Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: septembre 2, 2011

BENIN : Touche pas à ma Constitution

Tout a commencé un matin du 15 Janvier 2006 ; jour où Boni Yayi déclarait sa candidature à l’élection présidentielle de Mars 2006. Vint le 05 mars 2006 et, le peuple béninois préféra à 35 % Boni Yayi aux autres candidats à l’élection présidentielle, il eut le 19 mars où le peuple le porta définitivement au pouvoir avec 74,51%.

Son programme d’action était articulé autour du mot « changement » à travers le slogan « Ça peut changer ! Ça doit changer ! Ça va changer ! » ; Slogan dont lui seul connaissait bien évidemment le sens. Tout le peuple rêvait d’une meilleure gestion des affaires de la cité, d’un mieux vivre et d’un mieux être. Ses promesses ont donc été prises comme des paroles d’évangile et le peuple le plébiscita.

Et alors, vinrent les scandales ; les uns, plus calamiteux que les autres. Des promesses électorales de 2006 et du taux de croissance qui devait passer de 01 chiffre à 02 chiffres, rien n’y fit. Ces promesses et le fameux projet de société qui ferait du Bénin « un pays émergent » se sont noyés dans le flot des scandales politiques (les débauchages, l’achat de députés à coup de milliards), économiques et financiers de tous ordres (dossier CENSAD, des micro–crédits aux plus pauvres, des machines agricoles, ICC services,…), faisant du sommet de l’Etat un endroit où la morale et l’éthique ont déserté le forum. Les profondes aspirations du peuple ont été mises sous le boisseau par Boni YAYI pour qui seul comptait sa réélection en 2011 même si, pour cela il fallait passer par quelques mesures de gratuité et quelques constructions en bambou et gonfler inutilement le budget au-delà des 1.000 milliards. Le taux de croissance de deux (02) chiffres promis n’a jamais été atteint. Pis, on a régressé ; de 5,1 sous kérékou, le taux de croissance est passé à 2,7 sous Boni YAYI, docteur en économie et président pendant plus d’une dizaine d’années d’une banque régionale, entouré d’une pléiade de conseillers en finance.

Un chroniqueur de la télévision brésilienne disait il y a peu : « Plus un dirigeant est médiocre, plus il méprise l’intelligence et la culture et se transforme en une île entourée de médiocres ». Malgré son doctorat en économie et la pléiade d’économistes qui l’entourent, le bilan fut chaotique mais, Boni Yayi parvint à obtenir de la manière dont on sait ce second mandat pour lequel il s’est défoncé jour et nuit jusqu’à perdre selon ses dires, 45 kilos.  Elections organisées sans liste électorale, des bulletins de vote pré-estampillés Yayi, des bulletins de vote héliportés de manière unilatérale le jour du scrutin dans certains fiefs de Boni Yayi, des cantines parvenues à la Cena hors délai et non scellées,…bref, tout un imbroglio observé au Bénin pour la première fois depuis 91. Des élections dont, les résultats sont carrément en contraste avec la volonté populaire or c’est le peuple qui vote.

Le changement est mort sans bilan, vive la refondation ! Encore un fallacieux slogan ; slogan dont l’explication est très explicite pour le Parti Communiste du Bénin (PCB).

· Boni YAYI tue-t-il à Natitingou ou à Dogbo? Refondation !

· Vend-il Bénin-Télécoms pour une bouchée de pain ? Refondation !

· Brade t-il les reliquats du patrimoine national à ses amis BOUYGUES, BOLLORE, France TELECOMS, etc., bref aux intérêts financiers français comme reconnaissance de leur soutien au hold-up électoral ? Refondation !

· Prend-il des lois liberticides ? Refondation !

· Laisse-t-il des dizaines de malades mourir au CNHU faute de bonnes conditions de travail des médecins? Refondation !

· Condamne-t-il des millions d’enfants à l’échec scolaire? Refondation !

Refondation ! Refondation ! Refondation ! Depuis 2006, il s’est évertué à violer allègrement la Constitution et à faire cautionner toutes ces violations par les garants de cette même constitution avec en tête Robert Dossou, Président de la cour constitutionnelle et président d’une certaine « Alliance pour la social-démocratie » dont le siège a été celui qui a abrité la direction de campagne de Boni Yayi en 2006.

La Constitution n’est pas un texte intouchable, immuable comme l’ont clamé les constituants français de 1793 : « un peuple a toujours le droit de réformer et de changer sa Constitution… ». Pour autant, c’est incontestablement la Loi fondamentale de l’Etat car résultant en principe de la manifestation du pouvoir constituant. Dans cette perspective, cette Loi particulière ne devrait pas faire l’objet de modifications de circonstance, de retouches conjoncturelles et opportunistes au risque de participer d’un phénomène de désacralisation de la Constitution.

Même si, le principe de la réforme constitutionnelle et ses aspects les plus importants ne font l’objet d’aucun doute fondamental, quelques questions devront être posées face à la qualité des hommes qui sont garants de cette constitution ; ces mêmes hommes qui ont fait de l’utile, l’inutile et de l’inutile, l’utile en certifiant le hold-up électoral de Mars 2011.

Le gouvernement de Boni Yayi a perdu toute confiance et il serait illusoire de croire en ses bonnes intentions.

A quoi bon organiser un référendum alors que nous savons tous que le pouvoir de Boni Yayi le fera voter par K.O ?

A quoi bon réviser une constitution pour la mettre dans les mains des mêmes qui l’avaient royalement violée ?

Boni Yayi veut-il dribbler le peuple béninois en procédant à un changement de constitution pour nous imposer encore pour des années sa tête et toute la mauvaise gestion qui va avec ? Nous ne pouvons que répondre par l’affirmative parcequ’à la manœuvre nous avons encore l’obscur Tévoédjrè qui s’est donné depuis une vingtaine d’années le droit et le privilège d’écrire pour les Béninois le destin de leur pays. Certains en mal de sensation nous diront qu’une révision de notre loi fondamentale est opportune mais nous leur répondons tout simplement qu’elle est inopportune.

La révision de la constitution n’est pas plus préoccupant que les routes dégradées ; nous avons depuis une économie déliquescente, une industrialisation au point mort, l’analphabétisme, le chômage massif et systématique au niveau de la jeunesse, la misère et la précarité galopante,… ce sont là autant de situations sociales et économiques qui devraient préoccuper Boni Yayi.

Non aux révisionnistes inutiles et aux « idiots utiles » !

« Yayi » retro satanas !

Et comme, pour reprendre Madougou devenue depuis peu Ministre pour avoir chanté sur les plateaux et faire des affiches géantes avec les sous de Yayi pour Yayi en 2006, je dirai :

« TOUCHE PAS MA CONSTITUTION ! ».

aymard

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L’OTAN vous apporte la démocratie à la maison… (dans votre cimetière ?)

Voulez-vous gouter à la démocratie ? Ça fait l’effet d’une bombe

Voici la Commission Electorale

Voici votre circonscription électorale décorée de manière festive

Oui ! le taux de participation sera de 100 %

Ils mettront tous les bulletins de vote dans l’urne

Les élections se dérouleront dans une atmosphère chaleureuse et conviviale

Avec toutes les dernières innovations technologiques pour le scrutin

Avec la présence d’observateurs étrangers

Non ce n’est pas ce que vous pensez – ce n’est pas un maraudeur – c’est un membre du parlement

Il tiendra toutes ses promesses par exemple, équiper les hopitaux

ou par exemple, de promouvoir le sport

ou par exemple, d’améliorer la voirie

ou encore de construire des supermarchés

Il y aura de grandes festivités après les élections

Mais je pense que vous ne serez pas de la fête… parce que vous serez mort sous les bombes ou après avoir, comme ils disent « amené la démocratie.! »…

Par reragnarok (texte en anglais)

Après la conférence de Berlin, la conférence de Paris pour partager le butin de guerre qu’est la Libye

Les participants à la conférence de Paris sur la Libye

Alors que l’Afrique n’a pas fini de panser ses plaies suite à sa division maléfique lors de la Conférence de Berlin de Novembre 1884, Sarkozy nous refait le même coup cette fois ci, ce serait une Conférence des amis de la Libye ; les quels amis ? les mêmes qui ont détruit la Côte d’Ivoire pour y installer un gangster international ou ceux qui ont toujours fermé les yeux sur les crimes commis par Israël en Palestine et dans le Nord du Liban depuis des décennies.

