Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

La République béninoise des mécontents

Heureux pays dont tous les habitants seraient des gens heureux, égrenant, à longueur de temps, leur bonheur. Un tel pays existe dans les envolées lyriques des poètes. Un tel pays existe dans l’imaginaire de ceux qui se laissent aller à bâtir des châteaux en Espagne.

Sinon, tous les pays sur la terre sont aux normes de l’humaine condition. A savoir que la vie est faite des hauts et des bas, que le bonheur et le malheur s’alternent, se relaient voire se confondent. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, dit la Bible, sur la terre appréhendée comme « la vallée des larmes ».

Le Bénin n’est ni le paradis ni l’enfer sur terre. Le Bénin, en ce moment, est atteint de sinistrose. Le dictionnaire définit ce mal comme un pessimisme excessif, une disposition à croire que les événements prendront une tournure défavorable. C’est à croire que le Bénin se mue subitement en la République des mécontents.

Les travailleurs de l’administration publique sont mécontents. Ils ont engagé un bras de fer avec le gouvernement, ponctué d’une grève qui paralyse la quasi totalité de nos ministères, au grand dam des usagers qui n’en peuvent mais. Dans le psychodrame qui se joue, les forces de sécurité publique et de défense nationale sont appelées à la rescousse. Qui veut troubler la quiétude des Béninois ? Qui a intérêt à faire couler le sang des Béninois ? Qui prépare des lendemains de deuil et de ruine pour notre pays ?

Tous les partenaires de notre système scolaire sont mécontents, au vu des résultats des examens de fin d’année. Des résultats plutôt catastrophiques. Les parents d’élèves qui se saignent aux quatre veines pour faire face aux frais de scolarité de leurs enfants sont inconsolables. Les enseignants, les autorités académiques qui doivent jauger et juger leur utilité sociale à l’aune de ces piètres résultats, sont dans la gêne. Ceux de nos élèves encore conscients des enjeux de l’heure, soucieux de leur avenir, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. On dit que « Celui qui ouvre une école ferme une prison ». Mais qu’arrive-t-il quand l’école ouverte devient le refuge des cancres ?

Les cotonculteurs sont mécontents. Ils craignent, à juste raison, que le régime des pluies, cette année, ne fasse pas leur affaire. Or, le coton est au carrefour d’une multitude d’activités. Et l’argent du coton a un effet dopant, dynamisant sur divers petits secteurs qui risquent de s’anémier. Si l’effet levier du coton venait à faire défaut, de nombreux circuits vitaux de développement cesseraient d’être irrigués. De milliers de bouches crieraient alors famine.

Et que dire du marché international de Dantokpa, l’un des pôles névralgiques de l’économie nationale ? La morosité qui y règne commence à durer. On a invoqué, pour expliquer ce passage à vide, les élections au Bénin et au Nigeria, la guerre civile en Côte d’Ivoire. Tous ces événements sont, aujourd’hui, derrière nous. Mais, pour autant, nous ne voyons toujours pas clair devant nous. Des jours vides à l’image des étals et des étagères ; l’espoir en un lendemain meilleur qui tourne à vide, voilà, aujourd’hui, le visage du plus grand marché de notre pays. Et Dieu sait que quand Dantokpa s’enrhume, c’est tout le Bénin qui prend froid.

Des communiqués officiels diffusés sur tous les médias, font état de retard probable dans le paiement des salaires du mois de juillet. Il n’en faut pas plus pour qu’un vent de panique balaie le pays tout entier. Dans ce méli-mélo où Dieu reconnaîtra les siens, les plus pessimistes se sont déjà fait leur religion. Ils soutiennent, avec la foi du charbonnier, que les caisses de l’Etat son vides ; que nous sommes en cessation de paiement ; que l’Etat mettra sous peu, sous le paillasson, la clé du coffre-fort national. Il n’en faut pas plus pour que la peur s’empare des étrangers qui ont déjà choisi la destination Bénin. Il n’en faut pas plus pour décourager d’autres étrangers, investisseurs potentiels. Ils ont tôt fait de corriger leur trajectoire. Ils promettent d’aller voir ailleurs. Voilà ce que nous faisons de notre pays. Un pays accueillant, pacifique et paisible par tradition. Un pays poussé à devenir une République de mécontents par manque de vision et d’ambition.

Jerome Carlos

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