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Pays riches très endettés, pays pauvres très endettés

Pays riches très endettés, pays pauvres très endettés : Le capitalisme est-il viable ?

La dette est devenue aujourd’hui le principal problème mondial. Avant on connaissait les pays pauvres très endettés : les nous autres, pays africains. Maintenant la crise n’épargne personne, pas même les riches. Ainsi, l’Europe elle aussi vit depuis longtemps au dessus de ses moyens et est endettée jusqu’au cou.

La liste des pays européens en faillite s’allonge chaque jour. Après l’Irlande, l’Islande, la Grèce, c’est l’Espagne, le Portugal, l’Italie. La France est la prochaine victime et elle s’accroche désespérément à l’Allemagne, qui elle-même, montre des signes d’essoufflement : sa croissance stagnant depuis le dernier trimestre.

L’Amérique de Barack Obama n’échappe pas à la spirale de l’endettement effréné. Elle est même le champion toutes catégories des pays riches très endettés. Les agences de notation pensent qu’elle sera incapable de payer sa très lourde ardoise dans un avenir proche. Pourquoi tous les pays sont-ils devenus tous des pays endettés avec des budgets chroniquement déficitaires ? La dette augmente et dépasse le PIB (Produit intérieur brut) dans tous les pays et le paiement des intérêts devient le principal poste de dépense des Etats.

Le FMI (Fonds monétaire international) qui nous a imposé les PAS (Programme d’ajustement structurel) est presque aphone sur la crise de la zone euro. La solution pour les pauvres ne vaut-elle pas pour les riches ? Ou doit-on comprendre que c’était une volonté de reconquête coloniale des pays de la périphérie ?

Comment échapper à cette crise ? Le capitalisme est il encore viable ? N’est il pas le problème ?

Si la zone euro rentre durablement en récession, que deviendront les pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) qui se sont accrochés au grand frère européen ?

Ne vont-ils pas payer pour des fautes qu’ils n’ont pas commises ?

N’est-il pas temps pour la zone UEMOA de prendre en main son destin et de vivre sa vie en toute responsabilité ? (…)

Les PPTE (Pays pauvres très endettés) ne font plus la une de l’actualité. La dette ne frappe plus seulement les pays qui sont en bas de l’échelle, mais aussi ceux en haut d’en haut. Et nous assistons à un paradoxe terrible, pur produit du système capitaliste affolant : des pays riches très endettés. La dette des PPTE est insoutenable car elle a atteint des taux de 200 à 250 % du PIB. Celle des pays de la zone euro pour certains d’entre eux dépasse les 150% et pour les plus riches d’entre eux comme l’Allemagne et la France, elle est respectivement de 73 et 77 % de leur PIB. Le capitalisme est devenu un système où les financiers, les spéculateurs dans les bourses ont pris le pouvoir et dictent leur loi à tout le monde y compris aux Etats. Les « marchés » spéculent désormais sur la dette souveraine des Etats. Ainsi, des pays peuvent connaître une banqueroute parce qu’ils n’ont plus la côte en bourse et dans les agences de notation. Comment en est on arrivé à cette chose monstrueuse ?

Le capitalisme mondialisé a dicté ses règles à tout le monde et les a imposées à tous les Etats. Au lieu de faire payer plus d’impôts aux riches et aux revenus financiers, les pays se faisaient la concurrence pour offrir les meilleurs avantages aux capitaux et aux grandes et grosses fortunes du monde. Les Etats critiquent du bout des lèvres les paradis fiscaux mais font tout chez eux pour que les riches paient le moins d’impôts. Ainsi, des présidents comme Georges W. Bush ont fait des niches fiscales aux riches Américains, et il a été imité par Nicolas Sarkozy en France. Les Etats capitalistes se sont transformés en sauveteurs des banquiers qui après avoir pris l’argent des contribuables refusent de prêter aux Etats. Cette crise de la dette trouve son origine dans une crise budgétaire car la plupart des Etats réduisent les recettes fiscales prises sur les grosses fortunes comme nous l’avions déjà signalé. Le capital n’étant pas taxé tout l’effort est demandé aux travailleurs. Les marchés ne font pas aller l’argent vers l’économie réelle mais vers la spéculation. Les Etats ont moins de recettes, parce que d’importants contribuables ne paient pas d’impôts alors que les dépenses augmentent.

