrate, «reconnu par la communauté internationale», a répondu qu’il fallait faire la guerre civile, sachant très bien que l’extirpation ne se réaliserait qu’au prix d’un grand nombre de vies humaines et ne pourrait pas être une opération «chirurgicale».

Les appels à la guerre de Ouattara n’ont rien d’étonnant lorsqu’on sait que lui et ses parrains français à la solde du grand capital ont entrepris de déloger Gbagbo par la force dès septembre 2002, dans une tentative de coup d’Etat qui a été suivie de la guerre civile sanglante dont nous venons de voir le dernier épisode tragique et dont le bilan s’élève aujourd’hui probablement à près de vingt-mille morts et des dizaines de milliers de blessés. Les rebelles qui ont attaqué la Côte d’Ivoire et commencé la guerre civile ont toujours agi pour le compte d’Alassane Ouattara et se sont comportés de manière sanguinaire, capturant des policiers chez eux, les torturant et les exécutant sur la place publique, tantôt par balle, tantôt en les transformant en torches humaines, tantôt par d’autres procédés. Les hélicoptères de combat français qui tirent sur les civils ne sont pas une nouveauté en Côte d’Ivoire. La France est constamment intervenue, ainsi que les mercenaires onusiens, pour soutenir les rebelles, qui ne seraient pas allés bien loin sans cette aide. Déjà, en novembre  2004, les hélicoptères français faisaient des cartons sur les manifestants. Quelques jours plus tard se produisait l’abominable tragédie de l’Hôtel Ivoire, où des soldats français ouvrirent le feu sur des manifestants désarmés, en tuant des dizaines et en blessant des centaines. A partir de la fin mars 2011, les hélicoptères de combat français et ceux de l’ONU, qui convoyaient déjà les rebelles depuis plusieurs mois, se sont mis à leur fournir un véritable appui aérien tactique. Alors que les rebelles intensifiaient leurs massacres de civils, les Français et l’Onu se sont mis à pilonner «les armes lourdes» de Laurent Gbagbo et la résidence du chef de l’État, à Abidjan. Les bombardements ont duré plusieurs jours, empêchant les Abidjanais de fermer l’oeil la nuit et faisant de nombreuses victimes civiles. Sans ces frappes aériennes et la protection des blindés onusiens et français, jamais les rebelles, véritable bande de voyous désorganisés et disparates, ne seraient venus à bout de l’armée ivoirienne. Ils n’étaient capables que d’une chose : semer partout la terreur. Actuellement, les rebelles de Guillaume Soro et ceux d’Ibrahim Coulibaly (IB) s’entredéchirent en Côte d’Ivoire. Que fallait-il attendre de la part de pareilles hyènes ? Le prétexte de la France et de l’Onu pour détruire les dépôts de munitions et les blindés ivoiriens ? Les armes en question auraient menacé les civils. Or, quoi qu’aient pu en dire Ouattara et ses assassins qui ne cessent de vouloir masquer leurs crimes par des mensonges éhontés, jamais les Forces de défense et de sécurité de la Côte d’Ivoire n’ont tiré sur des civils. Il a fallu que des menteurs onusiens s’en mêlent pour pallier l’absence totale de fondement aux accusations de crimes de guerre contre Laurent Gbagbo.

Le gros mensonge initial. La crise provoquée volontairement par l’Onu en Côte d’Ivoire a été déclenchée par un mensonge initial, c’est-à-dire le mensonge de la victoire électorale d’Alassane Ouattara. Ni Ouattara, ni l’Onu n’ont accepté que l’on recompte les voix, comme l’a constamment demandé Laurent Gbagbo, et ce, pour une raison évidente : un examen impartial de ce qui s’est passé lors du second tour aurait clairement mis en évidence le mensonge et aurait démontré la victoire de Laurent Gbagbo. Compte tenu des énormes pressions exercées sur Laurent Gbagbo, l’élection a eu lieu même si les rebelles n’avaient pas désarmé comme convenu dans les accords de paix. (Après le feu d’artifice de la destruction des armes des forces ivoiriennes, en quelques jours, on voit bien maintenant que la France et l’Onu auraient eu amplement les moyens de désarmer les rebelles sur une période trois ans, si elles avaient voulu.) Le premier tour se tient le 31 octobre 2010 et le second, le 28 novembre. Laurent Gbagbo est premier le 31 octobre avec 38 % des voix, contre 32 % pour Alassane Ouattara et 25 % pour Henri Konan Bédié. Au premier tour, Young-Jin Choi, le représentant de Ban Ki-moon en Côte d’Ivoire, attend la  proclamation par le Conseil constitutionnel pour attester, au nom de l’Onu, que l’élection s’est tenue dans le respect des règles. Le second tour entraînera un imbroglio. M. Choi n’attendra pas la proclamation du Conseil constitutionnel et attestera plutôt le résultat fictif donné par le président de la Commission électorale indépendante.Les membres de la Commission électorale indépendante (Cei) n’arrivent pas à s’entendre, car des irrégularités importantes entachent les résultats dans la zone occupée par les rebelles (zone Cno). Après trois jours, le délai de la Cei est expiré et elle doit remettre le dossier au Conseil constitutionnel, comme le prévoit le Code électoral de la Côte d’Ivoire. Mais, après l’expiration du délai, le 2 décembre, coup de théâtre, le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, se rend au Qg d’Alassane Ouattara pour y annoncer la victoire de ce dernier. M. Bakoyoko est emmené au QG de M. Ouattara par les ambassadeurs des Etats-Unis et de la France. Il n’est accompagné d’aucun autre membre de la Cei. Seuls des journalistes étrangers sont présents au moment de l’annonce. Aucun journaliste ivoirien n’est sur place. Serait-il normal que le lieutenant-gouverneur du Québec arrive dans une voiture de la GRC au QG de campagne du Parti libéral du Québec, pour y annoncer le résultat des prochaines élections générales québécoises, sans égard aux prérogatives du directeur général des élections, en présence uniquement de journalistes du Globe and Mail, de l’Ottawa Citizen et du Calgary Herald ? Sans attendre la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel, qui est le seul habilité à le faire selon la Constitution de la Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi atteste les résultats annoncés par Youssouf Bakayoko. Selon M. Choi, de nombreux agents de l’Onuci avaient été déployés sur l’ensemble du territoire national pour rendre compte du déroulement du scrutin. Ils ont pu constater que l’élection s’est tenue dans de bonnes conditions et que, s’il y a eu des irrégularités, elles sont mineures et ne justifient pas une remise en question du résultat. Voilà le gros mensonge fabriqué par l’Onu qui est à l’origine de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Le Conseil constitutionnel, la plus haute autorité judiciaire au pays, comme la Cour suprême au Canada, n’est pas du tout du même avis que M. Choi. Lui et beaucoup d’autres observateurs constatent des fraudes massives et des violences commises dans les zones sous l’emprise des rebelles toujours armés.

