Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: juillet 4, 2011

BENIN : Et si on arrêtait tant de pitreries

Je me rappelle ce scandale volontairement provoqué par l’un de mes confrères à la suite d’une conférence de presse donnée par les responsables en charge du pilotage du Plan décennal de développement du secteur de l’éducation (PDDSE). A la suite des explications (longues) des cadres qui se désolaient du retard criard enregistré dans la mise en œuvre de ce plan vital pour l’éducation au Bénin, il s’est emporté contre eux.

Loin de la courtoisie de nous autres qui avions sagement posé les questions d’usage sans autre forme de procès, il a littéralement rué dans les brancards, critiquant l’immobilisme de l’administration, déversant une série d’épithètes injurieux sur les cadres et leur incapacité à développer le pays.

Puis, il se leva, saisit la porte et la claqua violemment. Au passage, répondant à l’un des responsables qui lui demandait d’attendre pour écouter au moins les réponses des conférences, il hurla : « Je sais déjà ce que vous allez me répondre : lenteurs administratives, lourdeurs des circuits financiers, etc.

 Chaque année, c’est ce que vous ne cessez de répéter. Eh bien ! moi, vous me fatiguez ! Vous m’entendez ! J’en ai marre ! » Et il est parti, insultant presque le directeur de cabinet du ministère des enseignements maternel et primaire, le coordonnateur du projet et tous les cadres assis et subitement groggy devant un tel déchaînement. Le silence assourdissant qui a suivi son départ tumultueux nous a rendu à l’évidence : il y a quelque chose de pourri dans la république. De quoi s’agit-il ?

Le plan décennal de développement du secteur de l’éducation (PDDSE) est né d’un constat qui crève l’œil. Classes surpeuplées, mobiliers branlants, salles de classes insuffisantes dont bon nombre sont dans un état piteux, enseignants peu motivés et non formés dont au moins 70% n’ont jamais mis pieds dans une école normale pour y apprendre le noble métier…En clair, un système décadent et totalement défaillant est en train de former les citoyens de demain.

 Et c’est en face de ce danger que le Bénin a mis en place le PDDSE financé par les fameux Partenaires techniques et financiers (PTF) ainsi que le gouvernement béninois à hauteur de 50 milliards de FCFA. Ce document est à ce jour le document de référence du secteur de l’éducation au Bénin. Il fait suite aux États Généraux de l’Éducation de 1990 et aux engagements pris par le Bénin au plan international, en particulier au forum de Dakar en 2000 pour l’élaboration d’un Plan d’Action National pourl’Éducation Pour Tous (PAN/EPT).

Du reste, la mise en place du PDDSE était une conditionnalité pour l’élection du Bénin à l’initiative FastTrack, une initiative de mise en œuvre accélérée de l’atteinte de la scolarisation primaire universelle à l’horizon 2015 conformément aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Il a permis au pays de bénéficier de ressources additionnelles pour réaliser des progrès significatifs sur les plans quantitatif et qualitatif au niveau de son système éducatif. Couvrant la période 2006-2015 subdivisée en trois phases, le PDDSE est arrimé aux Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD) et à la Stratégie de Croissance pour la Réduction de la Pauvreté 2007-2009 (SCRP).

Mais depuis le démarrage de l’exécution de ce plan, les acteurs impliqués ne cessent d’incriminer la lenteur des circuits financiers, les lourdeurs administratives au niveau des directions techniques sectorielles impliquées, et l’inadéquation des ressources humaines à certains postes. Depuis cinq ans, c’est-à-dire à quelques mois seulement de l’achèvement de la deuxième phase du plan sur les trois prévues, le Bénin n’a réalisé que 15% du projet !!!

Tant et si bien que les PTF, prévoyants, ont dû recruter une ONG pour faire le plaidoyer en direction de toutes les structures impliquées en vue de faire avancer ce qui apparait pourtant aux yeux de tous comme d’une aveuglante nécessité. Et c’est ainsi que l’ONG ALCRER s’est lancée dans une bataille médiatique pour qu’enfin nous sauvions les enfants d’aujourd’hui et le Bénin de demain d’un assassinat programmé.

Tous ceux qui ont étudié comme moi sous des paillotes, avec des bancs en brique avec des tablelaux qui menacent de tomber sur les élèves, et ceux qui ont déjà touché du doigt les misères de notre système éducatif ne peuvent que se révolter comme mon orageux confrère contre les déviances d’un système aussi aveugle. Mais alors, qui va arrêter tant de pitreries ?

Olivier ALLOCHEME

L’Afrique a beaucoup d’amis et peu de bienfaiteurs…

Christine Lagarde serait une amie de l’Afrique, une de plus apparemment. Refrain repris en chœur par plusieurs officiels africains suite à l’élection de l’ancienne argentière nationale française à la tête du Fonds monétaire international (Fmi). Un curieux concert de louanges africaines après le sacre du protégé de Nicolas Sarkozy ; à l’image du ministre ivoirien des Finances qui, interrogé sur les antennes de Rfi, n’a pas hésité à user et abuser de l’angélus en parlant de Lagarde. On avait dit presque la même chose de son prédécesseur, Dominique Strauss Khan ; et des prédécesseurs de ce dernier : Rodrigo Rato (Colombien), Horst Köhler (Allemand), Michel Candessus (Français) ou Jacques de la Rosière (Français). Et ce n’est pas qu’au Fmi que nos princes trouvent des amis d’Afrique tous azimuts. Sarkozy, Chirac, Ban Ki Moon, Obama, Clinton, les Bush, Wolfenson, tous et beaucoup d’autres aussi ont le privilège d’être estampillés « amis de l’Afrique ». Tout le monde aime finalement le continent noir, en discours, en parole, en pensée. Même ceux qui n’y ont jamais mis les pieds avant de se voir propulser sur le devant de la scène internationale.

En fait, les premiers responsables de ces institutions sont amoureux de l’Afrique sans pouvoir le communiquer à leurs structures. Le béguin de Mitterrand pour l’Afrique n’avait jamais été pris à défaut sans qu’on ne puisse en conclure que la France l’est aussi. Encore moins sous Chirac et Sarkozy. Aucun des directeurs généraux du Fmi, anciens comme nouvelle, ne parvient visiblement pas à faire partager leur passion pour les damnés de la planète. Les mêmes ministres, admiratifs vis-à-vis des Dg/Fmi sont les premiers à se plaindre des conditionnalités trop contraignantes sur les programmes de financement de l’institution. Le Fmi dont la Dg prétendue très éprise du Bénin serait le même qui s’oppose à la satisfaction des revendications des fonctionnaires au point de plonger le pays dans une crise sociale très pénibles pour les populations. Pareille pour la Banque mondiale de plus en plus réticente à s’engager dans certains projets en faveur des communautés à la base malgré l’amour de son chef pour l’Afrique. On est en droit de se poser des questions sur la facilité avec laquelle les dirigeants africains attribuent ces genres de lauriers.

Lagarde aime l’Afrique ? En quoi faisant. Pendant qu’elle était à Bercy (ministère des Finances français), elle aurait pu exploiter cet amour pour libérer les 14 Etats de l’espace Cfa en les aidant à se doter de leur propre monnaie et à avoir une maitrise de leurs économies nationales respectives comme la France et tous les autres Etats du monde. À voir tous les efforts consentis pour sauver la Grèce, 12 milliards d’Euros, il est aisé de constater que ce n’est pas seulement le Dg qui aime ce pays mais toute l’institution Fmi. La Côte d’Ivoire après la guerre n’en a pas obtenu le 1/10ème, en dehors des bombes, des tanks et des hélicoptères envoyés pour déloger Laurent Gbagbo de son palais bunkérisé. Paradoxalement, c’est le continent supposé le plus aimé de la planète qui s’enfonce chaque jour davantage dans la pauvreté et la marginalité. L’Europe n’a pas eu besoin d’autant de déclarations d’amour avant de bénéficier massivement de fonds de l’ancêtre de la banque mondiale au lendemain de la seconde guerre mondiale. C’est vrai que le titre d’ami des pauvres permet de resserrer un peu l’étau des altermondialistes très en verve contre les inégalités dans les échanges mondiaux. Sans oublier tous les prédateurs du continent très prompts aux génuflexions de peur de devoir s’expliquer sur les tripatouillages de constitution, les manipulations d’élections et la mauvaise gouvernance. Ainsi Sarkozy et Obama peuvent continuer à être des amoureux de l’Afrique même lorsqu’ils font larguer des bombes sur les habitants de Tripoli malgré les multiples appels à un arrêt des bombardements sur la Libye de la part de l’Union africaine.

Les amis, c’est bien ; les bienfaiteurs, c’est mieux…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Côte d’Ivoire : Les partisans d’IB saisissent la CPI

Ibrahim Coulibaly dit « IB »

Les partisans du sergent-chef Ibrahim Coulibaly ne veulent pas qu`on passe par pertes et profits la mort de leur leader. Ils ont donc demandé officiellement à la Cour pénale internationale (CPI) d`ouvrir une enquête sur la mort de cet ex-sergent chef des Forces armées nationales de Côte d`Ivoire (-Fanci).

Et pour donner plus d`échos à leur voix, ils ont mis sur pied une organisation baptisée « Collectif pour la justice sur l`assassinat d`Ibrahim Coulibaly ». Hier dimanche 3 juillet 2011 sur Radio France inter (RFI), le président de ce collectif, Vè Fofana a déclaré avoir demandé à la CPI d`enquêter sur la mort d`Ibrahim Coulibaly. « Nous avons des informations que nous mettons à la disposition du procureur de la CPI afin que la vérité soit sue sur l`assassinat du « Général » Ibrahim Coulibaly », a-t-il confié. Vè Fofana va même plus loin pour demander au procureur Luis Moreno Ocampo d`ouvrir également une enquête sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003. « Nous mettrons les informations que nous avons à la disposition de la CPI. La justice fera son enquête et pourra situer les responsabilités des uns et des autres. Il faut aussi qu`on puisse enquêter sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003 », a-t-il ajouté, qualifiant la mort d`IB de crime de guerre à élucider. IB, faut-il le rappeler, avait été sommé de déposer les armes par le président Alassane Ouattara. Soupçonné de ne pas vouloir se plier à cette exigence et de faire du chantage aux nouvelles autorités, alors qu`il réclamait une audience au chef de l`Etat, il a été tué le 27 avril dernier à Abobo PK 18, son fief, après une offensive menée par les Forces républicaines de Côte d`Ivoire (FRCI) sur ses positions. Et depuis lors, les versions divergent sur les circonstances de sa mort. Selon le porte-parole du ministre de la Défense, Allah Kouakou Léon, IB a été tué après un affrontement entre ses hommes et les FRCI, quand les proches de la victime parlent d`assassinat. « Nous sommes dans un crime de guerre et la CPI est habileté à enquêter sur les crimes de guerre et à poursuivre ces crimes. Nous nous en remettons à la CPI pour que la lumière soit faite d`autant plus que Ouattara lui- même demande à la CPI d`enquêter sur les crimes de guerre qu`il y a eu en Côte d`Ivoire pendant la crise post-électorale », a soutenu le président du Collectif. La demande d`enquête, soulignons-le, a été faite il y a maintenant trois semaines. Après la mort d`IB, ses partisans ont reclamé que la lumière soit faite sur sa mort. Le président Ouattara qui dit avoir demandé que le chef du commando invisible soit pris vivant, tout comme il l`avait indiqué pour l`ex-président Laurent Gbagbo, a ordonné une autopsie pour y voir clair. Cette fois, c`est le concours de la CPI qui est sollicité pour savoir dans quelle circonstance IB a été tué et qui en a donné l`ordre.

Y.DOUMBIA, L’Inter

UA : Jean Ping annonce la création d’une cour criminelle propre à l’Afrique

MALABO (Xinhua) – Jusqu’ici le seul continent visé par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye aux Pays-Bas, en l’occurrence avec des poursuites contre des leaders comme Omar el Béchir au Soudan et le colonel Kadhafi en Libye, l’Afrique est sur le point de créer sa propre cour criminelle, annonce le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping.

Dans un entretien à la presse négocié par Xinhua au terme du 17e sommet de l’UA vendredi à Malabo en Guinée équatoriale, Jean Ping a affirmé que, malgré les divergences, « un consensus presque parfait » a sanctionné les débats houleux sur les sujets cruciaux comme la crise libyenne où l’organisation propose aux parties un plan comportant une transition inclusive.

Question : Monsieur le président, que vaut l’Union africaine, dans la mesure où elle subit les décisions prises ailleurs l’égard du continent, comme cette nouvelle action de la Cour pénale internationale à travers les mandats d’arrêt émis contre le colonel Kadhafi, son fils et son chef des services de renseignements ?

Réponse : Notre institution, l’Union africaine, ce n’est pas seulement la Commission. La Commission s’apparenterait à un exécutif. Et puis nous avons un Parlement, le PAP, le Parlement panafricain qui siège à Pretoria (en Afrique du Sud). Et nous avons une Cour de justice, une Cour des droits de l’homme et des peuples. Il n’y a donc pas encore de cour criminelle et nous sommes en train de créer une cour criminelle en Afrique. Il ne reste plus que la ratification des chefs d’Etat et la Cour criminelle sera opérationnelle. C’est en raison de tout ce qu’on observe.

Q : Quel est le succès de ce sommet, selon vous ?

R : Je crois d’abord que c’est un grand sommet, en particulier en raison des graves problèmes qui se posaient, les crises comme la crise libyenne, la crise ivoirienne, les crises au Soudan, en Somalie. Toutes ces crises devaient être abordées à un moment précis où l’Afrique avait, comme tous les continents, des points de vue qui ne sont pas forcément identiques. Nous avions des divergences comme tout le monde. En Europe, il y en a. L’Allemagne et les autres, ce n’est pas les mêmes positions. Donc, nous avions aussi nos divergences. Donc, il fallait à la suite d’un long débat et des négociations aller vers une position commune. D’aucuns pensaient que ça va être l’implosion. Or, nous sommes arrivés à un consensus presque parfait. Donc, il y a tout lieu de se réjouir des résultats que nous avons atteints, par exemple en ce qui concerne la Libye. Mais également en ce qui concerne d’autres sujets, nous avons pu en débattre et prendre des décisions importantes, sans oublier le thème de cette conférence qui est un thème concernant la jeunesse. La jeunesse, depuis en particulier le « printemps arabe », a un rôle extrêmement important à jouer et donc il faut s’occuper de la jeunesse. Le jeune qui a dit l’autre jour aux chefs d’Etat « si vous ne vous occupez pas de nous, nous allons nous occuper de vous « , c’est très significatif. Toutes ces choses nous font croire que nous sommes en train de regarder le futur de l’Afrique, de déterminer notre propre destin. Malgré les difficultés, l’absence de moyens, l’Afrique avance et l’Afrique veut se faire entendre et écouter sur la scène internationale, surtout lorsqu’il s’agit de ses propres problèmes.

Q : Parlant de divergences justement, l’Afrique a du mal à mettre en place le Fonds monétaire africain. L’on s’attendait également à ce qu’une décision précise soit prise sur ce dossier lors de ce sommet. Qu’en est-il exactement ?

R : Il y a trois institutions qui ont été prévues sur le plan monétaire et qui figurent même sur notre Acte constitutif. C’est une banque centrale, un fonds monétaire africain, une banque d’investissement. La Banque d’investissement est pratiquement opérationnelle. Le Fonds monétaire, déjà le siège est à Yaoundé. Nous avons déjà les bâtiments, le personnel. Mais, c’est quelque chose qui n’est pas facile à mettre en oeuvre. Donc, nous sommes en train de voir comment mettre en oeuvre un Fonds monétaire africain. Lorsqu’on en parlait au début, les gens rigolaient. Il s’est dit il y a le Fonds monétaire international, comment on va mettre en place un Fonds monétaire africain ? Comment il va fonctionner ? Et puis on a vu qu’après la crise, l’Asie, qui n’y pensait pas du tout, en quelques années, a mis en place un fonds monétaire. Avec la crise grecque et le reste, les Européens commencent à y penser.

Q : La déclaration des chefs d’Etat dit clairement que le colonel Kadhafi ne doit pas faire partie des négociations. En revanche, le Conseil national de transition avait demandé avant le sommet que le colonel Kadhafi ne fasse pas non plus partie de l’autorité de transition. Le plan proposé ne va pas jusque-là. Est- ce que vous ne craignez pas vos propositions soient rejetées par une partie au conflit ?

R : Nous avons toujours affirmé depuis le 10 mars, c’est-à-dire bien avant le Conseil de sécurité, que la transition sera inclusive et consensuelle.

Q : Qu’est-ce qu’il y a de nouveau à Malabo, car toutes les décisions que vous avez annoncées, avaient déjà été annoncées auparavant ?

R : Non, non, nous avions une « feuille de route » qui était claire, qui parlait de cessez-le-feu, de transition inclusive et de l’objectif final qui est de mettre en place des réformes nécessaires pour répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen à la démocratie, à la bonne gouvernance, aux droits de l’ homme, à la justice, etc. Est-ce que ce qui est dit là n’est pas un objectif suffisamment clair pour que vous puissiez vous-mêmes en tirer les conclusions ? Et dans le document qui a été proposé, nous entrons dans les détails. Dans le paragraphe 1, on dit bien qu’il (le colonel Kadhafi) ne prendra pas part à ces négociations. Mais les négociations ne concernent pas que le cessez-le-feu, elles concernent la transition.

Xinhua

Senegal : Karim Wade écrit aux sénégalais

Pendant ces dernières années, ces derniers mois, ces dernières semaines et ces derniers jours, notamment lors des événements des 23 et 27 juin 2011, nous avons tout vu, tout lu et tout entendu. L’heure est venue pour moi de m’exprimer. Le temps est venu de délivrer, du fond du cœur, un message de vérité, de fraternité et de sincérité.

Lettre ouverte

Je me dois d’autant plus de le faire que tout un chacun sait que je suis la cible d’attaques profondément injustes.

Depuis mon entrée dans l’espace public en qualité de Conseiller Spécial du Président de la République, puis de Président du Conseil de Surveillance de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) et actuellement comme Ministre d’Etat, Ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, malgré tous les efforts que je continue de déployer pour le développement économique et social du Sénégal, des passions se déchaînent, des haines se ravivent. Pourtant rien ne m’a été donné. Avec mes collaborateurs et fort de l’expertise nationale et internationale, nous sommes toujours partis de rien, pour aboutir à ce que l’on voit.

Jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public n’a reçu, autant de coups, de propos diffamatoires et outrageants. Systématiquement, je suis l’objet de graves accusations, de profondes détestations, d’attaques hallucinantes de la part de ceux qui nous connaissent à peine ou pas du tout.

Impitoyablement, je suis sanctionné sans être entendu, jugé dans des procès sans défense, « condamné » sans recours possible. De ma présomption d’innocence, on s’en passe automatiquement. On me prête beaucoup trop ! Qu’on perde un marché public, une position, une faveur, un privilège, un titre, une fonction, aussitôt l’on me rend responsable. Qu’un ministre soit limogé, il prétend que son départ est la conséquence immédiate de son refus d’un prétendu projet de « dévolution monarchique du pouvoir ». Lorsqu’il pleut un peu trop à Dakar, je suis indexé ; lorsque le vent emporte le toit d’une maison à Pikine, je suis pointé du doigt ; lorsqu’un train déraille à Thiès, j’y suis pour quelque chose ; lorsqu’un accident survient sur la route, je suis vilipendé.

Conformément à nos valeurs sénégalaises, je leur accorde mon pardon.

Tout comme le Chef de l’Etat, je combats toute idée de dévolution monarchique du pouvoir.
Fort heureusement, nombreux sont nos compatriotes qui refusent de se laisser entraîner dans la campagne sur le supposé projet de dévolution du pouvoir de « père en fils » qui constitue aujourd’hui la panacée pour tout expliquer et tout comprendre.

Si cette idée a continué de prospérer au point de susciter des rancœurs et parfois même de la haine envers le modeste passant sur terre que je suis, c’est parce qu’elle est savamment entretenue par une partie des acteurs politiques aidée en cela par certains journalistes, – véritables machines de guerre contre ma petite personne. Cette confusion doit finir ! Cette intoxication doit s’arrêter ! Cette injustice doit cesser.

Je le répète et le répéterai aussi longtemps que cela est nécessaire : c’est une insulte faite aux Sénégalais que de parler d’un projet de dévolution monarchique. Un tel projet n’a été, n’est et ne sera jamais dans les intentions du Président de la République ni dans les miennes. C’est universellement connu, le Sénégal connaît une longue tradition républicaine et démocratique. La souveraineté appartient au peuple qui, au terme d’élections libres, démocratiques et transparentes, confie le pouvoir à celui en qui il a confiance.

Comme vous le savez, le Président de la République Me Abdoulaye Wade est habité par la passion du Sénégal et ne respire que pour l’Afrique et plus généralement pour la paix. Plus d’un quart de siècle de combat pour l’approfondissement de la démocratie et pour la conquête des droits individuels et collectifs. Plus d’un quart de siècle de lutte pour la liberté d’expression et pour la transparence des élections.

Comme tout être humain, je demande à être entendu, jugé sur des actes vérifiés et donc probants et non sur des rumeurs sans fondement.

Les Sénégalais exigent tout naturellement des réalisations palpables et concrètes, source d’espoir et de confiance en l’avenir. En ce qui me concerne, dans la quotidienneté des missions gratifiantes mais ô combien difficiles, je m’attèle, en permanence, à servir le Sénégal en accompagnant mes sœurs et frères vers une meilleure qualité de vie.

J’ai choisi la difficulté, en refusant le scénario de la facilité. J’ai accepté les missions qui m’ont été confiées jusque-là, pour avoir l’opportunité de mieux servir mon pays.
Le travail nous occupe nuit et jour et nous sommes conscients qu’il reste beaucoup à réaliser encore, pour la création des emplois, la réduction du coût de la vie, l’éradication de la pauvreté, l’accès aux logements sociaux, la construction d’infrastructures, un meilleur environnement pour la compétitivité de nos entreprises pour l’émergence définitive du Sénégal du futur. A côté des millions de Sénégalais, nous participons quotidiennement à relever le défi.

Je vis pleinement, tout comme l’ensemble des responsables de ce pays, la double préoccupation majeure de la solution définitive au récurrent problème de la fourniture régulière et suffisante de l’électricité dans les ménages et les entreprises ainsi que l’amélioration quantitative et qualitative du panier de la ménagère.

Lors des événements passés, il n’y a certes pas eu mort d’homme, mais il faut sincèrement déplorer, vivement regretter et fermement sanctionner les scènes de pillages, les actes de banditisme et de profanation des lieux de culte. Nous avons le droit de manifester ; mais nous n’avons pas le droit de saccager les biens d’autrui encore moins de piller.

Nous avons la profonde conviction que la démocratie sénégalaise en sortira toujours grandie et renforcée. Désormais, il y a un avant et un après 23 juin. Ce message ne peut être ignoré ni par le pouvoir, ni par l’opposition. Notre formation politique, le PDS, et nos alliés ne peuvent faire autre chose que de consolider les acquis démocratiques de Léopold Sédar Senghor, d’Abdou Diouf et de Me Abdoulaye Wade.

N’en déplaisent aux magiciens de la désinformation, aux adeptes de la propagande politique, aux manipulateurs de l’opinion publique nationale et internationale, nous disons avec force et conviction que le sentiment démocratique est très fort ici. Chez nous, il n’y a qu’un seul et unique chemin pour accéder au pouvoir : celui des urnes. Au Sénégal, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans toutes les démocraties, le pouvoir ne s’hérite pas, il se conquiert par la voix des urnes.

En conclusion, il nous faut renouveler notre ambition pour le Sénégal, en compagnie de citoyens simples et droits, courageux et travailleurs, issus des centres urbains, de la banlieue et des zones rurales et avec tous les millions d’hommes, de jeunes et de femmes qui nourrissent autant d’amour et de passion pour notre cher Sénégal.

Fait à Dakar, le 03 juillet 2011

Karim Wade

Sarkozy fait chuter Obama !

“Et maintenant ? Encore plus d’incompétence et d’improvisation ? pendant plusieurs mois encore ?”. Si cette remarque était extraite d’un article commentant l’action de Nicolas Sarkozy, ce serait banal tant la nullité et l’inconsistance de l’actuelle présidence de la France est communément admise et décrite à longueur de colonnes. Mais non, il s’agit ni plus ni moins d’un extrait d’un article du Washington Post (http://www.washingtonpost.com/opinions/libya-and-the-potemkin-alliance/2011/06/17/AGdQ2UZH_story.html ) consacré à la stratégie libyenne de Barack Obama, Président des Etats-Unis.

Il faut dire que la guerre de Libye, lancée par un Nicolas Sarkozy transformé en chef de guerre depuis le perron de l’Elysée, s’est transformé en véritable cauchemar pour ceux qui se sont embarqués avec lui dans l’aventure.

Sur le terrain, c’est l’enlisement depuis de longues semaines déjà. Pire que ça, dans les trois derniers jours, l’OTAN à été obligé de reconnaitre officiellement pas moins de deux bavures, mettant à bas sa communication officielle sur la précision “chirurgicale” de ses bombardements, ainsi que la disparition d’un des drônes de l’armée américaine.

Entre l’OTAN et les rebelles, c’est l’incompréhension totale, ces derniers considérant l’OTAN comme faisant partie intégrante de la rébellion et devant assurer le soutien aérien des opérations au sol ( http://www.time.com/time/world/article/0,8599,2078831,00.html ). Cette confusion étant largement entretenue par le flou de la stratégie choisie par la “coalition” qui consiste d’un coté à prendre partie en ne bombardant que les forces gouvernementales libyenne et d’autre part à assurer un semblant de respect de la résolution 1973 de l’ONU en ne participant pas directement aux opérations des forces rebelles.

Pas de doutes, dans ces conditions, que si les choses devaient mal tourner pour la rébellion, ou si simplement il fallait finir par négocier un accord avec le pouvoir Libyen, le rebelles auraient l’impression d’avoir été lâchés par la coalition et en tireraient les conséquences.

A cela, il faut ajouter que l’intervention en Libye, jugée illégale par la plupart des pays du monde, est maintenant le vecteur d’une forte dynamique de rapprochement des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), auquel vient de s’ajouter le nouveau poids lourd africain : l’Afrique du Sud, qui tous trouvent dans leur opposition aux bombardements de l’OTAN, une raison de se rapprocher et de défendre un autre ordre mondial.

Humiliation supplémentaire pour les Etats-Unis, la coalition à été obligée d’aller chercher la Russie pour tenter de se sortir du bourbier libyen, donnant à celle-ci une occasion de retrouver une place importante dans l’espace diplomatique du moyen orient, en se présentant comme une puissance ‘non ingérente’ ( http://www.csmonitor.com/USA/Foreign-Policy/2011/0617/As-West-labors-in-Libya-and-Syria-Russia-seizes-an-opportunity/%28page%29/2 ).

De son coté, la Chine elle aussi a décidé de s’impliquer sur le plan diplomatique, alors que traditionnellement elle reste en dehors de ce type de situation conflictuelle. Elle a ainsi rencontré ces derniers jours successivement le Ministres des Affaires Etrangères libyen, puis le chef du Conseil National de Transition, l’organe politique de la rébellion.

Au passage, il faut souligner que la Chine comme la Russie, soutiennent et défendent le plan de paix proposé par l’Union Africaine, renforçant ainsi leurs liens avec les pays d’Afrique et posant de véritables fondations pour les relations à venir.

Cerise sur la gâteau, cette dynamique s’étend maintenant en Asie Centrale, à travers le Shangaï Coopération Organisation, dans lequel se retrouvent entre autres la Russie, la Chine et l’Inde, qui se positionne de plus en plus comme une autre OTAN. Le passage du Pakistan sous la protection de la Chine est un premier exemple. Rapidement l’Afghanistan devrait lui aussi rejoindre le SCO signant l’exclusion totale de des Etats-Unis de la région, alors même que celle-ci est une des plus riches du monde en termes de ressources naturelles ( http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/MF18Ag01.html ).

D’un coté l’agitation d’un Sarkozy en mal de sondage, secondé par le philosophe de salon Bernard Henry Levy, de l’autre des gens qui conduisent des stratégies géopolitiques dans la durée, Barack Obama doit aujourd’hui cruellement réaliser qu’il n’a pas fait le bon choix sur cette aventure Libyenne totalement improvisée.

Exclu de l’Asie Centrale, poussé dehors de l’Afrique, le monde se réduit de plus en plus pour l’empire Etats-Unien laissant craindre au passage une réaction violente de sa part. Sa domination étant de plus en plus exclusivement liées à sa puissance militaire et de moins en moins à l’adhésion à ses valeurs et à son modèle de société.