L’Acte général de la Conférence de Berlin stipulait que cette dernière devait fixer les « règles de la colonisation de l’Afrique et imposer le principe de l’effectivité pour reconnaitre une annexion ». Au nom cette fois – ci de la démocratie, la Conférence de Paris nous fixera les règles pour reconstruire la Libye et y installer un Etat démoncratique ; ce qu’ils n’ajouteront pas c’est qu’ils ont détruit consciemment la Libye pour revenir la construire comme ce que fait le FMI en Afrique ; elle détruit la richesse, crée la pauvreté par son Programme d’ajustement structurel (PAS) à la con  et revient en force avec quelques milliards ; allez demander à tous les pays qui ont expérimenté le PAS.

Sordide hypocrisie internationale ! Après la destruction totale de la Libye et de toutes ses infrastructures, on s’emploie maintenant à organiser une conférence dite des amis de la Libye comme quoi tous ceux qui sont à l’écart et regardent faire nos gendarmes, n’aiment pas la Libye.

Le plus intéressant de toute cette histoire et ce qui est très marrant, c’est que la Libye ou du moins les Libyens vont devoir payer – après les milliers de morts – malgré eux le coût de la guerre, ils paieront la facture pour les tonnes de bombes qui ont été déversées sur leurs têtes ; la guerre qui a selon les bienfaiteurs « permis de protéger les civils et amené la démocratie ». L’occident désarçonnée par la crise qui la secoue va enfin pouvoir se jeter (c’est tout ce qu’elle attend) sur les dizaines de milliards de dollars d’avoirs du peuple Libyen, gelés dans toutes les banques européennes et américaines depuis le début de cette guerre, guerre montée depuis Washington et dont le nain Sarkozy n’est que l’exécutant pour masquer le décevant Obama qui,  devrait perdre le Prix Nobel de la Paix qui lui a été décerné.

Ah oui ! Quelle est belle la guerre contre la Libye ! Elle aura permis primo à l’Otan de tester la fiabilité de ses nouveaux engins de guerre (avions, drones, hélicoptères,…), et de nouvelles armes, testées sur les pauvres Libyens et secundo à l’Occident de pouvoir (en attendant l’hypothétique mort de Kadhafi ou son éventuelle arrestation) se faire une santé financière tout en ayant le droit de puiser allègrement et sans souci dans le pétrole libyen.

Ah oui ! Que c’est bon d’être français ou britannique ou encore américain ! Nous avons le pouvoir de vie et de mort sur tous les autres peuples du monde. Et l’Onu ? rien à foutre, ce sont les américains qui la contrôlent de manière très très démocratique, les Européens ne sont que des suiveurs ; ne parlons pas des Africains qui n’ont pas et n’ont jamais eu leurs voix au chapitre.

En parlant d’Afrique, six de ses fils seraient partis prendre part au partage du gâteau libyen à Paris. Il s’agit bien évidemment du Président mal élu du Gabon Ali Bongo, du Malien Amadou Toumani Touré (ATT), du Putschiste Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, du Nigérien Mahamadou Issoufou, du Vieux Sénégalais Abdoulaye Wade et du Tchadien Idriss Déby Itno, malréélu pour un quatrième mandat en Avril.

A ces six (06) chefs d’Etat se sont joints Mourad Medelci le ministre algérien des Affaires étrangères, Beji Caid Essebsi le Premier ministre tunisien, Abbas El Fassi son homologue marocain et Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine qui y est invité juste pour des questions d’usage et remplir les formalités car depuis mi-février 2011, la France et les bienfaiteurs de l’Otan ont fait fi des propositions de l’Union Africaine.

De la destruction de la Libye après six mois de bombardements à l’aveuglette de  l’OTAN à la distribution des contrats de reconstruction.

De la Conférence de Berlin à la Conférence de Paris ; nouveaux hommes, nouvelles tactiques et même but : s’approprier les richesses du Continent.

Ah, bien malin qui nous dira où s’arrêtera la démocratie aéroportée, fait générateur du droit d’ingérence ; ce droit qui donne le pouvoir de destruction.

aymard

Lettre de Me Ceccaldi à Moreno Ocampo (CPI)

Paris, le 4 juillet 2011

Me Ceccaldi

A

Monsieur Louis MORENO OCAMPO

Procureur Unité des informations

et des éléments de preuve

Boîte 19519 2500 CM, La Haye PAYS-BAS

Objet : Affaire JAMARIHIYA ARABE LYBIENNE

Monsieur le Procureur,

La Jamahiriya Arabe Libyenne, dont j’assure la défense des intérêts, a pris connaissance par voie de presse de la décision rendue par la Chambre préliminaire au vu des conclusions que vous avez crû devoir unilatéralement tirer de vos investigations.
A titre préliminaire, elle entend dire qu’elle conteste avec force une enquête menée en fraude de ses droits, de ceux de ses dirigeants et de son Peuple.

Dans de telles circonstances, elle ne peut accepter d’être liée par une procédure attentatoire à son indépendance et à sa souveraineté et qui, au surplus, n’est pas le reflet impartial des faits.
A cet égard, il est clair qu’en vous affranchissant des règles de l’ordre juridique international, malgré les moyens considérables mis à votre disposition, vous avez décidé de vous conformer sciemment à l’environnement médiatique des faits dont vous étiez saisi.

A ce sujet, la Jamahiriya Arabe Libyenne affirme que vous avez repris à votre compte, et sans aucun esprit critique, la campagne médiatique de grande ampleur visant à la discréditer et à discréditer les Libyens.

L’alignement pur et simple de votre enquête sur cette entreprise de « diabolisation » d’un Etat libre, indépendant et souverain est contraire à l’esprit et à la lettre de l’acte fondateur de la Cour dont vous dirigez l’autorité de poursuite.

Il a pour résultat pratique de cacher ou de travestir certains faits et d’induire ainsi volontairement en erreur la communauté internationale sur les responsabilités réellement encourues.

Pour prendre l’exacte mesure de la portée effective et de l’amplitude des manquements de vos travaux à l’ordre international public, il est nécessaire de dégager les principes enfreints.
Ces principes sont ceux dégagés notamment par le Pacte international des droits civils et politiques et la Convention européenne des droits de l’homme auxquels s’est référé le Conseil de sécurité quand il a fallu élaborer le statut des tribunaux pénaux internationaux.

L’article 21 paragraphe 3 du statut de votre Cour fait, quant à lui, explicitement référence « aux droits de l’homme internationalement reconnus ».

Le droit à une procédure équitable est l’une des pierres angulaires de ces droits.
Votre posture, et à la suite celle de la Chambre préliminaire, me conduit à vous rappeler trois des garanties spécifiques du droit à une procédure équitable :

– droit à un juge impartial, ce qui suppose l’absence de parti pris ;

– droit à être informé, dans le plus court délai, de la nature de l’accusation ;

– droit d’interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation et l’interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge.

Cette précision apportée deux séries de considérations seront formulées.

Première série de considérations. Votre saisine s’inscrit dans l’ordre public international, c’est-à-dire d’un ordre public commun aux Etats membres des Nations Unies.
La référence à l’ordre public international souligne l’intensité, par nature, des engagements et des obligations de votre Bureau à raison de l’exigence d’équité.

Deuxième série de considérations. Cette portée exigeante aurait dû se traduire doublement par une obligation de caractère positif, d’une part, de résultat, d’autre part.

– Une obligation de caractère positif. La résolution du Conseil de sécurité vous saisissant fixait l’objectif de l’enquête : elle devait être impartiale, équitable, contradictoire.

– Une obligation de résultat. Vous aviez peut-être le choix des moyens propres à fournir le résultat demandé, la poursuite des auteurs des crimes prévus et réprimés par le statut de Rome, mais si ce résultat n’a pas été atteint dans les formes requises, votre Bureau se trouve par la même en faute.

En d’autres termes, votre Bureau et vous-même, qui n’étiez investis que de compétences fonctionnelles strictement circonscrites à la réalisation de l’objet de votre saisine, avaient certes le choix des moyens mais sous la condition de satisfaire aux exigences du principe d’équité.

C’est donc à la lumière de ces obligations que ce qui peut être déduit de votre manière de faire sera analysé.

Les problèmes que posent prima facie votre enquête sont au nombre de deux.

Le premier, et vous n’y avez attaché aucune importance, c’est le problème de la nécessité et de l’existence de la protection des droits fondamentaux de l’ordre international public c’est-à-dire des normes acceptées et reconnues par la communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que normes à laquelle aucune dérogation n’est permise.

Sur ce point, je ne vois pas la possibilité d’une double éthique sélective, l’une applicable aux Etats puissants, l’autre aux Etats les plus faibles et qui divergeraient dans leur essence même et dans les valeurs qu’elles consacrent.

Le second problème qui, découle du précédent, est celui de l’opacité, du flou et de l’incertitude qui entourent les circonstances de votre enquête.

A cet égard, je vous rappelle que vous aviez l’impératif devoir d’éclaircir par un examen impartial et consciencieux les faits objet de votre saisine en procédant avec loyauté et dans le souci du respect du droit car, et vous le savez mieux que quiconque, « justice must not only be done it must also be seen to be done ».

Or, à la lumière de ce que révèle vos prises de position publiques il est de l’ordre de l’évidence que votre Bureau, et à la suite la Chambre préliminaire, a entériné purement et simplement les déclarations de prétendues ou supposées victimes sans exercer le moindre contrôle sur leurs motifs et leur exactitude.

Au cas présent, le climat compassionnel dont on a entouré à dessein des témoins anonymes réputés toujours dignes, faibles, francs, infaillibles à balayé prudence, doute, objectivité, recoupements et vérifications. Ce mode opératoire présente de nombreux points communs avec d’autres exemples avérés de manipulations désastreuses de la vérité dans les domaines judiciaire ou politique puisque l’on y retrouve la même écoute complaisante des victimes, ou qui se prétendent telles, la même pression de l’opinion publique, les mêmes dérives médiatiques.

En face d’un tel déferlement, le seul moyen de vérifier si les informations sont vraies est de confronter les discours à des éléments objectifs d’appréciation, ce que vous avez privé la Jamahiriya Arabe Libyenne du droit de faire.

Dans ce contexte, un discours unique s’est imposé, crédibilisé, au cas présent, par la décision de la Chambre préliminaire.

Certes, la règle d’une enquête est de ne jamais exclure la possibilité que ce qui est dénoncé a effectivement eu lieu, elle a cependant pour corollaire de pouvoir étayer les accusations.

Votre bureau n’a pas, semble-t-il fait cet effort car sa méthode a, à l’évidence, consisté à prendre pour vrai, à la lettre et de manière répétitive, en respectant un scénario immuable, les récits anonymes qui lui ont été présentés.

La faiblesse de la méthode saute aux yeux : rien de fiable ne peut émaner d’un support reposant sur des données truquées qui, au surplus, font partie d’un plan d’ensemble.

Concernant la Jamahiriya Arabe Libyenne ce plan a été conçu sur la base de stéréotypes diabolisants, systématiquement repris par les médias et la communauté internationale.

A partir de cette dynamique de diabolisation la spirale corrélative de l’injustice vertueuse et du double standard s’est installé d’elle-même.

Or, si l’on reprend la chronologie et les faits, avec le recul qui s’impose, il est de l’ordre de l’évidence que les choses ne se sont pas vraiment produites comme l’affirment ceux, qui n’ont cessé d’attiser le feu en se faisant l’écho de fausses informations.

C’est pourquoi, la Jamahiriya Arabe Libyenne entend dès à présent prendre date en vous rappelant que le respect du contradictoire est un principe général du procès international dont le non-respect est une violation grave d’une règle fondamentale entraînant la nullité des actes accomplis (en ce sens Comité ad hoc CIRDI, 3 juillet 2002, Campania de Aguas del Aconquija SA et Vivendi Universal c/ Argentine, vol 125, pp 58-97, spéc p 86, 85 : le droit pour les parties d’être mises en condition de présenter leur argumentation est une règle fondamentale de procédure).

Au cas présent, votre « procédure », car c’est ainsi que vous qualifiez sur le plan formel vos actes, laisse en suspens une série de questions.

Première question : avez-vous dressé un plan d’action ? Ce plan a-t-il été validé par le Conseil de sécurité des Nations Unies et/ou par le secrétaire général ? Dans l’affirmative, à quelle date et sous quelle forme ? Dans la négative, pourquoi ?

Deuxième question : ce plan a-t-il fait l’objet d’une évaluation de faisabilité. Dans l’affirmative par qui ? Dans la négative, pourquoi ?

Troisième question : ce plan prévoyait-il un schéma d’enquête, de collecte de renseignements et d’éléments de preuves ? La sécurité et la continuité de la preuve étaient elles assurées ? Si oui, comment ? Si non, pourquoi ?

Quatrième question : comment vos agents et vous-même avez-vous eu accès aux plaignant(es) ? Sur quels critères de crédibilité avez-vous fondé votre choix des témoignages ?

Cinquième question : avez-vous bénéficié d’une assistance du prétendu Conseil National de Résistance (CNT) ? Dans l’affirmative laquelle ? Avez-vous été aidé, assisté ou accompagné par des membres de cette organisation et, d’une manière plus générale, par un organisme sous son contrôle ou en dépendant directement ou indirectement ?

Sixième question : les concours qui vous ont été prêtés avaient-ils pour seul but la manifestation de la vérité ou poursuivaient-ils également un objectif politique ? Dans l’affirmative lequel ?

Septième question : avez-vous enquêté sur les crimes commis dans les zones sous contrôle du CNT ? Dans l’affirmative entendez-vous poursuivre ses dirigeants et les auteurs de ces crimes ? Dans la négative, pourquoi ?

Ces questions font naître un doute légitime sur l’impartialité qui a présidé à votre enquête.
Il s’ensuit que la Jamahiriya Arabe Libyenne, ses dirigeants et son Peuple ont fait l’objet d’un traitement autant partial que discriminant.

En fait, l’expression dans les actes de votre Bureau d’un manquement au principe d’impartialité ne vous a pas permis d’aborder l’enquête de manière juste et équitable alors qu’à l’inverse votre légitimité aurait dû résulter de votre impartialité.

Enoncée dans les textes internationaux et notamment la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, la qualité d’impartialité est indispensable et inséparable de l’œuvre de Justice et de paix de l’article I-1 de la Charte des Nations Unies.

Comment s’étonner dès lors que, dans de telles circonstances de fait et de droit, la pratique de la justice internationale heurte la philosophie des textes qui l’inspire, a fortiori si ses acteurs agissent selon les souhaits ou avec l’accord des Etats puissants, dont les dirigeants continuent de bénéficier, quant à eux, d’une quasi impunité.

Dans le cadre de vos fonctions, vous n’ignorez pas que ces Etats visent à « verrouiller » la justice internationale en déconstruisant le droit tel qu’il s’était développé avec les principes généraux de la Charte des Nations Unies, les Conventions de Genève de 1949 et l’avancée majeure que représente leur Protocole additionnel I de 1977.

Leur but est d’instaurer ainsi dans le droit lui-même une justice à géométrie variable pour laquelle les guerres d’agression – celle déclarée à la Jamahiriya Arabe Libyenne en est une – menées par les pays occidentaux deviendraient, au choix, de la « légitime défense préventive » ou des interventions « humanitaires » pour lesquelles bombardements ou les fournitures d’armes à une partie, ne seraient plus des crimes.

Au cas présent il est de l’ordre de l’évidence que l’OTAN, sous l’impulsion, le commandement et l’égide des Etats-Unis, de la France et du Royaume Uni, commet intentionnellement des actes en violation de l’article 85 du Protocole additionnel de 1977.
Je vous rappelle que cet article est ainsi rédigé :

«… 3. outre les infractions graves définies à l’article 11, les actes suivants, lorsqu’ils sont commis intentionnellement, en violation des dispositions du présent Protocole, et qu’ils entraînent la mort ou causent des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé, sont considérés comme des infractions graves au présent Protocole :

a) Soumettre la population civile ou des personnes civiles à une attaque.

b) Lancer une attaque sans discrimination atteignant la population civile ou des liens de caractère civil, en sachant que cette attaque causera des pertes en vies humaines, des blessures aux personnes civiles ou dommages aux liens de caractère civil, qui sont excessifs au sens de l’article 57, paragraphe 2 a….

c) Lancer une attaque contre des ouvrages ou des installations contenant des forces dangereuses, en sachant que cette attaque causera des pertes en vies humaines, des blessures aux personnes civiles ou des dommages aux personnes civiles ou des dommages aux liens de caractère civil, qui seront excessifs au sens de l’article 57.2.a.iii ;

d) Soumettre à une attaque des localités non défendues et des zones démilitarisées.
Sous réserve de l’application des Conventions et du présent Protocole les infractions graves à ces instruments sont considérées comme des crimes de guerre. »

De son côté l’article 8.2.b du statut de Rome définit le crime de guerre dans ces termes.
« 1. La Cour a compétence à l’égard des crimes de guerre, en particulier lorsque ces crimes s’inscrivent dans un plan ou une politique ou lorsqu’ils font partie d’une série de crimes analogues sur une grande échelle.

2. Aux fins du Statut, on entend par crimes de guerre :

a) Les infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949, à savoir les actes ci-après lorsqu’ils visent des personnes ou des biens protégés par les dispositions des Conventions de Genève :

i)L’Homicide intentionnel ;

(…)

b) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux dans le cadre établi du droit international, à savoir les actes ci- après :
i) Le fait de lancer des attaques délibérées contre la population civile en général ou contre des civils qui ne prennent pas directement part aux hostilités ;

ii) Le fait de lancer des attaques délibérées contre des biens civils qui ne sont pas des objectifs militaires ;

(…)

iii) Le fait de lancer une attaque délibérée en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines et des blessures parmi la population civile, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu.

(…)

xx) Le fait d’employer les armes, projectiles, matériels et méthodes de combat de nature à causer des maux superflus ou des souffrances inutiles ou à agir sans discrimination en violation du droit international des conflits armés, à condition que ces moyens fassent l’objet d’une interdiction générale et qu’ils soient inscrits dans une annexe au présent Statut, par voie d’amendement adopté selon les dispositions des articles 121 et 123 ».

D’autre part, vous ne pouvez ignorer que la définition actuelle de l’agression en droit est l’œuvre de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

D’autre part, vous ne pouvez ignorer que la définition actuelle de l’agression en droit international est l’œuvre de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

En effet, elle a adopté le 14 décembre 1974, à sa XXIXème session, la résolution 3314 qui a élaboré, en formulant une définition de l’agression, l’outil conceptuel permettant de l’identifier en tant que violation du principe – cristallisé par l’article 2 paragraphe 4 de la Charte – de prohibition de l’emploi de la force.

Aux termes de l’article 1 de cette résolution l’agression s’entend de « L’emploi de la force armée par un Etat contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un Etat, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies ».

L’article 3 de la définition de l’agression annexée à la résolution 3314 énumère une série d’actes de force qui, constituent des actes d’agression qu’il y ait eu ou non une déclaration de guerre.

Les actes en question sont :

c) Le bombardement, par les forces armées d’un Etat, du territoire d’un autre Etat, ou l’emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d’un autre Etat ;

d) L’attaque par les forces armées d’un Etat contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes, ou marine et l’aviation civiles d’un autre Etat ;

[…]

g) L’envoi par un Etat ou en son nom de bandes ou de groupes armés, de forces irrégulières ou de mercenaires qui se livrent à des actes de force armée contre un autre Etat d’une gravité telle qu’ils équivalent aux actes énumérés ci- dessus, ou le fait de s’engager d’une manière substantielle dans une telle action ».

Sur ces bases un constat s’impose :

L’intervention armée de l’OTAN contre la Jamahiriya Arabe Libyenne est une agression au sens de la Charte des Nations Unies et de la résolution 3314.

Cette guerre soumet la population civile d’un Etat libre, indépendant et souverain à des attaques systématiques et généralisées, qui atteignent la population civile et des biens de caractère civil alors que leurs auteurs ne peuvent ignorer que sont causés ainsi des pertes en vies humaines et des dommages aux biens.

Or, le chapitre titré zone d’exclusion aérienne de la résolution 1973 (2011), adoptée par le Conseil de sécurité le 17 mars 2011, est ainsi rédigé :

« 6. Décidé d’interdire tous vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya Arabe Libyenne afin d’aider à protéger les civils ».

Le texte est clair et ne prête pas à interprétation.

En ce qui la concerne le Jamahiriya Arabe Libyenne entend dire et affirmer avec force qu’à aucun moment elle ne s’est livrée à des actes de violence contre son peuple.
Le temps venu elle démontrera que sur ce point elle est l’objet d’une vaste instrumentalisation polico-médiatique qui a pout but de tromper, de faire croire un message mensonger afin, d’une part, d’induire volontairement en erreur la communauté internationale sur les responsabilités réellement encourues et de dissimuler, d’autre part, les objectifs réels poursuivis par les auteurs de l’agression.

Il reste que sur la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité les Etats, les coalitions d’Etats ou les groupements d’Etats ne remplissent aucune fonction exécutive mais doivent se conformer – les résolutions établissant un rapport vertical entre le Conseil de sécurité et leur cible – purement et simplement à celles qui leur sont adressées.

Dans ce contexte l’OTAN, et les Etats membres de l’OTAN, devait agir au titre d’une compétence liée, de sorte qu’il ne disposait d’aucune marge d’appréciation autonome et ne pouvait modifier les motifs, la portée et les effets de la résolution 1973 (2011) car, de même qu’elle n’est pas juge des motifs qui inspirent les résolutions du Conseil de sécurité, l’OTAN, et ses Etats membres, n’est pas juge du bien fondé des mesures et procédures y afférentes, instaurées par celui-ci.

Dans les faits, les motifs cachés du projet de résolution 1973 (2011) présentés par la France et le Royaume Uni, qui sont à l’origine des frappes en Libye, sont clairement révélés par les prises de position et les menaces qui caractérisent les interventions répétées des Représentants de la France, du Royaume Uni, et des Etats-Unis ce qu’annonçait déjà l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Susan RICE, en déclarant, avant l’adoption de la résolution précitée, que le Conseil de sécurité devrait envisager « d’aller au-delà d’une simple zone d’exclusion aérienne ».

En réalité, les déclarations récentes du Secrétaire Général de l’OTAN – Anders Fogh RASMUSSEN – révèlent explicitement la vraie nature de l’intervention armée d’une Organisation qui a sciemment choisi de se placer en marge de l’ordre international sans avoir ni la compétence voulue ni l’autorité nécessaire pour procéder ainsi qu’elle le fait.

Dans des interviews accordées à la presse occidentale, le Secrétaire Général de l’OTAN annonce tout à la fois que l’Organisation qu’il dirige a décidé, sans avoir mandat du Conseil de sécurité, de poursuivre « la mission autant qu’il le faudra » en prolongeant de trois mois pour ce faire sa « mission militaire » (sic) car, selon lui, « la question n’est pas de savoir si Kadhafi (resic) va tomber mais quand ».

Dans le même temps, la presse occidentale a révélé notamment que le Ministère britannique de la Défense a envoyé une « dizaine de conseillers » sur le sol libyen et que, toujours d’après des sources militaires britanniques : « Les anciens (!) membres des forces spéciales SAS conseillent les rebelles libyens autour de Misrata et informent le quartier général de l’OTAN à Naples sur les positions et les mouvements des forces loyales à Kadhafi. Les cibles potentielles sont ensuite confirmées par des avions de reconnaissance de l’OTAN ou des drones de l’US Air Force. Ces hommes sont sur place avec le soutien de la France, de la Grande Bretagne et de leurs alliés de l’OTAN, qui n’ont pas envie de les reconnaître officiellement (!!) mais les ont équipés (!!!) avec du matériel de communication ».

De son côté, la république Française ne fait preuve d’aucun scrupule en livrant des armes de fort calibre – obusiers, canons – et du matériel militaire offensif – blindés – aux rebelles.

Cette intervention de la France est d’autant plus irresponsable que l’on soit maintenant avec certitude qu’une partie de l’arsenal des rebelles alimente tant les éléments terroristes que l’armée algérienne affronte que l’organisation Aqmi dont les activités militaires, qui s’étendent du Niger à la Mauritanie, sont susceptibles à terme de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne.

Elle est également criminelle car il n’y a pas lieu de discuter ici du fait que si ces livraisons d’armes n’ajoutent rien à la sécurité des libyens, en revanche elles auront pour effet direct de renforcer la capacité opérationnelle des mouvements terroristes ce qui entraînera inéluctablement des pertes en vies humaines en Algérie, au Mali et au Niger ce dont la France est désormais comptable.

En grossissant le trait, on pourrait se demander si l’alibi de la protection de la population civile libyenne sur le plan de laquelle la France entend se placer pour justifier l’injustifiable ne s’avère pas inversement proportionnelle à la gravité des atteintes qu’elle porte, en procédant comme elle le fait, à la paix et à la sécurité de la région.

Selon la formule évangélique, elle « filtrerait le moustique et laisserait passer le chameau ».

La violation de la Charte des Nations Unies se déduit de ces données objectives. Deux éléments principaux la caractérisent :

– Le premier est qu’en utilisant à d’autres fins la résolution 1973 (2011) et les mesures y instaurées par le Conseil de sécurité, l’OTAN exerce ses interventions dans un but autre que celui qui lui a été conféré par cette résolution ;

– Le second élément a une autre portée qui est loin de représenter une réflexion abstraite.
En procédant ainsi qu’elle le fait, l’Organisation de défense de l’Atlantique Nord (OTAN) et ses Etats membres, transgressent volontairement la Charte des Nations Unies en substituant d’autorité une compétence qu’ils n’ont pas, à celle que la Charte confère à l’organe principal du maintien de la paix, le Conseil de sécurité.

Il en résulte que l’OTAN, sous la direction de fait et de droit des Etats-Unis, du Royaume Uni et de la France, outrepasse de façon arbitraire le périmètre d’application de la résolution 1973 (2011) alors qu’elle n’a ni le droit, ni le pouvoir, ni la légitimité de se substituer au Conseil de sécurité des Nations Unies, sauf à considérer que le recours à la force ou l’intervention militaire des grands et des puissants, quelles que soient les circonstances ou les prétextes invoqués, a aboli désormais de facto les principes de non recours à la force et d’égalité souveraine des Etats consacrés dans le droit international et par la Charte des Nations Unies.

Un tel comportement est aussi dangereux qu’illégitime car il est susceptible de déboucher, à terme, sur un renversement des valeurs du système des Nations Unies en érigeant en règle, d’une part, la politique du fait accompli, d’autre part, l’impunité des Etats puissants, l’une et l’autre étant contraire à l’essence même des buts et des objectifs que les Peuples des Nations Unies se sont assignés en adoptant la Charte de San Fransisco.

La relation directe qui existe entre la violation de la résolution 1973 et l’intervention de l’OTAN donne à celle-ci sa vraie nature : une guerre d’agression.

On ne discutera pas le fait que l’agression est un crime de guerre.

C’est selon les termes du Tribunal de Nuremberg « Le crime international suprême ne diffère des autres crimes que du fait qu’il les contient tous ».

L’Assemblée Générale des Nations Unies n’a rien dit d’autre en proclamant solennellement dans la résolution 2625 du 24 octobre 1970 « qu’une guerre d’agression constitue un crime contre la paix, qui engage la responsabilité en vertu du droit international ».

Je vous renvoie ici au 7ème préambule du statut de votre Cour qui réaffirme les buts et les principes de la Charte des Nations Unies, en particulier l’obligation pour tous les Etats de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Au cas présent, il résulte une relation évidente, étroite, voire indissoluble entre l’acte collectif d’agression commis par l’OTAN et ses Etats membres et les conséquences de cette agression : pertes en vies humaines, tentatives d’assassinat contre les dirigeants de la Jamahiriya Arabe Libyenne, assassinats de leurs proches, destruction des biens civils.

En l’espèce, les déclarations des responsables de l’OTAN, de son Secrétaire Général au Chef des opérations, et celles des dirigeants de ses Etats membres, du Président OBAMA au Président SARKOZY, il résulte que les Etats membres de cette organisation ont pour seul objectif non pas de protéger la population civile Libyenne mais de renverser par la force les Autorités d’un Etat libre, indépendant et souverain.

La programmation de l’intervention armée, la poursuite des opérations militaires, l’aide militaire et l’assistance opérationnelle apportées sans relâche aux rebelles est la preuve, d’une part, que l’action de l’OTAN et de ses Etats membres s’inscrit dans le cadre « d’un plan ou d’une politique » concertés, d’autre part, que les crimes contre les personnes et les biens commis à cette occasion sont la conséquence directe de la mise en œuvre de ce plan ou de cette politique.

La compétence rationae materiae de votre Cour résulte de ce constat et, de l’application mécanique aux faits, des éléments constitutifs des « crimes de guerre » définis par l’article 8 de son statut.

Je vous rappelle à cet égard que la résolution 1970 adoptée par le Conseil de sécurité le 26 février 2011 vous a saisi « de la situation qui règne en Jamahiriya Arabe Libyenne depuis le 15 février 2011 ».

Je vous rappelle également que la résolution 1973 (2011) adoptée par le Conseil de sécurité le 17 mars 2011 a souligné « que les auteurs d’attaques y compris aériennes et navales dirigées contre la population civile, ou leurs complices doivent répondre de leurs actes ».

Vous avez donc la compétence nécessaire et l’autorité voulue pour engager des poursuites, en vertu du mandat que vous a confié le Conseil de sécurité, contre les « Chefs militaires et autres supérieurs hiérarchiques » des Etats membres de l’OTAN dont « les forces placées sous leur commandement et leur contrôle effectifs, ou sous leur autorité et leur contrôle effectif » commettent au sens de l’article 8, des crimes de guerre en Jamahiriya Arabe Libyenne.

L’intervention militaire illicite des Etats membres de l’OTAN étant d’une ampleur et d’une durée telle que vous ne pouvez attribuer ces crimes, rationae personae, qu’aux dirigeants des Etats membres et notamment à ceux d’entre eux qui ont entraîné leur nation dans son déclenchement et sa poursuite.

Sur ce point, il est inutile de vous rappeler que l’article 271 du statut de votre Cour énonce en des termes d’une grande fermeté dans son paragraphe I que :

« 1. Le présent statut s’applique à tous de manière égale, sans aucune distribution fondée sur la qualité officielle. En particulier, la qualité officielle de Chef d’Etat ou de gouvernement, de membre d’un gouvernement ou d’un parlement, de représentant élu ou d’agent d’un Etat, n’exonère en aucun cas de la responsabilité pénale au regard du présent statut, pas plus qu’elle ne constitue en tant que telle un motif de la réduction de la peine ».

Je suis convaincu pour ma part que vous n’hésiterez pas à le faire car, à l’inverse, il ne serait certes pas téméraire de voir dans un quelconque renoncement de votre part une inacceptable dictature des Etats forts limitant votre indépendance alors que la paix et la sécurité internationales imposent qu’il ne doit exister aucune puissance, qui ne trouve au-dessus d’elle, pour prévenir un éventuel arbitraire, un corps de règles de droit qu’elle doit respecter.

C’est la raison pour laquelle la Jamarihiya Arabe Libyenne attend de vous, et de votre Cour, qu’étant ainsi saisis des plaintes des victimes et des ayants droits des victimes des bombardements de l’OTAN, vous engagiez sans délai les poursuites nécessaires à la condamnation des responsables des crimes de guerre qui se déroulent quotidiennement sur son territoire.

La nature et l’objet de cette correspondance me conduisent naturellement à en communiquer les termes aux Etats membres du Conseil de sécurité aux Présidents de l’Union africaine et, de la Commission de l’Union africaine ainsi qu’au secrétaire général des Nations Unies.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de ma grande considération.

Marcel CECCALDI

Somalie : Quelles sont les causes de la famine ?

La Somalie, malgré les sécheresses, était naguère un pays autosuffisant.

Esther VIVAS

Nous vivons dans un monde d’abondance. Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), on produit aujourd’hui de la nourriture pour 12 milliards de personnes, alors que la planète compte 7 milliards d’êtres humains. De la nourriture, il y en a. Alors pourquoi dans ce cas une personne sur sept dans le monde souffre de la faim ?

La menace alimentaire qui touche plus de 10 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique remet en lumière la fatalité d’une catastrophe qui n’a pourtant rien de naturelle. Sécheresses, inondations, conflits armés… tout cela contribue à aggraver une situation d’extrême vulnérabilité alimentaire, mais ce ne ce sont pas les seuls facteurs explicatifs.

La situation de famine dans la Corne de l’Afrique n’est pas une nouveauté. La Somalie vit une situation d’insécurité alimentaire depuis 20 ans. Et, périodiquement, les médias nous remuent de nos confortables divans en nous rappelant l’impact dramatique de la faim dans le monde. En 1984, près d’un million de morts en Ethiopie ; en 1992, 300.000 somaliens ont perdu la vie à cause de la faim ; en 2005, près de cinq millions de personnes au bord de la mort au Malawi, pour ne citer que quelques cas.

La faim n’est pas une fatalité inévitable qui affecterait seulement certains pays. Les causes de la faim sont politiques. Qui contrôle les ressources naturelles (terres, eau, semences) qui permettent la production de nourriture ? A qui profitent les politiques agricoles et alimentaires ? Aujourd’hui, les aliments sont devenus une marchandise et leur fonction principale, nous nourrir, est mise à l’arrière plan.

On pointe du doigt la sécheresse, avec les pertes de récoltes et de bétail consécutives, comme l’une des principales explications de la famine dans la Corne de l’Afrique. Mais alors comment expliquer que des pays tels que les Etats-Unis ou l’Australie, qui subissent régulièrement de graves sécheresses, ne souffrent pas de famines extrêmes ? Evidement, les phénomènes météorologiques peuvent aggraver les problèmes alimentaires, mais ils ne suffisent pas à expliquer les causes de la faim. En ce qui concerne la production d’aliments, le contrôle des ressources naturelles est la clé pour comprendre pour qui et pourquoi on les produits.

Dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique, l’accès à la terre et un bien rare. L’achat massif de sols fertiles de la part d’investisseurs étrangers (agro-industrie, gouvernements, fonds spéculatifs…) a provoqué l’expulsion de milliers de paysans de leurs terres, diminuant ainsi leur capacité à satisfaire leurs propres besoins alimentaires de manière autonome. Ainsi, tandis que le Programme Mondial Alimentaire tente de nourrir des milliers de réfugiés au Soudan, des gouvernements étrangers (Koweït, Emirats arabes unis, Corée…) y achètent des terres pour produire et exporter des aliments pour leurs propres populations.

Il faut également rappeler que la Somalie, malgré les sécheresses récurrentes, était un pays autosuffisant dans la production d’aliments jusqu’à la fin des années 1970. Sa souveraineté alimentaire a été mise en pièce au cours des trois décennies suivantes. A partir des années 1980, les politiques imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale pour que le pays puisse rembourser sa dette au Club de Paris se sont traduites par l’imposition d’un ensemble de mesures d’ajustement. En ce qui concerne l’agriculture, ces dernières impliquaient une politique de libéralisation commerciale et d’ouverture des marchés, permettant ainsi l’entrée massive de produits subsidiés – comme le riz et le blé – des multinationales agro-industrielles nord-américaines et européennes, qui ont commencé à vendre leurs produits en dessous de leur prix de production, faisant ainsi une concurrence déloyale aux produits autochtones.

Les dévaluations périodiques de la monnaie somalienne ont également provoqué une hausse des prix des intrants agricoles tandis que la politique en faveur des monocultures pour l’exportation a progressivement forcé les paysans à abandonner les campagnes. La même chose s’est produite dans d’autres pays, non seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine et en Asie.

La montée des prix des céréales de base est un autre des éléments désignés comme détonateurs des famines dans la Corne de l’Afrique. En Somalie, les prix du maïs et du sorgho rouge ont respectivement augmenté de 106 et 180% par rapport à l’année dernière. En Ethiopie, le coût du blé a augmenté de 85% par rapport à 2010. Et au Kenya, la valeur du maïs a augmenté de 55% en un an. Des hausses qui ont rendus ces aliments inaccessibles.

Mais quelles sont les raisons de cette escalade des prix ? Plusieurs indices pointent la spéculation financière sur les matières premières alimentaires. Les prix des aliments sont déterminés dans les Bourses de valeurs, dont la plus importante, à l’échelle mondiale, est celle de Chicago, tandis qu’en Europe les aliments sont commercialisés dans les marchés à terme de Londres, Paris, Amsterdam et Francfort. Mais, aujourd’hui, la majeure partie de l’achat et de la vente de ces marchandises ne correspond pas à des échanges commerciaux réels.

On estime, d’après Mike Masters, responsable du fonds de pension Masters Capital Management, que 75% des investissements financiers dans le secteur agricole sont de caractère spéculatif. On achète et on vend des matières premières dans le but de spéculer avec elles en faisant un profit qui se répercute finalement dans l’augmentation du prix de la nourriture pour le consommateur final. Les mêmes banques, fonds à hauts risques, compagnies d’assurances, qui ont provoqué la crise des “subprimes” sont celles qui spéculent aujourd’hui avec la nourriture, profitant de marchés globaux profondément dérégulés et hautement rentables.

La crise alimentaire à l’échelle globale et la famine dans la Corne de l’Afrique en particulier sont les fruits de la globalisation alimentaire au service des intérêts privés. La chaîne de production, de distribution et de consommation des aliments est entre les mains d’une poignée de multinationales qui placent leurs intérêts particuliers au dessus des nécessités collectives. Tout au long de ces dernières décennies, elles ont miné, avec le soutien des institutions financières internationales, la capacité des Etats du sud à décider sur leurs politiques agricoles et alimentaires.

Revenons au début. Pourquoi la faim existe-t-elle dans un monde d’abondance ? La production d’aliments a été multipliée par trois depuis les années 1970, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler depuis lors. Nous ne sommes donc pas face à un problème de production de nourriture, mais bien devant un problème d’accès à la nourriture. Comme le soulignait le rapporteurs de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, dans une interview au journal “El Pais” : “La faim est un problème politique. C’est une question de justice sociale et de politiques de redistribution”.

Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est urgent d’opter pour d’autres politiques agricoles et alimentaires qui mettent au centre de leur préoccupation les personnes et leurs besoins, ceux qui travaillent la terre et l’écosystème. Il s’agit de parvenir à ce que le mouvement international Via Campesina appelle la “souveraineté alimentaire”, et de récupérer la capacité de décider sur ce que nous mangeons. En reprenant un des slogans les plus connus du Mouvement du 15-M : “une démocratie réelle, maintenant” dans l’agriculture et l’alimentation est nécessaire.

Esther Vivas

*Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF) en Catalogne.

**Cet article a été publié comme opinion dans le journal “El País”, 30/07/2011.

***Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be

**** http://esthervivas.wordpress.com/francais

Les Vrais Chefs d’Al Qaïda se trouvent dans l’Empire

Il me semble que pour bien comprendre la « tragédie » qui se joue en Libye, il faut partir de l’objectif initial de cette intervention qui bien entendu n’a rien à voir avec la « démocratie ». Il y a la volonté d ‘accaparement des avoirs et des ressources, mais je crois que les choses vont bien au delà et sont bien plus graves.

Le président américain Barack Obama en visite dans la communauté juive

L’objectif était la dislocation d’une Nation et d’un État souverain pour en faire la proie de bandes armées et de chefs de guerre et devenir un foyer de déstabilisation de toute la région. Compte tenu de la configuration politique et géographique de la région, l’intrusion des bandes armées n’a pu se faire qu’avec la complicité des généraux égyptiens sous le contrôle direct des « puissances occidentales » et de leurs services de renseignement.

Pour la première fois et le fait est important, les groupes terroristes salafistes combattent ouvertement sous les ordres d’Obama; après la mort de Ben Laden, il apparaît ouvertement que les véritables chefs d’« Al Qaïda » se trouvent à la « Maison Blanche » et au « Pentagone »; c’est toute une longue période de l’histoire de cette « organisation criminelle » qui s’achève et une autre qui commence, celle où les masques tombent.

Il faut accorder la plus grande importance au fait qu’en Syrie la même stratégie d’infiltration de groupes terroristes a été mise en œuvre dans le but d’exploser le pays entre ses différentes composantes ethniques et religieuses. Si les sbires « salafistes » constituent la piétaille et la chair à canon des Vendées arabes, ils ne disposent ni de la base sociale ni de l’enracinement leur permettant de jouer le moindre rôle politique.

Regardons vers Damas. Le Caire ou Benghazi, nous voyons que la confrérie des Frères musulmans a mis toute sa puissance sociale et tous ses réseaux d’influence au service des plans de l’« impérialisme », dont cette organisation est l’une des plus anciennes créations. Ses plus hauts responsables multiplient les rencontres, sont de toutes les réunions, à Washington, à Paris ou à Antalya, partout où les chefs politiques et militaires de l’« OTAN » planifient la destruction, le pillage et la guerre contre les Nations.