Yao N’dré, président du Conseil constitutionnel, annonce la décision de ce dernier. Laurent Gbagbo a remporté l’élection présidentielle. Le résultat définitif est le suivant : Laurent Gbagbo: 51,45% ; Alassane Ouattara : 48,55%.

Il est à noter, par exemple, que, dans environ 500 bureaux de vote de la zone Cno, Laurent Gbagbo obtient 0 voix, ce qui veut dire que même ses propres représentants n’auraient pas voté pour lui, alors qu’il avait obtenu beaucoup de votes dans ces bureaux, au premier tour. Contrairement à ce qu’affirme le menteur onusien Choi, de nombreuses délégations d’observateurs constatent des fraudes massives dans la zone Cno : des vols d’urnes par des soldats rebelles, des séquestrations d’observateurs, des votes multiples, des faux bulletins sans hologramme, des bourrages d’urnes, l’empêchement de voter des partisans de Laurent Gbagbo, des agressions physiques contre eux ainsi que de nombreux préjudices matériels.

L’un des observateurs de l’Union africaine, Mohamed Aref, témoigne de l’énorme manipulation. Pour lui, c’est très simple : les chiffres de Choi sont truqués. Bien que la Constitution de la Côte d’Ivoire ne prévoie aucun recours contre les décisions du Conseil constitutionnel, les partisans d’Alassane Ouattara et leurs alliés occidentaux font valoir que le président de ce conseil a été nommé par Laurent Gbagbo. Est-ce une raison pour balayer du revers de la main la décision des juges ? Au Canada, par exemple, les juges de la Cour suprême sont nommés par le premier ministre. Le Québec a-t-il demandé aux casques bleus de bombarder Ottawa lorsque la Cour suprême du Canada a invalidé de nombreuses dispositions de la Charte de la langue française ? Les partisans d’Alassane Ouattara et leurs alliés occidentaux font aussi valoir que, selon l’article 64 du Code électoral, le Conseil constitutionnel avait l’obligation d’ordonner la reprise du scrutin dans les 45 jours s’il constatait des irrégularités graves. Or, cet argument revient à donner plus de pouvoir à la Cei qu’au Conseil constitutionnel et à nier à ce dernier sa fonction de juge suprême en matière d’application des lois. Le Code électoral est une loi de la Côte d’Ivoire, qui doit être interprétée à la lumière de la Constitution et du reste du cadre juridique du pays.

De plus, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la tenue d’un scrutin honnête dans les zones sous l’emprise des rebelles aurait été difficile sans désarmement. Vu les circonstances, la plus haute autorité judiciaire avait le droit de prendre la décision qu’elle estimait dans l’intérêt du pays. La Côte d’Ivoire étant un Etat souverain doté d’institutions démocratiques, il ne revient pas à la communauté internationale, mais bien à la population ivoirienne de choisir elle-même son président. Au Canada, accepterait-on que la «communauté internationale» proclame le vainqueur des élections et exerce des pressions énormes pour que les Canadiens acceptent ce choix? Les litiges électoraux sont courants dans le monde. Chaque fois, on laisse les autorités administratives et judiciaires du pays les régler. Pourquoi veut-on que ce soit différent en Côte d’Ivoire ? Parce que la population est de race noire ? Pour ajouter l’insulte à l’injure, lorsque l’Union africaine a formé un comité d’experts pour se pencher sur le litige, ce comité n’a pas du tout examiné le fond de la question, c’est-à-dire les documents électoraux. Il s’est borné à interroger divers acteurs du dossier et s’est appuyé sur les résultats fictifs de Choi ainsi que sur une erreur d’appréciation grave. L’Union africaine étant financée à 80 % par l’Union européenne, elle est peuplée de menteurs qui sont sur la même liste de paye que les menteurs onusiens. Voici un extrait de la réplique du gouvernement Gbagbo au rapport du comité d’experts, réplique que l’on pouvait trouver sur le site de la présidence de la Côte d’Ivoire, mais qui s’est volatilisée puisque Ouattara a fait fermer le site. Heureusement, j’en avais conservé une copie : «L’Union africaine fonde […] sa décision sur une erreur d’appréciation grave commise par le groupe d’experts, à savoir que la requête en annulation du Candidat Laurent Gbagbo portait sur quatre (04) et non pas sept (07) départements.

Selon eux, en annulant sept au lieu de quatre, le Conseil onstitutionnel est allé au-delà de ce qui lui était demandé. En vérité, le Conseil Constitutionnel était saisi pour annuler huit (08) départements : Bouaké, Katiola, Dabakala, BoundiaIi, Korogho, Ferké, Beoumi, Sakassou. Le Conseil a éliminé seulement sept (07) : Bouaké, Katiola, Dabakala, Boundiali, Korogho, Ferké, Séguéla soit moins que ce qui lui était demandé. Cette confusion grave apparaît comme une manœuvre délibérée pour discréditer la décision du Conseil Constitutionnel et arracher la décision des membres du Panel et du CPS en faveur d’Alassane Ouattara.» Les lecteurs qui souhaitent vérifier dans les détails l’information ci-dessus peuvent consulter le site International Watch, où ils trouveront des documents officiels relatifs au second tour de l’élection présidentielle, y compris beaucoup de preuves des fraudes massives. Les mensonges pour incriminer Gbagbo. On connaissait déjà le rôle délétère des faux pacificateurs onusiens à Haïti ou encore en République démocratique du Congo, où, à l’été 2010, par exemple, dans le village de Luvungi, ils ont laissé des bourreaux en armes violer des femmes et des enfants pendant une semaine, sans intervenir. S’il restait encore un seul gramme de crédibilité à la «communauté internationale», elle vient de le perdre en Côte d’Ivoire, où les masques vertueux des onusiens sont tombés pour de bon. L’Onu s’est complètement déshonorée en devenant le foyer de propagation des mensonges, et les casques bleus se sont transformés au grand jour en terroristes aux côtés des rebelles, pour tuer des Ivoiriens.

Si vous cherchez partout dans les médias ou ailleurs des preuves solides des accusations portées contre Laurent Gbagbo, vous n’en trouverez nulle part. Vous entendrez des affirmations, des histoires, mais jamais de preuves concluantes semblables aux nombreuses preuves visuelles et matérielles très accablantes contre Alassane Ouattara et ses amis de l’Elysée et de l’Onu. Vous verrez par ailleurs beaucoup de mensonges construits de toutes pièces par les humanitaires à l’impartialité factice ainsi que par les chefs onusiens, puis relayés par les grands médias. Laurent Gbagbo ayant toujours été un homme de paix et de démocratie, il a fallu, pour pouvoir convaincre le public occidental que c’était un dictateur, cacher certains faits cruciaux et organiser des mises en scène…

Par Bernard Desgagné

M. Koulibaly : Ouattara, c’est 3050 milliards du budget sans l’aval de l’Assemblée Nationale

Alors que le microcosme ivoirien bruisse des rumeurs de restructuration du Front populaire ivoirien, et qu’Alassane Dramane Ouattara brade les fleurons économiques et industriels aux entreprises françaises, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale et leader de l’opposition, s’exprime sur les sujets cruciaux et rappelle à l’ordre un Alassane Ouattara qui, à peine investi, s’est déjà mué en satrape hors-la-loi.

Un entretien sans fard et constructif, qui augure d’une opposition salvatrice dans un pays à la dérive.

Vous êtes d’ordinaire très critique à l’égard du Fpi. Peut-on globalement dire que les 10 années de gestion du Fpi ont été profitables à la nation ?

Le bilan du FPI est difficile à dresser lorsque l’on sait que dès son arrivée au pouvoir Laurent Gbagbo a opté pour un partage du pouvoir avec les partis d’opposition. Ce partage a ensuite été «institutionnalisé» par les accords de Marcoussis et le FPI a été nettement minoritaire dans les gouvernements qui se sont succédé avec de surcroît des premiers ministres d’opposition. Dans ce contexte, il est difficile d’appliquer un programme et d’avancer efficacement. Sûrement, ce constat est un point positif puisqu’il nous a permis aujourd’hui de refuser d’entrer au gouvernement pour laisser une chance à la nouvelle équipe de mettre en place en toute responsabilité sa politique. Il est important que la notion de responsabilité émerge enfin dans le pays. Le partage du pouvoir n’est non seulement pas propice à cela mais va contre la démocratie même qui nécessite des contre-pouvoirs pour exercer un contrôle sur les dirigeants en place. Si nous partageons tous «le gâteau», plus personne ne contrôle rien et chacun rejette les responsabilités sur l’autre.

Je crois cependant qu’il est important de souligner les actions positives de la politique de refondation du FPI. La Côte d’Ivoire n’a pas connu une seule crise que l’on appelle la crise postélectorale. Elle en a connu plusieurs, dont une que l’on a tendance à oublier. C’est la sévère crise économique des années 80 dont les effets sont encore vivaces de nos jours. Quand nous sommes arrivés au pouvoir en 2000, la Côte d’Ivoire était en faillite avec un taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) négatif de -3%. Au moment où nous partions aux élections en octobre dernier, la Côte d’Ivoire avait un taux de croissance du PIB de près de 4%. C’est-à-dire qu’entre 2000 et 2010, nous avons fait un bond de 7 points. Aucun pays au monde, dans une situation de crise comme celle de la Côte d’Ivoire n’a jamais réalisé une telle performance. Et ça été bien pour la Nation en construction.

En ce qui concerne la démocratie, le FPI a à son actif l’élection démocratique de Laurent Gbagbo en 2000. Aussi imparfait qu’ait été le scrutin, il est arrivé au pouvoir par les urnes et cela était un pas en avant après les pages noires de la bataille de la succession d’Houphouët puis du coup d’Etat de 1999. Et ça aussi a été bien pour la Nation en construction.

