Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

La bataille psychologique et médiatique

Au cœur de la stratégie des politiques et des militaires

La bataille psychologique et médiatique

Dans les guerres modernes, le rapport des forces militaires sur le terrain entre les belligérants, s’il constitue un paramètre important dans l’issue du conflit, demeure cependant insuffisant pour gagner la guerre.

La bataille de l’opinion reste au cœur de la stratégie des politiques et des militaires à mener avec succès une guerre. Les nouvelles technologies de l’information ont fait de cet enjeu le nerf de la guerre, comme on l’a vu lors de l’invasion de l’Irak où la guerre médiatique et psychologique fut encore plus féroce que les affrontements sur le terrain militaire.
Des journalistes transportés dans des blindés de la coalition furent invités à témoigner, sous le sceau de la censure militaire, des combats sur les différents fronts. La manipulation des faits et des réalités sur le terrain pour affecter le moral des troupes et faire basculer l’opinion de son côté ne choquait personne, même lorsque de l’info-intox diffusée et relayée par les grandes chaînes de télévision étrangères est démentie le lendemain. A la guerre comme à la guerre ! Tous les coups sont permis. Ce postulat s’est encore une fois vérifié avec la fausse nouvelle de l’annonce de la capture de Seïf El Islam El Gueddafi, faite sur un ton officiel teinté de triomphalisme par le Conseil national de transition (CNT) et les capitales occidentales engagées dans le conflit.

Des sources officielles de l’opposition libyenne, confortées par des déclarations de la Cour pénale internationale (CPI), avaient même fait état de consultations pour le transfèrement imminent de ce gros poisson à la Cour internationale de justice de La Haye pour y être jugé pour crime contre l’humanité. L’euphorie n’aura duré que quelques heures avant ce coup de théâtre, digne des films à rebondissements à la Hitchcock, apportant par l’image et le son la preuve que la supposée capture de Seïf El Islam n’était en fait qu’un grossier mensonge. C’est le concerné lui-même entouré de ses gardes et de ses fidèles qui a tenu à démentir le bobard devant un parterre de journalistes. En homme fort du régime qu’il incarne avec son père et le reste de sa fratrie, il s’est évertué devant les journalistes à donner de lui et du régime d’El Gueddafi l’image d’une citadelle qui est loin d’être défaite ou sur le point de capituler. Bien plus, il n’a pas hésité à enfoncer le clou en invitant les journalistes à une balade à travers les rues de Tripoli pour constater par eux-mêmes que la capitale est sous le contrôle des forces loyales au régime.

Embarras

Cette apparition de Seïf El Islam sur les télévisions du monde entier, libre et narguant ses ennemis, alors que tout le monde attendait, à la suite de l’annonce de sa capture, de le voir dans une autre posture moins valorisante, a laissé groggy ses adversaires aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Libye. Preuve de cet embarras à gérer cette bourde politique dont on ne connaît pas encore l’origine même si on devine facilement les objectifs : aucun commentaire ni réaction n’est venu ni de l’entourage du CNT ni des pays de la coalition engagée en Libye pour fournir des explications sur ce mensonge du siècle qui sera versé au registre des manipulations médiatiques du style du charnier de Timisoara ou encore de l’arsenal de guerre de Saddam Hussein présenté par le Pentagone comme des armes de destruction massive ayant fourni le prétexte à l’invasion de l’Irak.

La légèreté avec laquelle cette information a été validée et traitée suscite bien des interrogations. Comment se peut-il en effet que des Etats, qui se respectent et respectent au moins leurs opinions, acceptent de se fourvoyer dans une opération de mensonge institutionnel, tout en sachant que l’information sera très vite démentie, comme ce fut le cas ? A moins que ces derniers furent menés en bateau par l’opposition libyenne qui leur a refilé un tuyau crevé, laquelle opposition se serait faite piégée à son tour par une fausse information sortie de l’entourage d’un clan du CNT soucieux de solder des comptes au sein de cette entité secouée ces dernières semaines par de profondes dissensions. L’assassinat non élucidé de l’ancien ministre de l’Intérieur d’El Gueddafi et chef de la rébellion, Younès Abdelfettah, le 29 juillet dernier – assassinat attribué à une opération de purge interne au CNT – est le signe le plus patent de ces clivages.

Autre hypothèse tout aussi plausible : la fausse information serait l’œuvre des services libyens pour discréditer le CNT et ses soutiens extérieurs. Quelles que soient les hypothèses émises, le fait est que cette affaire de délit de mensonge d’Etat a suscité le doute dans les chaumières des anti-Gueddafi. Le régime libyen, ou ce qu’il en reste après l’offensive de Tripoli, tente de tirer le maximum de dividendes de cette fausse manœuvre dans l’espoir de plus en plus tenu de se m énager une porte de sortie. Surfant sur cette vague médiatique, Seïf El Islam multiplie les contacts avec la presse. Piqué au vif, l’OTAN risque de mettre toutes ses forces dans la bataille de Tripoli pour clore rapidement le dossier libyen et laver l’affront subi à travers l’épisode rocambolesque de la fausse capture de Seïf El Islam.

Omar Berbiche
Publicités

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :