Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

DSK ou l’impossible retour…

“C’est encore du parole contre parole et cette fois sans même les constatations médico-légales… », commente-t-on dans les milieux proches du Palais de justice de Paris. La plainte pour tentative de viol contre DSK déposée dans la capitale française par Tristane Banon, huit ans après les faits allégués, est-elle plus crédible que les accusations portées à New York par Nafissatou Diallo ? Rien n’est moins sûr alors que beaucoup s’interrogent sur la personnalité pour le moins « fragile » de cette jeune journaliste et écrivaine qui, après avoir colporté son histoire dans le tout-Paris mondain et jusque sur un plateau de télévision, a tergiversé pendant près d’une décennie avant de saisir la justice. Un rebondissement plus médiatique que judiciaire qui tombe à pic. Il a surtout de forts relents de règlement de compte politique si l’on en juge par les déclarations de la mère de la plaignante, Anne Mansouret, vice-présidente socialiste du Conseil général de l’Eure (un moment candidate à la primaire), mettant en cause François Hollande qui aurait été au courant de faits. La réplique du député de la Corrèze qui dénonce un climat « détestable » a donc été cinglante : « Lorsqu’il se passe un événement, c’est à la victime supposée de porter plainte et le plus tôt est le mieux ! » Or Anne Mansouret avait justement reconnu avoir dissuadé sa fille de porter plainte mais c’était, il est vrai, à une époque où elle nourrissait de grandes ambitions politiques…

Primaire polluée

Une chose est certaine, l’affaire DSK n’en finit plus de polluer la primaire socialiste. Les revers subis par le procureur de New York et l’éventuel abandon des charges contre l’accusé, loin de détendre l’atmosphère au PS, ont relancé les spéculations les plus hasardeuses sur son retour possible dans la course à l’Élysée. Les militants qui croyaient avoir terminé leur deuil se retrouvent avec un fantôme qu’ils ne savent trop comment accueillir. Du coup, la campagne de la primaire qui venait de prendre péniblement son envol s’est mise à tanguer dangereusement. Tous les candidats ont donc dû se positionner par rapport à cette hypothèse d’un retour, même si, comme le dit Benoit Hamon, « c’est la plus faible des probabilités ». C’est, à n’en pas douter, ce qu’espère le porte- parole du PS et il n’est pas le seul même si d’autres préfèrent donner le change. L’agenda politique du PS ne correspond toujours pas avec celui du tribunal de New York dont la prochaine audience (décisive ?) est prévue le 18 juillet, mais la date limite de clôture des candidatures est fixée au 13 juillet. Dilemme. « S’il faut la repousser à la fin de l’été pourquoi pas ? » suggère François Hollande, soucieux de donner une image très fair-play et qui a donc été le premier à ouvrir la porte à cette éventualité. Si l’ex-grand favori des sondages peut et veut revenir, « Personne n’osera lui opposer un quelconque calendrier » lâche Martine Aubry. En réalité, la première dirigeante du parti est de loin la plus pénalisée par les rebondissements imprévisibles de cette affaire. DSK et Aubry étaient liés, on le sait, par ce fameux pacte de non concurrence passé à Marrakech. Or, tant que l’ombre du premier continue de peser sur la primaire, c’est la crédibilité de la seconde qui est entachée. Dans le duel qui l’oppose à François Hollande le rapport de force interne devrait être favorable à la maire de Lille. Sa machine est bien huilée, programmée pour monter en puissance, mais pour l’heure « ça rame » avoue l’un des proches d’Aubry. Sa candidature était trop annoncée à l’avance pour faire le buzz et surtout son plan média a été parasité par la désignation de Christine Lagarde au FMI et surtout par le coup de théâtre de New-York.