On peut également mettre à l’actif du FPI l’explosion de la libéralisation de la presse écrite. On a vu ces dernières années nombres de journaux de tous bords fleurir et s’exprimer librement. On ne peut pas dire que cela a fait du mal à la Nation en construction.

Le FPI a également aboli la carte de séjour qui avait été mise en place par le gouvernement Ouattara dans les années 90 et, contrairement à l’idée reçue que le FPI est xénophobe, c’est durant ces dernières années que le nombre de naturalisation a augmenté de manière exponentielle. Et cela a aussi été très bien pour la Nation en construction.

Il faut également souligner le travail réalisé dans le recul de la dette. Notons que la dette de la Côte d’Ivoire remonte essentiellement aux années 70, 80 et 90. C’est au cours de ces trois décennies qu’elle a connu une évolution fulgurante. De 100 milliards de francs CFA, équivalant à 17,7% du PIB en 1973, le montant de la dette est passé successivement à 2371 milliards, soit 75,6% du PIB en 1985 puis 8468 milliards, soit 136% du PIB en 1996. Il a donc fallu être économe et stratège pour faire reculer ce fléau. Grace à la discipline budgétaire, en mars 2009 la Côte d’Ivoire a pu être élue, pour la première fois, à l’initiative PPTE qui vise à annuler cet héritage empoisonné. Nous avions obtenu que les créanciers de la Côte d’Ivoire annulent, à partir de mars 2011, plus de 6400 milliards de francs CFA. Cette bonne gestion mérite d’être soulignée même si la guerre est venue retarder cette perspective. Et Ouattara ne peut construire que sur la base du point de décision obtenu en 2009 par le FPI auprès de la communauté des créanciers de son Etat. N’est-ce pas bien çà pour la Nation en construction ?

N’oublions pas également que sous l’action du FPI, l’organisation de l’Etat a connu une importante métamorphose par une promotion intensive de la décentralisation. Nous sommes passés de la vision du centralisme étatique des quarante premières années de notre Nation à une vision plus libérale où l’Etat concède aux populations la capacité de s’auto déterminer elles-mêmes dans certains domaines du développement local. Il reste encore du chemin à faire pour améliorer ce modèle décentralisé mais le principe a été posé durant cette dernière décennie. Et les populations ont apprécié nous les en remercions.

Il est vrai, comme vous le dites dans votre question, que je ne suis pas tendre avec le bilan du parti car je crois qu’il est inutile de masquer les dérives, mais il est tout aussi important de souligner les acquis et les actes que nous avons posés dans le sens de la démocratie et du progrès. Cela aussi raffermit la démocratie et le FPI est le seul parti capable de se le permettre pour le moment. L’autocritique ne peut faire que du bien à une Nation en construction.

Si tant est que le bilan de Gbagbo est aussi positif, pourquoi les Ivoiriens ne l’ont pas reconduit lors de l’élection du 28 novembre ?

Il y a tellement eu d’urgences à gérer et de négociations stériles après la tentative de coup d’Etat de 2002 et la rébellion qui l’a suivie que la communication dans le pays s’est limitée à la gestion de la crise et aux commentaires sur les accords successifs signés. La communication n’a pas été bonne puisqu’on a donné l’impression d’être dans une situation d’attente de la résolution de la crise, d’attente des élections, alors que cette attente n’était pas dépourvue d’aspects constructifs malgré les freins imposés par le gouvernement d’union nationale. Il faut dire qu’il est moins glorieux d’annoncer que l’on a fait des économies pour réduire le montant de la dette héritée de ses prédécesseurs que de contracter un énorme emprunt pour réaliser des routes, des hôpitaux, des écoles. La bonne gestion n’est pas très populaire car elle ne se voit pas.

De plus, nous avons commis la faute politique qu’il ne fallait pas: aller aux élections sans qu’il n’y ait eu application intégrale de l’accord de Ouaga. Nous sommes allés aux élections sans désarmement, sans redéploiement de l’administration, sans unicité de caisse, sans réunification du pays, et sans la réalisation de bien d’autres exigences de l’APO, qui n’a été qu’un mauvais accord de surcroît mal appliqué. L’issue nous aura été fatale.

Pensez-vous que Ouattara est-il bien ou mal parti pour relever les défis qu’il s’est imposés ?

J’avoue qu’il est un peu tôt pour poser un jugement intangible mais les premiers mois de gouvernance d’Alassane Ouattara interrogent. En effet, s’il ne maîtrise pas ses chefs de guerre, s’il ne libère pas le pays de ces hommes en armes marginaux qui règnent par la terreur, se rémunèrent des vols et rackets, il sera difficile de relever le défi de l’état de droit qui pourtant est le socle de tout notre développement. Quel Ivoirien va vouloir investir dans le pays dans les conditions actuelles de chaos ? Quel investisseur étranger va prendre le risque de lancer des activités ici alors qu’il n’y a de sécurité pour personne? Pourtant si l’économie ne redémarre pas, nous allons de nouveau entrer dans le cycle cauchemardesque de la dette publique. En Côte d’Ivoire, on a coutume de parler de dons de la part des institutions financières internationales mais gardons en tête que ce sont des prêts à l’Etat et au gouvernement à taux non marchands qui, depuis cinq décennies, handicapent l’avenir. De même que nous payons la dette des générations passées, de même nous endettons nos enfants et nos petits-enfants. Au lieu de la richesse, nous transmettons plutôt la pauvreté aux générations à venir. Et çà ce n’est pas bien pour la Nation en construction.