Il y a pourtant un fait politique majeur qui a une profonde signification pour tous les peuples du monde, pour tous les hommes de bonne volonté, pour tous ceux qui sont amis de la paix, ces plans de mort et de destruction sont partout mis en échec et se heurtent à la volonté farouche de résistance des peuples. Beaucoup éprouvent un sentiment justifié de nausée devant le déchaînement de la propagande et des mensonges sur la situation en Libye et le silence sur la déroute politique et militaire des prétendus rebelles, mais le plus important est la signification politique profonde de ces mensonges et de ce silence.

Des profitos comme BHL et des nains politiques comme Sarkozy ont beau plastronner, ils ont perdu leur guerre des lâches, la Libye est toujours debout et vivante et leur « CNT » est aujourd’hui comme un corps étranger que tout un peuple est en train de vomir et de rejeter. Il ne faut pas que le monde apprenne et sache que malgré les bombardements de terreur, la souffrance des populations livrées à des bandes terroristes, la coalition vient de subir un échec militaire et politique dont l’onde de choc va se répandre jusqu’à à Bagdad et Kaboul.

Il ne faut pas que le monde sache que dans aucun des pays de la coalition les gouvernements sont capables de réunir le consensus et les conditions politiques qui leur permettraient l’envoi de milliers de soldats pour des combats au sol. Partout, à Washington, à Londres ou à Paris, ils craignent la colère et la mobilisation des peuples contre la guerre. Lequel de ces gouvernements oserait se lancer dans un affrontement au corps à corps contre la population insurgée et les combattants défendant Tripoli, au prix de milliers de morts dans leurs rangs.

C’est une mauvaise nouvelle pour les « maîtres du monde », mais pour gagner une guerre il faut parfois affronter des hommes courageux et capables de se défendre, il faut parfois affronter les couteaux, les fusils et les grenades et cela fait beaucoup plus de morts, des images plus atroces et des communiqués moins triomphants que des bombes larguées à 6000 m d’altitude.

Chacun peut faire semblant de ne pas comprendre la signification réelle des évènements en cours et pourtant il y a bel et bien une crise majeure qui déchire les sommets des grandes puissances et des plus petites. Quoi de plus ridicule et dérisoire que d’entendre un Baroin intervenir pour calmer les marchés, un homme dont strictement personne dans ce pays et probablement à la « Maison Blanche » ne sait au juste de quoi il est ministre. Les commentateurs ont été bien injustes avec les agences de notation, pour une fois qu’elles disaient la vérité, mais il est sans doute des vérités qui ne doivent pas tomber dans toutes les oreilles, les peuples ont beau être stupides, ils finissent toujours par comprendre.

« Standard and Poor’s » l’a pourtant clairement indiqué dans son communiqué, l’abaissement de la note des États-Unis est motivé par un doute politique sur la capacité de l’« Administration Obama » a imposé la politique de réduction des déficits publics. Les pires canailles n’en sont pas moins hommes et leur excès de pudeur nous contraint à un petit travail de traduction en langage simple et compréhensible par tous. Le « Congrès américain » vient d’adopter un plan de réduction des déficits publics qui est une déclaration de guerre adressée au peuple américain par les « Républicains » qui n’en sont plus et les « Démocrates » qui ne l’ont jamais été.

Ce sont toutes les conditions d’existence, toutes les garanties d’une vie à peu près décente et normale qui vont être pulvérisées, des millions de familles qui vont rejoindre les 14 millions d’américains déjà chassés de leurs maisons, salaires, protection sociale, écoles publiques, tout est menacé, tout est condamné. Tous, « Républicains » ou démocrates, se posent la même question qui sous une autre forme se pose dans tous les pays d’Europe ; comment se préparer au choc inévitable avec la colère et la « révolte sociale » de millions et de millions, d’hommes et de femmes, comment affronter ceux qui ne voudront pas sacrifier leurs familles ou l’avenir de leurs enfants pour sauver les banques et les marchés financiers.

Autour de la nébuleuse que l’on appelle le « Tea Party », une fraction importante des classes dirigeantes se dispose pour la guerre civile et pour l’affrontement brutal avec les travailleurs et les syndicats, pour la première fois se constitue aux États-Unis et au sein même de l’un des 2 grands partis institutionnels, l’embryon d’un parti de type « fasciste ».

La complexité et la difficulté de la position d’Obama tiennent à la nature même du « Parti Démocrate » et de ses liens avec l’« AFL CIO », la grande centrale syndicale américaine. Sur le plan personnel, il est certain que lui et les dirigeants de son « Parti » n’auraient aucune hésitation à plonger des millions d’hommes dans la déchéance, ce qu’il ont largement commencé à faire.

L’opposition à Obama ne se trouve pas au sein du « Parti Démocrate », l’opposition à Obama, ce sont les millions de syndiqués qui cherchent la voie de la rupture avec le « Parti Démocrate », ce sont les responsables syndicaux, y compris au plus haut niveau qui ne supportent plus la soumission imposée au mouvement syndical. Les millions qui ont porté Obama au pouvoir, les militants des organisations noires, les militants pour les Droits civiques et contre la guerre, c’est avec ceux-là qu’a commencé un choc frontal avec la politique d’Obama.

Tout ce qui fondait le « conservatisme » politique du peuple américain, son attachement à l’« American way of life », sa croyance au rêve américain, son attachement à ses « institutions démocratiques », tout ce fatras confus d’illusions va se heurter avec la plus grande violence à la politique brutale des fossoyeurs de l’Amérique. Le drapeau levé par Jefferson, son héritage, celui de Lincoln et de Martin Luther King, seuls les travailleurs américains sont aujourd’hui dignes de les recevoir et capable de les défendre.

Dans des conditions terriblement difficiles, face à toutes les formes de la ruse et de la violence que les classes dirigeantes n’hésiteront pas à employer, des millions d’hommes s’éveillent à la conscience politique, c’est cela la grande nouvelle de notre temps. Nous pourrions prendre de multiples exemples de cette situation politique nouvelle qui sera de plus en plus marquée par la marche au chaos et des provocations sanglantes qui vont se multiplier pour terroriser les peuples et les faire reculer.

Le « 11 Septembre » n’a pas été suffisant et le Diable prépare sûrement une nouvelle tragédie a une échelle que le monde n’a sans doute jamais connue d’une ampleur telle qu’elle puisse justifier toutes les attaques contre la démocratie, toutes les mesures d’exception. Il suffira d’attendre ; dans le crime, ces barbares ne nous ont jamais déçus.

J’ignore si comme le dit la « Bible », les israélites sont le peuple élu et Jérusalem est au centre du monde, mais c’est ici et dans cette région d’Israël, dans ce vieux foyer de civilisation plusieurs fois millénaire que va se jouer une grande partie du destin de notre monde et les exécutants sont les occidentaux. Le mouvement en cours en Israël est pour beaucoup, une découverte de ce qui est pourtant une évidence, il y a dans ce petit pays, comme dans tous les pays du monde, des exploiteurs et des exploités dont les intérêts sont inconciliables.

Comme partout dans le monde, un groupe de « capitalistes » s’est accaparé la richesse nationale réduisant la population à la misère sociale. (…) Dans cette situation dangereuse, fluctuante et menaçante, la « puissance sociale » des travailleurs et des peuples du monde est la seule garantie contre le chaos et la barbarie qui vont surgir, cette « puissance sociale » qui leur tient encore la peur au ventre, malgré ce qu’ils en disent et l’« arrogance » et la « morgue » qu’ils affichent aux autres.

Auteur :Rakosky

Pays riches très endettés, pays pauvres très endettés

Pays riches très endettés, pays pauvres très endettés : Le capitalisme est-il viable ?

La dette est devenue aujourd’hui le principal problème mondial. Avant on connaissait les pays pauvres très endettés : les nous autres, pays africains. Maintenant la crise n’épargne personne, pas même les riches. Ainsi, l’Europe elle aussi vit depuis longtemps au dessus de ses moyens et est endettée jusqu’au cou.

