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BENIN : Quatre décès mystérieux chez le journaliste Jean Christophe Houngbo

Jean-Jules Jaurès Houngbo (moins de 2 ans), Félicité (34 ans) et Jeanne d’Arc Kodja (14 ans) deux sœurs. Respectivement fils, épouse en état de grossesse et belle-sœur de Jean-Christophe Houngbo, chef bureau régional Ouémé-Plateau du quotidien Le Matinal, ils ont été retrouvés morts dans leur concession dans l’après-midi du vendredi 29 juin 2011, à Danto Sohomé, commune d’Akpro-Missérété. Quant à notre confrère évacué d’urgence à l’hôpital, il lutte actuellement pour rester en vie.

Ah ! La vie. Elle ne vaut pas grand-chose. Elle est parfois effroyable. Elle peut tourner d’un rien du tout au cauchemar. Elle est une histoire stupéfaite et terrifiante. En ce moment, elle est abominable. Nous sommes tous saisis d’effroi. Imaginez. Un proche, ami, parent ou collègue qui après plusieurs années passées en location décide de rejoindre sa propre maison où, après avoir enchaîné seul deux nuits, il passe la 3ème, accompagné de sa petite famille. C’était sans savoir que cette dernière avait rendez-vous avec le destin. C’était sans savoir que cette première nuit sera la dernière pour sa famille. Elle a tout simplement tourné au drame. 48 heures après, elle a été retrouvée dans la nouvelle concession sise au quartier Danto Sohomé, commune d’Akpro-Missérété, enfermée sur elle-même et entièrement décimée par une mort collective jusque-là inexplicable. 48 heures durant lesquelles, Jean-Christophe Houngbo connu pour sa témérité et son endurance a dû lutter contre la mort, puisqu’il a été retrouvé vivant mais quasi anéanti et impuissant à côté de sa famille. Il a été aussitôt évacué à l’hôpital par les sapeurs-pompiers. Seul rescapé d’une tragédie dans la laquelle, il a perdu sa belle-sœur, son enfant et sa femme portant un fœtus, il est placé sous soins intensifs depuis le vendredi jour de la découverte macabre. Tout le monde garde espoir qu’il sera récupéré par une équipe médicale composée de professionnels qui s’affairent à son chevet. A côté de l’espoir, c’est un drame sans précédent. Qu’est-ce qui s’est passé ? En attendant d’élucider ce drame, trois hypothèses sont évoquées. Un empoisonnement, une intoxication alimentaire ou une intoxication par inhalation. La gendarmerie arrivée sur les lieux, a découvert à la cuisine du riz préparé et de la sauce à la tomate. Selon un proche de Jean-Christophe Houngbo, c’est ce menu qu’ils auraient pris dans la soirée de mercredi 27 juin 2011, probablement le jour où le malheur s’est invité dans le foyer. C’était aussi la date où sa famille passait la première nuit à ses côtés. Autre élément, c’est qu’il a fallu défoncer le portail, puis la porte d’accès à la concession avant de les sortir, tous dans une même chambre, l’enfant courbé sur sa maman à côté du père dans le lit et la belle sœur sur une natte. Selon plusieurs déclarations des proches du couple, une série de faits ont précédé ce drame. En attendant d’y revenir avec précision pour comprendre les circonstances du drame, le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Porto-Novo a exigé l’autopsie des dépouilles qui reposent à la morgue du Centre hospitalier départemental de l’Ouémé-Plateau.

Un drame sans précédent ?

Au début de cette douloureuse histoire, on croyait tout simplement à un dysfonctionnement de la ligne téléphonique de Jean-Christophe Houngbo devenu tout d’un coup inaccessible. Imaginez. D’abord, à partir de 01 heure dans la nuit de mercredi à jeudi, vous n’avez plus de ses nouvelles alors qu’il y a 30 mn, vous venez d’échanger avec lui au téléphone pour raison professionnelle. Au cours de la conversation il était pressé de raccrocher, précisant qu’il est sous le coup de la fatigue après un voyage sur Ouidah où il a été pour couvrir le huis-clos des députés de l’Union fait la Nation. Ensuite, il est devenu injoignable dans cette même nuit lorsqu’il était utile de le joindre à nouveau pour des informations complémentaires à propos de son compte rendu de la rencontre de Ouidah. Inutile d’insister lorsqu’on sait qu’il lui arrive de couper son téléphone. Le lendemain, toutes les tentatives entreprises pour le joindre n’ont rien produit. Ses responsables de même que ses confrères du Parlement ont commencé par s’inquiéter. Les nombreuses visites effectuées à son domicile ne laissaient pas apparaître une présence humaine. Alimentée par un groupe électrogène qui n’était plus opérationnel à partir de jeudi, sa nouvelle maison baignait dans le noir. La sonnerie ne fonctionnait pas non plus. Pendant ce temps, sa famille mourait certainement et lui-même réduit à son ombre ne pouvait rien faire pour empêcher le pire de se produire. Seuls à la maison, ils y resteront recroquevillés dans leur chambre jusqu’à vendredi où l’inquiétude a fini par gagner presque tout le monde. Pour deux jours consécutifs, Jean-Christophe Houngbo était injoignable. L’alerte est vraiment partie de là. Dans les esprits, il est porté disparu de même que sa famille. Les forces de sécurité informées ont tout simplement banalisé la nouvelle. Du côté de ses proches, collègues, amis et parents, chacun allait de ses méthodes et moyens pour rechercher les présumés disparus. Pendant ce temps, des parents de sa belle famille ont eu l’inspiration de défoncer le portail un peu avant midi. Ce qui a été fait. Mais ils n’ont pas pu aller plus loin avant de se retourner. Défoncer par exemple la porte de la concession, une fois à l’intérieur de la maison. Ils ne l’ont pas fait par manque d’expérience. Dans l’après-midi, un autre groupe se pointe au domicile et ayant constaté que le portail est ouvert, se rapproche du bâtiment. Un essaim de mouches qui avait envahi l’une des fenêtres attire son attention. Il retient son souffle. La seule porte accédant au salon a été défoncée, puis s’introduisant dans une chambre, il tombe sur une présence humaine. C’est d’abord Jean-Christophe qui a été repéré au moyen d’une lampe torche. Monsieur ! Lui a lancé un jeune du groupe. A peine t-il a ouvert les yeux. Juste à côté son épouse et l’enfant, puis sa belle sœur couchée sur une natte à même le sol. Stupéfaction. Cette histoire est celle qui nous terrifie.

Qui en veut à Jean-Christophe ?

Quelqu’un chercherait-il à se venger de Jean-Christophe Houngbo ? A vrai dire, beaucoup ont pensé que le malheur qui l’a frappé pourrait venir de ceux qui croient avoir subi une offense de sa part pour ses articles jugés par eux comme des attaques à leur encontre. L’intéressé a été plusieurs fois menacé directement ou indirectement par des personnalités au plus haut niveau du pays. Des dignitaires et autorités sociales ont menacé à visage découvert ou non de régler leurs comptes avec lui. C’est pour toutes ces raisons qu’une fois, il a été annoncé injoignable et introuvable par ses proches, les interrogations exprimées tournaient autour d’un enlèvement de l’homme. Ce qui n’est pas le cas et le fait de le retrouver presque inanimé enfermé sur lui-même dans sa chambre à côté de sa famille sans vie, ne doit pas empêcher de voir du côté de ceux qui ont souvent évoqué une vengeance.

FN, Le Matinal du 04/07/2011

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