Notons également que comme son prédécesseur, le Président Ouattara gouverne par ordonnances illégales et par décrets dans l’attente des prochaines élections législatives qui ne pourront être organisées qu’en fin d’année. C’est la porte ouverte à tous les abus car il n’y a aucun garde-fou. Rien ne l’empêche pourtant de travailler avec le Parlement au sein duquel ses alliés politiques pourraient lui apporter la majorité des voix. Il y a des décisions importantes à prendre. Le pouvoir absolu sans contrôle et sans contre-pouvoir est très dangereux pour la Nation en construction.

Le budget vient d’être adopté cette semaine par ordonnance sans même avoir recueilli l’avis des représentants du peuple à l’Assemblée nationale. C’est de mon point de vue une grave erreur que je ne manquais pas non plus de relever dans les pratiques de l’ancien pouvoir. On note de toutes parts des critiques du FPI formulées par le nouveau régime, mais on reproduit ses erreurs les plus graves. De surcroît, le Président Ouattara verrouille son système en positionnant ses amis dans les secteurs stratégiques… C’est assez inquiétant car nous sommes loin de cette démocratie au nom de laquelle tant d’ivoiriens sont tombés.

Ce qui me semble inquiétant également, c’est cette passion exercée par l’Etat français sur le Président. Certes il doit beaucoup aux autorités françaises. De ce fait, certaines grandes entreprises françaises se sont taillées la part du lion dans les premiers chantiers mis en œuvre depuis le début de son mandat. Je ne dis pas qu’il faille marginaliser les entreprises françaises, bien au contraire, mais notre pays ne doit pas être la chasse gardée de quelques-unes à l’exclusion de nombreuses et performantes entreprises européennes, américaines ou provenant des pays émergents. Ouattara qui se dit libéral devrait avoir une vision plus ouverte du libre-échange, de l’appel d’offre et de la transparence des contrats et éviter les pièges du protectionnisme qui à terme appauvrit nécessairement. Le monde est grand et ouvert plus que jamais. Nous ne pouvons rester immuablement le regard tourné exclusivement vers Paris car nous risquons de perdre des opportunités intéressantes dans le monde globalisé. Et l’Etat en France a ses propres contraintes avec les déficits énormes de son budget et de son commerce extérieur qui tendent à la présenter comme un Etat qui vit au-dessus de ses moyens.

Je compte sur le temps et espère vivement que l’équipe en place rétablisse l’état de droit, la sécurité et les libertés individuelles au plus vite. Nous avons, à travers ses discours, noté des volontés, il convient désormais de poser des actes concrets. La gouvernance ne peut se limiter à une bonne communication.

Donc, pour répondre à votre question, j’ai le sentiment que le Président Ouattara part mal pour relever ses défis mais il est encore temps de redresser la barre, donc nous attendons avec un œil vigilant.

Le budget 2011 adopté par ordonnance s’élève à 3050 milliards, avez-vous des réserves à poser ?

J’ai répondu à cela dans votre précédente question. Il est inquiétant que le budget n’ait pas été présenté à l’Assemblée nationale pour être débattu entre les députés. Les ordonnances qui instituent ce budget sont illégales. Nous ne savons même pas si ce budget corrige le défaut d’unicité des caisses. Comment ce budget sera-t-il exécuté s’il n’y a pas d’administration redéployée ? Ce budget réunifie-t-il la Côte d’Ivoire ?

Chez Ouattara, on estime que votre Parlement n’est plus représentatif du peuple ivoirien qui l’avait élu pour 5 ans et qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députés. Doit-t-on soumettre des lois à un parlement illégal ?

Alassane Ouattara, lors de sa prestation de serment, a juré de respecter et de défendre fidèlement la Constitution. Rien dans la Constitution ne lui donne le droit de décréter la fin du mandat du Parlement. Au mieux, il pourrait demander son avis au Conseil constitutionnel, à moins qu’il considère que le Conseil constitutionnel est illégal également. Auquel cas, la prestation de serment qui a eu lieu le serait aussi.

On ne peut pas violer la Constitution et le Président de la République n’est pas au-dessus de la Constitution que je sache. Ceux qui estiment, comme vous dites, chez Ouattara, que le Parlement est illégal devraient mettre aux arrêts tous les députes pour exercice illégal d’activités législatives. Il devrait leur être interdit de mettre les pieds à l’Assemblée nationale. Et chaque fois que quelqu’un se présenterait comme député, il devrait être poursuivi pour faux, usage de faux et usurpation de titre.

Dire qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députes relève d’une bien curieuse façon de lire le droit chez ceux qui le disent. La législature qui devait durer cinq ans dure jusqu’à ce jour. Quelles en sont les raisons? La réponse à cette question doit être à la fois recherchée dans la lettre et l’esprit de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution et également dans l’avis du Conseil Constitutionnel de décembre 2005 sur la prorogation du mandat de l’Assemblée nationale.

Selon l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale. L’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale élue en 2000 devant prendre fin le 16 décembre 2005, l’élection des nouveaux députés aurait dû intervenir 20 jours au moins et 50 jours au plus avant le 16 décembre 2005, soit entre le 27 octobre et le 26 novembre 2005.

L’élection n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne pouvaient prendre fin. Simple question de bon sens. Il résulte de ce qui précède que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en cours.

La lettre de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution est confirmée par la pratique constante de l’élection des députés depuis 1960. Le débat sur les pouvoirs de l’Assemblée Nationale au-delà de décembre 2005 a été soulevé en son temps et le Conseil constitutionnel, saisi à cet effet, a rendu un avis concluant au maintien de ladite institution dans ses prérogatives jusqu’à l’élection des nouveaux députés. Peut-on ignorer cet avis et prétendre respecter la Constitution et ses Institutions?

Abréger le mandat parlementaire en cours pourrait être interprété comme une violation des dispositions constitutionnelles et légales préjudiciable à l’avènement de l’Etat de droit prôné par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Il conviendrait conséquemment de laisser survivre l’Assemblée Nationale pour donner toute plénitude au pouvoir nouvellement élu de prendre les dispositions diligentes pour convoquer le collège électoral en vue du renouvellement de l’Assemblée nationale. La fin prématurée du mandat parlementaire ne peut intervenir que dans les cas suivants: démission, déchéance, décès ou acceptation de certaines fonctions, notamment gouvernementales. Le cas d’espèce soulevé ne correspond à aucune prescription constitutionnelle et réglementaire.

Au surplus, contrairement aux législations prescrivant les motions de censure du Parlement à l’encontre du gouvernement ou de dissolution du Parlement par l’Exécutif, le système institutionnel ivoirien, qui est un régime de séparation des pouvoirs, n’autorise nullement l’Exécutif à abréger le mandat parlementaire, ni le Législatif à renverser l’Exécutif. Si le gouvernement en place veut passer outre les dispositions constitutionnelles, c’est son affaire mais qu’ils ne nous disent pas qu’il n’y a pas de texte en la matière. Il y a des textes, et ces textes seront alors violés.

Qu’attendez-vous de Ouattara aujourd’hui ?

Il est important qu’il rétablisse la sécurité dans le pays et qu’il mette en place un véritable état de droit. Il est crucial qu’il veille à ce que la justice fasse son travail dans le processus de réconciliation. Il faut en effet mettre en exergue toutes les culpabilités sans couleur politique. Il n’y a pas le clan des gentils au pouvoir et le clan des méchants perdants. Il y a des responsabilités de toutes parts et je compte sur lui pour ne pas biaiser le processus au risque d’anéantir toute possibilité de cohésion sociale.

Dans les jours à venir, en vue de préparer les élections locales, en tant qu’opposant, j’attends de lui que l’on engage une discussion sur des sujets de fond : le redécoupage électoral, la future liste des électeurs, l’augmentation du nombre des députés, la recomposition de la Commission électorale, la sécurisation de la campagne et des scrutins. Je souhaite également aborder le sujet du financement des partis politiques. L’accord de Marcoussis a instauré le financement public des partis politiques et il est important de maintenir cette disposition qui permet à l’opposition d’exister, d’exercer sa mission constitutionnelle et de faire connaître leurs droits et leurs obligations aux citoyens électeurs et aux populations en général. N’oublions pas qu’une opposition libre, au même titre qu’une presse libre, est un contre-pouvoir essentiel dans une démocratie. La démocratie ne peut se limiter à un bulletin dans l’urne au risque de muer vers l’autocratie.

Etes-vous, oui ou non, le dauphin constitutionnel ? La question se pose entre quatre murs ?

Votre question est étrange. Pourquoi «entre quatre murs» alors qu’un quotidien (Nord-Sud) s’est également inquiété de cette question dans son édition du 24 juin dernier, et qu’au RHDP cela fait l’objet de spéculations incessantes ? La terreur que laissait transparaitre l’analyse de vos confrères face à l’hypothèse d’empêchement du Président de la République m’a fait sourire ! Cette crainte démesurée pourrait inquiéter les populations quant à la santé du Président !

Pour vous répondre, expliquons que la Constitution de 2000 a supprimé le dauphinat en Côte d’ivoire. Dans l’ancienne Constitution, le Président de l’Assemblée nationale était le dauphin au sens où la constitution lui permettait, en cas de vacance du pouvoir, de terminer le mandat du Président de la République avec les pleins pouvoirs de celui-ci.

Mais, dans la nouvelle Constitution, le Président de l’Assemblée nationale ne peut plus terminer le mandat du Président de la République. Il a au plus 90 jours pour organiser les élections auxquelles il peut être candidat ou pas. En outre, il n’a pas les pleins pouvoirs d’un Président de la République et ne peut changer de gouvernement, ni renvoyer ou nommer un ministre. Il ne peut modifier la Constitution et ne peut organiser de referendum. L’intérim n’est pas le dauphinat. Les deux notions sont totalement différentes. La première se réfère aux structures démocratiques tandis que la seconde à l’environnement monarchique.

Donc, il faut que les populations le comprennent bien et que le RHDP arrête de paniquer à force de ressasser les mêmes arguments fallacieux. Koulibaly n’est pas le dauphin de Ouattara. Koulibaly n’usurpera pas le pouvoir du RHDP. Koulibaly a une opposition à construire face à Alassane Ouattara pour que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et en Afrique. Pour l’heure, je suis ma voie qui est celle du plaidoyer en faveur de la construction de la démocratie, du combat pour l’avancée de la liberté, de l’état de droit et de la souveraineté des peuples et des individus dans une Afrique moins violente, plus harmonieuse, plus heureuse et plus ouverte sur le monde.

Interview par Traoré M. Ahmed, in L’Expression

Lumière sur les relations entre Laurent Gbagbo et les Gnassingbé du Togo

Je suis bien curieux de savoir pourquoi certains Togolais « démocrates » pensent que c’est Gbagbo qui est le dictateur et non Ouattara, alors que ce dernier incarne le parti unique sans faute et qu’il n’a jamais voulu du multipartisme en Côte d’Ivoire.

En 1992, alors PM, le tout nouveau « chevalier blanc d’Abidjan » embastillat sans retenue Simone et Laurent Gbagbo après les avoir humiliés devant leurs étudiants. Ne décrivons pas ici l’humiliation en question.

Des rapprochements tactiques et non idéologiques

Les rapprochements entre les regimes togolais et Laurent Gbogbo étaient purement stratégiques et non idéologiques. Du vivant d’Eyadema, Gbagbo avait tiré avantage du leger antagonisme de leadership entre Eyadema et Compaoré (tous les deux au service de la France en Afrique) pour avoir le soutien du vieux dictateur togolais qui avait une certaine assise et qui pouvait se permettre certaines libertés vis-à-vis de Paris. Chirac voyait Eyadema mourant et Compaoré devenait l’homme de la situation, mais le vieux n’était pas prêt à accepter qu’on le néglige ainsi. N’oublions pas que ces vieux dictateurs (Bongo, Houphouet et Eyadema) étaient devenus incontournables sous certains rapports et craints de Paris.

Chirac ayant compris son impuissance vis-à-vis de Gnass père, avait justement vite fait de lui arracher le dossier ivoirien pour l’amener à Marcousis. Eyadema n’a pas pardonné ce manque d’égard et Gbagbo en a profité au maximum, pour par exemple se faire livrer des armes via le Togo, contre le gré du jeune Compaoré. Ce dernier deviendra à la mort de Gnass, l’homme fort de la France en Afrique de l’Ouest et dirigera même le Togo dans son rôle de FACILITATEUR. Tous les courants politiques du Togo lui font allégeance.

Quand même Gbagbo pouvait compter sur l’héritier d’Eyadema qui lui aussi redoutait un soutien de Gbagbo aux mouvements patriotiques togolais comme le MO5 dont on apercevait de temps en temps les leaders à Abidjan. De toute façon, si Rawlings du Ghana n’a pas réussi à faciliter le départ des Gbassingbé du pouvoir, ce n’est pas Gbagbo qui le pouvait. L’opposition togolaise a la « combativité très élastique », est trop divisée et n’est pas facile à aider. Le vieux Houphouet l’avait déjà essayé sans succès dans les années 77. Rawlings du Ghana avait même militairement aidé la très fameuse opposition togolaise, mais hélas… Le tout s’était soldé par l’assassinat au Ghana du seul militaire redouté d’Eyadema, le lieutenant Vincent Tokofayi (photo).

Pour Gbagbo il vallait mieux sauver sa propre tête que de s’encombrer d’une opposition qui n’avait pas de repère fixe. Il vallait surtout mieux pour la Côte d’Ivoire avoir 1 (Burkina) contre soi que 2 (Togo + Burkina) dans la sous-région. La position de Wade était encore à l’époque moins tranchée contre Gbagbo.

Au debut de la crise en 2002 pourtant, certains rebelles Ivoiriens auraient été formés à Kpéwa au Togo et Gbagbo ne l’ignorait certainement pas. Mais face à ce que Eyadema considerait comme un manque d’égard pour lui le doyen, par Paris et par le jeune Compaoré que lui (Eyadema) et Houphouet avaient installé à Ouaga en écartant Sankara, on comprend aisément que le soutien du Togo à la rebellion ivoirienne ne puisse pas aller bien loin. Donc Gbagbo en a profité et cela a continué un peu sous Faure avant que Sarkozy ne rappelle fermement à l’ordre Lomé. L’envoi de troupes togolaises à Abidjan sous le couvert des Nations-Unis confirme bien que Lomé n’était pas en phase idéologique avec le pouvoir de Gbagbo.

C’est vous dire que Gbagbo ne soutenait pas idéologiquement le regime togolais, mais qu’il cherchait un appui strategique contre une rebellion organisée et soutenue par la très puissante France. Disons que c’est en grande partie cette ruse de Gbagbo qui lui a permis de tenir face à Paris déterminé depuis 2002 à en finir avec lui. On l’avait justement surnommé le « Boulanger » et pour cause. Au fait Aucun dirigeant Africain n’avait jamais tenu autant tête à la France et pour si longtemps.

Les 10 ans de Gbagbo auront permis la libre expression des intellectuels ivoiriens et de la jeunesse. L’art et la musique ivoirienne ont connu un boom sans précédent, concurençant et même éclipsant la Rumba congolaise. Ceci fait cruellement défaut partout en Afrique. Nous attendrons encore longtemps pour avoir un leader de la taille de Gbagbo sur le continent. Et puisque les détracteurs de ce visionnaire ont actuellement la haute main en Côte d’Ivoire, observons bien l’homme du FMI et des programmes d’ajustement structuel et on verra bien plus clair. Ouattara n’a aucune marge de manoeuvre pour travailler rien que dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et non de la France et du grand capital occidental. ADO peut avoir la meilleure volonté du monde, il ne pourra rien. Ceux qui l’ont porté au pouvoir ont un agenda avec lequel on ne joue pas. Le sociologue suisse Jean Zigler nous l’explique bien au sujet de Ouattara dans cette vidéo intitulée « Ouattara est un mercenaire de l’Occident » (cliquer sur l’image pour regarder la vidéo).

Le FRAC est fragilisé par son manque de ligne claire

Quid du FRAC, ce mouvement au Togo qui actuellement cause l’insomnie chez Faure Gnassingbé. Il faut dire tout simplement que ce mouvement qui peut bien être porteur du « printemps togolais » reste fragilisé par l’influence de gens comme Kofi Yamgnane, Michel Kalife Nadime et autres laquais du système françafricain qui soutient Ouattara. On a vu les sorties curieuses de Yamgnane en soutien aux bombardements et à la destruction de la Côte d’Ivoire. Ici encore c’est le confusionnisme ambiant qu’on constate dans les analyses des Togolais.