La liste des pays européens en faillite s’allonge chaque jour. Après l’Irlande, l’Islande, la Grèce, c’est l’Espagne, le Portugal, l’Italie. La France est la prochaine victime et elle s’accroche désespérément à l’Allemagne, qui elle-même, montre des signes d’essoufflement : sa croissance stagnant depuis le dernier trimestre.

L’Amérique de Barack Obama n’échappe pas à la spirale de l’endettement effréné. Elle est même le champion toutes catégories des pays riches très endettés. Les agences de notation pensent qu’elle sera incapable de payer sa très lourde ardoise dans un avenir proche. Pourquoi tous les pays sont-ils devenus tous des pays endettés avec des budgets chroniquement déficitaires ? La dette augmente et dépasse le PIB (Produit intérieur brut) dans tous les pays et le paiement des intérêts devient le principal poste de dépense des Etats.

Le FMI (Fonds monétaire international) qui nous a imposé les PAS (Programme d’ajustement structurel) est presque aphone sur la crise de la zone euro. La solution pour les pauvres ne vaut-elle pas pour les riches ? Ou doit-on comprendre que c’était une volonté de reconquête coloniale des pays de la périphérie ?

Comment échapper à cette crise ? Le capitalisme est il encore viable ? N’est il pas le problème ?

Si la zone euro rentre durablement en récession, que deviendront les pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) qui se sont accrochés au grand frère européen ?

Ne vont-ils pas payer pour des fautes qu’ils n’ont pas commises ?

N’est-il pas temps pour la zone UEMOA de prendre en main son destin et de vivre sa vie en toute responsabilité ? (…)

Les PPTE (Pays pauvres très endettés) ne font plus la une de l’actualité. La dette ne frappe plus seulement les pays qui sont en bas de l’échelle, mais aussi ceux en haut d’en haut. Et nous assistons à un paradoxe terrible, pur produit du système capitaliste affolant : des pays riches très endettés. La dette des PPTE est insoutenable car elle a atteint des taux de 200 à 250 % du PIB. Celle des pays de la zone euro pour certains d’entre eux dépasse les 150% et pour les plus riches d’entre eux comme l’Allemagne et la France, elle est respectivement de 73 et 77 % de leur PIB. Le capitalisme est devenu un système où les financiers, les spéculateurs dans les bourses ont pris le pouvoir et dictent leur loi à tout le monde y compris aux Etats. Les « marchés » spéculent désormais sur la dette souveraine des Etats. Ainsi, des pays peuvent connaître une banqueroute parce qu’ils n’ont plus la côte en bourse et dans les agences de notation. Comment en est on arrivé à cette chose monstrueuse ?

Le capitalisme mondialisé a dicté ses règles à tout le monde et les a imposées à tous les Etats. Au lieu de faire payer plus d’impôts aux riches et aux revenus financiers, les pays se faisaient la concurrence pour offrir les meilleurs avantages aux capitaux et aux grandes et grosses fortunes du monde. Les Etats critiquent du bout des lèvres les paradis fiscaux mais font tout chez eux pour que les riches paient le moins d’impôts. Ainsi, des présidents comme Georges W. Bush ont fait des niches fiscales aux riches Américains, et il a été imité par Nicolas Sarkozy en France. Les Etats capitalistes se sont transformés en sauveteurs des banquiers qui après avoir pris l’argent des contribuables refusent de prêter aux Etats. Cette crise de la dette trouve son origine dans une crise budgétaire car la plupart des Etats réduisent les recettes fiscales prises sur les grosses fortunes comme nous l’avions déjà signalé. Le capital n’étant pas taxé tout l’effort est demandé aux travailleurs. Les marchés ne font pas aller l’argent vers l’économie réelle mais vers la spéculation. Les Etats ont moins de recettes, parce que d’importants contribuables ne paient pas d’impôts alors que les dépenses augmentent.

Pour faire face à ces dépenses tout les pays s’endettent. Voilà pourquoi les pays riches aussi deviennent des pays endettés. Ce n’est pas comme chez nous où c’est la baisse des recettes d’exportation, la chute des cours des matières premières qui poussent nos Etats dans l’endettement. Quelle peut être la solution à cette crise de l’endettement généralisé ? Dans le cadre du système capitaliste, il est désespérant de constater que même les grands spécialistes n’en voient pas, car les Etats sont en concurrence et en compétition permanente et l’esprit de collaboration et d’entente sur des politiques communes est une hérésie pour ce système. Aux Etats-Unis les républicains n’ont pas accepté que les riches paient plus d’impôts et que l’Etat puisse consacrer davantage de ressources aux secteurs sociaux. L’augmentation des recettes pourrait en partie aider à payer les dettes colossales du pays. En Europe c’est la même chose qu’on demande aux Etats comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie : une politique de rigueur et d’austérité qui ne touche pas les plus riches mais toujours et encore les pauvres. C’est tellement imbécile et cela est une preuve tellement énorme de manque d’intelligence et de cécité que des personnes fortunées comme Warren Buffet font campagne auprès d’autres personnes riches pour qu’elles paient plus d’impôt pour sauver le système. Mais la plupart des hommes politiques de droite ne veulent pas accepter cela. Ils pensent que moins les riches paieront des impôts, plus les capitaux iront à l’économie, hors ceci n’est plus vrai dans le capitalisme mondialisé dans lequel nous vivons. En Europe, aux Etats-Unis, en Israël, la jeunesse et les peuples vivent dans leur chair l’incapacité du système à fournir des emplois à de plus en plus fortes proportions de la population. D’où les mouvements sociaux comme ceux des indignés qui crient leur lassitude d’un système qui ne vit que sur la création de proportions de plus en plus fortes d’exclus, de sans-emplois, de sans-abris, sans soins de santé, sans instruction, et cela à l’intérieur des métropoles, des pays les plus riches et les plus privilégiés du système capitaliste. C’est pourquoi le système capitaliste crée des émeutes sociales à répétition. Le monde entier veut d’un autre monde que celui du capitalisme qui est celui de la misère et des guerres pour les peuples.

Une UEMOA proactive

L’Europe, particulièrement la zone euro est selon la plupart des spécialistes financiers une zone à risque qui peut entrer durablement en récession. Ce risque est même valable pour l’ensemble du monde. Or nous avons décidé de rester dans cette zone malgré la dévaluation du franc CFA en 1990. Il est peut-être venu l’heure pour les Etats africains de la zone franc de prendre leurs responsabilités et de couper le cordon ombilical pour vivre leur vie. Les problèmes actuels de la zone euro, nous en subiront les conséquences sans avoir été responsables des choix qui ont emmené les pays européens dans ces problèmes. Pis, nous n’auront pas notre mot à dire dans les solutions que les européens prendront mais nous subiront les conséquences bonnes ou mauvaises. Il est plus que temps que la BCEAO transfèrent nos réserves de la Banque de France et que nous puissions en toute indépendance les utiliser dans des investissements productifs.

Plus les Etats de l’UEMOA tarderont à faire cette option plus ils se condamneront à ne pas profiter des fruits de la croissance que peut engendrer la hausse des cours des matières premières. Nos pays ne tirent pas les bénéfices d’une monnaie forte comme le franc CFA. Alors que les cours des matières premières sont forts ils n’ont pas besoin d’avoir d’importantes ressources improductives comme réserves de changes alors qu’ils ont des secteurs sociaux où il faut investir. Il est incompréhensible que plus de cinquante ans après les indépendances, les pays de la zone franc ne se sentent rassurés que s’ils bénéficient de l’aile protectrice, de la couverture de l’ancienne puissance coloniale. Tous les autres pays africains qui ont pris leur indépendance monétaire ont une meilleure situation économique que les pays de la zone franc. Mieux, leurs monnaies sont de plus en plus fortes que le CFA, à l’image de notre grand voisin ghanéen qui est à des années lumière de nous sur le plan du développement économique et social, mais dont le cedi est désormais depuis quelques années plus fort que le CFA. C’est la leçon du choix de la pro-activité. En assumant ses responsabilités et en prenant des initiatives pour améliorer son destin, le Ghana avance résolument alors que les pays de la zone franc CFA ont refusé leur indépendance monétaire et ont confié leur destin et leur sort à d’autres. Il y a des hommes altruistes mais des Etats altruistes n’existent pas, seuls les pays de l’UEMOA croient encore aux contes de fée et ce sont les peuples qui paient la facture de ses croyances désuètes de leurs dirigeants.

Sana Guy, L’Indépendant