Le Blog de Aymard

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Senegal : Le difficile statut de «fils du Président»

Il est quand même de chair, fait. Il souffre, et cela se sent. La lettre de Karim Wade à ses compatriotes d’abord, à l’opinion internationale ensuite, est un aveu d’une souffrance contenue. « Pendant ces dernières années », dit-il dans sa déclaration envoyée à la presse, pendant « ces derniers mois, ces dernières semaines et ces derniers jours », Karim aura « tout vu, tout lu et tout entendu ».

Les événements des 23 et 27 juin 2011 auront donc été la goutte de trop. Ils ont le mérite d’avoir pu le sortir de sa réserve. Moins que les premières phrases, c’est la conclusion de sa déclaration, qu’il serait intéressant de relever. « Chez nous, il n’y a qu’un seul et unique chemin pour accéder au pouvoir : celui des urnes. Au Sénégal, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans toutes les démocraties, le pouvoir ne s’hérite pas, il se conquiert par la voix des urnes ». Une répétition, presque mot pour mot, de ce qu’a toujours affirmé le Président de la République. Il n’est pas dit, cependant, que cela suffira à convaincre ceux qui ont fait de la lutte contre la « dévolution monarchique du Pouvoir », un thème contre le Pouvoir. Si Wade fils est aussi sincère que convaincu de ce qu’il dit dans sa déclaration, ce devrait être pris pour appel à plus d’imagination adressé à ceux qui n’auraient d’autres idées de campagne à proposer aux Sénégalais.

Karim le reconnaît implicitement ; il a beaucoup trop tardé à édifier ses compatriotes sur ses rapports à la dévolution du Pouvoir. Maintenant, il se dévoile : « l’heure est venue pour moi de m’exprimer. Le temps est venu de délivrer, du fond du cœur, un message de vérité, de fraternité et de sincérité. Je me dois d’autant plus de le faire, que tout un chacun sait que je suis la cible d’attaques profondément injustes ». « Impitoyablement, dit-il, je suis sanctionné sans être entendu, jugé dans des procès sans défense, condamné  sans recours possible. De ma présomption d’innocence, on se passe automatiquement. On me prête beaucoup trop ».

Ses détracteurs lui rétorqueront que c’est plutôt son Président de père, qui lui a « trop donné », l’exposant ainsi à la vindicte, dans un contexte de crispation politique, où il n’y a que très peu de place pour le débat d’idées et la confrontation des projets de société. Quatre ministères, considère-t-on, c’est « énorme pour un seul homme ». Cela l’est surtout lorsqu’on est le fils du Président de la République. Encore plus lorsque pour le commun des Sénégalais édifiés par l’expérience, la fonction ministérielle est davantage un moyen de se servir, que celui de se rendre utile à la collectivité nationale.

C’est donc Me Abdoulaye Wade lui-même, qui a attiré l’attention sur Karim Wade. Ce dernier n’est pas attaqué sur ses compétences personnelles. C’est l’énorme champ des attributions ministérielles qui ne passe pas. Encore que les attaques contre sa personne ne datent guère de son entrée dans le gouvernement de son père. Karim a été toujours été une cible facile. Il paie pour avoir choisi – comme il disait lui-même – « le parti de l’action », face à celui de la parole.

Il s’aménage maintenant un moment de riposte, pour s’en prendre aux  « magiciens de la désinformation, aux adeptes de la propagande politique, aux manipulateurs de l’opinion publique nationale et internationale ». C’était pour dire qu’au Sénégal, « le sentiment démocratique est très fort ». La preuve s’il lui arrivait de n’être pas lui-même convaincu de ce qu’il affirme, la manière dont ses compatriotes accueillent le moindre signe susceptible de fausser les règles du jeu démocratique.

La Lettre de Karim Wade arrive sur l’espace public en même temps qu’une déclaration des Administrateurs Civils (la énième), qui en sont encore à demander « plus de considération » pour leur corps, naguère à la pointe du suivi des grands dossiers de l’Etat.

Les causes de frustration sont légion, il faut l’avouer, en ce qui concerne Karim Wade. De n’avoir pas participé aux luttes sans merci ayant permis à son père d’accéder au pouvoir, ne lui est pas pardonné par les compagnons, militants ou alliés du Parti démocratique sénégalais (Pds). Encore que d’autres qui s’illustraient dans leurs attaques contre l’ex Opposant, sont aujourd’hui mieux servis que des « pestiférés » d’avant alternance. Il ferait par ailleurs fausse route, de prendre les journalistes pour responsables des campagnes contre lui. La Communication d’Image obéit à des critères autres, que ceux généralement mis en œuvre par le Ministre d’Etat.

Le Sénégal ne peut se permettre l’aberration d’une succession de père en fils, quelle que soit la famille. C’est en cela qu’une dévolution peut être qualifiée de « dynastique ». Quant à, la « monarchie » si souvent convoquée par les détracteurs de Karim, elle prend racine  dans l’hyper présidentialisme, tel qu’il est exercé actuellement. Certes, il ne devrait être nullement question de refuser à qui que soit, le droit d’avoir des « ambitions pour (son) pays » (sic).

C’est dans la manière de réaliser ces ambitions que résident les points de gêne. Karim Wade, « militant du Pds » (exit la Génération du Concret ?), candidat à la présidentielle de son pays, ne peut souffrir d’ostracisme, lorsque cette candidature n’est portée par aucune institution de la République.

A égalité de chances au départ, les Sénégalais décideront seuls, à l’issue d’un scrutin honnête et transparent,  celui qui aura leur confiance pour présider à aux destinées de ce qu’ils ont en partage, pour la durée constitutionnellement déterminée. Voila le meilleur moyen pour se débarrasser de l’étiquette « fils du Président ».

sudonline

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