Pourtant on n’a pas à démontrer que Laurent Gbagbo demeurait le seul survivant des mouvements de démocratisation des années 90 qui ont suivi le discours de la Baule et la chute du mur de Berlin. La France avait tout étouffé de ce mouvement dans ses anciennes colonies d’Afrique. Seul Gbagbo se maintenait. Du Niger au Togo (songeons au 3 décembre 1991). Du Congo Brazaville, de  Bangui à Antananarivo, le mouvement était étouffé. Entre temps, un grand homme français fit cadeau à l’humanité de sa vie et de ses recherches en osant des livrres d’une rare intelligence que tous les jeunes Africains doivent lire. J’ai nommé François Xavier Verschaves. C’est lui qui inventa le terme Françafrique pour désigner le système politique non officiel et mafieux mis en place par de Gaule pour exploiter les anciennes colonies françaises d’Afrique. (Regardez une vidéo de Verschaves, Françafrique, l’envers de la dette 2)

Notez bien que les Yamgnane et Kalife ne faisaient pas partie des mouvements de démocratisation de l’Afrique dans les années 90. L’un servait le mystificateur Mitterrand et l’autre était conseiller économique d’Eyadema. J’espère que vous comprenez bien à quoi je fais allusion. On peut se demander comment ces individus là peuvent honnêtement participer à un vrai soulèvement du peuple Togolais au sein du FRAC aux côtés de ceux qui luttent depuis 1990 pour la liberté au Togo.

Idéologiquement, le FRAC est encore sans base solide et ses leaders semblent attendre quelque chose de Paris et non des peuples du Togo eux-mêmes. Ces peuples qui ne doivent pas se limiter à Lomé. La position ambiguë du FRAC par rapport à la crise ivoirienne suggère que les leaders du mouvents espèrent que Paris les installe au pouvoir comme Ouattara. Le vrai pouvoir pourtant provient des peuples d’Afrique et non des clins d’oeil à l’étranger. On l’a vu en Tunisie et en Egypte. Le FRAC peut mieux faire en éduquant sérieusement et profondément à travers des structures solides à mettre en place sur tout le Togo pour préparer à la vraie lutte de libération. Une lutte  qui ne doit pas nécessairement advenir aujourd’hui. Aussi, il faut préciser que l’idée d’une lutte de conquête immédiate du pouvoir et non de libération national est sans issue. On le sait par expérience depuis 1991. Chaque leader politique togolais a toujours tiré les ficelles de son côté au mépris de la nature colossale du régime en place, fortement soutenu par des puissances étrangères.

Or seul un peuple bien informé et éduqué peut venir à bout d’un tel système.

Par Joseph Takeli

Reflexion inspirée d’un débat sur Alafiaaaa, un groupe de discussion sur facebook

Affaire DSK : c’est la fin« d’un cauchemar affreux »

Le rebondissement sur les doutes autour de la crédibilité de la plaignante fait le bonheur des proches de l’ex-patron du FMI…

Un mois et demi après le « coup de tonnerre » de l’arrestation de DSK à New York pour des accusations de viol, les proches de DSK respirent mieux ce vendredi matin. Les doutes du bureau du procureur sur la crédibilité de la femme de chambre qui a porté les graves accusations pourraient en effet faire tombe les accusations. « C’est une nouvelle incroyable pour Dominique, pour Anne Sinclair, pour sa famille. Je pense qu’ils ont sans doute l’impression ce matin de se réveiller d’un cauchemar affreux », a expliqué sur France 2 Jean-Marie Le Guen, le député de Paris proche de DSK.

« Nous avons de l’espoir et nous allons suivre maintenant les événements avec beaucoup d’attention et beaucoup d’espoir », a-t-il ajouté. Le député a fait le tour des rédactions puisque sur BFM TV que l’ex-patron du FMI devait être « libéré de toutes ses contraintes et de l’opprobre ». « La justice américaine doit réhabiliter DSK », a-t-il insisté.

« J’espère que DSK sera réhabilité » Et si toutes les accusations tombaient, DSK pourrait-il revenir dans le jeu politique français ? « Ses proches ont beaucoup souffert aussi, il faut donc d’abord réparer cette souffrance puis ensuite faire face aux événements avec clairvoyance », a répondu le socialiste. Mais « dans les mois qui viennent, la parole de DSK sera décisive pour notre pays », a-t-il dit, précisant sur I-télé un peu plus tard que DSK prendrait sûrement sa part dans la campagne socialiste, sans préciser laquelle.

« J’espère que DSK sera réhabilité », a également réclamé sur BFM TV, Michel Sabban, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, a également réclamée

Autre socialiste proche qui soutenait DSK, Claude Bartolone a exprimé son « soulagement » sur BFM TV. Le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis a ajouté qu’il espérait que DSK retrouve « le plus vite possible sa liberté et dise sa vérité ». Quand il lui est demandé si DSK redevenait le meilleur candidat socialiste dans l’hypothèse où il était blanchi, Claude Bartolone a temporisé : « impossible de commenter ce genre de chose ». « Pour le moment qu’il s’en sorte personnellement, après on verra », a-t-il dit. Et d’ajouter que « le tapis rouge affectif et amical » lui sera déroulé au PS, se demandant si DSK lui-même aurait envie de replonger. Il devra s’interroger sur « le sens qu’il veut donner à son existence après son passage dans la machine à laver judiciaire ».

Maud Pierron pour 20minutes.fr