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Les élections en Afrique : Faut-il s’en passer ?

A la faveur du festival ciné droit libre, un forum sur le thème « les élections en Afrique, faut-il s’en passer ? » s’est tenu à l’institut français du Burkina le 02 juillet 2011. Il a été co-animé par la marraine Henriette Ekwè, Pr Luc Marius Ibriga et le célèbre rappeur sénégalais Didier Awadi. Des interventions, il ressort qu’elles demeurent le meilleur mode pour choisir les dirigeants. Cependant, l’unanimité se dégage également sur la nécessité d’assainir le processus. Les modes de scrutin, la conception du pouvoir, les structures en charge des élections, la politisation de l’administration publique, les moyens alloués aux partis politiques sont encore sujet à caution.

Au Burkina Faso, les élections se font selon le mode du scrutin de liste. Un mode qui favorise « la partitocratie » où les élus tiennent leur légitimité de leur parti politique et non du peuple. En fonction de son positionnement, le candidat est convaincu d’être élu et souvent on entend des arrogances du genre « si vous voulez, ne votez pas, moi je serai élu ». Le peuple, lorsqu’il a le choix, c’est la personne et non le programme qu’il vote. Malheureusement, jusque là, la candidature indépendante n’est pas admise dans notre pays. La signification des élections se trouve alors dévoyée sur l’autel des intérêts personnels de politiciens. En plus, la composition actuelle de l’organe en charge des élections (majorité, opposition, société civile) l’amène à violer le principe selon lequel, « nul ne peut être juge et partie ». Difficile dans ses conditions de bénéficier de la confiance des populations, selon Pr Luc Marius Ibriga qui a développé la question.

Plus de 20 ans après l’arrivée du multipartisme en Afrique, les élections constituent encore des problèmes. L’ex-parti unique a juste changé de dénomination pour devenir parti majoritaire ou parti au pouvoir. Avec tous les moyens de l’appareil étatique à sa disposition, il n’organise des élections que lorsqu’il est sûr de gagner. L’administration publique est perversement politisée. Voici quelques tares du processus électoral dans les pays africains.

En plus, le financement des élections constitue un nœud gordien pour les partis d’opposition. Prenant exemple sur le Cameroun, Henriette Ekwè affirme que le parti au pouvoir a tous les moyens pour écraser les autres partis lors des scrutins. Valable pour la Burkina et le Sénégal, renchérissent les deux autres panélistes. C’est l’administration publique qui doit donner les moyens financiers afin que les compétiteurs aillent aux élections de façon équitable. Pourtant, « le parti au pouvoir a tous les moyens d’exercer sa corruption électorale, les moyens de répression, d’intimidation et de coercitions étant entre ses mains », ajoute Madame Ekwè.

Au Cameroun, comme la plupart des pays africains, les partis politiques de l’opposition n’ont pas le droit d’exercer des activités politiques en dehors des campagnes ; étant vu comme instigateur du cahot. « On sort les partis politiques de l’opposition de leur niche quelques jours avant les élections pour battre campagne ; après, ils doivent rentrer dans leur niche », constate-t-elle. Ces partis ne peuvent aucunement faire le poids face à celui qui occupe les antennes et les colonnes de journaux 7 jours sur 7.

A ces failles, s’ajoute la reconnaissance des puissances occidentales. « Si un président est couvert par la France, les USA, l’UE, il s’en fout royalement de ce peuvent penser les populations dans son pays », souligne Me Ekwè, la journaliste politique. « Cette légitimité extérieure qui n’est pas l’émanation de la souveraineté du peuple leur donne souvent des zèles qui les poussent à organiser des élections dans lesquelles ils sont toujours vainqueurs », ajoute-t-elle, amère. Didier Awadi, lui s’accentuera sur la conception de chef en Afrique. « Il faut dépasser la notion de chef et parler de serviteur », déclare-t-il dans le langage qu’on lui connait.

Les peuples doivent prendre en main leur destin. Les révolutions sont loin d’être la panacée. Même après une révolution, des élections doivent suivre. Il faudra alors accroitre les sensibilisations et formations politiques des citoyens. Il convient donc de poser la problématique autrement. Non pas sur la pertinence des élections mais sur leur encadrement.

Moussa Diallo, Lefaso.net

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