Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Lumière sur les relations entre Laurent Gbagbo et les Gnassingbé du Togo

Je suis bien curieux de savoir pourquoi certains Togolais « démocrates » pensent que c’est Gbagbo qui est le dictateur et non Ouattara, alors que ce dernier incarne le parti unique sans faute et qu’il n’a jamais voulu du multipartisme en Côte d’Ivoire.

En 1992, alors PM, le tout nouveau « chevalier blanc d’Abidjan » embastillat sans retenue Simone et Laurent Gbagbo après les avoir humiliés devant leurs étudiants. Ne décrivons pas ici l’humiliation en question.

Des rapprochements tactiques et non idéologiques

Les rapprochements entre les regimes togolais et Laurent Gbogbo étaient purement stratégiques et non idéologiques. Du vivant d’Eyadema, Gbagbo avait tiré avantage du leger antagonisme de leadership entre Eyadema et Compaoré (tous les deux au service de la France en Afrique) pour avoir le soutien du vieux dictateur togolais qui avait une certaine assise et qui pouvait se permettre certaines libertés vis-à-vis de Paris. Chirac voyait Eyadema mourant et Compaoré devenait l’homme de la situation, mais le vieux n’était pas prêt à accepter qu’on le néglige ainsi. N’oublions pas que ces vieux dictateurs (Bongo, Houphouet et Eyadema) étaient devenus incontournables sous certains rapports et craints de Paris.

Chirac ayant compris son impuissance vis-à-vis de Gnass père, avait justement vite fait de lui arracher le dossier ivoirien pour l’amener à Marcousis. Eyadema n’a pas pardonné ce manque d’égard et Gbagbo en a profité au maximum, pour par exemple se faire livrer des armes via le Togo, contre le gré du jeune Compaoré. Ce dernier deviendra à la mort de Gnass, l’homme fort de la France en Afrique de l’Ouest et dirigera même le Togo dans son rôle de FACILITATEUR. Tous les courants politiques du Togo lui font allégeance.

Quand même Gbagbo pouvait compter sur l’héritier d’Eyadema qui lui aussi redoutait un soutien de Gbagbo aux mouvements patriotiques togolais comme le MO5 dont on apercevait de temps en temps les leaders à Abidjan. De toute façon, si Rawlings du Ghana n’a pas réussi à faciliter le départ des Gbassingbé du pouvoir, ce n’est pas Gbagbo qui le pouvait. L’opposition togolaise a la « combativité très élastique », est trop divisée et n’est pas facile à aider. Le vieux Houphouet l’avait déjà essayé sans succès dans les années 77. Rawlings du Ghana avait même militairement aidé la très fameuse opposition togolaise, mais hélas… Le tout s’était soldé par l’assassinat au Ghana du seul militaire redouté d’Eyadema, le lieutenant Vincent Tokofayi (photo).

Pour Gbagbo il vallait mieux sauver sa propre tête que de s’encombrer d’une opposition qui n’avait pas de repère fixe. Il vallait surtout mieux pour la Côte d’Ivoire avoir 1 (Burkina) contre soi que 2 (Togo + Burkina) dans la sous-région. La position de Wade était encore à l’époque moins tranchée contre Gbagbo.

Au debut de la crise en 2002 pourtant, certains rebelles Ivoiriens auraient été formés à Kpéwa au Togo et Gbagbo ne l’ignorait certainement pas. Mais face à ce que Eyadema considerait comme un manque d’égard pour lui le doyen, par Paris et par le jeune Compaoré que lui (Eyadema) et Houphouet avaient installé à Ouaga en écartant Sankara, on comprend aisément que le soutien du Togo à la rebellion ivoirienne ne puisse pas aller bien loin. Donc Gbagbo en a profité et cela a continué un peu sous Faure avant que Sarkozy ne rappelle fermement à l’ordre Lomé. L’envoi de troupes togolaises à Abidjan sous le couvert des Nations-Unis confirme bien que Lomé n’était pas en phase idéologique avec le pouvoir de Gbagbo.

C’est vous dire que Gbagbo ne soutenait pas idéologiquement le regime togolais, mais qu’il cherchait un appui strategique contre une rebellion organisée et soutenue par la très puissante France. Disons que c’est en grande partie cette ruse de Gbagbo qui lui a permis de tenir face à Paris déterminé depuis 2002 à en finir avec lui. On l’avait justement surnommé le « Boulanger » et pour cause. Au fait Aucun dirigeant Africain n’avait jamais tenu autant tête à la France et pour si longtemps.