Pour faire face à ces dépenses tout les pays s’endettent. Voilà pourquoi les pays riches aussi deviennent des pays endettés. Ce n’est pas comme chez nous où c’est la baisse des recettes d’exportation, la chute des cours des matières premières qui poussent nos Etats dans l’endettement. Quelle peut être la solution à cette crise de l’endettement généralisé ? Dans le cadre du système capitaliste, il est désespérant de constater que même les grands spécialistes n’en voient pas, car les Etats sont en concurrence et en compétition permanente et l’esprit de collaboration et d’entente sur des politiques communes est une hérésie pour ce système. Aux Etats-Unis les républicains n’ont pas accepté que les riches paient plus d’impôts et que l’Etat puisse consacrer davantage de ressources aux secteurs sociaux. L’augmentation des recettes pourrait en partie aider à payer les dettes colossales du pays. En Europe c’est la même chose qu’on demande aux Etats comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie : une politique de rigueur et d’austérité qui ne touche pas les plus riches mais toujours et encore les pauvres. C’est tellement imbécile et cela est une preuve tellement énorme de manque d’intelligence et de cécité que des personnes fortunées comme Warren Buffet font campagne auprès d’autres personnes riches pour qu’elles paient plus d’impôt pour sauver le système. Mais la plupart des hommes politiques de droite ne veulent pas accepter cela. Ils pensent que moins les riches paieront des impôts, plus les capitaux iront à l’économie, hors ceci n’est plus vrai dans le capitalisme mondialisé dans lequel nous vivons. En Europe, aux Etats-Unis, en Israël, la jeunesse et les peuples vivent dans leur chair l’incapacité du système à fournir des emplois à de plus en plus fortes proportions de la population. D’où les mouvements sociaux comme ceux des indignés qui crient leur lassitude d’un système qui ne vit que sur la création de proportions de plus en plus fortes d’exclus, de sans-emplois, de sans-abris, sans soins de santé, sans instruction, et cela à l’intérieur des métropoles, des pays les plus riches et les plus privilégiés du système capitaliste. C’est pourquoi le système capitaliste crée des émeutes sociales à répétition. Le monde entier veut d’un autre monde que celui du capitalisme qui est celui de la misère et des guerres pour les peuples.

Une UEMOA proactive

L’Europe, particulièrement la zone euro est selon la plupart des spécialistes financiers une zone à risque qui peut entrer durablement en récession. Ce risque est même valable pour l’ensemble du monde. Or nous avons décidé de rester dans cette zone malgré la dévaluation du franc CFA en 1990. Il est peut-être venu l’heure pour les Etats africains de la zone franc de prendre leurs responsabilités et de couper le cordon ombilical pour vivre leur vie. Les problèmes actuels de la zone euro, nous en subiront les conséquences sans avoir été responsables des choix qui ont emmené les pays européens dans ces problèmes. Pis, nous n’auront pas notre mot à dire dans les solutions que les européens prendront mais nous subiront les conséquences bonnes ou mauvaises. Il est plus que temps que la BCEAO transfèrent nos réserves de la Banque de France et que nous puissions en toute indépendance les utiliser dans des investissements productifs.

Plus les Etats de l’UEMOA tarderont à faire cette option plus ils se condamneront à ne pas profiter des fruits de la croissance que peut engendrer la hausse des cours des matières premières. Nos pays ne tirent pas les bénéfices d’une monnaie forte comme le franc CFA. Alors que les cours des matières premières sont forts ils n’ont pas besoin d’avoir d’importantes ressources improductives comme réserves de changes alors qu’ils ont des secteurs sociaux où il faut investir. Il est incompréhensible que plus de cinquante ans après les indépendances, les pays de la zone franc ne se sentent rassurés que s’ils bénéficient de l’aile protectrice, de la couverture de l’ancienne puissance coloniale. Tous les autres pays africains qui ont pris leur indépendance monétaire ont une meilleure situation économique que les pays de la zone franc. Mieux, leurs monnaies sont de plus en plus fortes que le CFA, à l’image de notre grand voisin ghanéen qui est à des années lumière de nous sur le plan du développement économique et social, mais dont le cedi est désormais depuis quelques années plus fort que le CFA. C’est la leçon du choix de la pro-activité. En assumant ses responsabilités et en prenant des initiatives pour améliorer son destin, le Ghana avance résolument alors que les pays de la zone franc CFA ont refusé leur indépendance monétaire et ont confié leur destin et leur sort à d’autres. Il y a des hommes altruistes mais des Etats altruistes n’existent pas, seuls les pays de l’UEMOA croient encore aux contes de fée et ce sont les peuples qui paient la facture de ses croyances désuètes de leurs dirigeants.

Sana Guy, L’Indépendant

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