Justement, du coté de sa puissance militaire, ce n’est pas la fête non plus et l’OTAN est au bord de l’explosion. Tension entre les Etats-Unis et les autres membres, le premier reprochant aux autres de ne pas suffisamment investir dans leurs moyens militaires. Tension entre les membres autour de cette intervention Libyenne qui est loin de faire l’unanimité.

Enfin, du coté de l’ONU, c’est maintenant le blocage complet. Prenant exemple du détournement de la résolution sur la Libye, la Russie a déjà bloqué toutes les résolutions sur le Yemen, et affirme qu’elle opposera son véto à toute résolution sur la Syrie. Cette situation créant un énorme problème à un Barack Obama qui souhaite marquer sa différence avec l’ère Bush et qui affirme que les Etats Unis n’interviendront que dans le cadre d’une résolution du Conseil de Sécurité, et qui se trouve donc mis dans l’incapacité d’agir, sauf à se déjuger.

Tout ceci est donc loin de faire l’affaire de Barack Obama dont le choix d’impliquer ses troupes dans l’intervention libyenne est de plus en plus contesté chez lui. Dans les journaux d’une part, mais aussi au Congrès et à la Chambre des Représentants, les interrogations fusent sur le pourquoi et le comment de cette nouvelle guerre. Des représentants issus des républicains comme des démocrates lui reprochant de plus, d’avoir engagé des opérations de guerre sans les avoir consultés et qui pourraient bien voter pour mettre un terme à l’aventure.

Tout se passe comme si Barack Obama avait été contaminé par Sarkozy, et le voilà lui aussi accusé d’inconséquence et d’improvisation. 2012 est pour tous les deux une année électorale. Sarkozy entrainera-t-il Obama dans sa chute ?

On pourrait en rire, le problème c’est que Nicolas Sarkozy est vraiment le Président de la France, et ce pour plusieurs mois encore. !

Par la lumière des racailles dans la nuit des karchers

Libye : Kaddafi menace d’attaquer l’Europe

Le peuple libyen est « capable de porter un jour la bataille à la Méditerranée et à l’Europe », a assuré le colonel Kaddafi dans une allocution diffusée vendredi soir par haut-parleurs sur la Place Verte de Tripoli.

« Il pourrait s’en prendre à vos foyers, vos bureaux et vos familles, qui deviendraient des cibles militaires légitimes puisque vous avez transformé nos bureaux, nos quartiers-généraux, nos maisons et nos enfants en cibles militaires que vous considérez comme légitimes », a-t-il ajouté à l’adresse des dirigeants européens, s’exprimant depuis un lieu tenu secret.

« Nous vous conseillons donc de faire marche-arrière avant de subir une catastrophe », a exhorté le dirigeant libyen sous les applaudissements nourris de ses partisans et les rafales tirées en l’air.

« Si vous voulez pardonner les rebelles… »

Plus de 100 jours après le début des bombardements sur mandat de l’ONU, la rébellion n’est plus qu’à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale, luttant pour s’emparer d’un carrefour stratégique qui a été visé vendredi par l’aviation de l’Otan. En plus de cet appui aérien, les rebelles des montagnes berbères de cette région ont récemment reçu des armes parachutées par la France.

« Marchez sur le Djebel (Nefoussa) et saisissez les armes qui ont été larguées par les Français. Si ensuite vous voulez pardonner (aux rebelles), c’est votre affaire », a lancé Mouammar Kaddafi à ses concitoyens.

A Madrid, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a invité le colonel Kaddafi à « faire passer en premier le bien-être et l’intérêt de son peuple, quitter le pouvoir et faciliter une transition démocratique (…), plutôt que de proférer des menaces ».

A ses côtés, son homologue espagnole Trinidad Jimenez a asséné que « la réponse de l’Europe est de continuer à travailler avec la même résolution » et de maintenir « la même pression politique et militaire » jusqu’au règlement de la crise.

L’Otan intensifie ses bombardements

Ainsi, l’Otan a annoncé samedi avoir intensifié ses bombardements dans l’ouest du pays, détruisant une cinquantaine d’objectifs militaires pendant la semaine. Les opérations ont visé des objectifs allant des montagnes du Djebel Nefoussa, près de la frontière tunisienne, à la ville de Misrata, à plus de 200 km à l’est de Tripoli, selon un communiqué de l’Alliance atlantique.

Les frappes aériennes avaient pour but de répondre au déploiement de « forces loyales à Kaddafi dans des zones urbaines d’importance et sur des lignes de communication ».

Ces quatre derniers jours, l’Otan a détruit à Gharyan, à 80 km au sud de Tripoli, huit « objectifs », dont des chars et d’autres véhicules militaires. L’Alliance a également visé vendredi deux véhicules à Bir Al-Ghanam, un carrefour stratégique à quelque 50 km au sud de la capitale sur lequel les rebelles ont lancé une offensive cette semaine.

L’accès des civils aux services d’aide d’urgence est toujours « très préoccupant » dans cette région, selon la mission humanitaire de l’ONU qui s’y est rendue pour la première fois.

Une manifestation a d’ailleurs été organisée samedi à proximité immédiate des bureaux tripolitains des Nations unies. Devant la presse internationale conviée par le régime, quelque 300 enfants ont dénoncé « l’incapacité » de l’organisation à « arrêter la machine de guerre contre les civils », une allusion aux opérations de l’Otan.

« A bas Sarkozy, Obama est un lâche et un tueur d’enfants ! », « où est la loi internationale ? », « Kaddafi est notre père et nous le défendrons par notre vie » ont-ils crié, brandissant des portraits du « Guide » libyen, des drapeaux verts et des photos d’enfants massacrés selon eux dans les raids des « croisés ».

