Le Blog de Aymard

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Remise du prix Houphouët-Boigny à Paris, mercredi dernier: Ouattara, un adepte de la violence aux côtés de faiseurs de paix

Alassane Dramane Ouattara était assis à la loge des privilégiés mercredi dernier au siège de l’UNESCO à Paris où se déroulait la cérémonie de remise du prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix aux « Grands-mères de la place de mai ». Vu sous un angle purement protocolaire, la place réservée au chef de l’Etat se justifie largement.

N’est-il pas le nouveau président du pays d’Houphouët dont l’œuvre de paix était célébrée? Ouattara avait donc de bonnes raisons d’être là surtout que l’événement lui offre une sacrée occasion de se tailler une réputation d’homme de paix après avoir longtemps incarné la violence dans son pays. Mais, pour les vrais militants de la paix, la présence de l’homme fort d’Abidjan à cette tribune dégageait un fort parfum d’incongruité. Et pour cause. Le chef de l’Exécutif ivoirien n’a jamais été un artisan de la paix.

Bien au contraire, il s’est toujours signalé par ses actes comme un fossoyeur des valeurs cultivées par Félix Houphouët-Boigny au premier rang desquelles la paix. La preuve, depuis l’avènement d’Alassane Dramane Ouattara sur la scène politique nationale, la Côte d’Ivoire a perdu sa stabilité pour rentrer dans un cycle de violence marqué par les coups d’Etat, la rébellion armée et la guerre.

Les premiers à avoir subi cette violence étrangère à la culture des Ivoiriens fut le président Henri Konan Bedié. Son régime qui a lancé un mandat d’arrêt pour usurpation de la nationalité ivoirienne contre le président du RDR a été frappé en plein cœur le 24 décembre 1999. « Je frapperai ce pouvoir moribond et il tombera », avait prévenu Alassane Ouattara quelques semaines avant le push.

Le Bélier n° 212 du 01 au 06 Août 1999 avertissait de la déstabilisation de la Côte d’Ivoire par Ouattara dès Septembre

Ce vilain coup porté à la démocratie a ouvert le cycle de violence qui connaîtra d’autres points d’orgue avec le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002, mué en rébellion armée et la guerre poste-électorale qui a permis à l’armée française s’installer Ouattara au pouvoir. La rébellion dont les chefs revendiquaient ouvertement leur collusion avec l’actuel chef d’Etat, a fait de milliers de morts et commis plusieurs crimes économiques dont les plus spectaculaires étaient les casses des agences de la banque centrale des Etas de l’Afrique de l’ouest (Bceao). De nombreuses femmes ont été violées par les rebelles qui avaient droit de vie ou de mort sur les populations dans les zones sous leur contrôle.

Quant à la guerre postélectorale, elle a été menée contre le régime du président Laurent Gbagbo par ces mêmes rebelles pro-Ouattara avec le soutien actif de l’Onuci et la l’armée française dans l’unique but d’installer Dramane Ouattara au pouvoir. Cette guerre atypique a fait officiellement 3000 morts et ruiné définitivement les derniers espoirs des Ivoiriens relatifs au retour de la paix dans leur pays. Nullement ébranlé par les tueries de ses hommes, Ouattara s’est emparé du fauteuil présidentiel et s’emploie à asseoir un régime dictatorial qui règne par la terreur et se caractérise par le dictat des bandes armées.

Si M. Ouattara avait été un homme de paix, il aurait préféré de loin le recomptage des voix proposé par son adversaire à la guerre qui a plongé le pays dans l’horreur.

Sur le plan du développement, autre volet fondamental de l’action du bélier de Yamoussoukro, la décennie de violence a remis en cause les avancées de la Côte d’Ivoire. Le pillage des ressources du pays par les rebelles et leurs parrains a grippé les capacités de l’Etat et plongé les Ivoiriens dans une grande pauvreté. Comble des malheurs, la Côte d’Ivoire pour la liberté de laquelle Houphouët et ses compagnons du Rda se sont battus contre les colons est devenue de nouveau une colonie française. Désormais, c’est la France qui contrôle et régente tout, là où Houphouët, convaincu que son pays disposait des moyens de son autonomie, invitait les que les générations qui viendraient après lui à poursuivre sans complexe la lutte pour la liberté et la dignité, en discutant d’égal à égal avec les occidentaux. Sous l’autel des ambitions présidentialistes de Ouattara et des appétits impérialistes de la France, les Ivoiriens ont perdu la paix, la liberté et la dignité.

C’est la France qui impose le président de la République, décide du sort des Ivoiriens, dispose des ressources du pays, oriente la politique nationale, paye les salaires les fonctionnaires et régule toutes les relations avec l’extérieur.

Avec un tel palmarès, Alassane Ouattara avait-il droit à la tribune du prix Félix Houphouet Boigny réservée aux faiseurs de paix dans le monde ? Assurément non ! Sa présence a plutôt jeté un discrédit sérieux sur l’image de ce prix censé réunir les hommes et les femmes attachés à la paix et qui combattent toute forme de violence.

Texte : Jean Khalil Sella, Notre voie

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