Les 10 ans de Gbagbo auront permis la libre expression des intellectuels ivoiriens et de la jeunesse. L’art et la musique ivoirienne ont connu un boom sans précédent, concurençant et même éclipsant la Rumba congolaise. Ceci fait cruellement défaut partout en Afrique. Nous attendrons encore longtemps pour avoir un leader de la taille de Gbagbo sur le continent. Et puisque les détracteurs de ce visionnaire ont actuellement la haute main en Côte d’Ivoire, observons bien l’homme du FMI et des programmes d’ajustement structuel et on verra bien plus clair. Ouattara n’a aucune marge de manoeuvre pour travailler rien que dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et non de la France et du grand capital occidental. ADO peut avoir la meilleure volonté du monde, il ne pourra rien. Ceux qui l’ont porté au pouvoir ont un agenda avec lequel on ne joue pas. Le sociologue suisse Jean Zigler nous l’explique bien au sujet de Ouattara dans cette vidéo intitulée « Ouattara est un mercenaire de l’Occident » (cliquer sur l’image pour regarder la vidéo).

Le FRAC est fragilisé par son manque de ligne claire

Quid du FRAC, ce mouvement au Togo qui actuellement cause l’insomnie chez Faure Gnassingbé. Il faut dire tout simplement que ce mouvement qui peut bien être porteur du « printemps togolais » reste fragilisé par l’influence de gens comme Kofi Yamgnane, Michel Kalife Nadime et autres laquais du système françafricain qui soutient Ouattara. On a vu les sorties curieuses de Yamgnane en soutien aux bombardements et à la destruction de la Côte d’Ivoire. Ici encore c’est le confusionnisme ambiant qu’on constate dans les analyses des Togolais.

Pourtant on n’a pas à démontrer que Laurent Gbagbo demeurait le seul survivant des mouvements de démocratisation des années 90 qui ont suivi le discours de la Baule et la chute du mur de Berlin. La France avait tout étouffé de ce mouvement dans ses anciennes colonies d’Afrique. Seul Gbagbo se maintenait. Du Niger au Togo (songeons au 3 décembre 1991). Du Congo Brazaville, de  Bangui à Antananarivo, le mouvement était étouffé. Entre temps, un grand homme français fit cadeau à l’humanité de sa vie et de ses recherches en osant des livrres d’une rare intelligence que tous les jeunes Africains doivent lire. J’ai nommé François Xavier Verschaves. C’est lui qui inventa le terme Françafrique pour désigner le système politique non officiel et mafieux mis en place par de Gaule pour exploiter les anciennes colonies françaises d’Afrique. (Regardez une vidéo de Verschaves, Françafrique, l’envers de la dette 2)

Notez bien que les Yamgnane et Kalife ne faisaient pas partie des mouvements de démocratisation de l’Afrique dans les années 90. L’un servait le mystificateur Mitterrand et l’autre était conseiller économique d’Eyadema. J’espère que vous comprenez bien à quoi je fais allusion. On peut se demander comment ces individus là peuvent honnêtement participer à un vrai soulèvement du peuple Togolais au sein du FRAC aux côtés de ceux qui luttent depuis 1990 pour la liberté au Togo.

Idéologiquement, le FRAC est encore sans base solide et ses leaders semblent attendre quelque chose de Paris et non des peuples du Togo eux-mêmes. Ces peuples qui ne doivent pas se limiter à Lomé. La position ambiguë du FRAC par rapport à la crise ivoirienne suggère que les leaders du mouvents espèrent que Paris les installe au pouvoir comme Ouattara. Le vrai pouvoir pourtant provient des peuples d’Afrique et non des clins d’oeil à l’étranger. On l’a vu en Tunisie et en Egypte. Le FRAC peut mieux faire en éduquant sérieusement et profondément à travers des structures solides à mettre en place sur tout le Togo pour préparer à la vraie lutte de libération. Une lutte  qui ne doit pas nécessairement advenir aujourd’hui. Aussi, il faut préciser que l’idée d’une lutte de conquête immédiate du pouvoir et non de libération national est sans issue. On le sait par expérience depuis 1991. Chaque leader politique togolais a toujours tiré les ficelles de son côté au mépris de la nature colossale du régime en place, fortement soutenu par des puissances étrangères.

Or seul un peuple bien informé et éduqué peut venir à bout d’un tel système.

Par Joseph Takeli

Reflexion inspirée d’un débat sur Alafiaaaa, un groupe de discussion sur facebook

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