L’UA refuse de coopérer avec la CPI

Sur le plan diplomatique, l’impasse demeure : un des rares médiateurs acceptés par le colonel Kaddafi, l’Union africaine (UA) a difficilement adopté vendredi un accord-cadre prévoyant notamment d’écarter le colonel des négociations.

Les membres de l’UA, réunis en Guinée équatoriale, ont par ailleurs décidé de ne pas coopérer à l’exécution du mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre le colonel Kaddafi, jugeant qu’il compliquait le règlement de la situation.

Cette décision, qui pourrait faciliter l’exil du colonel dans un Etat africain, a été froidement reçue par Hillary Clinton, celle-ci soulignant que « la mise en cause devant la CPI était constitutive de la résolution » 1973 de l’ONU autorisant le recours à la force en Libye, et que celle-ci avait en particulier été approuvée, en mars, par les trois Etats africains alors membres du Conseil de sécurité, à savoir le Nigeria, le Gabon et l’Afrique du Sud.

AFP

Les élections en Afrique : Faut-il s’en passer ?

A la faveur du festival ciné droit libre, un forum sur le thème « les élections en Afrique, faut-il s’en passer ? » s’est tenu à l’institut français du Burkina le 02 juillet 2011. Il a été co-animé par la marraine Henriette Ekwè, Pr Luc Marius Ibriga et le célèbre rappeur sénégalais Didier Awadi. Des interventions, il ressort qu’elles demeurent le meilleur mode pour choisir les dirigeants. Cependant, l’unanimité se dégage également sur la nécessité d’assainir le processus. Les modes de scrutin, la conception du pouvoir, les structures en charge des élections, la politisation de l’administration publique, les moyens alloués aux partis politiques sont encore sujet à caution.

Au Burkina Faso, les élections se font selon le mode du scrutin de liste. Un mode qui favorise « la partitocratie » où les élus tiennent leur légitimité de leur parti politique et non du peuple. En fonction de son positionnement, le candidat est convaincu d’être élu et souvent on entend des arrogances du genre « si vous voulez, ne votez pas, moi je serai élu ». Le peuple, lorsqu’il a le choix, c’est la personne et non le programme qu’il vote. Malheureusement, jusque là, la candidature indépendante n’est pas admise dans notre pays. La signification des élections se trouve alors dévoyée sur l’autel des intérêts personnels de politiciens. En plus, la composition actuelle de l’organe en charge des élections (majorité, opposition, société civile) l’amène à violer le principe selon lequel, « nul ne peut être juge et partie ». Difficile dans ses conditions de bénéficier de la confiance des populations, selon Pr Luc Marius Ibriga qui a développé la question.

Plus de 20 ans après l’arrivée du multipartisme en Afrique, les élections constituent encore des problèmes. L’ex-parti unique a juste changé de dénomination pour devenir parti majoritaire ou parti au pouvoir. Avec tous les moyens de l’appareil étatique à sa disposition, il n’organise des élections que lorsqu’il est sûr de gagner. L’administration publique est perversement politisée. Voici quelques tares du processus électoral dans les pays africains.

En plus, le financement des élections constitue un nœud gordien pour les partis d’opposition. Prenant exemple sur le Cameroun, Henriette Ekwè affirme que le parti au pouvoir a tous les moyens pour écraser les autres partis lors des scrutins. Valable pour la Burkina et le Sénégal, renchérissent les deux autres panélistes. C’est l’administration publique qui doit donner les moyens financiers afin que les compétiteurs aillent aux élections de façon équitable. Pourtant, « le parti au pouvoir a tous les moyens d’exercer sa corruption électorale, les moyens de répression, d’intimidation et de coercitions étant entre ses mains », ajoute Madame Ekwè.

Au Cameroun, comme la plupart des pays africains, les partis politiques de l’opposition n’ont pas le droit d’exercer des activités politiques en dehors des campagnes ; étant vu comme instigateur du cahot. « On sort les partis politiques de l’opposition de leur niche quelques jours avant les élections pour battre campagne ; après, ils doivent rentrer dans leur niche », constate-t-elle. Ces partis ne peuvent aucunement faire le poids face à celui qui occupe les antennes et les colonnes de journaux 7 jours sur 7.

A ces failles, s’ajoute la reconnaissance des puissances occidentales. « Si un président est couvert par la France, les USA, l’UE, il s’en fout royalement de ce peuvent penser les populations dans son pays », souligne Me Ekwè, la journaliste politique. « Cette légitimité extérieure qui n’est pas l’émanation de la souveraineté du peuple leur donne souvent des zèles qui les poussent à organiser des élections dans lesquelles ils sont toujours vainqueurs », ajoute-t-elle, amère. Didier Awadi, lui s’accentuera sur la conception de chef en Afrique. « Il faut dépasser la notion de chef et parler de serviteur », déclare-t-il dans le langage qu’on lui connait.

Les peuples doivent prendre en main leur destin. Les révolutions sont loin d’être la panacée. Même après une révolution, des élections doivent suivre. Il faudra alors accroitre les sensibilisations et formations politiques des citoyens. Il convient donc de poser la problématique autrement. Non pas sur la pertinence des élections mais sur leur encadrement.

Moussa Diallo, Lefaso.net

Les 5 plus gros mensonges sur l’Afrique

Tout n’est effectivement pas rose pour le grand continent noir, mais les idées reçues restent tenaces, notamment en ce qui concerne les conflits, la corruption ou la croissance économique, l’immigration ou le développement.

1. L’Afrique est un continent en proie à la guerre

Faux. Avec 68 conflits actuels répertoriés dans le monde en février 2011, 27 seulement se déroulent en Afrique, contre 36 en Asie.

Les conflits sont définis sur une échelle d’intensité, de «paix instable» à conflit à «haute intensité». Les plus hauts niveaux sont le plus souvent situés en Asie: il y en a aujourd’hui 4, dont un seul en Afrique (en Somalie). Idem pour les conflits de moyenne intensité (8 au total), 2 seulement se situent en Afrique, contre 6 dans les autres continents, Asie (Philipines), Moyen-Orient (Palestine) mais aussi en Russie (Tchétchénie) ou au Mexique. Les territoires disputés entre 2 ou plusieurs parties se chiffrent à 42 en Afrique, contre 68 en Asie. La guerre n’est donc pas propre à l’Afrique et n’a pas de couleur particulière, à part celle du sang, le rouge, la même pour tout le monde.

2. Les migrants africains envahissent l’Europe

Faux. Sur les quelques 200 millions de migrants dans le monde, qui vivent en dehors de leur pays de naissance, il n’y a que 15 millions d’Africains subsahariens résidant en dehors du continent, et seul 1 africain sur 30 a choisi de vivre en France.
A l’échelle mondiale, seulement deux migrants sur cinq s’installent dans les pays de l’OCDE, tandis que les autres vont dans les pays du Tiers-Monde, d’Asie ou du Golfe.

Pour le continent africain, les migrations se font souvent Sud-Sud et non pas Sud-Nord. A l’exemple du dernier conflit en date: si 20.000 Libyens ont amerri sur la petite île italienne de Lampedusa, faisant frémir une Europe de 700 millions d’habitants, le même nombre de Libyens est actuellement réfugié dans le camp de Choucha, en Tunisie, pays de 10 millions d’habitants. A cela, il faut ajouter 50.000 autres Libyens répartis dans le petit pays du jasmin, et 350.000 subsahariens.

En fait, en Afrique, les conflits ou les problèmes économiques engendrent plus souvent des déplacements latéraux. Des milliers de Libyens sont réfugiés en Egypte ou en Algérie. Les populations du Darfour soudanais vont au Tchad, les réfugiés rwandais dans les pays voisins et à Tamanrasset, ville du Sud Algérien, où 20 nationalités africaines cohabitent, représentant 40% de la population de la ville. Le Sénégal ou la Côte d’Ivoire accueillent bien plus d’immigrés africains que la France, qui elle-même accueille moins d’Africains que la Belgique par exemple, qui elle, est au bord de la «guerre civile» —un conflit entre «blancs».

3. L’Afrique est surpeuplée

Faux. Ce n’est pas le continent le plus peuplé. Il l’est beaucoup moins que l’Asie, avec ses 3,9 milliards d’habitants; aussi peuplé que le continent américain (900 millions); et un peu plus que l’Europe, avec ses 922 millions d’habitants estimés en 2005.

Car la population africaine est répartie sur une surface de 30 millions de kilomètres carrés, soit trois fois plus que l’Europe. Il y a de la place en Afrique, même pour les «blancs» en crise. L’Afrique est d’ailleurs la troisième destination des Français qui s’expatrient, après les Etats-Unis et le Proche et Moyen-Orient. Un amusant calcul fait apparaître qu’il y aurait plus de «blancs» en Afrique que d’Africains en Europe. En effet, les Européens sont nombreux au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou encore au Gabon: ils y sont 170.000, répartis entre l’Afrique francophone (120.000), le Maghreb (50.000) et l’Afrique non francophone (10.000). Mais que fait la police?

4. L’Afrique est en proie à un sous-développement persistant

Faux. En dehors du Maghreb et de l’Afrique du Sud, connus pour créer de la croissance régulière, plusieurs pays du continent obtiennent de bons résultats économiques et les «lions africains», champions de la croissance à deux chiffres comme le Ghana et l’Ethiopie, sont des exemples de réussite. L’Afrique attire les investissements étrangers, à tel point que le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un afflux de capitaux pour cette année 2011 et l’année prochaine.

Bien sûr, parmi les 10 pays les plus corrompus de la planète il y a 4 pays africains, mais il y a aussi 5 pays asiatiques et un pays d’Amérique, Haïti. Pourtant, sur l’ensemble des continents, l’Afrique est au même niveau de corruption que l’Amérique Centrale et du Sud, ainsi que de l’Asie.

Economiquement, l’Afrique a enregistré sa plus forte croissance ces deux dernières décennies, avec un taux de croissance du Produit intérieur brut d’environ 5% par an en moyenne, à tel point que le continent noir est devenu, depuis 2009, le premier partenaire commercial de la Chine, qui y investit massivement.

Cette croissance se poursuit d’une façon continue: la Banque africaine de développement prévoit +3,7% pour 2011, alors que la croissance mondiale prévue par le FMI pour la même année est autour de +4%, répartie entre +2,5% et +3% pour les Etats-Unis, autour de +1,5% pour l’Europe (prévisions avant la crise grecque), avec un petit +1,3% pour la France. Il n’y a pas photo, même en noir et blanc.

5. Les Africains immigrés coûtent cher à l’Etat français

Faux. Ils rapportent plus à l’Etat français qu’ils ne leur en coûtent; les dernières études l’ont bien montré. Les immigrés, dont les Africains (Maghreb et Afrique noire) représentent une population de 2 millions de personnes sur 5,3 millions d’immigrés —soit la plus forte communauté étrangère par continent— restent mal perçus.

Il y a d’abord moins d’immigrés en France qu’aux États-Unis, au Canada, en Suède, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne ou même en Italie. De plus, l’immigration est en baisse quand on la compare aux dernières années ou aux siècles précédents. En 2010, elle est plus basse qu’en 1920 ou qu’au début du XIXe siècle.

Surtout, l’étude conduite par le professeur Chojnicki et remise en juillet 2010 au ministère des Affaires sociales montre que l’immigration rapporte 12 milliards d’euros à l’Etat français (48 milliards de dépenses et 60 de recettes). Elle contredit celle menée par Jean-Paul Gourévitch en 2008, qui faisait apparaître un solde négatif de plus de 26 milliards d’euros pour le contribuable français du fait de l’immigration. Comment peut-on, en deux ans, arriver à de tels écarts ? Ce doit être ça, la magie «blanche».

Source : SlateAfrique