Complot et officines

Difficile de faire du social et de s’occuper des vrais dossiers qui intéressent les Français, comme dirait Martine Aubry, alors qu’une grande partie de l’appareil reste polarisé sur « l’affaire », à la grande satisfaction de la droite. Ainsi, la théorie du complot a refait surface avec la charge du député PS François Loncle qui évoque des « connexions entre le groupe Accor et certaines officines françaises » ainsi que des liens troubles avec l’Élysée. La chaîne hôtelière française propriétaire du SOFITEL de Manhattan s’insurge dans un démenti virulent mais un coup de téléphone qui a suivi l’interpellation de DSK fait polémique. Il a été passé par le directeur de la sécurité du groupe Accor René Georges Querry, par ailleurs ex-patron de l’anti-gang et de l’Unité de coordination pour la lutte anti-terroriste, pour annoncer la nouvelle à son ancien collègue Ange Mancini, coordinateur national du renseignement et bras droit de Roger Squarcini, patron de la sécurité intérieure, un proche de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’État était aussitôt avisé. A noter que le ministre de l’Intérieur Claude Guéant ne conteste pas le fait, mais n’y voit qu’une procédure normale et il dénonce des « insinuations odieuses ».

Sacrilège ?

A cela s’ajoutent d’autres questions sans réponse sur le statut exact de Nassifatou Diallo dans le grand hôtel new-yorkais dont la direction la présentait comme une « employée modèle » ! On se rappelle aussi que, dans la nuit du 14 mai à 22h59 sur Twitter, un internaute envoie le message suivant : « Un pote aux États-Unis vient de me rapporter que DSK aurait été arrêté par la police dans un hôtel à New York il y a une heure ». Personne, en France, n’est alors au courant de cette affaire. La source est un employé du Sofitel et l’auteur du message un certain Jonathan Pinet… est militant UMP. Seuls les naïfs peuvent se voiler la face, ce mélange des genres un peu douteux qui verrait les coulisses d’un grand hôtel servir de couverture à des activités parallèles ou de renseignement n’existe pas que dans les polars. De là a échafauder la thèse d’une manipulation pire d’un « attentat politique », comme l’assène Michèle Saban élue socialiste et passionaria de la cause strauss-kanhienne, il n’y a qu’un pas vite franchi par les inconditionnels, ce qui n’est pas du goût de tous. « Bien évidemment, si l’on s’en tient à cette lecture des événement, DSK n’est qu’une victime et n’est pour rien dans les frasques qui depuis quelques années ont secoué de façon récurrente sa vie privée et sa carrière politique jusqu’au séisme de Manhattan » s’emporte-t-on dans le sillage d’Arnaud Montebourg, le trublion du parti où l’on n’a pas peur d’être sacrilège.

L’autre péché

A droite aussi on semble un peu dépassé par ce scénario. On répète que le problème est chez les socialistes, mais les avis divergent. Intox ou conviction, dans l’entourage de Nicolas Sarkozy on affirme ne plus avoir peur de DSK. « Ceux qui militent pour son retour politique à la faveur d’un non-lieu font un acte de foi, mais ils font aussi l’impasse sur l’essentiel. Il a été happé par la machine judiciaire et médiatique américaine. Son image a été broyée, puis remodelée. Son profil machiste de dragueur impénitent et lourd et ses appétits sexuels resteront collés à sa peau. « Mais en France, il y a péché plus grave encore que le sexe, c’est l’argent » avance un communicant proche de l’Élysée. Il est vrai que l’ancien patron du FMI n’a pas eu le choix. Il lui a fallu mettre en œuvre (grâce à son épouse Anne Sinclair) des ressources financières colossales, des millions de dollars versés en direct devant les caméras de télévision pour payer sa caution, ses avocats, ses enquêteurs, sa propre surveillance et se loger à prix d’or dans le quartier le plus huppé de Manhattan. Les électeurs de gauche qui s’apprêtaient à le plébisciter ont pu mesurer combien est immense le fossé qui les séparait. Si l’on en croit le site du Monde, en ressortant libre de l’audience du Tribunal de Manhattan, l’ex- favori de la présidentielle aurait appelé Martine Aubry, (ce que dément cette dernière), pour l’informer de son renoncement dans la primaire socialiste. Plus lucide que ses proches, mais ce n’est pas une surprise, aurait-il compris que son retour serait un second cadeau, après celui de son arrestation, fait à Nicolas Sarkozy ? Car sur le terrain des valeurs morales, la partie est désormais équilibrée entre la droite et la gauche. La première traine toujours comme un boulet le bling-bling ravageur du président sortant. La seconde aura bien du mal à faire oublier DSK et les mystères de la suite 2806.

Alex PANZANI, VIA


Publicités

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :